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Routd’Af indique avoir déjà versé 10 mois de salaire sur 12 en 2025, dans un contexte de crise

(Investir au Cameroun) – Routd’Af, entreprise camerounaise de travaux publics, affirme avoir versé 10 mois de salaire sur 12 à ses employés depuis le début de l’année 2025. L’entreprise, fondée par André Siaka, a publié une mise au point après la diffusion d’une vidéo virale sur les réseaux sociaux, montrant des travailleurs manifestant pour réclamer le paiement de leurs salaires.
Relayées par plusieurs influenceurs, les images ont été associées à des accusations faisant état de 11 mois de salaires impayés consécutifs. Une version que la direction conteste, tout en reconnaissant l’existence d’arriérés.
Dans sa communication, Routd’Af explique traverser « une période de défis économiques conjoncturels » qui ont affecté sa performance sociale et économique, ce qui l’a conduite à « accumuler des arriérés de salaire ». La société qualifie cette situation d’« inadmissible et inacceptable » et dit partager « la peine » des salariés et de leurs familles.
Interrogé dans le cadre de cette mise au point, un cadre de l’entreprise nuance toutefois l’ampleur des impayés évoqués sur les réseaux sociaux : « En réalité, il s’agit de 11 mois de salaires accumulés sur plusieurs années, et non de 11 mois consécutifs sans salaire », affirme-t-il. Selon cette source, l’année 2025 serait plus régulière : « Sur 2025, les employés ont perçu 10 mois de salaire à date ».
Routd’Af assure rester « pleinement engagée à honorer [ses] obligations légales en matière de paiement des salaires ». L’entreprise rappelle avoir engagé, depuis 2020, un plan d’apurement : « Nous avons mis en place un plan de paiement progressif desdits arriérés », avec l’objectif « d’arriver rapidement à un paiement intégral ».
Employant environ 350 collaborateurs, la société remercie son personnel pour « son professionnalisme et sa patience », tout en reconnaissant que « leur confiance mérite des actes concrets et rapides, pas seulement des promesses ». Elle dit enfin vouloir poursuivre un « dialogue ouvert » avec les délégués du personnel, « en toute transparence », afin de préserver l’intégrité des salariés.
Routd’Af relève d’un groupe restreint d’entreprises, dont le seul et unique client est l’administration. Sa situation est mise en public, dans un contexte contraignant pour ce type d’acteurs économiques. Malgré des efforts d’apurement, les arriérés de paiement dus depuis plus de 3 mois à des acteurs privés s’élevaient à 387,8 milliards de FCFA. Si cette information est désagrégée par entreprise, de nombreux rapports indiquent que le secteur du BTP est en ligne de mire sur ces défis.
Baudouin Enama
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Jeanne Nsoga répond aux critiques et défend la complexité de la gestion de l’État

Le dossier du complexe sportif d’Olembé continue de susciter des réactions au Cameroun. Dans une publication consacrée aux difficultés de la gestion publique, la femme politique Jeanne Nsoga défend une lecture fondée sur les contraintes auxquelles sont confrontés les décideurs et appelle à davantage de recul dans les critiques adressées aux responsables publics.
Pour Mme Nsoga, ancienne militante du FSNC d’Issa Tchiroma Bakary, il existe un écart important entre le regard porté de l’extérieur et la réalité de la prise de décision. « De l’extérieur, tout paraît simple. De l’intérieur, tout est systémique », écrit-elle, évoquant notamment les arbitrages budgétaires, les procédures administratives et la nécessité de préserver certains équilibres sociaux.
Elle prend notamment l’exemple du complexe sportif d’Olembé, dont le marché initial avait été confié à l’entreprise italienne Gruppo Piccini. Le projet, lancé dans la perspective de la Coupe d’Afrique des nations, reposait notamment sur des financements apportés par Intesa Sanpaolo et UBA. Le contrat avec Piccini a ensuite été résilié et la poursuite des travaux confiée à l’entreprise canadienne Magil Construction.
Lire la tribune de Jeanne Nsoga :
« Bonjour mes gens,
Tout le monde sait comment diriger une entreprise, sauf ceux qui la dirigent. Et tout le monde sait comment diriger un pays, sauf ceux qui le font.
Dans une entreprise comme dans un État, celui qui regarde de l’extérieur ne voit que le résultat final. Il ne voit pas la contrainte. Il ne voit pas les arbitrages budgétaires, les procédures, la nécessité de ménager les équilibres sociaux.
De l’extérieur, tout paraît simple. De l’intérieur, tout est systémique. C’est pour cela que beaucoup de critiques brillants deviennent des gestionnaires moyens quand on leur confie les clés. Ce n’est pas de l’incompétence, c’est la découverte de la complexité.
Le cas d’Olembe illustre bien cette différence entre le commentaire et la commande. En 2015, le projet de 163 milliards est financé par deux prêts, 138,5 milliards de la banque italienne Intesa Sanpaolo et 24,5 milliards d’UBA, et confié à l’italien Gruppo Piccini.
Ce que beaucoup n’ont pas compris, c’est que c’était un prêt lié. Le prêteur impose son entreprise. Sans Piccini, pas de financement italien. De l’extérieur, on a critiqué le choix de l’entreprise comme si quelqu’un au Cameroun l’avait choisi par plaisir. À l’intérieur, on sait que c’était la condition pour avoir le prêt.
Quand Piccini accumule les retards à l’approche de la CAN, l’État résilie en 2019 et fait appel en urgence au canadien Magil, avec un nouveau prêt de 55 milliards. Magil encaissera 42 milliards sur ces 55 sans achever l’hôtel et le centre commercial, et le chantier finira en arbitrage à
Paris et Washington. Bilan : 218 milliards pour un complexe inachevé, quand la Côte d’Ivoire livre Ebimpe en 4 ans pour 143 milliards. (C’est l’exemple qu’on prend trop souvent et qui me fait sourire).
Les commentateurs ont dit qu’on a mal géré. Celui qui a géré sait qu’il a dû choisir entre perdre l’organisation de la CAN et décider vite. (On sait tous ce que le Cameroun a subi comme chantage sous les quolibets de notre diaspora matango qui avait cru voir en cela une occasion de positionner un politique inachevé en quête de pouvoir).
Ce phénomène de commentateur sabitou n’est pas exclusivement camerounais. En Grèce en 2015, Yanis Varoufakis était le critique le plus brillant de l’Europe. Théoricien redouté, il expliquait comment il fallait gérer la crise. Une fois nommé ministre des Finances, il a découvert la même contrainte : un prêt lié aux conditionnalités de la Troïka et un plafond de verre à Bruxelles et Berlin. En six mois, il a démissionné. Non par incompétence, mais parce que de l’intérieur, on ne gère pas une théorie, on gère des contraintes.
Le Cameroun évolue dans un système mondial qui n’a pas toujours intérêt à voir un pays africain stratégique aller vite. Plus que d’autres, le Cameroun est craint pour ses prises de position géostratégiques. Soumis encore au Franc CFA, il subit des « arbitrages orientés » qui lui sont défavorables, en plus des conditionnalités des bailleurs.
Il est au cœur du Golfe de Guinée, avec 400 km de côte, du pétrole, du gaz, et une position qui fait le lien entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. Une telle position ne nous attire pas que des amitiés. Elle attire les convoitises, les ingérences et les jeux d’influence des grandes puissances. Chaque grande décision – un port, une route, un stade, un contrat minier – se prend donc sous le regard, et parfois la pression, d’acteurs qui n’ont pas toujours intérêt à nous voir aller trop vite.
Quand je vous lis cracher sur votre pays pour les condamnations qu’il subit, je souris de voir autant de superficialité s’étaler, mais je le dis souvent, c’est de la faute de ceux qui vous ont formés en mystifiant le savoir. Pourtant on leur a dit qu’en transmettant le savoir, il faut en donner la clé de lecture.
Ce que le commentateur appelle lenteur est souvent le temps de la défense de la souveraineté. Quand à cela s’ajoutent le manque de civisme, le manque de patriotisme, l’illettrisme diplômé et la corruption, le pays est sous pression.
Critiquer est utile. Mais juger sans avoir porté la charge est TROP facile.
ATTERRISSONS ».
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