Actualités locales
Boissons : UCB-Kadji vise 5 millions d’hectolitres par an pour bousculer la domination de la SABC

(Investir au Cameroun) – L’Union camerounaise de brasseries (UCB) veut changer d’échelle dans un marché local dominé par la Société anonyme des boissons du Cameroun (SABC), filiale du groupe Castel. Le brasseur du groupe Kadji affirme viser une production de 5 millions d’hectolitres à l’horizon 2030, contre 3 millions actuellement, soit une progression attendue de 66,7 %. L’annonce a été faite le 2 juillet 2026 à Douala, lors de la présentation de la nouvelle identité de Kadji Beer, sa principale boisson alcoolisée, désormais rebaptisée Kadji.
Derrière ce changement de nom et d’habillage, UCB ne cherche pas seulement à moderniser l’image de sa bière historique. Le groupe veut accompagner sa montée en puissance industrielle, élargir sa base de consommateurs et renforcer sa position face à un concurrent qui conserve une avance importante en capacités de production, en réseau de distribution et en poids financier.
Kadji Beer devient Kadji pour rajeunir son image
Lancée il y a 27 ans, Kadji Beer entre ainsi dans une nouvelle phase commerciale. Selon UCB, la marque conserve sa recette et sa qualité, mais adopte une identité plus sobre et plus contemporaine.
« Ce rebranding marque une nouvelle ère pour la marque, celle d’une bière nationale iconique qui choisit d’évoluer avec son temps, sans jamais renoncer à ce qui l’a rendue unique. La recette et la qualité restent inchangées », a expliqué Francis Mbongue, directeur marketing et innovations d’UCB.
Cette évolution traduit un repositionnement assumé. En raccourcissant Kadji Beer en Kadji, le brasseur cherche à renforcer la mémorisation de la marque, à la rendre plus accessible auprès des jeunes consommateurs et à l’installer comme un produit plus moderne, sans rompre avec son ancrage historique.
L’usine du Moungo comme levier industriel
Ce rebranding intervient quelques semaines après la mise en service de la nouvelle usine du Moungo, près de Douala. L’investissement est estimé à environ 100 milliards de FCFA. Cette unité est dédiée notamment au conditionnement en canettes de Kadji et de boissons énergisantes.
Elle affiche une capacité annuelle annoncée de 2 millions d’hectolitres, soit un volume comparable à celui de l’usine historique du groupe, implantée dans la zone industrielle de Bassa, à Douala. Selon UCB, la nouvelle infrastructure est conçue pour accueillir une quinzaine de chaînes de production. Pour l’instant, deux chaînes sont déjà installées.
Cette usine doit permettre au groupe Kadji de sécuriser sa montée en capacité, de diversifier ses formats de conditionnement et de mieux répondre à l’évolution de la demande, notamment sur les canettes, un segment devenu stratégique dans l’industrie des boissons.
L’objectif de 5 millions d’hectolitres en 2030 repose donc sur une double logique : augmenter les volumes produits et renforcer la compétitivité commerciale d’UCB dans un marché où la bataille se joue autant sur les prix, la disponibilité des produits, la distribution que sur l’image de marque.
Une ambition qui dépasse le Cameroun
La stratégie d’UCB ne se limite plus au marché camerounais. Le groupe Kadji a inauguré en mars 2026 une usine de production à Aba, au Nigeria, pour un investissement évalué à environ 20 milliards de FCFA. Il envisage également l’ouverture d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, appelé à servir de hub régional pour ses ambitions ouest-africaines.
Cette projection régionale est centrale. Le marché camerounais reste important, mais il est fortement concurrentiel et largement dominé par SABC. Pour changer véritablement d’échelle, UCB devra donc consolider sa base locale tout en réussissant son implantation dans des marchés plus vastes, notamment le Nigeria, première économie d’Afrique de l’Ouest par la taille de son marché intérieur.
Le passage de 3 millions à 5 millions d’hectolitres ne sera donc pas seulement un enjeu industriel. Il supposera aussi une capacité à écouler ces volumes, à densifier les circuits de distribution, à adapter les produits aux préférences locales et à soutenir durablement l’effort marketing dans plusieurs pays.
Face à Castel, la bataille des volumes s’intensifie
Ces annonces interviennent dans un contexte de marché brassicole local dominé par SABC, filiale du groupe français Castel. Cette position s’est renforcée après le rachat de Guinness Cameroun, opération à laquelle UCB s’était opposée.
Face à ce concurrent historique, UCB revendique une part de marché d’environ 16 % en volume. Porter la production à 5 millions d’hectolitres d’ici 2030 reviendrait donc, pour le brasseur camerounais, à consolider significativement sa place dans le secteur et à réduire l’écart avec le leader.
Mais l’ambition reste exigeante. Elle suppose de réussir la montée en puissance de l’usine du Moungo, de sécuriser l’approvisionnement en matières premières locales, notamment le malt de sorgho, de maintenir la qualité des produits et de soutenir une présence commerciale plus agressive dans les points de vente.
Elle suppose aussi de transformer le rebranding de Kadji en véritable levier de croissance. Une nouvelle identité visuelle peut renforcer l’attractivité d’une marque, mais elle ne suffit pas à elle seule à gagner des parts de marché. Dans l’industrie brassicole, la disponibilité du produit, la maîtrise des coûts, la profondeur du réseau de distribution et la puissance promotionnelle restent déterminantes.
Un pari industriel et commercial
L’ambition affichée par UCB traduit la confiance du groupe Kadji dans le potentiel du marché camerounais et ouest-africain. Elle marque aussi une volonté de ne pas laisser Castel installer seul les standards du secteur après l’intégration de Guinness Cameroun dans son périmètre.
Mais le pari reste ouvert. Le passage à 5 millions d’hectolitres d’ici 2030 exigera plus qu’une nouvelle usine et une nouvelle identité de marque. UCB devra prouver sa capacité à produire davantage, vendre plus, distribuer mieux et défendre ses marges dans un environnement concurrentiel dominé par un acteur aux moyens industriels et financiers considérables.
Le rebranding de Kadji apparaît ainsi comme la partie visible d’une stratégie plus large. Pour le groupe Kadji, l’enjeu n’est plus seulement de moderniser une bière historique. Il est de transformer UCB en véritable challenger régional dans l’industrie des boissons.
Frederic Nonos
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Actualités locales
Riz de Ndop : 4 milliards FCFA pour tenter de porter la production de l’UNVDA de 21 000 à 100 000 tonnes par an

(Investir au Cameroun) – Le gouvernement veut faire de Ndop l’un des pôles de relance de la riziculture camerounaise. Le 2 juillet 2026, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, a effectué une visite d’inspection à l’Upper Noun Valley Development Authority (UNVDA), dans la région du Nord-Ouest, en compagnie du président du Conseil régional, le Pr Fru Angwafo III. Au centre de cette descente : la mise en service de nouveaux équipements de production et de transformation du riz, présentés comme un investissement de plus de 4 milliards FCFA.
L’objectif affiché est ambitieux : porter la production annuelle de l’UNVDA de 21 000 tonnes actuellement à 100 000 tonnes par an. Cela représenterait une hausse de 79 000 tonnes, soit une multiplication par près de cinq. Mais cette trajectoire ne dépend pas uniquement de la modernisation de l’outil industriel. Elle suppose aussi l’extension effective des superficies cultivées, la disponibilité des intrants, le renforcement de l’irrigation, l’organisation des producteurs et la capacité de l’UNVDA à acheter, transformer et commercialiser le paddy produit dans les plaines de Ndop.
Une capacité industrielle renforcée, mais une production encore à prouver
Les équipements nouvellement installés sont annoncés avec une capacité de traitement pouvant atteindre 20 tonnes de riz paddy par heure. Cette mise à niveau constitue une rupture pour une structure longtemps freinée par la vétusté de son parc industriel. Elle devrait permettre de réduire les goulets d’étranglement dans la transformation, d’améliorer la qualité du riz commercialisé et d’absorber des volumes plus importants de paddy.
Mais la prudence s’impose. Une capacité de décorticage ou de transformation ne se traduit pas mécaniquement par une hausse équivalente de la production agricole. Le défi de l’UNVDA reste d’abord foncier, hydraulique et productif. L’organisme dispose d’un potentiel foncier important dans les plaines de Ndop, mais seule une partie des terres disponibles est effectivement aménagée pour la riziculture. Tant que les superficies irriguées, les pistes rurales, les semences, les engrais et les mécanismes d’encadrement des producteurs ne suivent pas, la capacité industrielle risque de fonctionner en deçà de son potentiel.
Cette réserve rejoint les propres diagnostics du Minader sur la filière riz. Dans une présentation consacrée à l’import-substitution, le ministère identifie parmi les contraintes du secteur les pertes post-récolte, la« sous-capacité des unités de décorticage », la vétusté des infrastructures de stockage, le coût élevé des intrants, le déficit de semences à haut rendement, la faible mécanisation et l’insuffisance des périmètres irrigués. Autrement dit, l’investissement de Ndop répond à une contrainte réelle, mais il ne suffira pas, à lui seul, à régler l’ensemble de l’équation rizicole.
Le riz, un poste lourd de la facture alimentaire
L’enjeu dépasse le seul bassin de production de Ndop. Le Cameroun reste structurellement dépendant des importations de riz, malgré les discours récurrents sur l’import-substitution. Selon l’Institut national de la statistique, les importations de céréales ont atteint 466,9 milliards FCFA en 2025, en baisse de 14,1 % sur un an, mais elles représentaient encore 8,9 % des dépenses totales d’importation du pays. Dans cet ensemble, le riz demeure le principal poste céréalier importé : l’INS indique que sa facture s’élève à« 268,7 milliards de FCFA », soit 5,1 % des dépenses d’importation, malgré un recul de 15,6 % par rapport à 2024.
C’est ce poids dans la balance commerciale qui donne une portée économique à l’investissement de Ndop. En renforçant la capacité de transformation de l’UNVDA, les pouvoirs publics cherchent à augmenter l’offre locale de riz, à réduire progressivement les achats extérieurs et à créer plus de valeur dans les bassins de production. La logique s’inscrit dans la stratégie d’import-substitution portée par le gouvernement, qui vise notamment, selon le Minader, à« accroître la productivité, la production et la compétitivité des produits agricoles ».
Encore faut-il que la montée en puissance de l’UNVDA soit compétitive face au riz importé, notamment asiatique. Le riz local devra être disponible en volumes suffisants, de qualité régulière, bien conditionné et vendu à un prix acceptable pour les ménages. Sans cela, la modernisation de l’outil industriel ne suffira pas à déplacer durablement les habitudes de consommation.
Intrants, prix d’achat et sécurité : les conditions du pari
Sur le terrain, les producteurs accueillent favorablement l’arrivée des nouveaux équipements. Ils y voient la possibilité de réduire les délais de transformation, d’améliorer l’accès aux installations industrielles et de mieux valoriser leur paddy. Mais plusieurs conditions restent déterminantes : le prix d’achat au producteur, l’accès aux engrais et aux semences, la disponibilité des équipements agricoles, la réhabilitation des pistes et la capacité de l’UNVDA à acheter les volumes produits au bon moment.
La question sécuritaire constitue un autre facteur de risque. Située dans le Nord-Ouest, l’UNVDA évolue dans une région affectée depuis 2017 par la crise anglophone. Même si Ndop conserve un potentiel agricole important, l’accès aux exploitations, la mobilité des producteurs, la circulation des intrants et l’acheminement du riz vers les marchés restent sensibles au contexte local. Dans ces conditions, la présence du président du Conseil régional aux côtés du ministre traduit une volonté d’arrimer le projet à une dynamique territoriale. Mais le succès économique du programme dépendra moins du signal politique que de sa capacité à sécuriser la chaîne de production.
L’investissement de plus de 4 milliards FCFA marque donc une étape importante pour l’UNVDA. Il modernise un outil industriel longtemps limité et place Ndop au cœur de l’ambition nationale de relance du riz local. Mais le passage de 21 000 à 100 000 tonnes par an reste un objectif à démontrer. Pour y parvenir, l’État devra prouver que la modernisation de l’usine s’accompagne d’une hausse réelle de la production agricole, d’un meilleur revenu pour les producteurs et d’une offre locale capable de peser face au riz importé.
Ludovic Amara
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