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pourquoi son combat pour la paix reste d’actualité cinq ans après sa mort

Cinq ans après son décès, une journée de commémoration, instaurée par le Fon de Nso, remet en lumière le message du défunt cardinal — axé sur le dialogue, la justice et la réconciliation — ainsi que le défi que représente la mise en pratique de ces principes.
Lorsque le Fon de Nso, Sehm Mbinglo Ier, a rencontré l’archevêque de Douala, Samuel Kleda, cette semaine, leur échange a revêtu une portée qui dépasse la simple rencontre entre un chef traditionnel et un dignitaire religieux. Cette entrevue a permis de braquer à nouveau les projecteurs sur l’héritage du cardinal Christian Wiyghan Tumi, dont les dernières années furent marquées par des efforts visant à trouver une solution pacifique à la crise anglophone.
Le Fon a décrété le dimanche 25 octobre 2026 « Journée d’hommage au cardinal Tumi », appelant à prier pour le défunt cardinal ainsi que pour une paix durable, la justice et la réconciliation au Cameroun. Cette initiative fait suite à des rencontres communautaires organisées à Douala et à un dialogue destiné à favoriser l’unité au sein de la communauté Nso. Les églises et les fidèles musulmans ont également été invités à se joindre à ces prières.
Au-delà de la commémoration, cet événement soulève une question qui demeure complexe pour le Cameroun : les idées défendues par le cardinal Tumi peuvent-elles guider un pays toujours en quête d’une résolution durable de son conflit ?
Un cardinal qui a prôné le dialogue
Né à Kikaikelaki, près de Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, Tumi est devenu le premier cardinal camerounais lorsque le pape Jean-Paul II l’a élevé au Collège des cardinaux en 1988. Il a par la suite exercé les fonctions d’archevêque de Douala, avant de prendre sa retraite en 2009. Il est décédé le 3 avril 2021, à l’âge de 90 ans.
Son rôle dans la sphère publique ne se limitait pas à l’Église catholique. Il s’exprimait ouvertement sur la gouvernance, la corruption, la démocratie et les droits humains, devenant un fervent partisan du dialogue à mesure que la crise anglophone s’intensifiait.
En 2019, le cardinal Tumi a lancé une initiative de paix d’envergure nationale pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, durement touchées par le conflit. Il a souligné que la crise ne pouvait être résolue par de simples déclarations religieuses ou des condamnations, insistant sur le fait que la paix exigeait des actions concrètes sur le terrain.
Cette distinction demeure au cœur de son héritage : pour Tumi, la paix ne se résumait pas à la simple absence de combats. Ses démarches ont notamment consisté à mobiliser les communautés, à recueillir des avis sur les causes de la crise et à plaider en faveur d’une conférence plus large, au sein de laquelle les anglophones pourraient débattre de leurs griefs et des solutions envisageables.
La conférence générale des anglophones, telle qu’elle avait été envisagée, n’a finalement pas eu lieu. Cette initiative témoignait néanmoins de sa conviction qu’un conflit enraciné dans des griefs d’ordre politique, historique et culturel exigeait bien davantage que de simples mesures sécuritaires ou des appels à l’unité.
Quand plaider pour la paix comportait des risques
L’engagement de Tumi en faveur du dialogue a été mis à l’épreuve en novembre 2020, lorsqu’il a été enlevé, aux côtés du Fon de Nso, par des séparatistes armés alors qu’ils circulaient dans la région du Nord-Ouest. Tumi a été libéré après avoir passé une nuit aux mains de ses ravisseurs.
Lors de cet événement, il a clairement fait savoir qu’il ne parlait pas au nom du gouvernement et qu’il dénoncerait les exactions, quel qu’en soit l’auteur. Sa position reflétait l’indépendance qu’il jugeait nécessaire pour les chefs religieux lorsqu’ils sont confrontés à l’injustice.
Cet épisode a également mis en lumière les risques encourus par ceux qui tentent d’ouvrir un espace de dialogue en plein conflit armé. Malgré les menaces et la détention, Tumi a continué de plaider pour un règlement pacifique.
Dans un message adressé après son décès, le pape François a salué la défense de la démocratie et la promotion des droits humains par Tumi, qualifiant d’inoubliable l’empreinte qu’il a laissée sur l’Église ainsi que sur la vie sociale et politique du Cameroun.
Du devoir de mémoire à l’action concrète
La décision du Fon de consacrer la journée du 25 octobre à la mémoire de Tumi offre l’occasion de se pencher à nouveau sur le message du cardinal. Toutefois, les commémorations ne suffisent pas si les valeurs célébrées ne se traduisent pas par des efforts durables.
Pour les communautés touchées par le conflit anglophone, la question demeure très concrète : comment rétablir la confiance entre des populations divisées ?
L’approche de Tumi suggère que les initiatives de paix doivent prendre en compte les griefs et le vécu des personnes affectées, plutôt que de se limiter à des déclarations formulées loin du terrain. Elle implique également, pour les dirigeants, une responsabilité : celle d’être à l’écoute, de reconnaître les torts commis et de rechercher des solutions qui dépassent les intérêts politiques immédiats.
Cela ne signifie pas pour autant que le dialogue puisse, à lui seul, résoudre tous les désaccords. Tout processus de paix significatif doit nécessairement aborder les enjeux de sécurité, la question des responsabilités, la protection des civils ainsi que les problématiques politiques au cœur du conflit. L’héritage de Tumi constitue un cadre de réflexion, et non une solution toute faite.
Un héritage qui interpelle les vivants
La rencontre entre le Fon de Nso et l’archevêque Kleda, ainsi que l’instauration d’une journée de commémoration, ont ramené le nom de Tumi au cœur du débat public. Cet hommage revêt également une dimension personnelle : le Fon et le cardinal ont tous deux vécu l’épreuve d’un enlèvement en 2020, et Tumi avait soutenu le retour du Fon au palais de Nso.
Pour la communauté Nso, cette commémoration honore l’un de ses fils les plus éminents. Pour l’Église catholique, elle rappelle la figure d’un dirigeant qui a su conjuguer foi et responsabilité publique. Pour le Cameroun, plus largement, elle soulève une question : les valeurs qu’il a défendues peuvent-elles contribuer à surmonter les divisions ?
Alors que le Cameroun se souvient du cardinal Tumi en ce 25 octobre, son appel à la paix demeure un défi lancé aux vivants : il ne s’agit pas seulement de parler de réconciliation, mais de démontrer ce qu’elle exige concrètement.
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Banques camerounaises : les nouvelles cautions reculent de 26,5 % à 444 milliards de FCFA au premier semestre 2026

(Investir au Cameroun) – Les banques camerounaises ont enregistré 444,16 milliards de FCFA de nouvelles cautions au premier semestre 2026, contre 604,35 milliards à la même période de 2025, soit une baisse de 26,5 % en un an. Cette contraction masque un rebond entre avril et juin, période qui concentre près de 70 % des cautions accordées depuis janvier. Ces chiffres résultent des calculs effectués à partir des rapports de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), dont le plus récent, consacré au deuxième trimestre 2026, a été publié le 22 octobre.
Selon le tableau a.6 du rapport de la BEAC, les nouveaux engagements par signature, constitués de cautions bancaires, ont atteint 310,75 milliards de FCFA au deuxième trimestre 2026, contre 133,41 milliards au trimestre précédent. Leur progression de 177,34 milliards de FCFA correspond à une hausse de 133 % en trois mois.
Ce rebond ne suffit toutefois pas à retrouver le niveau de l’année précédente. Au deuxième trimestre 2025, les banques avaient enregistré 326,39 milliards de FCFA de cautions, soit 4,8 % de plus qu’entre avril et juin 2026. La contraction semestrielle provient principalement du premier trimestre, au cours duquel les nouvelles cautions ont chuté de 52 %, passant de 277,96 milliards de FCFA en 2025 à 133,41 milliards en 2026.
Cette évolution intervient dans un contexte de recul général des nouveaux concours bancaires. Au premier semestre 2026, les banques camerounaises ont enregistré 3 140,25 milliards de FCFA de nouveaux engagements, cautions comprises, contre 3 684,72 milliards un an auparavant, soit une baisse de 14,8 %. Les cautions représentent ainsi 14,1 % des concours accordés sur les six premiers mois de l’année, contre 16,4 % à la même période de 2025.
Les cautions aux grandes entreprises chutent de 36,5 %, celles des PME augmentent de 25,6 %
La ventilation des engagements par catégorie de bénéficiaires révèle des évolutions opposées.
Les grandes entreprises ont obtenu 320,55 milliards de FCFA de nouvelles cautions au premier semestre 2026, contre 505,18 milliards un an plus tôt. La baisse atteint 36,5 %, soit 184,64 milliards de FCFA de garanties en moins.
À l’inverse, les cautions accordées aux petites et moyennes entreprises (PME) ont progressé de 25,6 %, passant de 97,28 milliards à 122,21 milliards de FCFA. Leur poids dans le total des engagements par signature est ainsi passé de 16,1 % à 27,5 % en un an.
Cette progression s’est particulièrement manifestée au deuxième trimestre. Entre avril et juin 2026, les banques ont enregistré 80,50 milliards de FCFA de cautions destinées aux PME, contre 48,24 milliards un an auparavant, soit une augmentation de 66,9 %.
Les grandes entreprises restent néanmoins les premières bénéficiaires de ces garanties, avec 72,2 % du montant total enregistré au premier semestre 2026.
Cette nouvelle répartition ne permet pas, à elle seule, de conclure à une amélioration générale de l’accès des PME au financement bancaire. Les données de la BEAC renseignent les montants des engagements accordés, mais ne précisent ni le nombre d’entreprises bénéficiaires ni la nature des opérations garanties.
Les cautions expliquent plus du tiers du rebond des concours bancaires au deuxième trimestre
La forte progression des engagements par signature modifie également la lecture de la reprise du crédit entre les deux premiers trimestres de 2026.
Selon la BEAC, les nouveaux concours des banques camerounaises sont passés de 1 328,62 milliards de FCFA au premier trimestre à 1 811,63 milliards au deuxième, soit une augmentation de 36,4 %. Sur les 483,01 milliards de FCFA supplémentaires enregistrés pendant cette période, 177,34 milliards proviennent des cautions bancaires. Ces opérations représentent ainsi 36,7 % de la hausse totale.
Hors engagements par signature, les crédits regroupés par la BEAC dans la catégorie « crédits amortissables et découverts » ont progressé de 1 195,21 milliards à 1 500,88 milliards de FCFA, soit une augmentation de 25,6 %.
Cette distinction est importante pour apprécier les montants réellement mis à la disposition de l’économie. Une caution bancaire est une garantie par laquelle une banque s’engage à payer une somme si son client ne respecte pas certaines obligations envers un tiers. Elle peut notamment servir à garantir l’exécution d’un marché ou une transaction commerciale. Contrairement à un prêt classique, sa mise en place n’entraîne pas nécessairement un décaissement immédiat de fonds.
Les 310,75 milliards de FCFA de cautions enregistrés au deuxième trimestre ne correspondent donc pas à autant de liquidités effectivement injectées dans l’économie.
La progression de ces opérations influence également la lecture du coût moyen du crédit. Au deuxième trimestre 2026, le taux effectif global (TEG) des nouveaux concours bancaires ressort à 8,13 %, contre 8,97 % au premier trimestre, soit une diminution de 0,84 point.
Mais cette moyenne intègre les engagements par signature, dont le TEG s’établit à seulement 1,26 %, nettement en dessous des 9,55 % enregistrés pour les crédits amortissables et découverts.
Or, la part des cautions dans les nouveaux concours bancaires est passée de 10 % au premier trimestre à 17,2 % au deuxième. Cette modification de la composition des engagements contribue mécaniquement à la baisse du taux moyen global.
Sur la même période, le TEG moyen des crédits amortissables et découverts n’a diminué que de 0,27 point, passant de 9,82 % à 9,55 %. Le recul du taux global de 0,84 point ne traduit donc pas une diminution équivalente du coût de ces financements.
Les rapports de la BEAC ne précisent pas quelle part des 444,16 milliards de FCFA de cautions enregistrées au premier semestre couvre des marchés publics, des contrats privés ou des opérations commerciales. Ils ne permettent pas non plus de déterminer le montant des garanties effectivement appelées, c’est-à-dire celles ayant conduit les banques à payer à la place de leurs clients.
Baudouin Enama
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