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la lettre ouverte de Me Claude Assira à Paul Biya

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Dans une supplique adressée au président de la République Paul Biya et publiée ce 12 février, l’avocat Claude Assira exprime sa déception vis-à-vis des propos successifs du chef de l’État et formule ses attentes à son égard.

Voici l’intégralité de son message.

« SUPPLIQUE À PÂ PAUL.

Pâ Paul, beaucoup de gens qui t’ont écouté mercredi soir sont tout excités dans l’attente de ton gouvernement. Ils disent que tu as dit que .. ça veut dire que… donc, il faut que ..

Pâ Paul, moi, ma part d’attente est toute simple : tout ce que tu dis, je n’écoute même plus depuis longtemps avec le cœur. J’écoute seulement avec la tête parce qu’il faut que je me mette au diapason puisque certains de tes compatriotes disent que je serais un intellectuel. Il faut donc que je ne les déçoive pas.

Mais, avant d’aller plus loin, sache que moi, si je ne t’écoute pas, c’est pas parce que je ne te respecte pas. C’est parce que je suis déçu. Et je te parle comme on parle à son père. D’ailleurs, je parle comme ça avec mon vrai père et aussi avec Dieu le Père quand je ne le comprends pas, rassure-toi.

Je suis déçu parce que même quand tu fais les bons constats pour que le pays soit meilleur, ce n’est suivi d’aucune action efficace alors que tu connais mieux que personne ce pays et son administration que tu maîtrises depuis 1962. Circonstances aggravantes pour toi, tu as tous les rouages du pouvoir. Tous.

Cette fois-ci, je ne veux te faire aucune concession. Aucune. Excuse-moi. Peut-être qu’avant les 83% qu’on attribuait t’ont fait croire qu’on était trop content de toi. Peut-être qu’avant tu croyais que tu avais le temps et nous aussi. Aujourd’hui, officiellement, tu as péniblement dépassé la majorité, ce qui veut dire que les ATTENTES SONT ENCORE PLUS GRANDES et tu dois faire plus d’efforts pour reconquérir mon cœur, nos cœurs. Et puis, le temps qui a passé en laissant beaucoup d’entre nous sur le bord du chemin nous rend plus sceptiques.

Aujourd’hui, Pâ Paul, je ne veux plus de tes discours. Je les connais d’avance par cœur. Je veux des actes, rien que des actes.

Parce que je n’arrive pas à me résoudre à te détester totalement, je veux t’aider et te donner quelques conseils. Si tu crois que l’action passe par un nouveau gouvernement, c’est ton droit, mais, pour moi, plutôt qu’un nouveau gouvernement, c’est d’une nouvelle gouvernance dont j’ai besoin.

Garde tes ministres actuels si tu veux. Tous même, puisque de toutes les façons, c’est ton équipe fanion. Mais, donne-leur un cap, une vision, un horizon, une perspective réalistes assis sur des éléments étudiés et non sur des slogans et des effets d’annonce. Contrôle, surveille et recadre ou sanctionne les brebis galeuses. Aucun de tes ministres actuels n’a jamais été soumis à une vraie culture de la performance et du rendement avec des objectifs et des comptes rendus. Donne-leur donc cette occasion si possible.

Si tu reprends des nouveaux, ce qui est ton droit, puisque ça fait plus punchy, je te propose ceci :

1. Soumets la nomination de chaque ministre et plus tard de chaque personnalité importante à l’approbation d’une commission mixte parlementaire. Le pouvoir discrétionnaire a tué l’énergie de tes précédents décrets.

2. Organise des conseils de ministres présidés par toi-même. De préférence une fois par semaine, le vendredi, avant d’aller au village. Même si c’est 1 fois par mois, c’est bon. Ton pays est trop compliqué pour le laisser à la navigation à vue et tu es mieux placé que quiconque pour savoir que même ce qui est préparé par les experts peut évoluer très vite à l’épreuve de la réalité. Il faut donc garder l’œil et la haute main tout le temps sur tout et sur tous.

Plus tard, tu penseras à implémenter véritablement la décentralisation, qui est une très bonne idée. Les mairies doivent avoir au moins :

– la gestion des ordures

– la gestion de l’école primaire

– la gestion des routes

– la gestion de l’eau

D’autres mesures sont indispensables pour qu’on se réconcilie vraiment.

Mais, à côté de ces actions au long cours ci-dessus, il y a des actions symboliques qui constituent des marqueurs temporels. D’ores et déjà je te propose deux ou trois mesures particulières qui sont à ta portée :

– ordonne une augmentation des salaires qui peut aller jusqu’au doublement des plus faibles. Le salaire minimum doit être de 70.000 F au Cameroun.

– fais que les banques puissent prêter de l’argent sans intérêt et avec remboursement différé aux jeunes, aux femmes pour la mise en place de projets,

– ordonne la libération des détenus condamnés à des peines inférieures ou égales à 60 mois, ainsi que celle de tous les détenus poursuivis à la suite des manifestations post-électorales.

– ordonne la mise en liberté de tous les condamnés de la crise anglophone

– ordonne enfin la mise en liberté de tous les condamnés de l’opération épervier qui ont passé plus de 15 ans en détention.

Si tu fais ça, nous redevenons amis. Mais, je crois que c’est tout le Cameroun qui te vaudra une fière chandelle.

Merci Pâ… »

la lettre ouverte de Me Claude Assira à Paul Biya
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pourquoi ses détracteurs sont-ils soudainement silencieux ?

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pourquoi ses détracteurs sont-ils soudainement silencieux ?
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Le retrait de Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) continue d’alimenter les débats sur l’avenir de l’opposition camerounaise. Dans une tribune, le journaliste et analyste politique Charles Armel Mbatchou estime que ce départ doit désormais pousser les autres formations politiques à s’interroger sur leur propre capacité à préparer l’alternance.

Maurice Kamto a annoncé le 8 septembre sa démission de la présidence du MRC, avec effet immédiat, tout en indiquant rester membre du parti. Pour Charles Armel Mbatchou, cette décision constitue une occasion de mesurer la place occupée par l’ancien président du MRC dans le débat politique national.

« Si Maurice Kamto était réellement le problème de l’opposition camerounaise », s’interroge-t-il, « où sont désormais ceux qui faisaient de son action leur principal sujet de critique ? »

Lire la tribune de Charles Armel Mbatchou :

MAURICE KAMTO PART, ET SOUDAIN… LE BRUIT POLITIQUE S’ÉTEINT : OÙ SONT PASSÉS LES « VRAIS OPPOSANTS » DU CAMEROUN ?

Il faut parfois couper le courant pour comprendre quels appareils fonctionnaient réellement… et lesquels ne faisaient que produire des étincelles.

Pendant des années, Maurice Kamto a été présenté par une partie de l’opinion comme « le malheur de l’opposition camerounaise », celui qui diviserait, affaiblirait ou empêcherait l’alternance. Il a été attaqué, caricaturé, insulté. Ses choix politiques ont été disséqués jusque dans les bars, les studios, Facebook, TikTok et les plateaux du dimanche.

Mais le 8 septembre 2026, le Pr Maurice Kamto a annoncé sa démission de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avec effet immédiat, tout en restant membre du parti.
Et depuis ? Silence.

Si Maurice Kamto était réellement le problème de l’opposition camerounaise, pourquoi son retrait provoque-t-il cette impression de panne dans l’écosystème politique et numérique qui le combattait quotidiennement ?

Où sont les débats ?
Où sont les grandes démonstrations ?
Où sont ceux qui expliquaient matin midi soir et chaque dimanche que Kamto était l’obstacle principal à l’alternance ?
Où sont ceux qui faisaient de son nom leur carburant politique quotidien ?

Le moteur tourne-t-il encore sans lui ?

COMMENT COMPRENDRE QUE L’ALTERNANCE EST RÉCLAMÉE AU POUVOIR, MAIS RAREMENT PRATIQUÉE À L’INTÉRIEUR DES PARTIS

On réclame l’alternance à l’État.
Très bien.
Mais où est l’alternance dans les partis eux-mêmes ?

Le RDPC a un président national : Paul Biya.
Il est à la tête du RDPC depuis sa création, le 24 mars 1985, après la transformation de l’UNC en RDPC. Les sources officielles du parti et de la présidence le confirment.

Paul Biya est par ailleurs président de la République depuis 1982.
Cela signifie que le même homme cumule depuis des décennies la direction du parti au pouvoir et la fonction présidentielle.
Ce n’est pas une opinion.
C’est un fait institutionnel.

ET L’OPPOSITION ?

Prenons quelques exemples.
Bello Bouba Maïgari dirige l’UNDP depuis les débuts du parti au début des années 1990. Son propre site biographique indique qu’il est devenu président de l’UNDP lors du congrès de Garoua des 4-5 janvier 1992.

Issa Tchiroma Bakary dirige le FSNC depuis la création de cette formation en 2007. Le site officiel du parti le présente toujours comme son président national.

Il faut donc poser une question simple, presque élémentaire : Comment peut-on exiger une alternance nationale tout en considérant l’alternance interne comme une menace ?

CEUX QUI INSULTAIENT KAMTO DOIVENT MAINTENANT RÉPONDRE À UNE QUESTION

Pendant des années, certains ont expliqué que Kamto était le problème.
Très bien.
Maurice Kamto n’est plus président du MRC.
Alors maintenant, faisons fonctionner la machine.
Sans lui.
Sans son nom.
Sans ses déclarations.
Sans ses sorties.
Sans son visage.
Sans cette opposition permanente autour de sa personne.

Qu’avez-vous à proposer ?
Quel est votre programme ?
Quel est votre candidat ?
Quelle est votre stratégie ?
Quelle génération allez-vous faire émerger ?
Quel président de parti acceptera de préparer publiquement sa propre succession ?
Quel dirigeant acceptera de dire : « Après moi, un autre. »
Voilà le vrai examen.

LA TOILE AUSSI DOIT SE REGARDER DANS LE MIROIR

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans l’agitation des réseaux sociaux.
Kamto alimentait énormément la conversation politique.

Ses prises de position provoquaient des réactions.
Ses adversaires lui répondaient.
Ses partisans le défendaient.
Ses détracteurs l’attaquaient.
Les influenceurs commentaient.
Les analystes analysaient.
Les internautes s’invectivaient.
Bref : le courant passait.

Aujourd’hui, ceux qui avaient fait de Kamto leur sujet permanent doivent démontrer qu’ils possèdent une alimentation autonome.
Sinon, le diagnostic est brutal : ils n’étaient pas des producteurs d’idées ; ils étaient des consommateurs de Kamto.

ALORS, OÙ SONT LES VRAIS OPPOSANTS ?

C’est ma question.
Je les cherche.
Je cherche ceux qui expliquaient hier que Kamto était le problème.
Je cherche ceux qui prétendaient posséder la solution.
Je cherche ceux qui promettaient l’alternance.
Je cherche les jeunes qu’ils sont prêts à laisser prendre les commandes.
Je cherche les dirigeants capables de dire :
« Mon temps est terminé. Place à la relève. »

Je cherche les partis capables de prouver que leur démocratie ne s’arrête pas à la porte de leur siège national.
Et surtout, je cherche ceux qui, désormais que Maurice Kamto s’est retiré de la présidence du MRC, vont enfin parler de leurs propres projets plutôt que de lui.

Parce qu’une chose est désormais certaine : si la disparition d’un homme du centre du débat suffit à éteindre le débat, alors le problème n’était peut-être pas seulement Kamto.

Peut-être que le problème, c’était le circuit.
Et maintenant que le courant est coupé, il faut inspecter toute l’installation.
Où sont donc les vrais opposants du Cameroun ?
Où sont-ils ?

Je les cherche en attendant que les maîtres à penser envoient des messages WhatsAp groupés qu’on viendra lire sans assumer sur les panels TikTok et plateau du dimanche…

Charles Armel MBATCHOU
Journaliste engagé – Analyste politique et chroniqueur – Historien d’art

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