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Visa d’études, promesse d’emploi… comment des Camerounais se retrouvent au front russe

Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine s’éternise, des hommes africains en paient le prix fort. Le plus grand nombre de morts originaires d’Afrique dans ce conflit sont des Camerounais. Près de 1 000 d’entre eux ont péri en combattant aux côtés de la Russie. L’Ukraine reconnaît la présence d’Africains et d’autres étrangers dans son armée, mais affirme, contrairement à la Russie, respecter les normes internationales en matière de recrutement.
Selon Andrii Sybiha, ministre ukrainien des Affaires étrangères, « il est avéré que les Russes tentent d’enrôler davantage de citoyens africains dans leurs forces armées ». Il ajoute que même si l’Ukraine détient aujourd’hui la plupart de ces Africains comme prisonniers de guerre, « ils sont victimes de ces activités et de cette propagande russes illégales ».
M. Sybiha précise que certains d’entre eux étaient venus en Russie avec des visas d’études, mais se sont retrouvés au front. C’est précisément ce qui est arrivé à Dongmo Brice, dont nous avons relaté l’histoire en août 2025. Dongmo avait quitté le Cameroun à l’âge de 35 ans avec un visa d’études, comme sa sœur nous l’a confirmé en août 2025. Cependant, à cette date, Dongmo, alors âgé de 38 ans, était déjà porté disparu – sa famille n’a jamais revu son corps et les autorités russes n’ont fourni aucune explication.
« Je croyais qu’il plaisantait » : comment les Camerounais découvrent les possibilités de voyager en Russie
À l’instar de Brice Dongmo, d’autres Camerounais dont CNA a couvert l’histoire connaissent des situations similaires. Dongmo a appris l’existence de cette opportunité d’études en Russie par l’intermédiaire d’un ami, selon sa famille. Ils ignorent de qui il s’agissait et comment. La famille de Dongmo a appris la mort de leur fils en Russie grâce à un autre ami camerounais qui servait dans l’armée russe avec lui. Cet ami a appelé la famille de Dongmo pour les informer de son décès. Ngoran Franklin, un autre Camerounais qui a perdu la vie en Russie, s’était rendu dans un cybercafé à Yaoundé. Il y avait rempli des formulaires de recrutement, imprimé des documents et annoncé à la réceptionniste son départ pour la Russie.
La réceptionniste, qui était aussi une amie, confie à CNA qu’elle pensait que Franklin plaisantait, car il était d’un naturel jovial et enjoué. « J’étais sous le choc et sans voix quand j’ai appris qu’il avait réellement réalisé son rêve de s’engager dans l’armée russe, car je sais qu’il n’avait aucune expérience militaire. Je pensais qu’il plaisantait », explique-t-elle.
Franklin laisse derrière lui deux enfants. Sa femme était enceinte de leur deuxième enfant lorsqu’il s’occupait de ses papiers pour la Russie, et il n’a jamais pu voir son bébé.
On ignore quelle agence de recrutement russe ou quelle personne a aidé Franklin à se rendre en Russie, mais plusieurs entreprises russes recrutent des hommes en âge de s’engager (18 à 45 ans) au Cameroun.
La plupart semblent opérer dans l’ombre ou par des moyens détournés.
Comment opèrent exactement les recruteurs russes ?
Leur mode opératoire est très complexe et difficile à décrypter, mais il existe des preuves qu’un programme appelé « Initiative africaine », un projet d’information soutenu par Moscou visant à étendre l’influence russe sur le continent africain par le biais d’actions de proximité, des médias et de l’engagement civique, figure parmi les tactiques employées par les agents russes.
Selon un rapport de 48 pages du Cabinet du Premier ministre français intitulé « Initiative africaine : de la diplomatie publique aux opérations d’influence clandestines », publié en 2025, « Initiative africaine est dirigée par des individus soupçonnés, d’après plusieurs enquêtes de sources ouvertes, d’entretenir des liens avec les services de renseignement russes (RIS), ce qui laisse penser que cette structure est une façade, administrée officieusement par le RIS pour diffuser de la propagande ».
Selon le magazine Africa Defense Forum, « Initiative africaine est une plateforme en ligne étroitement liée à la tristement célèbre organisation de mercenaires russes anciennement connue sous le nom de Groupe Wagner, qui opère désormais sur le continent sous le contrôle du ministère russe de la Défense et sous le nom d’Africa Corps. »
L’Initiative africaine contribue à véhiculer une image positive de la Russie auprès des Camerounais, promouvant les intérêts russes et soutenant des programmes comme Alabuga, qui envoie des jeunes filles en Russie dans le cadre d’un échange culturel. Or, nombre d’entre elles se retrouvent, semble-t-il, dans l’industrie de la fabrication de drones, considérés comme des cibles légitimes par les forces ukrainiennes.
En août 2025, juste après avoir interviewé la sœur de Dongmo Brice, nous avons identifié une jeune Camerounaise qui se rendait en Russie dans le cadre du programme Alabuga. Elle a cependant refusé notre demande d’interview, affirmant savoir qu’il s’agissait d’un programme d’échange éducatif. Interrogée par téléphone sur sa conscience des risques encourus, elle a répondu par l’affirmative, laissant entendre qu’elle était peut-être consciente qu’il ne s’agissait pas d’un simple échange culturel, contrairement à ce qui est souvent présenté pour Alabuga.
L’agence de recrutement la plus clairement identifiée est Enangue Holdings, basée à Yaoundé et appartenant à Michel Ateba, un Camerounais installé à Paris. En mai 2026, la société a été sanctionnée par le gouvernement britannique « au motif qu’elle est ou a été impliquée dans la déstabilisation de l’Ukraine ou dans l’atteinte à son intégrité territoriale, sa souveraineté ou son indépendance, en apportant son soutien à des actions déstabilisatrices ou susceptibles de porter atteinte à son intégrité territoriale, sa souveraineté ou son indépendance ». Les autorités britanniques ont ajouté qu’« ENANGUE HOLDING a notamment participé au recrutement de ressortissants étrangers, principalement camerounais, pour le compte du programme Alabuga Start.
Ce programme russe recrute des personnes hors de Russie, généralement issues de milieux précaires, par des pratiques trompeuses, et les fait travailler dans la zone économique spéciale d’Alabuga, en République du Tatarstan. Ces personnes participent à la production de drones militaires au sein de cette zone, lesquels sont ensuite déployés en Ukraine comme véhicules d’attaque et de reconnaissance. »
CNA a tenté de contacter Enangue Holdings par l’intermédiaire d’un tiers, mais n’a jamais obtenu de réponse. La page Facebook de l’entreprise est toujours fonctionnelle mais semble inactive depuis le 22 février 2026, mais un numéro local camerounais d’Orange figurant sur la page est actif sur WhatsApp, ce qui suggère que ce moyen de communication est le principal outil de communication de l’entreprise.
Quelles sont les conséquences pour le Cameroun ?
Alors que l’agression russe contre l’Ukraine entre dans sa cinquième année, les conséquences dramatiques persistent et le lourd tribut humain est payé en grande partie par les Camerounais et d’autres Africains qui, en réalité, n’ont aucun intérêt à prendre parti dans ce conflit, mais qui se retrouvent malgré eux pris entre deux feux.
Eyong Blaise, journaliste indépendant camerounais collaborant régulièrement avec la BBC et la chaîne allemande DW, affirme que le recrutement continu de Camerounais révèle une corruption profonde au sein du gouvernement camerounais. Une mauvaise gouvernance qui pousse les citoyens à rejoindre une guerre que le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, qualifie de « billet sans retour pour la mort ».
Le recrutement de Camerounais dans la guerre menée par la Russie n’est pas seulement un enjeu de politique étrangère ; c’est aussi un problème de gouvernance nationale et de sensibilisation du public, en particulier pour les Camerounais. Il exige une surveillance accrue de la part des autorités camerounaises, un encadrement plus strict des programmes de recrutement à l’étranger et une campagne d’information continue sur les risques liés aux offres promettant des études, un emploi ou de meilleures perspectives économiques à l’étranger.
Les familles, les écoles et les responsables communautaires ont également un rôle à jouer pour aider les jeunes à évaluer ces opportunités avant de prendre des décisions qui changeront leur vie. Il serait illusoire d’affirmer que les Camerounais ne devraient jamais se rendre en Russie, tout comme il serait irréaliste de suggérer que tous les Russes approuvent les actions de leur gouvernement. Il est important de faire la distinction entre le gouvernement russe et sa population.
Cependant, tant que les vulnérabilités économiques et le manque d’information au Cameroun ne seront pas comblés, de nombreux jeunes Camerounais continueront probablement de tomber dans le piège de réseaux de recrutement trompeurs. Pour beaucoup, la promesse d’un avenir meilleur s’est transformée en un chemin de l’espoir au champ de bataille, un chemin dont beaucoup trop ne reviennent jamais.
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le 44è anniversaire de l’accession de Paul Biya s’annonce comme un tournant décisif

À quelques jours du 44e anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir, le 6 novembre, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) appelle à une remobilisation de ses militants, avec une attention particulière portée aux jeunes et aux femmes, en perspective des prochaines élections législatives et municipales.
Le 44e anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, célébré le 6 novembre prochain, se profile comme une nouvelle occasion pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de réaffirmer sa cohésion et de préparer ses militants aux prochaines échéances électorales.
Dans une tribune consacrée à cet anniversaire, Christophe Mien Zock, éditorialiste et directeur de publication du journal L’Action, estime que les convictions des partisans historiques du Renouveau restent solides, malgré les déceptions et les difficultés rencontrées au fil des années. Il appelle à préserver l’héritage politique engagé en 1982 et à maintenir la mobilisation autour du chef de l’État.
L’auteur reconnaît toutefois l’existence de tensions internes et de désillusions au sein du camp présidentiel. Il évoque notamment des « vicissitudes, des trahisons et des agendas obscurs », expressions également reprises dans la circulaire du secrétaire général du Comité central du RDPC à laquelle il se réfère.
Lire l’éditorial de Christophe Miem Zock :
Vers le 6 novembre…
C’est reparti comme en…44, pourrait-on être tenté d’écrire deux semaines avant la célébration du 44è anniversaire de l’accession de Paul BIYA à la magistrature suprême du Cameroun. Malgré le temps qui passe, l’ardeur, l’entrain, l’enthousiasme et l’engagement demeurent intacts du côté des partisans et des sympathisants de la première heure du Renouveau. Ces convictions sont malheureusement ébranlées par les désillusions, les épreuves et les déboires en tous genres.
Aujourd’hui plus qu’hier, il faut avoir un moral à toute épreuve pour rester fidèle aux options de départ du Renouveau, surtout au regard des coups de boutoir et de canifs que certains s’acharnent, surtout de l’intérieur, à donner à cette grande espérance que fut ce projet politique en 1982 et qui garde toute sa pertinence, son intérêt et son acuité dans le contexte politique camerounais. L’essentiel est que les indécis et les déviationnistes ne soient jamais plus nombreux que les fidèles et les loyalistes. La masse critique doit toujours peser davantage sur la balance.
Pour autant, rien n’est perdu; malgré le contexte et les épreuves, l’espoir demeure; la flamme a souvent vacillé mais reste allumée; le roseau a parfois plié mais il n’a jamais rompu. Le Renouveau reste une idée, un idéal qui est devenu progressivement réalité dans les mentalités et les pratiques. Les idées ne meurent pas en dépit de l’acharnement et de l’hostilité des adversaires.
La circulaire de circonstance publiée par le Secrétaire général du Comité central la semaine dernière, vient le rappeler opportunément. Malgré « les vicissitudes, les trahisons et les agendas obscurs », l’heure devrait être à « l’optimisme, à la fierté et à la sérénité » pour célébrer le 44è anniversaire du Renouveau dans le cadre d’une vaste mobilisation derrière le président Paul BIYA. En ce début d’un septennat très particulier et à la veille d’importantes échéances électorales, la célébration annoncée le 6 novembre prochain revêt du coup un cachet et un parfum singuliers.
Il faut « réenchanter » le Renouveau dans ses pratiques et « réinitialiser » ses codes avec des acteurs porteurs d’avenir et d’espérances. Voilà pourquoi dans sa circulaire, le Secrétaire général interpelle directement les femmes et les jeunes.
S’adressant particulièrement à eux, il écrit : « à la jeunesse, force vive et majoritaire de la Nation et aux femmes, piliers de la résilience et soutiens loyaux de la République, le Parti rappelle aujourd’hui avec fierté que le 8è mandat du Président Paul BIYA est le vôtre. Nous continuerons à le traduire dans les faits, notamment lors des prochaines élections législatives et municipales auxquelles nous vous convions à vous préparer activement et efficacement afin de conquérir vos places. Les progrès en cours se conjuguent au futur, et ce futur vous appartient. Ne cédez pas au découragement. Que cet anniversaire soit pour vous une fête de l’espoir. »
Autrement dit, le Parti réaffirme sa volonté et sa détermination à faire plus de place aux femmes et aux jeunes dans ses listes de candidats lors des prochaines échéances. Il leur renouvelle sa confiance tout en leur demandant de prendre leurs responsabilités. « Battez-vous, osez, rien ne vous sera offert sur un plateau d’argent ». Sous ce prisme et fort de cet engagement des instances dirigeantes du Parti à l’égard des femmes et des jeunes, le 44è anniversaire de l’accession de Paul BIYA s’annonce comme un tournant décisif; un saut générationnel en perspective pour que la flamme du Renouveau se transmette de génération en génération malgré les « trahisons et les agendas obscurs ».
On peut combattre une idée ou retarder sa diffusion mais on ne peut pas la tuer. C’est pourquoi on peut se permettre d’écrire, s’agissant du Renouveau: c’est reparti comme en 44!
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Suspension du FSNC : le MANIDEM dénonce une « embuscade politique »
Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) condamne la suspension du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) pour trois […]
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« les camerounais peuvent encore se parler »

La présidente du MRC Tiriane Balbine Noah pense que le respect de la Constitution de 1996 aiderait le Cameroun à se porter bien.
Tiriane Balbine Noah réaffirme que le Cameroun n’est pas bien. La présidente du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) appelle au respect de la Constitution de 1996.
« Le Cameroun va mal, très mal. Il est au bord d’une implosion générale. Je reste convaincue que les Camerounais peuvent encore se parler pour éviter le pire. Cela passe par le strict respect de la Constitution du 18 janvier 1996 : constater la vacance du pouvoir, faire assurer l’intérim, adopter un Code électoral consensuel avant la présidentielle. Et convoquer le corps électoral dans les délais légaux : les législatives et municipales ne sont pas une faveur du pouvoir, elles sont une obligation de la loi. Nous avons une nation à bâtir et un Cameroun à construire. Le reste, c’est le reste », écrit-elle.
Il est à rappeler qu’elle vient de signer une déclaration. Et dans ladite déclaration, elle demande à l’Union africaine, l’Onu, tous les partenaires du Cameroun ainsi que l’Union européenne d’intervenir pour éviter une guerre civile dans le pays.

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