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Pétrole : un baril à 100 dollars pourrait rapporter 180 milliards de FCFA de plus au Cameroun

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Pétrole : un baril à 100 dollars pourrait rapporter 180 milliards de FCFA de plus au Cameroun
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(Investir au Cameroun) – La flambée des tensions au Moyen-Orient pourrait offrir au Cameroun un répit budgétaire aussi réel que fragile. Dans une analyse consacrée aux répercussions économiques du conflit impliquant l’Iran, le ministère des Finances estime qu’un maintien durable du pétrole à un niveau élevé soutiendrait sensiblement les recettes publiques en 2026.

Selon ce document, « si les prix du pétrole s’établissent à 100 dollars en moyenne sur l’ensemble de l’année 2026, le surplus sur les recettes pétrolières (…) serait de l’ordre de 180 milliards », comparativement aux hypothèses retenues dans la loi de finances. Ce supplément de ressources proviendrait essentiellement de la redevance versée par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de l’impôt sur les sociétés pétrolières.

Cette projection intervient alors que les marchés pétroliers réagissent vivement à la montée des risques géopolitiques autour de l’Iran. Dès la veille des opérations militaires américano-israéliennes, les cours ont commencé à se tendre. Le Brent est ainsi passé de 71 à 73 dollars le baril en une journée, avant d’atteindre 81,8 dollars le 3 mars 2026, puis de franchir le seuil des 90 dollars le 6 mars.

Dans les scénarios désormais envisagés par plusieurs analystes, les prix pourraient évoluer dans une fourchette de 90 à 100 dollars. En cas de perturbation prolongée des approvisionnements mondiaux ou d’attaques ciblant les infrastructures énergétiques, un pic à 150 dollars n’est pas exclu.

Pour le Cameroun, exportateur de brut, la conséquence immédiate est connue : lorsque les cours montent, les recettes pétrolières suivent. À court terme, l’État bénéficie donc d’un surcroît de revenus. Sur le papier, le choc externe peut ainsi apparaître comme une bouffée d’oxygène pour des finances publiques sous tension.

Le revers de la rente

Mais cette amélioration potentielle ne saurait masquer l’autre versant de l’équation. Le même ministère prévient que « le montant des subventions des prix des carburants à la pompe augmenterait, mais à un rythme moins important que celui des recettes pétrolières ».

Cette précision résume toute l’ambivalence du cas camerounais. Le pays produit du pétrole brut, mais demeure importateur de produits raffinés. Autrement dit, la hausse des cours internationaux gonfle à la fois les recettes d’exportation et la facture énergétique. Ce que l’État gagne d’un côté, il peut en partie le reperdre de l’autre.

Le choc pétrolier n’est donc pas un dividende automatique. Il alourdit aussi les charges publiques, directement par le biais des subventions, et indirectement à travers le renchérissement des importations.

Les chiffres récents retracent cette vulnérabilité. Après avoir progressé de 48,4% en 2021 pour atteindre 1 223 milliards de FCFA, puis de 75,6% en 2022 à 2 147 milliards, les exportations d’hydrocarbures ont ensuite reflué pour se situer à 1 056 milliards en 2025, selon le rapport.

La même trajectoire s’observe sur les recettes tirées du secteur. Les redevances pétrolières sont passées de 774,5 milliards de FCFA en 2022 à 530 milliards en 2024. Quant à l’impôt sur les sociétés pétrolières, il a atteint 254,2 milliards en 2023, contre 73,2 milliards en 2021.

Dans le même temps, la facture des importations de carburants a fortement augmenté. Elle a culminé à 1 128 milliards de FCFA en 2023, avant de retomber à 788 milliards en 2025, à la faveur du reflux des cours mondiaux. Une partie de cette charge a été absorbée par l’État. Les subventions aux carburants ont ainsi atteint 460 milliards de FCFA en 2023, puis 231 milliards en 2024, malgré deux relèvements des prix à la pompe.

Risque d’une pression inflationniste diffuse

Au-delà des seuls équilibres budgétaires, le ministère des Finances attire l’attention sur un risque plus diffus, mais potentiellement plus durable : la transmission du choc énergétique à l’ensemble de l’économie. « Quand les prix de l’énergie et du transport maritime augmentent, les coûts se diffusent à l’ensemble de la chaîne de valeur. Le principal défi pour le Cameroun est le renchérissement de ses prix à l’importation, qui pourraient se répercuter sur les prix domestiques », souligne le rapport.

Le risque est clair : une nouvelle poussée des cours du pétrole ne pèserait pas uniquement sur les comptes publics. Elle pourrait aussi alimenter les tensions inflationnistes, fragiliser le pouvoir d’achat des ménages et augmenter les coûts de production des entreprises. En d’autres termes, le bénéfice budgétaire immédiat pourrait être contrebalancé par une détérioration plus large de l’environnement économique.

L’analyse du ministère met ainsi en lumière une réalité moins simple qu’il n’y paraît. Oui, un baril à 100 dollars pourrait procurer au Cameroun un supplément substantiel de recettes. Mais ce surcroît ne constituerait pas un gain net intégral. Il serait partiellement absorbé par la hausse des subventions, l’alourdissement de la facture des carburants importés et les effets secondaires sur les prix intérieurs.

Dans une économie structurellement exposée aux soubresauts du marché pétrolier, la vraie question n’est donc pas seulement celle du niveau du baril. Elle est aussi celle de la capacité de l’État à transformer une rente conjoncturelle en avantage budgétaire réel, sans laisser le choc extérieur se diffuser au reste de l’économie.

Amina Malloum

Lire aussi :

09-04-2026 – Iran-Golfe : le déficit commercial du Cameroun recule à 156,7 milliards de FCFA, mais la dépendance énergétique demeure

17-03-2026 – Produits pétroliers : le Cameroun réajuste son schéma d’importation sous le choc Iran-Israël-États-Unis

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »
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Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.

Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.

« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.

Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.

Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :

« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille

Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.

Une distraction regrettable

L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.

Le clash comme programme

Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».

Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.

Qui profite du bruit ?

La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.

C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.

Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.

À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF

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