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Projets routiers au Cameroun : le taux d’exécution atteint 61,7 % en octobre 2026

En hausse de 4,8 points par rapport au mois de juillet 2026, cette performance a été présentée, le 22 octobre 2026 à Yaoundé, au cours de la troisième session annuelle du Comité interministériel chargé du suivi de l’exécution physique, financière et comptable des projets du ministère des Travaux publics, présidée par le secrétaire d’État auprès du ministre des Travaux publics chargé des Routes, Armand Ndjodom.
L’exécution physique des projets du ministère des Travaux publics s’est donc améliorée au mois d’octobre 2026. Par rapport au mois de juillet dernier, elle est en hausse de 4,8 points. Cette performance a été présentée, le 22 octobre 2026 à Yaoundé, au cours de la troisième session annuelle du Comité interministériel chargé du suivi de l’exécution physique, financière et comptable des projets du ministère des Travaux publics.
L’évaluation de cette performance a permis d’apprécier l’avancement des projets routiers, les ressources mobilisées et les contraintes liées à leur exécution. À cette occasion, les participants ont examiné les mesures à prendre pour améliorer les résultats d’ici à la fin de l’année.
Sur le plan physique, 38 projets programmés pour achèvement en 2026 sont livrés au mois d’octobre, 29 autres doivent s’achever d’ici la fin de l’année en cours. Par ailleurs, 43 projets dont le démarrage était prévu au cours de l’exercice ont démarré.
Parmi les infrastructures achevées, on peut citer le pont sur le fleuve Nyong à Malombo, la route Awae-Esse-Soa, la route Ndu-Binka-Nkambe, la route Bogo-Guirvidig, y compris le bitumage des voiries de Bogo et Maroua, les berges du Mayo Limani, les ponts en structures métalliques Acrow sur le Mayo Taram et sur la rivière Ngoum à Kékem et la section reconstruite de la route régionale R0606, entre autres.
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ENCORE DES CONTRAINTES QUI RALENTISSENT LA PERFORMANCE DU MINTP
Pour ce qui est de la contractualisation, apprend-on, 13 marchés ont déjà été signés, 47 autres sont en cours de contractualisation, soit 60 marchés.
Les retards dans la passation des marchés, la mobilisation insuffisante de certaines entreprises, les difficultés de paiement et les lenteurs dans la libération des emprises continuent de ralentir la performance.
Pour lever ces contraintes, les membres du Comité, constitué des administrations et structures impliquées dans la mise en œuvre des projets routiers relevant du ministère des Travaux publics, ont insisté sur le besoin d’accélérer les procédures, de compléter les dossiers administratifs et techniques et de renforcer la synergie entre les intervenants.
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Sur le plan financier, il a été relevé que 157,957 milliards de FCFA ont été engagés, liquidés et ordonnancés sur une dotation de 259,61 milliards de FCFA, soit un taux d’exécution de 60,84 %. À ce montant s’ajoutent 57,544 milliards de FCFA de décomptes en cours de traitement. Leur prise en compte pourrait porter le taux d’engagement à environ 83 %, avec une perspective de dépassement de 90 % d’ici le 31 décembre 2026, pour ce qui est des ressources internes ordinaires.
Toutefois, le traitement des dossiers financiers reste confronté aux limites de l’application informatique utilisée pour l’exécution du budget et aux dossiers incomplets. Toutes choses qui ralentissent certaines opérations et retardent les paiements.
Les échanges se sont achevés par les recommandations du SETAT-MINTP, qui ont mis l’accent sur la synergie des actions et l’amélioration du rythme d’exécution des projets.
Par Blaise NNANG
Défis Actuels du 27/10/2026
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AgriConnect Cameroun : 1 120 milliards de FCFA pour développer l’agriculture et réduire les importations alimentaires

Lancé le 21 octobre 2026 à Yaoundé avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, le Pacte AgriConnect veut accélérer les investissements dans huit filières agroalimentaires. Le gouvernement en attend plus de production locale, moins d’importations et davantage d’emplois. Pour 2026-2030, le programme prévoit 24 interventions, pour un besoin d’environ 1 120 milliards de FCFA.
Le secteur agroalimentaire représente environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) du Cameroun. Il fait vivre près de 4,7 millions de personnes, soit 42 % de la population active. L’agriculture fournit aussi plus de la moitié des recettes d’exportation hors pétrole. Le pays continue pourtant d’importer une part importante des denrées qu’il consomme. Ces achats pèsent en moyenne 3,5 % du PIB chaque année, selon les données présentées dans le cadre du Pacte.
Le programme cible le maïs, le riz, le manioc, le palmier à huile, le cacao, le soja, les produits laitiers, ainsi que la pêche et l’aquaculture. Il veut y stimuler la production, développer la transformation et élargir les débouchés des producteurs.
À l’horizon 2030, le Pacte vise 6 millions de tonnes de maïs et 800 000 tonnes d’huile de palme par an. Il ambitionne de couvrir 55 % de la demande nationale de riz et 60 % des besoins en lait. La production halieutique devrait atteindre 450 530 tonnes.
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Le maïs donne la mesure de l’effort. La production était estimée entre 2,36 et 2,4 millions de tonnes en 2025. Le pays a importé la même année 72 628 tonnes, pour une facture de 10,3 milliards de FCFA. Atteindre 6 millions de tonnes suppose donc de plus que doubler les volumes disponibles.
Le palmier à huile révèle un écart comparable. La production locale atteignait environ 446 984 tonnes en 2024, face à une demande supérieure à un million de tonnes par an. Certaines estimations la situent à 1,18 million.
Le cacao, lui, recule. La campagne 2025-2026 a livré 247 914 tonnes de fèves, le plus faible résultat des cinq dernières saisons, contre 295 164 tonnes en 2021-2022.
Le riz illustre le mieux les difficultés de la substitution aux importations. Dans un entretien à Cameroon Tribune le 13 mai 2026, le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, situait la production annuelle autour de 140 000 tonnes, soit près du quart de la demande. D’autres données sectorielles évoquent environ 330 000 tonnes de riz paddy en 2025.
La production de riz blanchi est passée de 339 076 tonnes en 2017 à 315 500 tonnes en 2023, selon le Programme intégré de substitution des importations agricoles et halieutiques. Ces séries mesurent des produits et des indicateurs différents. Il faudra les harmoniser pour établir le vrai niveau d’autosuffisance.
La facture, elle, reste lourde. Selon l’Institut national de la statistique, les achats de riz à l’étranger ont coûté 268,7 milliards de FCFA en 2025, soit 5,1 % des dépenses d’importation. Ils ont pourtant baissé de 15,6 % par rapport à 2024.
VINGT-QUATRE INTERVENTIONS, UN FINANCEMENT À BOUCLER
Le Pacte couvre les semences, la mécanisation, l’irrigation, les infrastructures rurales, la transformation, la chaîne du froid, le numérique, le foncier, les réformes réglementaires et le financement.
Les actions déjà chiffrées exigent environ 1,87 milliard de dollars, soit près de 1 120 milliards de FCFA, sur 2026-2030, selon les données communiquées par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Ce montant correspond aux besoins estimés. Il ne prouve pas que les financements sont réunis.
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Trois piliers structurent le dispositif. Le premier consolide les moyens de production et les infrastructures. Le deuxième porte sur les réformes des politiques sectorielles. Le troisième facilite l’accès des producteurs et des entreprises au financement.
Le Pacte mobilise le Groupe de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne, l’Agence française de développement, le FIDA et l’Agence japonaise de coopération internationale.
Les organisations de producteurs et le secteur privé participent à son élaboration. Les centres de recherche, les universités et les établissements de formation apporteront leur expertise sur les technologies, les normes, les statistiques et le renforcement des capacités.
Le ministre y voit un moyen de concentrer les ressources sur des priorités nationales. « Le Pacte AgriConnect est pleinement aligné sur notre vision de développement à long terme énoncée dans la SND30 », a déclaré Alamine Ousmane Mey, en référence à la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Il décrit une plateforme chargée de rapprocher les ressources nationales et internationales autour d’objectifs communs.
Le FIDA entend s’appuyer sur ses projets en cours. Le PADFA II intervient dans le riz et l’oignon. L’Acregir (Accroître la résilience des communautés locales au changement climatique grâce à l’entrepreneuriat des jeunes et à la gestion intégrée des ressources naturelles), un projet du Minepat de développement et de protection de l’environnement au Cameroun, soutient l’éco-entrepreneuriat et la résilience climatique.
Le Projet pilote d’appui à l’intensification durable de l’agriculture et à la transition agroécologique (Paidata) accompagne l’intensification agricole et la transition agroécologique dans le cacao et le café. Le PEA-Jeunes II cible l’entrepreneuriat agropastoral des jeunes et des femmes.
TRANSFORMER LES VOLUMES EN REVENUS
Produire davantage ne suffira pas. Les producteurs auront besoin d’intrants de qualité, d’équipements adaptés, de financements et de circuits de vente rémunérateurs. Les transformateurs réclameront des matières premières régulières, des infrastructures fiables et des capacités industrielles.
L’emploi reste le point le moins documenté. Le Pacte promet des débouchés aux jeunes et aux femmes, mais les données présentées n’indiquent pas le nombre d’emplois attendus d’ici à 2030.
Le suivi devra donc dépasser les statistiques de production. Il devra mesurer les activités créées, les revenus agricoles, la transformation locale et la part de valeur ajoutée conservée par les acteurs camerounais. « L’agriculture camerounaise peut nourrir le Cameroun, créer des opportunités pour sa jeunesse et devenir un moteur de prospérité partagée », estime Cheick F. Kanté, directeur de division à la Banque mondiale. Eric Rwabidadi, directeur pays du FIDA, insiste pour sa part sur l’entrepreneuriat agropastoral, l’accès au financement rural et la résilience face aux changements climatiques.
Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 27/10/2026
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MARCHÉ FINANCIER / BVMAC : les 3,5 milliards FCFA d’impayés des États aggravent un modèle économique déficitaire

Les arriérés des États de la CEMAC envers la Bourse régionale atteignent 3,5 milliards de FCFA au 30 septembre 2026. Mais derrière cette crise de recouvrement se cache une difficulté plus profonde : malgré la progression de ses recettes, la BVMAC ne parvient plus à couvrir ses charges d’exploitation. Avec 927,3 millions de FCFA de chiffre d’affaires et 454,5 millions de pertes en 2025, son équilibre financier dépend autant du paiement des créances publiques que de sa capacité à développer une activité boursière encore insuffisante.
La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) se retrouve confrontée à une double équation financière. D’un côté, les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) accumulent des factures impayées qui privent l’institution de ressources de trésorerie. De l’autre, son activité commerciale ne génère pas suffisamment de revenus pour couvrir ses charges. Cette seconde difficulté est probablement la plus structurelle. Car même si tous les États réglaient leurs dettes, la question de la rentabilité du marché financier régional resterait entière.
Réuni le 26 octobre 2026 à Douala, sous la présidence d’Henri-Claude Oyima, le conseil d’administration de la BVMAC a exprimé ses préoccupations concernant l’accumulation des arriérés des États membres. Selon le communiqué officiel publié à l’issue de cette vingt-sixième session ordinaire, ces créances atteignaient 3,5 milliards de FCFA au 30 septembre 2026. Le conseil a également pris acte d’un déficit budgétaire provisoire à cette date, sans en préciser le montant. Ces 3,5 milliards, stock de sommes restant dues à cette date, mais accumulées sur plusieurs exercices, représentent près de 3,8 fois le chiffre d’affaires réalisé par la Bourse en 2025. Ils correspondent notamment à des frais d’introduction et à des commissions de capitalisation facturés aux émetteurs souverains. Car les États sont aussi des clients de la Bourse, tenus de rémunérer les services qu’ils utilisent.
DES REVENUS QUI PROGRESSENT MOINS VITE QUE LES CHARGES
Les comptes de l’exercice 2025 montrent que les difficultés financières de la BVMAC dépassent largement la seule question des créances publiques. Selon son rapport annuel, publié en septembre 2026, le chiffre d’affaires s’est établi à 927,3 millions de FCFA, contre environ 876,5 millions en 2024, soit une progression de 5,8 %. Les revenus globaux ont atteint 1,005 milliard de FCFA. Cette croissance n’a pourtant pas permis de rétablir l’équilibre. Les charges ont augmenté de 18,2 %, passant d’environ 1,128 milliard à 1,333 milliard de FCFA. Leur progression a ainsi été trois fois plus rapide que celle du chiffre d’affaires. Les dépenses de fonctionnement ont notamment atteint 860,6 millions de FCFA, dans un contexte marqué par le renforcement des effectifs.
Le résultat net traduit cette dégradation. Après une perte de 322,2 millions de FCFA en 2024, la BVMAC a enregistré un déficit de 454,5 millions en 2025, soit une aggravation de 41,1 %. Son excédent brut d’exploitation, déjà négatif à hauteur de 221,5 millions en 2024, s’est détérioré pour atteindre moins 394,5 millions de FCFA. Autrement dit, le déséquilibre apparaît dès l’exploitation courante. Ce constat est déterminant : les difficultés de recouvrement des créances publiques peuvent accentuer les tensions de trésorerie, mais elles n’expliquent pas, à elles seules, l’incapacité de la Bourse à couvrir ses coûts.
L’analyse des comptes permet également d’identifier le poids de la masse salariale. Les charges de personnel représentent 59,2 % des charges d’exploitation en 2025. La BVMAC doit pourtant conserver des compétences spécialisées pour assurer la cotation, la surveillance des transactions, l’information financière et le développement du marché. La question n’est donc pas simplement de réduire les dépenses, mais de déterminer si la taille actuelle de son activité permet de financer durablement ces missions.
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UN MARCHÉ ENCORE TROP ÉTROIT POUR ASSURER SA RENTABILITÉ ?
L’examen de la structure des recettes apporte un autre éclairage. En 2025, les commissions de capitalisation sur les encours obligataires ont rapporté 578,6 millions de FCFA, soit 62,4 % du chiffre d’affaires. Elles constituent, de loin, la première source de revenus de la BVMAC. Cette dépendance traduit le poids prépondérant des émissions de dette dans le modèle économique du marché régional. Les revenus provenant des transactions sur le marché secondaire demeurent, en revanche, limités par la faiblesse des échanges.
À fin décembre 2025, selon les données reprises dans un rapport du ministère camerounais de l’Économie, la BVMAC comptait seulement six sociétés cotées sur le compartiment actions, tandis que l’encours obligataire atteignait 1 305,31 milliards de FCFA, en recul de 12,44 % sur un an. La situation ne s’est guère améliorée en 2026. Au troisième trimestre, les transactions boursières ont représenté seulement 574,5 millions de FCFA. Rapporté aux trois mois, ce volume demeure extrêmement faible pour une place financière desservant six pays. Et le volume des échanges ne constitue pas le chiffre d’affaires de la Bourse : celle-ci ne perçoit qu’une fraction des transactions sous forme de commissions. C’est précisément sur ce point que se situe l’interrogation centrale. Avec une activité aussi limitée, la BVMAC dispose-t-elle d’une base de revenus suffisante pour atteindre son seuil de rentabilité ?
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Une première simulation permet de mesurer l’ampleur du défi. En retenant les charges de 1,333 milliard de FCFA enregistrées en 2025 et un chiffre d’affaires de 927,3 millions, il faudrait générer environ 405,7 millions de FCFA de recettes commerciales supplémentaires pour couvrir ce niveau de charges, toutes choses égales par ailleurs. Cela représente une augmentation d’environ 43,8 % du chiffre d’affaires. Cette estimation est un simple ordre de grandeur comptable, non un calcul définitif du seuil de rentabilité : elle ne distingue pas les charges fixes des charges variables et ne prend pas en compte les autres produits d’exploitation. Elle montre néanmoins que le recouvrement des factures des États ne saurait constituer l’unique réponse. La Bourse doit également multiplier les introductions d’entreprises, développer les émissions privées, accroître la liquidité des titres et diversifier ses prestations rémunérées.
Par Jean Luc FASSI
Défis Actuels du 29/10/2026
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Innovation médicale : trois étudiantes camerounaises remportent l’or en Chine avec un robot de santé

Trois étudiantes de l’École nationale supérieure polytechnique de Douala (ENSPD) ont remporté l’or à Beijing avec MERA, un projet de robotique appliquée à la santé. Leur solution entend faciliter l’évaluation des patients dans les zones insuffisamment couvertes. Pour passer du concours au centre de santé, il reste à établir ses capacités réelles, son coût et ses conditions d’utilisation.
Championne d’Afrique en mai 2026, l’équipe a décroché l’or lors de la finale mondiale organisée du 23 au 25 octobre à l’Université normale de Beijing, en Chine. Le Cameroun a signé un doublé avec EcoprintLab, une équipe issue d’une collaboration entre l’École nationale supérieure polytechnique de Douala et l’Université de Dschang. Elle a remporté l’argent avec un projet tourné vers les technologies d’avenir, axé sur la valorisation des déchets plastiques.
Au nom du ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Atsa Etoundi Roger, chef de la division des systèmes d’information au Minesup, a qualifié ce résultat d’« historique pour le Cameroun et pour l’Afrique ». Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de l’innovation, de la recherche et de la transformation numérique. Il accompagnait la délégation camerounaise à Beijing.
MERA, pour Medical Evaluation and Robotic Assistance, vise les localités où l’accès aux soins de base reste difficile. Les trois étudiantes qui portent le projet veulent mobiliser la robotique et l’intelligence artificielle pour aider les soignants à repérer plus rapidement les situations qui nécessitent une attention particulière. Selon la description du projet publiée lors des finales régionales africaines de la Global Competition on Design for Futures (GCD4F), MERA doit recueillir les données du patient, les analyser en temps réel, détecter des anomalies et alerter le personnel soignant.
Le projet porte notamment sur l’évaluation des paramètres vitaux. Les documents rendus publics ne précisent toutefois ni les paramètres mesurés, ni les capteurs utilisés, ni les examens que le robot permettrait d’effectuer. Aucun résultat d’essai n’est non plus communiqué pour établir sa précision. Détecter une anomalie ne revient pas à poser un diagnostic. Faute de données techniques et cliniques détaillées, il n’est pas possible d’affirmer que MERA peut fonctionner de manière autonome ou remplacer une consultation. Sa fonction annoncée est celle d’un outil d’évaluation et d’assistance. Le personnel médical reste indispensable pour interpréter les alertes et décider de la prise en charge.
Le projet vise d’abord les zones à faible couverture médicale. Dans un centre de santé éloigné, un outil fiable pourrait aider à repérer les patients à orienter vers une structure mieux équipée. Il pourrait aussi accélérer certaines évaluations de première ligne. Ce bénéfice reste à démontrer sur le terrain. Les informations publiques ne précisent pas les sites d’expérimentation, le nombre de patients concernés ni les résultats obtenus.
LE PRIX NE SUFFIT PAS À ASSURER LE DÉPLOIEMENT
La médaille d’or obtenue à Beijing donne une visibilité internationale au projet. Elle ne règle pas les questions économiques qui décideront de son éventuelle adoption. Aucun prix d’acquisition n’a été communiqué. Le coût de maintenance, la durée de vie des équipements, le remplacement des capteurs et les besoins en assistance technique ne sont pas documentés non plus.
Pour un centre de santé, le coût ne se limite pas à l’achat du robot. Il faut aussi prévoir la formation des utilisateurs, l’entretien, les mises à jour logicielles, l’alimentation électrique et, selon son mode de fonctionnement, une connexion fiable. Le dispositif devra être utilisable par le personnel déjà en poste, sans alourdir excessivement son travail quotidien. Avant un déploiement, il faudra tester le matériel, mesurer la fiabilité des évaluations, documenter les limites du système et conduire des essais dans plusieurs structures de santé. La protection des données médicales devra aussi être garantie. Ces éléments aideront les responsables sanitaires à comparer l’intérêt du dispositif aux solutions existantes et aux moyens des formations sanitaires.
Le projet pose aussi une question industrielle. S’il franchit ces étapes, MERA pourra ouvrir la voie à un équipement développé à partir de besoins identifiés au Cameroun. Mais les informations disponibles ne précisent pas la part des composants fabriqués localement, le lieu d’assemblage, le modèle de maintenance ni l’existence d’un partenaire industriel. Il constitue un point de départ pour le Made in Cameroon, pas encore la preuve d’une production nationale à l’échelle industrielle.
UNE RÉUSSITE PORTÉE PAR L’ENSPD
Le projet MERA Team 72 réunit trois étudiantes de cinquième année, option Génie logiciel, au Département de Génie informatique et télécommunications de l’ENSPD, établissement de l’Université de Douala. Il s’agit de Darelle Charenta Djogu Kameni, Marie Daphnée Egoume Ayuma et Marie Andrea Kaga. Le Dr Maka Maka Ebenezer, chef du département, et M. Mpoh Lobe Henri Pascal Will, enseignant au Département de Génie électrique et systèmes intelligents, encadrent l’équipe.
Le projet s’inscrit dans l’initiative EPI, « Un Étudiant, Un Projet, Une Innovation ». Sous l’impulsion de son directeur, l’ENSPD accompagne les étudiants dans la maturation, la structuration et la concrétisation de leurs idées. L’école met aussi en avant le renforcement des équipements de ses laboratoires. Pour MERA, la suite dépendra de la capacité à prolonger cet accompagnement par des tests, des partenariats techniques et un financement adapté.
La compétition, organisée par l’Université normale de Beijing avec l’appui de l’Institut de l’UNESCO pour les technologies de l’information dans l’éducation et de la World Digital Education Alliance, met en lumière la coopération éducative sino-camerounaise. Pour MERA, il faudra désormais produire des résultats techniques vérifiables, chiffrer le coût complet du dispositif et mesurer son utilité auprès des soignants et des patients.
Par Fabrice BELOKO
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