Le protocole d’accord signé, le 10 septembre à Douala, par Michael Ndoping, directeur général de l’Office national du cacao et du café (ONCC), et Epanty Mbanda, directeur pays de Cooko, couvre la qualité du cacao, la recherche, les infrastructures de données, les revenus des producteurs, l’entrepreneuriat agricole et les politiques publiques.
L’Office national du cacao et du café (ONCC) et Cooko, entreprise allemande spécialisée dans la fermentation post-récolte et la traçabilité numérique du cacao, ont donc signé, le 10 septembre 2026 à Douala, un nouveau protocole d’accord de trois ans. Celui-ci remplace le texte conclu en septembre 2021.
Ce protocole a été signé par Michael Ndoping, directeur général de l’ONCC, et Epanty Mbanda, directeur pays de Cooko, couvre la qualité du cacao, la recherche, les infrastructures de données, les revenus des producteurs, l’entrepreneuriat agricole et les politiques publiques.
La traçabilité dite du « premier kilomètre » doit notamment porter sur la cartographie des exploitations, le suivi géospatial, l’enregistrement des récoltes et les données de transaction pouvant être contrôlées.
Le partenariat doit poursuivre les travaux engagés au centre de recherche et de fermentation de Cooko à Ntui, dans la région du Centre. L’entreprise affirme que les fèves fraîches sont placées dès la récolte dans des contenants fermés et identifiés par des étiquettes RFID, puis transportées vers Ntui pour la fermentation et le séchage. Le système doit permettre de rattacher chaque lot à son exploitation d’origine et de conserver les données pendant le traitement post-récolte.
UNE PRODUCTION ANNUELLE DE COOKO ESTIMÉE À 300 TONNES EN 2025
Les informations disponibles ne permettent toutefois pas de mesurer la place de ce dispositif dans la filière camerounaise. En mai 2025, le directeur général de Cooko, Ferdinand van Heerden, déclarait que l’entreprise disposait d’une capacité de 15 tonnes par mois et visait une production annuelle de 300 tonnes. Ce dernier objectif, s’il était atteint, équivaudrait à environ 0,12 % des 247 914 tonnes de cacao commercialisées au Cameroun pendant la campagne 2025-2026.
Cooko n’a pas publié le volume effectivement traité à Ntui au cours de cette campagne.
Michael Ndoping a par ailleurs invité Cooko à rejoindre la Plateforme cacao durable du gouvernement. Le communiqué ne précise pas si les données produites par l’entreprise seront intégrées à un système national ou accessibles aux exportateurs.
Cette question se pose alors que le Cameroun développe déjà, avec l’Union européenne et la FAO, des cartes de couverture terrestre et des modèles de localisation des zones cacaoyères destinés à faciliter les contrôles contre la déforestation. Les premiers résultats de cette initiative nationale ont été présentés en novembre 2025, selon la FAO.
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Les recherches conduites à Ntui pourraient donc servir à mesurer la part et les caractéristiques du cacao camerounais pouvant être classé comme fin ou aromatique, plutôt qu’à obtenir une première inscription du pays. Cette reconnaissance ne crée toutefois aucun droit automatique à une prime : l’accord ne fixe ni prix particulier, ni mécanisme de rémunération des producteurs.
La portée économique du nouveau partenariat dépendra finalement du nombre de producteurs couverts, des volumes traçables, de la compatibilité des données avec les systèmes utilisés par les exportateurs et de son éventuelle extension au-delà de Ntui. Aucun résultat public ne permet encore de mesurer son effet sur la qualité des fèves ou les prix reçus par les producteurs.
Le partenariat doit aussi soutenir les recherches sur les caractéristiques aromatiques du cacao camerounais. Le communiqué de l’ONCC évoque le dossier de reconnaissance du Cameroun comme producteur de cacao fin ou aromatique au titre de l’annexe C de l’Accord international sur le cacao.
Le pays bénéficie pourtant déjà de cette reconnaissance. Le Conseil international du cacao l’a inscrit dans l’annexe C de l’Accord de 2010 par une décision adoptée le 26 avril 2024. L’Organisation internationale du cacao précise que des exportations camerounaises de cacao fin ou aromatique existent, mais que son groupe d’experts n’a pas encore pu en déterminer la proportion. Le Ghana, la Malaisie et le Venezuela se trouvent dans la même situation.
L’ÉCHÉANCE DU RÈGLEMENT EUROPÉEN CONTRE LA DÉFORESTATION APPROCHE
L’intérêt commercial de la traçabilité augmente avec l’entrée en application du règlement européen contre la déforestation importée. À partir du 30 décembre 2026, les grands et moyens opérateurs qui mettent du cacao ou ses produits dérivés sur le marché de l’Union européenne devront démontrer que leurs approvisionnements ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020.
Ils devront aussi établir que la production respecte la législation du pays d’origine et déposer une déclaration de diligence raisonnée. L’échéance applicable à la plupart des micros et petites entreprises européennes est fixée au 30 juin 2027, selon la Commission européenne.
Le règlement fait directement peser ces obligations sur les opérateurs et négociants concernés par la mise sur le marché européen. En pratique, les exportateurs et producteurs camerounais devront leur transmettre les coordonnées des parcelles, les périodes de production et les autres informations nécessaires pour vérifier l’origine des fèves.
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Le Cameroun est fortement orienté vers ce marché. Au cours de la campagne 2025-2026, l’Europe a absorbé 84,62 % de ses exportations de cacao. Les volumes exportés sont tombés à 125 469 tonnes, contre 192 012 tonnes la campagne précédente, soit une baisse de 34,65 %, selon le bilan de l’ONCC.
Ce pourcentage porte toutefois sur l’Europe, un périmètre géographique plus large que l’Union européenne. Il confirme l’orientation européenne des exportations camerounaises sans permettre d’isoler exactement la part soumise au règlement.
Par Blaise NNANG
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