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Au Cameroun, la critique est devenue une hérésie, et l’analyse, une forme de sabotage

Dans une analyse sobre Oscar Njiki, observateur de notre landerneau évoque la notion de la mésologie : l’art de penser de travers ».
Misologie et novlangue : l’art de « penser de travers »
Le débat public camerounais semble frappé d’un mal tenace, une affection de l’esprit qui rend la pensée suspecte et le langage glissant. Deux pathologies s’y épanouissent : la misologie, cette méfiance presque superstitieuse envers la raison, et la novlangue, cette « science » molle du travestissement lexical. L’une interdit de penser sans être accusé, l’autre permet de parler sans rien dire. Ensemble, elles ont transformé l’espace public en une vaste salle d’audience où l’on ne juge plus les idées, mais les intentions supposées de ceux qui les formulent.
Prenez le football, ce miroir grossissant de nos passions nationales, Il suffit de murmurer que célébrer une élimination en quarts de finale d’une CAN, pour un pays qui a connu les sommets, relève d’un patriotisme un peu trop accommodant, pour que l’on vous range illico parmi les ennemis de la République du Ballon Rond.
La critique est devenue une hérésie, et l’analyse, une forme de sabotage. Demander si les mêmes résultats auraient suscité les mêmes louanges sous un autre sélectionneur, disons un certain Brys, flanqué d’un gardien nommé Onana, c’est déjà faire preuve d’un esprit trop libre pour être honnête.
L’histoire, pourtant, est têtue. Même une troisième place en 2021 n’avait pas suffi à déclencher les danses de la victoire. Mais aujourd’hui, l’échec devient un triomphe, pour peu qu’il soit commis par les bonnes personnes. On a savamment affaibli l’équipe nationale, puis on a rebaptisé cette fragilité en résilience. L’élimination au Mondial ? Un accident climatique causé par la Fecafoot et le Minsep. Pendant ce temps, le Nigeria, victime de la même RDC, a poursuivi son chemin sans psychodrame, atteignant les demi-finales avec les mêmes joueurs, le même staff.
L’équipe actuelle, portée aux nues par les chantres de la victoire morale, semble construite sur du sable mouillé. Elle chancellera à la moindre brise, car elle repose sur un édifice institutionnel fissuré : un championnat local en coma prolongé, des sélections nationales en errance, et une culture de l’excuse élevée au rang de vertu cardinale. Le nouveau critère d’excellence ? Être moins catastrophique que les autres. Et comme si cela ne suffisait pas, les vieilles querelles s’ y invitent, prêtes à transformer le collectif en mosaïque de clans. Le football, naguère ciment de l’unité, devient terrain de règlements de comptes.
Le comble, c’est que certains en sont venus à souhaiter la défaite de leur propre équipe, non par manque de patriotisme, mais parce que la chute de l’un est devenue la revanche symbolique de l’autre. L’élimination (coupe du monde, CAN) devient un soulagement, une preuve que l’on avait raison trop tôt. Le football n’est plus un sport, c’est une tragédie grecque jouée en boucle, avec les mêmes acteurs, les mêmes erreurs, et un public qui applaudit à contretemps.
Les paradoxes, eux, se multiplient avec une absurdité spectaculaire. Le président de la fédération est sanctionné par la CAF : certains crient à l’acharnement, peut-être à raison. Mais ces mêmes voix, si promptes à dénoncer l’injustice venue de Rabat, deviennent soudainement sourdes dès qu’il s’agit d’évoquer les abus domestiques: suspension et radiation de certains acteurs de football, des joueurs bannis pour des raisons farfelues. Critiquer la FECAFOOT chez soi, c’est blasphémer. L’arbitrage, si décrié ailleurs, devient miraculeusement infaillible dès qu’il s’exerce sur nos pelouses cabossées. Et gare à celui qui y voit un problème structurel : il sera promptement rangé parmi les aigris professionnels, ces éternels trouble-fête du consensus béat.
La politique, elle, n’échappe pas à cette logique. Les idées y sont jugées non sur leur contenu, mais sur leur consonance ethnique ou leur utilité tribale. L’argument devient manœuvre, la pensée critique, menace. Même les intellectuels, jadis vigies de la conscience nationale, troquent la rigueur pour la rhétorique, la clarté pour l’ambiguïté. Ils préfèrent les euphémismes aux diagnostics, les slogans aux démonstrations. L’université elle-même, autrefois temple de la raison, devient parfois le théâtre d’une liturgie confuse où l’on encense l’obscurité.
Et pendant que l’on s’écharpe sur des loyautés imaginaires, que l’on soupèse les origines plutôt que les arguments, les véritables enjeux — gouvernance, justice, éducation, cohésion sociale — patientent en coulisses, comme des figurants oubliés d’une pièce dont plus personne ne lit le script. Le Cameroun ne manque pas d’intelligences, il manque d’un espace où ces intelligences puissent s’exprimer sans être soupçonnées, caricaturées ou réduites au silence. Car ici, penser est devenu un acte de bravoure, et dire les choses clairement, une déclaration de guerre.
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Jeanne Nsoga répond aux critiques et défend la complexité de la gestion de l’État

Le dossier du complexe sportif d’Olembé continue de susciter des réactions au Cameroun. Dans une publication consacrée aux difficultés de la gestion publique, la femme politique Jeanne Nsoga défend une lecture fondée sur les contraintes auxquelles sont confrontés les décideurs et appelle à davantage de recul dans les critiques adressées aux responsables publics.
Pour Mme Nsoga, ancienne militante du FSNC d’Issa Tchiroma Bakary, il existe un écart important entre le regard porté de l’extérieur et la réalité de la prise de décision. « De l’extérieur, tout paraît simple. De l’intérieur, tout est systémique », écrit-elle, évoquant notamment les arbitrages budgétaires, les procédures administratives et la nécessité de préserver certains équilibres sociaux.
Elle prend notamment l’exemple du complexe sportif d’Olembé, dont le marché initial avait été confié à l’entreprise italienne Gruppo Piccini. Le projet, lancé dans la perspective de la Coupe d’Afrique des nations, reposait notamment sur des financements apportés par Intesa Sanpaolo et UBA. Le contrat avec Piccini a ensuite été résilié et la poursuite des travaux confiée à l’entreprise canadienne Magil Construction.
Lire la tribune de Jeanne Nsoga :
« Bonjour mes gens,
Tout le monde sait comment diriger une entreprise, sauf ceux qui la dirigent. Et tout le monde sait comment diriger un pays, sauf ceux qui le font.
Dans une entreprise comme dans un État, celui qui regarde de l’extérieur ne voit que le résultat final. Il ne voit pas la contrainte. Il ne voit pas les arbitrages budgétaires, les procédures, la nécessité de ménager les équilibres sociaux.
De l’extérieur, tout paraît simple. De l’intérieur, tout est systémique. C’est pour cela que beaucoup de critiques brillants deviennent des gestionnaires moyens quand on leur confie les clés. Ce n’est pas de l’incompétence, c’est la découverte de la complexité.
Le cas d’Olembe illustre bien cette différence entre le commentaire et la commande. En 2015, le projet de 163 milliards est financé par deux prêts, 138,5 milliards de la banque italienne Intesa Sanpaolo et 24,5 milliards d’UBA, et confié à l’italien Gruppo Piccini.
Ce que beaucoup n’ont pas compris, c’est que c’était un prêt lié. Le prêteur impose son entreprise. Sans Piccini, pas de financement italien. De l’extérieur, on a critiqué le choix de l’entreprise comme si quelqu’un au Cameroun l’avait choisi par plaisir. À l’intérieur, on sait que c’était la condition pour avoir le prêt.
Quand Piccini accumule les retards à l’approche de la CAN, l’État résilie en 2019 et fait appel en urgence au canadien Magil, avec un nouveau prêt de 55 milliards. Magil encaissera 42 milliards sur ces 55 sans achever l’hôtel et le centre commercial, et le chantier finira en arbitrage à
Paris et Washington. Bilan : 218 milliards pour un complexe inachevé, quand la Côte d’Ivoire livre Ebimpe en 4 ans pour 143 milliards. (C’est l’exemple qu’on prend trop souvent et qui me fait sourire).
Les commentateurs ont dit qu’on a mal géré. Celui qui a géré sait qu’il a dû choisir entre perdre l’organisation de la CAN et décider vite. (On sait tous ce que le Cameroun a subi comme chantage sous les quolibets de notre diaspora matango qui avait cru voir en cela une occasion de positionner un politique inachevé en quête de pouvoir).
Ce phénomène de commentateur sabitou n’est pas exclusivement camerounais. En Grèce en 2015, Yanis Varoufakis était le critique le plus brillant de l’Europe. Théoricien redouté, il expliquait comment il fallait gérer la crise. Une fois nommé ministre des Finances, il a découvert la même contrainte : un prêt lié aux conditionnalités de la Troïka et un plafond de verre à Bruxelles et Berlin. En six mois, il a démissionné. Non par incompétence, mais parce que de l’intérieur, on ne gère pas une théorie, on gère des contraintes.
Le Cameroun évolue dans un système mondial qui n’a pas toujours intérêt à voir un pays africain stratégique aller vite. Plus que d’autres, le Cameroun est craint pour ses prises de position géostratégiques. Soumis encore au Franc CFA, il subit des « arbitrages orientés » qui lui sont défavorables, en plus des conditionnalités des bailleurs.
Il est au cœur du Golfe de Guinée, avec 400 km de côte, du pétrole, du gaz, et une position qui fait le lien entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. Une telle position ne nous attire pas que des amitiés. Elle attire les convoitises, les ingérences et les jeux d’influence des grandes puissances. Chaque grande décision – un port, une route, un stade, un contrat minier – se prend donc sous le regard, et parfois la pression, d’acteurs qui n’ont pas toujours intérêt à nous voir aller trop vite.
Quand je vous lis cracher sur votre pays pour les condamnations qu’il subit, je souris de voir autant de superficialité s’étaler, mais je le dis souvent, c’est de la faute de ceux qui vous ont formés en mystifiant le savoir. Pourtant on leur a dit qu’en transmettant le savoir, il faut en donner la clé de lecture.
Ce que le commentateur appelle lenteur est souvent le temps de la défense de la souveraineté. Quand à cela s’ajoutent le manque de civisme, le manque de patriotisme, l’illettrisme diplômé et la corruption, le pays est sous pression.
Critiquer est utile. Mais juger sans avoir porté la charge est TROP facile.
ATTERRISSONS ».
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