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Jean Claude Mbede adresse une lettre ouverte à Maurice Kamto et Issa Tchiroma

LETTRE OUVERTE À MM. MAURICE KAMTO ET ISSA TCHIROMA
Objet: Appel à la Grande Jonction pour le Salut du Cameroun
Messieurs les Présidents,
En ma qualité de citoyen engagé, témoin des sacrifices consentis par le peuple camerounais et porte-voix des aspirations à un changement véritable, je me permets de vous adresser cette lettre à la lumière des récents séismes politiques qui secouent notre pays.
Depuis l’élection présidentielle d’octobre 2025, le Cameroun se trouve à la croisée des chemins. Les résultats, bien que détournés par la force armée d’un régime aux abois, ont révélé une vérité incontestable : la légitimité repose aujourd’hui sur la dynamique de changement que vous incarnez, chacun à sa manière.
À vous, Monsieur le Président Issa Tchiroma,
Nul n’ignore plus le prix que vous avez payé. Victime d’un triple massacre — celui de vos partisans fauchés dans les rues, celui de vos boucliers humains à Garoua, et cette lâche tentative d’assassinat à Kano qui vous a contraint à l’exil pour préserver la flamme de la lutte — vous incarnez la victoire spoliée par la barbarie institutionnelle. Votre survie n’est pas une fuite, mais une nécessité stratégique pour que le combat ne meure pas avec vous.
Dix années de sensibilisation et de résistance ont labouré le terrain sur lequel la victoire de 2025 a pu germer. Votre rôle est historique, même si l’histoire retiendra que l’absence d’un soutien officiel à la candidature d’Issa Tchiroma en octobre dernier fut une erreur stratégique majeure.
Messieurs, l’heure n’est plus aux récriminations, mais à la responsabilité.
Aujourd’hui, vos destins sont indissociables. L’un a connu la prison, l’autre l’exil. Mais le temps est votre ennemi commun. Vous n’êtes plus assez jeunes pour engager le pays dans une guerre d’usure de dix ans. Vous n’êtes pas le futur lointain ; vous êtes la Transition immédiate.
Le peuple camerounais est lassé des divisions entretenues par des bases parfois extrémistes. Un homme d’État doit savoir désobéir à sa propre base lorsqu’il s’agit de prendre des décisions salutaires pour la Nation. Le régime de Yaoundé ne prospère que sur nos querelles.
Nous vous appelons donc solennellement à :
- Vous rencontrer et vous parler sans délai pour afficher une union sacrée qui redonnera espoir aux Camerounais.
- Organiser les États Généraux de l’Opposition en Diaspora, afin de bâtir une plateforme commune et un bloc historique en vue des prochaines échéances législatives.
- Conjuguer vos efforts diplomatiques : le dialogue national que M. Tchiroma sollicite auprès du Vatican doit rejoindre la pression que M. Kamto exerce sur l’Union Africaine contre les tripatouillages constitutionnels.
Le passage récent du Pape et le désaveu massif du régime actuel sont des signes que nous ne pouvons ignorer. Le peuple a fait sa part en vous portant ; faites la vôtre en vous unissant.
L’avenir de la transition et la survie de notre nation dépendent de votre capacité à faire la paix pour offrir au Cameroun la paix qu’il mérite.
Respectueusement,
Jean Claude Mbede Fouda
Journaliste
Diplomate de la Solidarité Internationale
Technocrate politique
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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