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Yerima Kini Nsom : « La mort silencieuse du journalisme »

Un lundi matin à Yaoundé, devant un kiosque à journaux situé en face de Total Melen, un sexagénaire visiblement nerveux parcourait les gros titres annonçant la hausse des prix du carburant. Après quelques secondes d’observation, il hocha la tête avec désapprobation. Un sourire moqueur à peine esquissé aux lèvres, il lâcha un long sifflement avant de s’exclamer : « Des gens méchants ! ».
Autour de lui, les habitués qui se rassemblent régulièrement pour lire gratuitement les titres à la une — regroupés sous la bannière informelle de la « Free Readers Association » — se joignirent aussitôt au concert de réprobations. Dans ce tribunal populaire improvisé, le verdict fut sans appel : une avalanche d’invectives contre l’establishment, accusé d’avoir plongé le pays dans la misère et l’incertitude en augmentant les prix du carburant.
Mais la colère des lecteurs ne visait pas seulement le gouvernement. Elle s’abattait aussi sur certains journaux accusés d’avoir adopté une lecture complaisante de la décision officielle, justifiant la hausse des prix tout en ignorant ses conséquences sociales dévastatrices.
En parcourant attentivement les manchettes, le constat était troublant : seuls quelques titres de la presse dite mainstream avaient choisi de traiter l’information selon l’angle journalistique ou l’intérêt du public. Beaucoup d’autres semblaient plutôt agir comme une simple extension du ministère de la Communication, où la propagande gouvernementale tient lieu de matière première.
L’angle journalistique — celui qui privilégie l’impact, l’insolite, l’extraordinaire ou encore le conflit — semblait soigneusement enterré. À sa place, les demi-vérités officielles jouissaient d’un quasi-monopole dans les colonnes. En relisant ces articles, je cherchais en vain ce fameux moment où, selon la formule de John Bogart, « un homme mord un chien ». Rien. Les pages offraient plutôt un éternel « déjà-vu, déjà-entendu » de clichés propagandistes.
Certains journaux, qui sont tout sauf professionnels, ont même franchi un pas supplémentaire en adoptant une forme d’activisme pro-gouvernemental. Une question s’impose alors : le journalisme a-t-il changé ? N’est-il plus cette profession dont la première obligation est la vérité et la première loyauté envers les citoyens ? La presse n’est-elle plus la voix des sans-voix, l’avocat de la défense des opprimés face aux puissants dans le tribunal de l’opinion publique ? A-t-elle abandonné sa mission jeffersonienne de chien de garde chargé de demander des comptes aux autorités ?
Dans ces conditions, on ne peut que pleurer cette noble profession que certains entraînent dans les eaux troubles du déshonneur. Il est regrettable que même des journaux autrefois considérés comme les fleurons incontestés de la presse écrite aient sombré dans ce que l’on appelle aujourd’hui le « journalisme responsable ». Une expression polie qui sert souvent d’euphémisme pour désigner la simple reproduction de la propagande officielle.
Ce qui devrait être un reportage objectif et véridique a pris, dans une grande partie de la presse dite « alimentaire », une coloration ouvertement pro-gouvernementale. Pour les autorités, la « presse responsable » est celle qui se transforme en brochure de propagande au service des intrigants opportunistes et des puissants du moment.
Les éditeurs de ces journaux avancent souvent un argument simple : survivre. Mais peut-on survivre en tuant le journalisme lui-même, c’est-à-dire l’essence même de leur profession ?
Au nom de cette survie économique, une majorité de journaux semble aujourd’hui privée de la rigueur intellectuelle et de la solidité argumentative qui devraient caractériser le débat public. Les pages de ces publications sont rarement des espaces où se confrontent des idées issues de sensibilités politiques différentes. La réflexion rationnelle et le débat national authentique ne semblent plus faire partie de leur ADN professionnel.
À travers divers mécanismes de contrôle plus ou moins subtils, certaines institutions se sont érigées en arbitres autoproclamés du « bon goût » journalistique. Résultat : toute information susceptible de déplaire aux autorités cesse presque automatiquement d’être considérée comme une information.
La situation devient d’autant plus préoccupante que même les colonnes d’opinion de certains journaux ressemblent désormais à des relais de propagande. Les débats intellectuels vigoureux se font rares. Les analyses argumentées sur les grands enjeux nationaux ont quasiment disparu. À la place, prospère une culture de la flatterie, l’un des plus grands ennemis du débat démocratique.
Au lieu d’être un antidote aux dérives du pouvoir, la presse a parfois contribué à consolider les pratiques de mauvaise gouvernance.
Il est temps de tirer la sonnette d’alarme, car le malaise est plus profond qu’il n’y paraît. Comment expliquer, par exemple, que de simples annonces ou des opérations de communication d’institutions financières et de puissants acteurs économiques prennent désormais la place d’articles de une dans certains journaux ? Où se trouve l’intérêt du lecteur dans ces pages qui relèvent parfois d’une véritable faute professionnelle ?
Dans ces publications, l’information n’est plus l’information. Elle est ce pour quoi quelqu’un a payé.
La couverture de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 en offre une illustration frappante. Dans une grande partie de la presse dite « alimentaire », les reportages centrés sur les programmes et les enjeux étaient quasi inexistants. L’accent portait davantage sur les personnalités et les fortunes en jeu que sur les projets proposés aux Camerounais — le pourquoi, le quand et le comment.
Comme l’a un jour résumé le vétéran du journalisme Charly Ndi Chia, il est difficile pour les journalistes de pratiquer un reportage objectif, précis et équilibré « lorsque leur salaire mensuel ne leur permet même pas de rentrer chez eux ». Cet argument est souvent avancé pour justifier le brouillage croissant de la frontière entre journalisme et relations publiques.
Certes, l’aspect économique de la presse ne peut être ignoré. Les ventes et les recettes publicitaires sont en baisse constante. Mais un esprit journalistique équilibré devrait être capable de trouver un point d’équilibre entre impératifs économiques et exigences professionnelles.
Et si l’un des deux devait l’emporter, ce devrait être le professionnnalisme — car c’est lui qui fait du journalisme une activité économique viable, et non l’inverse.
Par Yerima KINI NSOM, The Post
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LUTHER NDOLA : « Solar Connect Africa veut renforcer le transfert de compétences dans l’assemblage des équipements »

Comment le Solar Connect Africa compte-t-il stimuler l’innovation, créer des opportunités d’affaires et rapprocher les acteurs pour développer le marché du solaire et du stockage d’énergie ?
Solar Connect Africa part d’un constat simple : les solutions existent, mais elles doivent être mieux connectées aux besoins des populations et des entreprises. Du 11 au 13 novembre 2026 à Yaoundé, le salon réunira plus de 100 exposants, 1 500 visiteurs professionnels et un large public composé de ménages, PME, grandes entreprises, industriels, investisseurs, collectivités territoriales et administrations publiques.
Un dispositif spécifique de mobilisation des visiteurs permettra d’atteindre chaque catégorie de public à travers les médias, les réseaux professionnels, les organisations sectorielles et les relais institutionnels. Merci à la CVUC et à la CCIMA pour leur soutien institutionnel, essentiel à cette mobilisation. Afin de renforcer la dimension matchmaking de l’événement, un programme structuré de rencontres B2C, B2B et B2G transformera la présence d’un public pertinent en opportunités concrètes.
Les exposants pourront présenter des solutions adaptées en matière de solaire, de stockage intelligent, de mobilité électrique et de chauffage écologique. Les porteurs de projets rencontreront des partenaires, des clients et des investisseurs capables de faire avancer leurs initiatives. Les conférences et ateliers renforceront aussi les compétences des techniciens, des entreprises et des décideurs. Notre ambition est claire : transformer chaque rencontre en partenariat, chaque projet en investissement et chaque innovation en solution utile contre la pauvreté énergétique.
Vous identifiez le coût élevé des équipements et l’accès limité au financement parmi les principaux obstacles au développement du marché. Quelles solutions de financement seront concrètement mises sur la table durant cette édition pour les PME, les collectivités et les projets solaires ruraux camerounais ?
Le financement sera au cœur de cette édition : un projet utile ne doit plus rester bloqué faute de ressources. Du 11 au 13 novembre 2026 à Yaoundé, Solar Connect Africa mettra en relation les PME, les collectivités et les porteurs de projets ruraux avec les banques, les investisseurs et les partenaires au développement. Les discussions porteront sur des solutions concrètes : prêts verts, garanties, crédit bail, paiement à l’usage et partenariats public-privé.
Les séances plénières permettront d’identifier les conditions nécessaires pour rendre les projets solaires crédibles, bancables et finançables. Comme exemple, le FEICOM interviendra sur les plateaux de discussion afin d’enrichir les échanges sur les mécanismes de financement accessibles aux collectivités territoriales décentralisées et sur les conditions de réalisation de projets solaires bancables. Les collectivités pourront ainsi structurer des projets d’éclairage public, de pompage d’eau, d’électrification des écoles et des centres de santé.
Les PME et les opérateurs ruraux pourront présenter leurs besoins, rencontrer des financeurs et construire des partenariats adaptés à leur capacité de remboursement. Nous invitons les institutions financières qui proposent déjà ces outils ou souhaitent investir dans le solaire à participer activement au salon. Ensemble, nous devons créer une dynamique performante et durable, capable de transformer les besoins énergétiques du terrain en investissements et en réalisations concrètes.
Qu’est-ce que l’agrivoltaïque, quels projets concrets sont prévus au Cameroun et une collaboration avec le ministère de l’Agriculture est-elle envisagée pour développer ces projets dans le secteur agricole ?
L’agrivoltaïque consiste à produire de l’électricité solaire au-dessus ou à proximité des cultures, tout en continuant à exploiter les terres agricoles. Les panneaux peuvent réduire l’évaporation de l’eau et alimenter l’irrigation, le pompage, le stockage et la transformation des récoltes. Au Cameroun, les projets concernés peuvent viser les périmètres maraîchers, les coopératives, les stations de pompage, les fermes d’élevage et les unités rurales de conservation et de transformation.
L’objectif est concret : réduire les coûts d’énergie, améliorer la production et limiter les pertes après récolte. Une collaboration avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural est envisagée pour identifier les sites adaptés, accompagner les producteurs et développer des projets pilotes. Nous invitons tous les acteurs de l’agriculture et de l’élevage — collectivités, exploitants individuels, coopératives, entreprises et techniciens — à participer au forum en présentant leurs expériences et les difficultés énergétiques rencontrées au quotidien.
Les rencontres B2C, B2B et B2G permettront de mettre directement en relation les producteurs, les fournisseurs de solutions, les investisseurs, les collectivités et les administrations. Cette thématique sera approfondie avec des experts lors d’une séance plénière le 13 novembre 2026. Venez avec vos réussites, vos besoins et vos contraintes : c’est à partir des réalités du terrain que nous construirons des solutions solaires utiles, accessibles et réplicables.
Au-delà de l’installation de panneaux importés, comment comptez-vous développer une véritable filière solaire locale au Cameroun, notamment dans l’assemblage, la maintenance, le stockage et le transfert de compétences, et quels résultats concrets attendez-vous des partenaires de Solar Connect Africa ?
Notre ambition est de transformer le potentiel considérable de la demande solaire au Cameroun en une véritable filière industrielle, professionnelle et durable. Le volume du marché est important : ménages, entreprises, collectivités, industries, agriculture et sites isolés ont besoin de solutions fiables, abordables et adaptées. Pour y parvenir, nous devons développer l’assemblage local, la maintenance, le stockage, la formation et le transfert de compétences, tout en maîtrisant les coûts pour rendre les équipements accessibles. Il est également essentiel de définir et d’appliquer des normes claires sur la qualité des matériels, l’installation, la sécurité, la performance des batteries et le service après-vente.
Une session plénière sera consacrée à l’emploi des femmes et des jeunes, afin d’identifier des actions concrètes et évolutives pour créer des emplois de qualité sur toute la chaîne de valeur, au Cameroun et dans la région. Nous remercions le MINEFOP et le MINRESI pour leur appui institutionnel à cette démarche. Nous saluons aussi le travail intense mené par le MINEE, parrain de Solar Connect Africa, ainsi que par l’ARSEL, pour encadrer le secteur solaire et contribuer à son évolution vers une filière industrielle et professionnelle. Avec plus de 100 exposants et 1 500 visiteurs professionnels, le salon doit permettre de conclure des partenariats, de lancer des projets d’assemblage pourquoi pas ? et de structurer des programmes de formation et de maintenance. Notre objectif est clair : faire du solaire un secteur créateur d’emplois, générateur de valeur locale et capable de répondre durablement aux besoins énergétiques du Cameroun.
Interview réalisée par Fabrice BELOKO
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Moulvoudaye: deux sœurs tuées par la foudre

Soumaïda et Ngonaï, deux sœurs jumelles , ont perdu la vie dans le village Goumlaye, arrondissement de Moulvoudaye, département du Mayo-Kani, ce 22 septembre 2026. Les deux adolescentes de 18 ans ont été fauchées par une foudre qui les a coincées au champ, les obligeant à s’abriter sous un arbre, faute de mieux.
Selon des sources concordantes sur les réseaux sociaux, l’orage n’a pas donné le temps à ces filles allées travailler au champ, de s’échapper. Les habitations étant éloignées du champ, Soumaïda et Ngonaï, ignorant le danger que représente l’abri sous un arbre en peine averse, se sont livrées au premier coin pouvant leur permettre d’échapper à la pluie. Mal leur en a pris. La différence de potentiel de la décharge électrique que reçoit l’arbre de la foudre, entre les membres d’un humain, debout auprès de l’arbre, est de nature à anéantir toute vie. Ces deux élèves du lycée technique de Moulvoudaye ne le savaient pas. Elles ne retourneront plus jamais à l’école
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Positionnement: L’ancien préfet Jean Marie Tchakui rejoint le MRC

« Je partage entièrement la vision du MRC pour le Cameroun ». Jean Marie Tchakui Noundie ne fait pas que le clamer. L’administrateur civil à la retraite l’a manifesté en prenant sa carte à l’unité de Batchieu, dans l’arrondissement de Babouantou, département du Haut-Nkam, région de l’Ouest. Ce depuis 2023, après avoir pris sa retraite en 2022. Mais ce n’est que cette semaine que l’ancien sous-préfet de Douala 1er et Douala 5ème a officiellement déclaré cet engagement au sein du « train de la Renaissance » du Cameroun conduit par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc).
Evacuer les suspicions
Dans une vidéo en circulation sur les réseaux sociaux, l’homme se présente aux « amis politiques », comme on s’appelle au Mrc, explique son engagement. Mais il faut au préalable à l’ancien haut fonctionnaire rassurer les militants de ce parti contre lequel se bat le ministre de l’Administration territoriale (Minat) depuis une quinzaine d’années, et avec plus de vigueur depuis 2025, quand Maurice Kamto, son ancien président, a fait douter Paul Biya à la présidentielle. Et c’est par son histoire que Jean Marie Tchakui commence son exposé. « Au sortir de Douala 5ème, il était question que je passe préfet, ça ne s’est pas fait. Je suis devenu du coup un problème entre les mains de ces gens-là. On me dit d’attendre qu’un poste se dégage. Entre temps, on me mute à Douala 1er ; il y a eu un jeu de chaises musicales : celui qui était à Douala 1er a été muté à Douala 5ème et on m’a muté à Douala 1er », raconte-t-il. Donnant l’impression d’un frustré qui, dépité, a rejoint l’opposition une fois libéré des contraintes administratives. Faux !, dément-il : « l’autorité administrative a ses convictions, et ceux qui m’ont connu ou côtoyé à Douala peuvent témoigner que j’ai toujours été une autorité administrative intègre. J’ai géré les élections dans la métropole économique du Cameroun, je n’ai jamais fait comme ça sur les résultats, et les gens peuvent témoigner (SIC). J’ai toujours veillé à ce que les résultats sortis des urnes soient respectés», assure-t-il, sous des applaudissements nourris des militants. « Quand j’étais sous-préfet dans le délicat département du Koupé-Manegouba, et c’est dans le Noso, quand on me demandait de faire certaines choses, je regardais mon supérieur, je lui disais, ‘’l’autre-ci, je ne peux pas faire’’», confie-t-il.
Engagé depuis 2023
Et d’ailleurs, « quand j’ai pris ma retraite en 2022, dès 2023, j’ai pris ma carte du MRC…Je le dis afin que nul n’e l’ignore ; parce que certains pensent que quand on est haut fonctionnaire, on est compromis avec ces gens-là», souligne-t-il. Pour contrarier d’éventuels sceptiques. L’homme a un autre argument de poids : « regardez comment je suis debout. Vous croyez que si j’étais avec eux, à mon âge, on m’aurait éjecté du système ?», demande-t-il. Argument convaincant pour beaucoup, dans un système de gérontocratie régnante. Le gouvernement actuel est en poste depuis le 4 janvier 2019, et malgré des décès au sein de l’équipe, il n’y a pas eu remaniement, malgré des annonces faites par le président Paul Biya lui-même.
Alors, passé ce moment de justification et de garanties, Jean Marie Tchakui Noundie propose son offre pour son nouveau parti. « Je suis au MRC pour donner le meilleur de moi-même. Dès janvier, je vais mettre sur pied avec le communal et le départemental un certain nombre de séminaires de formation », annonce-t-il. « Nous tendons vers les élections, et le Code électoral prévoit un certain nombre de commissions qui fonctionnent pendant la période pré-électorale et pendant les opérations électorales proprement dites. Il s’agit, pour ce qui est de la période électorale, de la commission locale de vote, de la commission communale de supervision, de la commission départementale de supervision, où nous avons des représentants. Ce sont eux qui font les résultats », rappelle-t-il. Alors « dans les prochaines semaines, nous allons mettre sur pieds des séminaires de formation pour renforcer les capacités de nos représentants afin qu’ils soient outillés pour nos ramener les résultats sorties des urnes, pour que le MRC puisse changer le visage du Cameroun», conclut-il.
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