Actualités locales
« Théodore Datouo a été un pilier du conseil stratégique aux côtés de la mère biologique de Chantal Biya »

De l’avis d’Eric Kouamo, Journaliste camerounais vivant aujourd’hui à l’étranger, l’élection du tout nouveau président de l’Assemblée nationale n’est pas un fait du hasard.
Le sérail camerounais était en ébullition ce mardi 17 mars 2026. En effet, à la grande surprise générale, les camerounais ont assisté à deux grandes mutations au sein de notre parlement. Il s’agit du changement du président de l’Assemblée nationale et le président du Senat. A la chambre base de notre parlement, Théodore Datouo a été élu président. Un fait qui selon plusieurs observateurs n’est pas une grande surprise.
«Le fils de la mère de la Première Dame trône désormais à l’assemblée Nationale. L’élection de Théodore Datouo à la tête de l’assemblée Nationale est à la fois un symbole et un signe des temps. Elle est un symbole en ce qu’elle consacre la fin de de de trente-quatre années de règne sans partage d’un fils de l’Extrême Nord du Cameroun, Cavaye Yegue Djibril. Bien plus, elle met en évidence des liens stratégiques qui se tissent depuis un moment au sommet de l’état avec en dénominateur commun, des positionnements pour un contrôle assidu et méticuleux des institutions clés de la République à l’ère d’une alternance qui pointe lentement, mais sûrement à l’horizon», souligne le journaliste Eric Kouamo.
Les derniers errements de Cavaye Yegue Djibril
Selon l’ancien présentateur de l’émission Regard Social sur Equinoxe Tv, Théodore Datouo est le fils de Marie Rosette Mboutchouang, défunte mère de la Première dame du Cameroun. Député couvrant entre autres la circonscription de Bangou dont il est originaire, «Théodore Datouo a longtemps été un pilier du conseil stratégique aux côtés de l’ancienne maire et mère biologique de Chantal Biya. Cette proximité politique, et probablement familiale l’a toujours positionné dans les petits papiers du Palais présidentiel au point où, des sources révèlent qu’il a été un choix indiscutable au sommet de l’Etat. En tout cas, le choix le plus rassurant sur l’un des critères majeurs et rares par ces temps : la loyauté», ajoute-t-il.
Il indique par ailleurs, que sa désignation à la tête de l’Assemblée Nationale, va inévitablement, bousculer les cartes du partage du gâteau national que d’autres qualifient » d’équilibre régional « . L’Extrême Nord / Nord perd la troisième place dans la hiérarchie du sommet institutionnel au profit de l’ouest malgré sa fidélité aux urnes qu’elle a encore démontrée à Paul Biya lors de la dernière présidentielle. Si, sur la forme, les derniers errements de Cavaye Yegue Djibril ponctués de trous de mémoire spectaculaires en public ont fait du bruit au Palais présidentiel, sur le fond Yaoundé cherche la boussole de la crédibilité institutionnelle.
«Trente-quatre ans à la tête de l’Assemblée nationale, c’est comme Quarante-quatre ans à la tête de l’État. Et, si Cavaye s’en va, d’autres devraient suivre. Plus clairement, la lucidité institutionnelle devrait se défaire du critère de sélectivité. Il en est de l’Assemblée Nationale, comme des directeurs généraux des sociétés publiques, des ministres…. pour qui l’État est devenu »leur chose «», conclut Eric Kouamo.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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