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6,27 milliards FCFA de préjudice et 537 agents publics sanctionnés en 2025

Le rapport sur l’état de la corruption au Cameroun en 2025 révèle une hausse de 2,2 milliards de FCFA du préjudice financier subi par l’État, une baisse de 2 484 dénonciations et une légère augmentation des avoirs recouvrés au profit du Trésor public.
La lutte contre la corruption se poursuit d’année en année, mais l’état de la corruption reste préoccupant au Cameroun. C’est ce que révèle le 15è rapport sur l’État de la corruption, publié par la Commission nationale anti-corruption (Conac) le 08 octobre 2026.
Le document indique qu’entre 2024 et 2025, la commission enregistre un total de 8 036 dénonciations contre 10 520 en 2024. Pour une régression de 2 484 dénonciations. La commission explique cette diminution par la multiplication des lignes vertes au sein des administrations, lesquelles reçoivent aussi des dénonciations qui auraient pu se faire à la Conac.
Le traitement de ces dénonciations a amené la commission à mener 22 actions par voie d’intervention rapide, 02 cliniques anticorruption et 11 enquêtes approfondies. 17 dénonciations se sont avérées fondées et les suspects remis entre les mains de la justice. 23 autres individus pris en flagrant délits de corruption dans le cadre des cliniques ont fait l’objet d’enquêtes approfondies. Ces chiffres présentent le résultat des activités de prévention menées par la commission. Certaines ont abouti à la répression des infractions.
Dans le cadre de cette répression, le nombre d’administrations ayant infligé des sanctions a diminué, passant de 31 en 2024 à 18 en 2025. Mais le nombre d’agents publics sanctionnés a plutôt explosé, passant de 116 à 537 sur la même période. Pour ce qui est de la fraude aux examens, 116 étudiants écopent des sanctions. Par ailleurs, l’Ordre national des médecins du Cameroun a pris des mesures disciplinaires à l’encontre de sept de ses membres.
La lutte s’est étendue aux mesures contre le blanchiment d’argent des capitaux. A cet effet, l’Agence nationale d’investigation financière a reçu 1 764 déclarations d’opération suspectes contre 1 608 en 2024, soit une augmentation de de 156 cas. L’exploitation de ces déclarations a permis de révéler 169 cas de fraudes diverses liées à des flux financiers de plus de 761 006 236 FCFA ; six cas de détournement de biens publics d’un montant de 4 457 187 810 FCFA ; trois cas de mouvement de produits de la corruption d’une valeur de 179 039 444 FCFA.
Au terme de l’année de lutte contre la corruption, le préjudice financier subi par l’État du Cameroun à l’issue des enquêtes de la Conac, des décisions du Conseil de discipline budgétaire et financier et du Tribunal criminel spécial est évalué à 6 271 017 456 FCFA. Le montant évalué en 2025 est augmentation sur les 12 mois. En 2024, le préjudice financier subi par l’État était évalué à 4 061 806 711 FCFA. Soit une augmentation de 2 209 210 745 de FCFA par rapport à 2024.
Au cours de l’année 2025, la lutte contre la corruption a permis de recouvrer des avoirs issus de la corruption. Grâce à l’action conjuguée du Tribunal criminel spécial et de la Société de recouvrement des créances, un montant de 5 817 745 046 FCFA a été recouvré. Ainsi, sur la base du préjudice subi par l’État, il est indéniable que la situation de la corruption nécessite encore des efforts de lutte, en commençant par l’augmentation des contributions des entités souvent saisies par la CONAC.
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Financements innovants : l’État envisage de nouvelles prises de participation après 50 millions $ souscrits à Africa50

(Investir au Cameroun) – Le Cameroun envisage de nouvelles prises de participation au capital d’institutions financières internationales proposant des financements alternatifs. Cette orientation, inscrite dans la circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget 2027, intervient alors que l’État avait libéré, fin 2025, environ 27,8 millions de dollars (16,3 milliards de FCFA) sur les 50 millions de dollars (29,3 milliards de FCFA) souscrits au capital d’Africa50, une plateforme panafricaine d’investissement dans les infrastructures.
Au paragraphe 32 de la circulaire, le président Paul Biya demande qu’une telle prise de participation soit« encouragée », afin« d’assouplir les conditions d’accès à ces ressources et d’accroître le volume des financements à destination du Cameroun ». Le document ne désigne toutefois aucune institution susceptible d’accueillir ces nouveaux investissements et n’en précise ni le coût ni le calendrier.
Les états financiers 2025 d’Africa50, publiés le 28 août 2026, permettent de mesurer les capitaux déjà versés par le Cameroun. Au 31 décembre 2025, le pays avait libéré 25,023 millions de dollars (14,67 milliards de FCFA) auprès d’Africa50-Financement de projets et 2,780 millions de dollars (1,63 milliard de FCFA) auprès d’Africa50-Développement de projets. Ces versements représentent 55,6 % des 50 millions de dollars de souscription annoncés par le ministère de l’Économie en novembre 2024.
Rapporté à cette souscription, l’écart atteint environ 22,2 millions de dollars (13 milliards de FCFA). Ce calcul suppose que le montant souscrit n’a pas été modifié entre-temps. Il ne signifie pas que la totalité de cette somme était déjà exigible ou que le Cameroun accusait des retards de paiement.
L’intérêt financier de nouvelles participations dépendra des droits associés aux actions et des conditions d’intervention de chaque institution. En devenant actionnaire, l’État engage des capitaux, mais ne bénéficie pas automatiquement de prêts ou de financements préférentiels pour ses projets. La circulaire ne précise pas les avantages financiers particuliers que pourraient procurer les souscriptions envisagées.
Nachtigal : Africa50 a racheté 15 % du capital à l’État
Africa50 est déjà intervenue dans un projet camerounais. Le 4 décembre 2018, l’institution a annoncé l’acquisition de 15 % du capital de Nachtigal Hydro Power Company, société chargée de la centrale hydroélectrique de 420 MW. Cette opération a ramené la participation de l’État de 30 % à 15 %.
Une ordonnance présidentielle du 20 décembre 2018 a autorisé cette cession pour un prix maximum de 6 millions d’euros, soit environ 3,94 milliards de FCFA. Ce plafond légal ne permet cependant pas d’établir le montant effectivement encaissé par le Trésor.
Le gouvernement a ainsi cédé une partie de ses actions dans le projet Nachtigal à une institution dont il est lui-même actionnaire. Cette transaction ne démontre toutefois pas que sa participation au capital d’Africa50 lui a procuré des conditions de financement préférentielles.
Un autre précédent concerne Africa Finance Corporation (AFC). Le 20 juin 2023, l’institution a annoncé l’entrée de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) dans son capital, sans divulguer le montant de cet investissement. AFC indiquait alors avoir déjà investi plus de 300 millions de dollars (175,9 milliards de FCFA) dans les infrastructures camerounaises, notamment dans les projets Nachtigal et Sonara. Ces financements ne peuvent être attribués à l’arrivée de la CNPS parmi ses actionnaires. La participation de cette dernière relève, en outre, des placements d’un organisme public de sécurité sociale, distincts des investissements directement souscrits par l’État.
Pour 2027, la circulaire présidentielle maintient parallèlement la priorité aux projets financés par des emprunts concessionnels, assortis de conditions plus favorables que celles du marché. Les emprunts non concessionnels restent réservés aux projets présentant une rentabilité socioéconomique et financière suffisante, lorsqu’aucun financement concessionnel n’est disponible.
Baudouin Enama
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