Actualités locales
quand l’opposition applaudit sa propre disparition (OPINION)

Le débat politique camerounais autour de la lettre adressée par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, au Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) suscite une vive controverse. Dans une tribune, John Lawson estime qu’une partie de l’opposition et de la société civile commet une erreur en se réjouissant de ce qu’il présente comme une intervention administrative visant un concurrent politique.
Selon lui, cette attitude revient à « célébrer l’arbitraire », au risque de créer un précédent susceptible de se retourner demain contre ceux qui applaudissent aujourd’hui.
Dans son analyse, John Lawson conteste la base juridique de l’intervention du ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Il affirme notamment que l’administration aurait invoqué une loi qu’il juge inapplicable, transformé une transmission de documents en une demande soumise à son appréciation et répondu à une personne dont il conteste la qualité pour la saisir.
Lire la tribune ci-dessous :
« LE TRIOMPHE DE L’AVEUGLEMENT : QUAND L’OPPOSITION APPLAUDIT SA PROPRE DISPARITION
Il se passe quelque chose d’affligeant dans le débat politique camerounais depuis que le MINAT a adressé sa lettre au MRC. Une partie de l’opposition et de la société civile se réjouit. Elle célèbre. Elle partage les unes de presse. Elle commente avec des émojis triomphants. Elle voit dans l’intervention administrative d’Atanga Nji une victoire politique contre un concurrent.
Cette jubilation n’est pas seulement une faute politique. C’est une célébration de l’arbitraire. Et ceux qui applaudissent aujourd’hui n’ont pas compris une vérité simple : le filet qu’ils voient se refermer sur le MRC a la même destination pour tout le monde.
Ce que l’intervention du MINAT installe réellement
Regardons ce qui s’est passé avec précision. Le MINAT a utilisé une loi inapplicable pour refuser d’enregistrer les statuts d’un parti. Il a transformé une transmission obligatoire de documents en requête qu’il pouvait refuser. Il a répondu à un exclu sans qualité pour le saisir. Il a produit une lettre officielle huit mois après les faits — le jour même du délibéré judiciaire attendu. Et il a évité soigneusement la seule loi qui aurait pu juridiquement lui donner compétence.
Ce n’est pas une décision administrative ordinaire. C’est une intervention délibérée dans la vie interne d’un parti politique, construite sur des ambiguïtés juridiques fabriquées, calibrée pour produire un effet médiatique et judiciaire précis. C’est la mise à mort progressive de l’État de droit — et ce n’est pas seulement le MRC qui en est la cible.
Lorsque l’administration se permet de réinterpréter les lois, de contourner les délais légaux, d’intervenir dans la gouvernance interne des partis politiques, elle n’installe pas une décision ponctuelle. Elle installe une jurisprudence administrative autoritaire. Une jurisprudence qui pourra frapper n’importe quel parti demain — dès qu’il deviendra un peu trop ambitieux, un peu trop visible, un peu trop gênant pour le pouvoir en place.
Le syndrome du banc de poissons
Ceux qui applaudissent aujourd’hui souffrent de ce qu’on pourrait appeler le syndrome du banc de poissons. Chacun se réjouit de voir le filet se refermer sur son voisin, sans comprendre que la destination finale est la même pour tous. Le régime ne choisit pas ses cibles par affinité. Il les choisit par opportunité. Et quand l’arbitraire devient la règle, personne n’est protégé — ni les petits partis, ni les grandes formations, ni les voix critiques de la société civile.
À quelques mois des élections locales, se féliciter du non-respect des lois parce qu’il affaiblit un rival, c’est accepter que le filet puisse se refermer sur soi au moment le plus décisif. C’est valider un précédent dont on sera soi-même la prochaine victime.
Ce que la maturité démocratique exige
Il y a une distinction que la maturité démocratique impose et que trop peu d’acteurs politiques camerounais semblent capables de faire. On peut combattre le MRC politiquement — sur les idées, les programmes, les choix stratégiques, les résultats électoraux. C’est la compétition démocratique normale. Mais on doit défendre son droit d’exister légalement. Pas parce qu’on aime le MRC. Pas parce qu’on partage ses positions. Mais parce que défendre les règles du jeu, ce n’est pas défendre un parti — c’est défendre la seule condition qui permet à tous de concourir.
Sans règles, il n’y a plus de compétition. Il n’y a que des éliminations administratives. Et dans un système où les éliminations administratives remplacent le suffrage universel, personne ne gagne — sauf le régime qui orchestre les éliminations.
Ce que l’applaudissement révèle
Tant que l’opposition célébrera les coups administratifs du régime plutôt que de défendre les limites juridiques qui protègent tout le monde, elle restera la complice involontaire de sa propre disparition. Elle confirmera le rôle de figurant que le système lui a assigné — présente pour donner l’apparence de la démocratie, absente quand il s’agit d’en défendre les principes.
La démocratie n’est pas un bien partisan. C’est la condition de base d’un développement structurel, d’une alternance possible, d’une société où les règles protègent les faibles autant que les forts. Ceux qui l’oublient aujourd’hui en applaudissant l’arbitraire ne défendent pas leurs intérêts. Ils signent leur propre capitulation.
Une opposition qui applaudit l’arbitraire n’est plus une opposition. C’est une caution.
John Lawson — Décryptage politique Cameroun »
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