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Jean-Pierre Bekolo : « le vice-président est mort »


De l’avis du cinéaste camerounais et observateur de notre landerneau, il n’y aura jamais de vice-président au Cameroun qui sera président. Ce dernier réagit ainsi après l’adoption par le parlement camerounais du projet de loi instituant le poste de vice-président dans notre pays.
Lire ici son texte :
Chers députés, vous les 200 qui avez voté pour ce texte, et tous ceux qui ont organisé ce “canular” sachez que vous avez tué le vice-président. Un crime commis en direct à la télévision, en cette veille de Pâques.
En temps normal, vous ne seriez pas rentrés chez vous, vous auriez été arrêtés dans la rue. Mais grâce aux Camerounais qui n’ont plus que du mépris pour vous, ils vous ont laissé rentrer chez vous. Dites-leur merci de pouvoir passer cette nuit de Pâques en famille. Mais sachez que cette retenue — si c’en est une — s’arrête à la porte de vos maisons.
Parce que, une fois rentrés, vous ne pourrez pas regarder votre femme, votre mari, dans les yeux. Encore moins vos enfants. Parce qu’eux savent.
Ils savent ce que vous êtes allés faire là-bas. Ils savent que non seulement vous avez pris ce qui ne vous appartient plus, mais surtout que vous êtes en train de voler.
Et dans ce regard qu’ils poseront sur vous à la maison ce soir, il n’y aura pas de discours possible, il n’y aura rien a dire… Si peut-être une chose, une vérité simple : vous êtes indignes. Car si vous n’avez plus de dignité, eux ne seront pas indifférents — ils voudront pouvoir être fiers. La seule chose que auriez pu leur laisser en héritage
Le repas que vous prendrez ce soir — si vous avez encore de l’appétit — portera ce poids. Car il sera froid. S’il est le fruit de ce pour quoi vous vous êtes compromis ainsi, alors il n’aura plus de goût. Et autour de la table, personne n’aura réellement envie de le partager… Car vous avez tourné le dos à l’esprit de partage… Vous mangerez seuls ce soir même si eux font semblant.
Car ce qui vient d’un acte sans légitimité, qui fait tomber votre pays, notre pays, dans les fosses sceptiques de toute considération, devient bien évidemment difficile à avaler.
Plus tard, dans l’intimité de votre lit, vous ne pourrez pas bander et encore moins jouir. Jouir de ce vote castrateur d’une République de 30 millions d’hommes et de femmes qui ne demandent qu’à vivre. Et que beaucoup ont servi dans l’espoir que nous, Camerounais, soyons des Africains qui marchent la tête haute.
Puis viendra la nuit.
Le sommeil, si vous le trouvez, ne sera pas un refuge peu importe la quantité d’alcool que vous aurez ingurgité. Car il y a des moments où l’histoire elle-même s’invite dans les consciences. Et elle sera là ce soir. Vous avez voté un vice-président qui n’existera jamais. Un vice-président mort-né.
Les hiboux sur votre toiture seront nombreux et feront du bruit en cette nuit de Pâques. Mais ils porteront autre chose : un rappel.
Celui de tous ceux qui, avant vous, ont donné leur vie pour que ce pays existe et que vous puissiez être députés. Ceux qui ont cru, à un moment de notre histoire, que la souveraineté appartenait au peuple. Ceux qui n’imaginaient pas qu’un jour, elle pourrait être ainsi travestie, pour des intérêts égoïstes.
Et en cette veille de Pâques, ce moment n’est pas neutre.
Pâques parle de résurrection, de vérité, de passage. Pas de maintien artificiel. Pas de pouvoir conservé à tout prix, y compris du sang des enfants de ce pays.
Demain, certains d’entre vous iront à la messe. Ils prendront la communion. Peut-être sans se confesser. Vous n’aurez pas eu le temps.
Et dans ce geste, il y aura une contradiction profonde : celle de demander une bénédiction après avoir posé un acte qui retire au peuple ce qui lui appartient et risque fort de condamner ce pays à la destruction.
Vous allez tendre la main pour recevoir le corps du Christ. Mais cette main-là a voté pour un cadavre politique. Alors à qui demandez-vous pardon ? Et pour quoi ?
Même le Pape que vous faites venir n’y pourra rien.
Car aucune bénédiction ne peut remplacer la légitimité. Aucune cérémonie ne peut effacer un acte politique. Aucune messe ne peut ressusciter ce que vous avez tué.
Ce que vous avez fait aujourd’hui n’est pas simplement une loi. C’est un geste qui vous engage au-delà du moment. Un geste qui vous suit chez vous. Dans vos familles. Dans votre sommeil. Et dans l’histoire.
Vous avez voulu un vice-président pour vous assurer une place au soleil — mais cette place sera en enfer. Vous n’avez fabriqué qu’un fantôme. Vous avez voulu donner à Paul Biya un successeur illégitime.. pour des miettes. Mais vous avez installé un vide.
Sachez que ce poste de vice-président restera vacant. Comme celui du président, que vous refusez de déclarer vacant. Comme votre propre poste de député, que vous occupez sans mandat valide. Comme le remaniement qui ne vient pas.
Vous êtes dans une cascade de vacances.
Dans le vide.
Vous n’avez pas créé un poste.
Vous avez creusé un trou dans la légitimité du Cameroun.
Vous avez voulu un vice-président.
Vous avez eu un crime.
Vous avez voulu la légitimité.
Vous avez eu la nuit.
Vous avez pensé pouvoir tranquillement rentrer chez vous.
Mais pour ce crime-là,
il n’y a pas de retour possible.
Le vice-président est mort!
Vous avez tué le vice-président!
Parce qu’il n’y aura jamais de vice-président au Cameroun qui sera président.
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cinq jeunes fidèles morts, les familles réclament des comptes à l’Église Ark of God

Les questions concernant l’organisation et la sécurité d’un voyage religieux, qui a coûté la vie à cinq jeunes fidèles à Mudeka (arrondissement de Tiko), restent sans réponse dans les déclarations des responsables de l’église « Ark of God ». Parallèlement, les familles endeuillées contestent les versions qui circulent au sujet du naufrage mortel.
L’accident s’est produit dans la nuit du 22 au 23 septembre 2026, lorsqu’une pirogue motorisée transportant des membres de l’église vers une île de l’océan Atlantique — en vue d’une séance de prière — a chaviré peu après son départ, selon un communiqué publié le 23 septembre 2026 par le préfet du département du Fako.
Quatre jeunes filles et un jeune garçon ont trouvé la mort, tandis que sept autres personnes ont été blessées. Les victimes étaient des élèves scolarisés dans des établissements de Buea, précise le communiqué.
Près de trois semaines après le drame, les familles réclament des explications sur l’objectif de ce déplacement, les dispositions prises pour encadrer les jeunes fidèles, ainsi que sur les mesures de sécurité qui auraient dû être mises en place.
Le « prophète » John Chi, dirigeant de l’église « Ark of God », a publié une déclaration présentant ses condoléances, appelant à prier pour les familles en deuil et annonçant trois jours de deuil.
Toutefois, cette déclaration — diffusée sous forme de vidéo lors d’un culte — ne précise pas qui a organisé le voyage, qui était chargé de la surveillance des jeunes, ni quelles mesures ont été prises pour assurer leur protection durant le trajet.
Les familles contestent la version officielle du voyage
La famille de la défunte Phina Bemsimbom conteste l’affirmation selon laquelle les élèves se déplaçaient pour effectuer des travaux en vue de la célébration de l’anniversaire de l’« apôtre » John Chi.
Le Dr Princess Doreen M. Doreenad Nayah, fondatrice de l’ONG « TeenAlive-Cameroon », rapporte que, selon la famille, Phina a entrepris ce voyage dans le seul but de prier et d’écouter la Parole de Dieu, et non pour travailler lors d’un événement lié à un anniversaire.
Selon Mme Nayah, la famille dispose d’une vidéo montrant Phina et d’autres passagers à bord de l’embarcation, un jeudi précédant l’accident. Les images montreraient les passagers voyageant en plein jour, sans gilets de sauvetage.
D’après Mme Nayah, la mère de Phina et d’autres proches avaient tenté de la dissuader de repartir, mais la jeune fille a insisté pour se rendre sur place afin de participer aux prières. La famille s’interroge sur les raisons pour lesquelles les passagers voyageaient tous sans gilet de sauvetage lors du trajet précédent, et sur les mesures de sécurité qui ont fait défaut lors du voyage ayant abouti à une tragédie.
L’organisation « Ark of God » n’a pas apporté de réponse à ces préoccupations précises dans les déclarations transmises à l’Église ni dans celles diffusées sur « Ark of God TV ».
Une mère relate les recherches pour retrouver Zita Kehkuna Luma
La mère d’une autre fidèle décédée, Zita Kehkuna Luma, a elle aussi soulevé des interrogations concernant l’organisation du voyage et la communication de l’Église avec les familles endeuillées.
Dans son témoignage, cette mère explique que John Chi avait demandé aux personnes souhaitant participer au voyage de l’attendre le mardi. Elle raconte qu’un groupe, dont elle faisait partie, s’est rendu en premier dans la zone de Mudeka, à Tiko, tandis que les jeunes devaient les rejoindre plus tard.
Les adultes ont attendu les jeunes, mais ont commencé à s’inquiéter lorsqu’ils ne sont pas arrivés. La mère indique qu’ils ont ensuite reçu des appels les informant que l’embarcation avait chaviré.
Elle révèle que les passagers ne disposaient pas de gilets de sauvetage et que le bateau transportait du riz ainsi que d’autres provisions.
Dans une vidéo circulant en ligne la mère décrit les recherches menées pour retrouver les victimes ; les familles se sont rendues successivement à l’hôpital général de Buea, à l’hôpital de Mutengene et à Tiko, dans l’espoir de localiser leurs enfants. Elle précise que quatre corps ont d’abord été retrouvés à la morgue de Tiko, suivis de deux autres un peu plus tard.
Selon cette mère, John Chi se trouvait à Buea et ne s’était pas rendu sur le lieu de prière ; une information qui contredit la vidéo diffusée par l’« Ark of God » (l’Arche de Dieu), selon laquelle John Chi se trouvait à Bafoussam et à Bamenda. Il n’est pas certain que, par « John Chi », la mère désignait la personne elle-même ou si elle faisait référence aux directives émanant de l’Église.
Elle rapporte qu’il a demandé aux familles d’identifier leurs enfants, puis de revenir vers lui. Il leur aurait fait savoir qu’il devait assister à un anniversaire et qu’il les recontacterait par la suite. Au moment où elle a livré ce témoignage, les familles attendaient toujours son appel.
Le récit de cette mère n’a pas été corroboré de manière indépendante. Il soulève de nouvelles questions : qui a coordonné ce voyage ? Comment les jeunes fidèles étaient-ils encadrés ? Quels échanges ont eu lieu entre les responsables de l’Église et les familles après l’accident ? Est-ce John Chi lui-même qui a organisé le déplacement, ou ses assistants ? Autant de questions qui restent sans réponse. Un responsable religieux annonce une période de deuil
Dans une déclaration faite dimanche, à la suite de l’incident, John Chi a exprimé sa compassion envers les familles endeuillées et a prié pour que Dieu les réconforte et comble le vide laissé par les disparus.
Il a invité les chrétiens à prier pour l’ensemble du corps du Christ, a demandé une minute de silence en mémoire des défunts — qu’il a qualifiés de « héros de la foi » ayant perdu la vie alors qu’ils accomplissaient la mission de Dieu — et a annoncé trois jours de deuil, du lundi au mercredi.
Cette déclaration était axée sur le deuil et le réconfort spirituel. Elle n’a toutefois apporté aucune précision sur les circonstances du déplacement, n’a pas identifié la personne responsable de son organisation et n’a pas abordé les questions relatives aux gilets de sauvetage ou à l’encadrement.
Pour les familles endeuillées, cependant, les condoléances et la période de deuil ne répondent pas aux interrogations qui entourent le décès de leurs enfants.
Le préfet du département du Fako ordonne une enquête
Selon le communiqué du préfet du département du Fako, la pirogue semblait vétuste et en mauvais état lorsqu’elle a chaviré, peu après avoir quitté la rive.
Le communiqué officiel fait état de cinq décès et sept blessés, et précise qu’une enquête a été ouverte sous la supervision du procureur de la République près le tribunal de première instance de Tiko.
L’enquête devra déterminer la cause exacte de l’accident ainsi que l’objectif de ce pèlerinage religieux en mer.
Les conclusions de l’enquête devraient permettre de faire la lumière sur les événements et d’établir si des manquements aux règles de sécurité — ou d’autres facteurs — ont contribué à cette tragédie.
Un acteur humanitaire évoque une possible action en justice
Ayah Ayah Abine, acteur humanitaire au sein de la fondation « Ayah Foundation », a annoncé avoir conclu un accord de principe avec une équipe de quatre avocats et une famille endeuillée en vue d’engager des poursuites judiciaires liées à cet incident.
Dans une déclaration, M. Abine a affirmé que le groupe était prêt à entamer des démarches juridiques contre ceux qui croiraient que leur statut religieux leur confère une immunité face à la loi.
Cette annonce laisse entrevoir la possibilité d’une procédure judiciaire, bien qu’aucune plainte n’ait encore été officiellement déposée et qu’aucune juridiction n’ait, à ce stade, établi les responsabilités dans ces décès.
Des questions demeurent sans réponse
Les témoignages recueillis par CNA soulèvent plusieurs interrogations auxquelles les responsables de l’organisation « Ark of God » n’ont pas encore répondu dans les déclarations examinées pour ce rapport.
Qui a organisé le voyage vers l’île ? Qui était chargé de surveiller les jeunes fidèles ? Des gilets de sauvetage ont-ils été fournis, et les passagers étaient-ils tenus de les porter ? Quel était le but de ce déplacement, et quelles dispositions avaient été prises pour assurer la sécurité des personnes voyageant en pirogue ?
Pour les familles, la perte est personnelle et irréversible. Leurs enfants sont partis pour une activité religieuse et ne sont jamais rentrés chez eux. Ils étaient jeunes, tout juste âgés d’une vingtaine d’années ; partis pour suivre un enseignement, ils sont revenus dans des cercueils.
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