Actualités locales
Shanda Tonme rend hommage à Ossende Afana

LA CELEBRATION DE LA MEMOIRE D’UN FILS PRODIGUE
Hommage à OSSENDE AFANA
Crucifié pour la patrie, mais vivant et restitué dans le quotidien
de nos cœurs ensanglantés ainsi que de nos souvenirs douloureux
et pourtant chroniquement et inexplicablement absent
dans l’éducation de nos enfants
Quelle leçon ?
Les médias en institutions libres et conscients, de même que des individualités en nationalistes épris d’émotions vives et d’entrains de justice historique, ont relativement mis en scène, le trentième anniversaire de l’assassinat brutal de notre compatriote OSSENDE AFANA, brillant économiste exceptionnel de son époque. Il fut un ardent militant pour la dignité de son peuple, de l’Afrique, du monde noir, de tous les opprimés de la planète. Il faudrait s’en féliciter certainement.
Il demeure cependant, un arrière-goût de balbutiements, d’inachevé, de confusions et de retenus incompréhensibles. La vérité, c’est que nous peinons à dépasser les simples émotions et dénonciations, ce qui aurait pu nous projeter dans l’autre dimension, celle plus instructives et plus constructives. Tant que les souvenirs des martyrs ne seront pour nous que des occasions des cris de vengeance et de pleurs accusateurs, nous ne sortirons pas du piège de l’infantilisation et de la prédation ruineuses de la pensée.
Les rues, les places, les édifices publics, les écoles et universités dans les pratiques acquises et répandues de la célébration et de la reconnaissance des héros, sont à travers le monde, baptisés des noms de ces femmes, ces hommes et ces enfants qui se sont distingués par des sacrifices et des réalisations exceptionnelles. Cette présence permanente qui captive les regards, interroge et force le respect du visiteur, du passant, de l’étranger et de l’intrus, apaise, renseigne, enseigne et oriente, en nous révélant à chaque fois, la réalité d’un monde dur et bouleversant. Il n’y a pas pire injure que l’oubli des martyrs.
Je veux dire, et c’est dans doute ici la teneur du message du moment, qu’il ne suffit pas d’attendre chaque année une date, pour célébrer, il faut célébrer à chaque instant, tous les jours, partout et en tout lieu. Nous aurons beau faire, plaindre et dénoncer, il faut commencer par ces gestes simples, chez vous, sur des teeshirts, des noms d’écoles, des clubs de sport, des lieux emblématiques, en placardant leurs noms définitivement, les noms de celles et de ceux qui comme ce brillant économiste nôtre, sacrifièrent tout d’eux-mêmes, dans l’intérêt et la dignité de nous tous, de leur peuple.
Enfin, la célébration de la mémoire des morts, quelles que soient les formes de leur départ, de leur disparition, devrait nous conduire dans des chemins d’apaisement et de pardon absolus. Trop de leçons en sortent, et elles ne seraient aucunement utiles pour l’avenir, si elles ne nous enseignent pas la transcendance de la vengeance, de l’intolérance et de la haine.
Les morts et les assassinats politiques ont ceci de crucial, qu’ils nous réveillent sur le caractère impitoyable de la lutte pour le pouvoir, de la détermination des systèmes à protéger et à sauvegarder les privilèges, au besoin en transformant les nations en rivières de sang. A l’âge de huit ans, j’ai vu des têtes coupées à Ndom, à Bangou et à Dschang. POURQUOI ? WHY.
C’est pour cela et en cela, que la loi camerounaise du 16 décembre 1991 sur la réhabilitation des figures historiques de notre histoire, nous rapproche plus que toute autre démarche ou proclamation, d’une société des intelligences apaisées, indispensable pour avancer en contenant nos douleurs et nos émotions vives, et mieux en mettant tout en œuvre pour construire un seul et même destin d’unité et de réconciliation./.
Yaoundé, le 17 mars 2026
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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