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Mobile money : Orange et MTN encaissent 21,5 milliards de FCFA d’intérêt sur les fonds cantonnés dans les banques

(Investir au Cameroun) – Les comptes bancaires dans lesquels Orange Money Cameroon et Mobile Money Corporation Cameroon (MTN MoMo) conservent les fonds liés aux opérations de leurs clients ont généré une rémunération déclarée de 21,5 milliards de FCFA, selon le rapport 2025 du Comité national économique et financier (CNEF), publié le 2 octobre 2026. Sur ce montant, 9,9 milliards de FCFA reviennent à Orange Money et 11,6 milliards à MTN MoMo. Au 31 décembre 2025, les deux établissements détenaient respectivement 193 milliards et 280 milliards de FCFA dans leurs comptes de cantonnement, soit 473 milliards au total.
Ces données, communiquées par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) et reprises dans le tableau 3.31 du rapport, documentent une source de revenus distincte des commissions prélevées sur les transferts, retraits et paiements mobiles. Elles permettent également d’identifier les banques qui accueillent ces fonds et les taux d’intérêt qu’elles pratiquent.
Le mécanisme est encadré par le règlement CEMAC n°04/18 du 21 décembre 2018 relatif aux services de paiement. Lorsqu’un utilisateur alimente son portefeuille électronique, les fonds correspondants restent sa propriété. Les sommes qui n’ont pas encore été remises à leurs bénéficiaires doivent être placées, au plus tard le lendemain, dans des comptes bancaires spécialement affectés à leur conservation. Les établissements de paiement ne peuvent pas les employer pour financer leurs activités ou accorder des crédits.
L’article 54 du règlement précise toutefois que« le compte de cantonnement est rémunéré par la banque domiciliataire au profit de l’établissement de paiement ». Les conditions sont fixées par convention entre les deux parties. À l’inverse, l’article 9 interdit aux prestataires de services de paiement de verser des intérêts aux utilisateurs sur les fonds reçus en contrepartie de monnaie électronique. Les établissements de paiement peuvent donc percevoir des intérêts sur ces comptes, sans avoir à rémunérer les soldes des portefeuilles électroniques de leurs clients.
AFG, Ecobank, CCA et Access parmi les principaux dépositaires
Orange Money Cameroon répartit ses 193 milliards de FCFA entre neuf banques. AFG Bank Cameroun détient le montant le plus élevé, avec 56,9 milliards, devant Ecobank Cameroun (39,6 milliards) et BGFI Bank Cameroun (28,5 milliards). Ces trois établissements concentrent près de 65 % des sommes cantonnées par Orange Money. Viennent ensuite SCB Cameroun, avec 22,5 milliards, UBA Cameroun (18 milliards) et Access Bank (11,1 milliards). CCA Bank, Société Générale Cameroun et BICEC accueillent respectivement 7,6 milliards, 5,9 milliards et 3 milliards de FCFA.
La répartition est différente chez MTN MoMo. CCA Bank détient 58,5 milliards de FCFA, suivie d’Afriland First Bank (53,9 milliards) et d’Access Bank (49,3 milliards). Le tableau mentionne également une ligne de 47,5 milliards sous la dénomination « AFB Bank », sans expliquer sa distinction avec Afriland First Bank. UBA accueille 36,4 milliards et Ecobank 34,5 milliards.
Quatre banques apparaissent dans les listes des deux opérateurs. Ecobank accueille ainsi 74,1 milliards de FCFA de fonds cantonnés, répartis entre Orange Money et MTN MoMo. CCA Bank en détient 66,1 milliards, Access Bank 60,4 milliards et UBA 54,4 milliards. Ces chiffres montrent que les établissements de paiement entretiennent des relations financières avec plusieurs banques concurrentes, qui leur versent des intérêts en contrepartie des fonds conservés.
Le rapprochement avec les bilans bancaires permet de mesurer l’importance de certains encours. Les 60,4 milliards de FCFA cantonnés chez Access Bank représentent, arithmétiquement, 22,2 % des 272,5 milliards de dépôts bruts déclarés par cette banque à fin 2025. Chez Ecobank, les 74,1 milliards correspondent à 16,1 % des 461,6 milliards de dépôts recensés à la même date. Cette comparaison donne un ordre de grandeur de ces ressources dans les bilans, sans renseigner sur leur stabilité ni sur les possibilités effectives de leur utilisation par les banques.
Des taux d’intérêt pouvant atteindre 6,6 %
Les conditions de rémunération varient sensiblement d’une banque à l’autre. Pour Orange Money, le taux le plus élevé est pratiqué par BGFI Bank Cameroun, à 6,6 %, suivi de CCA Bank (6,5 %) et d’AFG Bank (6 %). Ecobank et UBA proposent chacune 5,3 %, Access Bank 5,2 %, SCB Cameroun 4,8 %, Société Générale Cameroun 4,7 % et BICEC 3 %.
En montant, AFG Bank arrive en tête des rémunérations déclarées au profit d’Orange Money, avec 3,1 milliards de FCFA. BGFI Bank et Ecobank suivent, à 1,9 milliard chacune, devant SCB Cameroun (1,1 milliard). Les autres rémunérations individuelles publiées sont inférieures à un milliard de FCFA.
Chez MTN MoMo, les taux sont également différenciés. Afriland First Bank et Access Bank affichent chacune 5,5 %, tandis que la ligne « AFB Bank » présente une fourchette de 5,75 % à 6 %. CCA Bank applique des taux compris entre 5 % et 6,5 %, Ecobank entre 4,35 % et 5,10 %, et UBA 5 %.
La rémunération la plus élevée déclarée pour MTN MoMo correspond à la ligne « AFB Bank », avec 2,4 milliards de FCFA. Access Bank suit avec 2,3 milliards, puis UBA (1,9 milliard). Afriland First Bank et CCA Bank affichent chacune 1,8 milliard, contre 1,4 milliard pour Ecobank.
Ces écarts ne peuvent être expliqués par les seuls taux affichés. Les montants cantonnés publiés sont des positions arrêtées au 31 décembre 2025, alors que la rémunération dépend des modalités contractuelles et des soldes sur lesquels les intérêts sont calculés. Le rapport ne précise ni les encours moyens utilisés pour ces calculs, ni la période exacte de référence des rémunérations individuelles. Il ne permet donc pas de déterminer le rendement annuel effectif de chaque convention.
Des fonds cantonnés supérieurs de 81,4 milliards aux avoirs des clients
Les données de la COBAC révèlent également que les montants cantonnés dépassent les fonds reçus de la clientèle. Orange Money déclare 193 milliards de FCFA dans les banques pour 162,3 milliards reçus des utilisateurs, soit un taux de couverture de 119 %. Chez MTN MoMo, les 280 milliards cantonnés couvrent 229,3 milliards de fonds clients, ce qui porte le ratio à 122 %.
L’écart atteint ainsi 30,7 milliards de FCFA pour Orange Money et 50,7 milliards pour MTN MoMo, soit 81,4 milliards au total. Le rapport ne détaille pas la composition de ces montants supplémentaires. Ils ne peuvent, sur la seule base de ces données, être assimilés à des bénéfices ou à des ressources librement disponibles pour les deux sociétés.
La réglementation impose un rapprochement quotidien entre les fonds reçus des clients et les encours cantonnés. Elle prévoit également que les comptes soient séparés des autres comptes des établissements de paiement et que les sommes puissent être ventilées par titulaire. La rémunération bancaire intervient donc dans un dispositif destiné à assurer la conservation et la disponibilité des fonds nécessaires aux opérations des utilisateurs.
Reste à mesurer le poids réel des intérêts dans les résultats des deux établissements. Le rapport du CNEF publie les rémunérations perçues, mais ne donne pas leur traitement comptable détaillé, les charges associées, les prélèvements fiscaux éventuels ou leur contribution au résultat net. Il ne permet pas davantage d’établir l’existence ou le montant d’éventuels flux financiers entre les établissements de paiement et les sociétés de télécommunications auxquelles ils sont liés.
Cette activité financière s’inscrit dans un marché dont les volumes continuent d’augmenter. Selon le même rapport, la valeur des transactions réalisées par Orange Money et MTN MoMo au Cameroun a atteint 32 667 milliards de FCFA en 2025, en progression de 13,7 % sur un an. Orange Money représente 17 176 milliards de FCFA de transactions, contre 15 491 milliards pour MTN MoMo. Malgré ce volume de transactions supérieur, Orange Money affiche un encours de fonds cantonnés inférieur à celui de son concurrent à la fin de l’année. Les données disponibles ne permettent pas d’expliquer cet écart entre flux annuels et positions bancaires de clôture.
Baudouin Enama
Lire aussi :
04-10-2026 – MTN Cameroon : les fonds bloqués par des saisies judiciaires tombent à 2,34 milliards FCFA fin 2025
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les députés camerounais oseront-ils enfin demander des comptes au gouvernement ?

À quelques semaines de l’ouverture de la session budgétaire, un journaliste camerounais interpelle les députés sur leur capacité à défendre les intérêts des citoyens et à exercer un contrôle effectif sur l’action du gouvernement. L’examen du budget de l’État pour 2027 doit notamment permettre de débattre des priorités économiques et sociales du pays.
L’Assemblée nationale est convoquée en session ordinaire le 10 novembre à 11 heures, selon une annonce publiée sur le site officiel de l’institution. Les travaux doivent notamment porter sur le projet de loi de finances pour l’exercice 2027.
Dans une tribune intitulée « Novembre 2026 : le Parlement camerounais osera-t-il enfin choisir le peuple plutôt que le pouvoir ? », Charles Chacot Chime, qui se présente comme journaliste de veille, questionne la capacité des élus à faire entendre les préoccupations de leurs mandants face à une majorité parlementaire dominée par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir.
L’auteur estime que cette session constitue une occasion pour les députés de demander des explications sur l’utilisation des ressources publiques, d’interroger les choix budgétaires du gouvernement et de veiller à ce que les dépenses répondent davantage aux besoins des populations.
Lire la tribune de Charles Chacot Chime :
« NOVEMBRE 2026 : LE PARLEMENT CAMEROUNAIS OSERA-T-IL ENFIN CHOISIR LE PEUPLE PLUTÔT QUE LE POUVOIR ?
Le 10 novembre prochain, les députés reprennent le chemin de l’Assemblée nationale. Au menu, principalement, le budget de l’État pour l’exercice 2027. Mais au-delà des chiffres, des prévisions et des discours convenus, une question essentielle demeure : qui, dans cet hémicycle, osera enfin parler au nom du peuple et défendre véritablement ses intérêts ?
Une fois encore, les députés camerounais sont appelés à exercer leur mandat de représentants du peuple. Ils devront examiner les recettes de l’État, discuter des dépenses publiques et voter le budget qui déterminera, en partie, les conditions de vie de millions de Camerounais.
Mais avec quelle liberté de ton ? Avec quelle volonté de contrôle ? Et surtout, avec quelle détermination à défendre les intérêts de ceux qui les ont élus ? Le parlement camerounais est dominé par le RDPC, le parti au pouvoir. Depuis plus de quatre décennies, cette majorité accompagne la gouvernance du même système politique. Elle vote les lois, adopte les budgets et accorde, dans une large mesure, sa confiance au gouvernement.
Pourtant, le bilan est là, sous les yeux de tous. Comment comprendre qu’un pays doté d’immenses ressources naturelles, humaines et agricoles peine encore à garantir à une grande partie de sa population des conditions de vie dignes ? Comment expliquer la dégradation des services publics, les difficultés d’accès aux soins, le chômage persistant des jeunes, les infrastructures insuffisantes et les interminables promesses de développement ?
À quoi sert donc une majorité parlementaire aussi confortable si elle ne parvient pas à imposer les corrections nécessaires ? À quoi servent les lois si leur accumulation ne se traduit pas par une amélioration tangible du quotidien des citoyens ?
Le problème n’est pas seulement celui des hommes qui gouvernent. Il est aussi celui des institutions qui devraient les contrôler. Un Parlement qui vote sans véritablement questionner, qui approuve sans exiger des comptes et qui observe les dérives sans en tirer les conséquences finit par devenir un rouage du système plutôt qu’un contre-pouvoir.
Le Cameroun a-t-il encore un Parlement capable de se réveiller ?
La session budgétaire qui s’ouvre le 10 novembre offre une nouvelle occasion de rompre avec cette routine. Les députés auront-ils le courage d’interroger les priorités du gouvernement, d’exiger des explications sur l’utilisation des ressources publiques et de refuser les arbitrages budgétaires qui ignoreraient les urgences sociales ?
Le budget 2027 ne devrait pas être un simple exercice comptable. Il devrait répondre aux préoccupations concrètes des Camerounais : l’emploi, la santé, l’éducation, l’eau potable, l’électricité, les routes, le pouvoir d’achat et la lutte contre la corruption. Les chiffres annoncés ne valent que par les résultats qu’ils produiront dans la vie des citoyens.
Une autre question ne saurait être éludée : celle des élections législatives et municipales, dont le calendrier a été repoussé. Les députés aborderont-ils franchement cette question ? Demanderont-ils des éclaircissements sur les échéances électorales et sur les conditions permettant aux citoyens de renouveler leurs représentants ?
Ou préféreront-ils détourner le regard, au risque de donner le sentiment que la préservation de leurs positions importe davantage que le respect des attentes populaires ?
Car c’est bien là que se situe le véritable enjeu. Être député ne consiste pas seulement à occuper un siège, à bénéficier des privilèges attachés à une fonction ou à voter les textes préparés par l’exécutif. C’est porter la voix des citoyens, défendre leurs intérêts, dénoncer les injustices et demander des comptes à ceux qui exercent le pouvoir.
Le mandat parlementaire n’est pas un patrimoine personnel. Il est une responsabilité publique.
Après tant d’années de gouvernance du RDPC, un sursaut d’orgueil, de conscience et de patriotisme serait-il donc devenu impossible ?
Tous les signaux sont au rouge. Les difficultés s’accumulent, les frustrations grandissent et la confiance dans les institutions s’érode. Le pays donne trop souvent le sentiment d’avancer sans cap suffisamment lisible, pendant que les citoyens supportent le poids des défaillances de la gouvernance.
Le peuple est épuisé. Épuisé d’attendre, épuisé d’espérer, épuisé d’entendre des promesses qui peinent à se concrétiser.
Le 10 novembre, les députés auront donc rendez-vous avec bien plus qu’un budget. Ils auront rendez-vous avec leur conscience et avec l’histoire.
Parleront-ils enfin au nom du peuple et pour le peuple ? Oseront-ils défendre les citoyens, même lorsque cette défense exige de contredire leur propre camp ? Ou choisiront-ils, une fois de plus, de protéger leurs strapontins ?
L’heure n’est plus aux discours, mais à la responsabilité et à la reddition des comptes. »
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