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Gaz naturel : les livraisons de Gaz du Cameroun aux industriels de Douala chutent de 63 % en 2024

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Gaz naturel : les livraisons de Gaz du Cameroun aux industriels de Douala chutent de 63 % en 2024
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(Investir au Cameroun) – Les livraisons de gaz naturel de Gaz du Cameroun (GDC) aux industriels de Douala ont fortement reculé en 2024. Selon le magazine d’information de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), elles se sont établies à 35,57 millions de mètres cubes sur l’ensemble de l’année, en baisse de 62,92 % par rapport à 2023. D’après la même source, ce repli s’explique principalement par la déconnexion de plusieurs entreprises industrielles du réseau de distribution de gaz, ainsi que par des travaux de maintenance réalisés sur les infrastructures de l’opérateur.

Cette contre-performance intervient dans un contexte marqué par de fortes tensions sur les coûts de l’énergie pour les industriels. En mai 2023, GDC, filiale camerounaise du groupe britannique Victoria Oil & Gas (VOG), exploitant les champs gaziers de Logbaba dans la région du Littoral, avait annoncé à ses clients une hausse de 20 % du prix du gaz naturel, applicable à compter du 1er juin 2023. L’entreprise présentait alors cette revalorisation, la première en dix ans, comme une réponse à la hausse de ses coûts opérationnels, dans un environnement économique international défavorable.

Cette augmentation est intervenue alors même que les industriels faisaient déjà face à un alourdissement de leurs charges énergétiques. La loi de finances 2023 a notamment introduit une taxe spéciale sur les produits pétroliers (TSPP) applicable au gaz naturel, fixée à 70 FCFA par mètre cube consommé. Dans le même temps, les tarifs de l’électricité pour les grands comptes ont été relevés d’environ 30 %, tandis que les prix des carburants ont enregistré des hausses allant de 15,8 % à 36,5 %.

Un différend sur la procédure de fixation des prix

La décision de GDC de relever ses tarifs a rapidement donné lieu à un différend avec les pouvoirs publics. Dans une lettre adressée le 30 mai 2023 au directeur général de l’entreprise, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a rappelé que toute révision du prix du gaz naturel commercialisé sur le marché domestique est soumise à une procédure d’homologation préalable.

Le membre du gouvernement s’appuyait notamment sur les dispositions du décret n°2023/232 du 4 mai 2023 fixant les modalités d’application de la loi n°2019/008 du 25 avril 2019 portant Code pétrolier. En son article 115, alinéa 2-a, ce texte prévoit que le prix des hydrocarbures gazeux vendus sur le marché domestique est soumis à homologation préalable par le ministre chargé des prix, en l’occurrence le ministre du Commerce.

Dans sa correspondance, Luc Magloire Mbarga Atangana demandait ainsi à GDC de surseoir à sa décision d’augmentation et de transmettre à son département ministériel le dossier technique y afférent pour instruction. En clair, le gouvernement contestait la régularité de cette hausse tarifaire en l’absence de validation préalable par l’autorité compétente.

Une hausse maintenue malgré les contestations

Malgré cette mise en garde, GDC a maintenu sa décision, invoquant la nécessité de couvrir la progression de ses charges d’exploitation. Cette position a suscité les protestations des industriels, qui dénonçaient à la fois une entorse à la procédure en vigueur et un non-respect des clauses contractuelles.

Dans une lettre datée du 6 juin 2023 et adressée au président du Groupement des consommateurs de gaz à usage industriel, le directeur général de GDC, Éric Friend, indiquait ainsi que l’entreprise prenait acte du rejet exprimé par ses clients, tout en confirmant le maintien de la hausse, au motif de l’augmentation des coûts opérationnels.

Face à l’impasse, le dossier a finalement été porté au plus haut niveau de l’État. Dans un courrier daté du 29 août 2023, adressé au directeur général de GDC, le ministre du Commerce indique en effet que l’affaire a été soumise à la « haute sanction de la hiérarchie », excluant toute initiative prise en dehors de ce cadre. À travers cette formulation, l’autorité administrative signifiait que le règlement du différend relevait désormais du sommet de l’État.

Une clientèle industrielle en repli

Au-delà du contentieux réglementaire, un acteur du secteur explique que GDC aurait progressivement perdu une part importante de sa clientèle industrielle à la suite de la hausse des prix et de difficultés de production. « À un moment, ils ont augmenté les prix, puis ils ont rencontré des problèmes de production », confie cette source.

Dans ce contexte, plusieurs industriels se seraient tournés vers d’autres solutions énergétiques, notamment le gasoil et le GPL. Sur le segment du GPL industriel, des opérateurs comme Tradex ou Aza Afrigaz proposent désormais des offres adaptées aux besoins des entreprises.

Au total, la forte baisse des livraisons enregistrée en 2024 semble traduire une recomposition plus profonde du marché énergétique industriel à Douala. Entre hausse des coûts, incertitudes sur l’approvisionnement et diversification des sources d’énergie, de nombreux industriels ont progressivement réorienté leurs arbitrages vers des solutions jugées plus flexibles et plus sécurisées. Pour Gaz du Cameroun, l’enjeu ne se limite donc plus à la reprise des volumes : il s’agit aussi de restaurer la confiance d’une partie de sa clientèle industrielle.

Amina Malloum

Lire aussi:

16-06-2023 – Hausse des prix du gaz naturel : le ministre du Commerce réitère son rappel à l’ordre à Gaz du Cameroun

22-05-2023 – Gaz du Cameroun augmente ses tarifs de 20% et accentue la pression sur les coûts de production des industriels

29-06-2023 – Prix du gaz : SABC, UCB, Chococam, Panzani, Agrocam, Sasel et SCTB engagent un bras de fer avec Gaz du Cameroun

30-08-2023 – Tarifs du gaz industriel : le ministre du Commerce s’en remet à l’arbitrage de Paul Biya, face à la défiance de GDC

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »
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Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.

Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.

« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.

Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.

Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :

« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille

Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.

Une distraction regrettable

L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.

Le clash comme programme

Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».

Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.

Qui profite du bruit ?

La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.

C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.

Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.

À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF

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