
Depuis quatre ans, les championnats Élite One et Élite Two naviguent entre interruptions, boycotts et risques réels de troubles à l’ordre public.
Mais pour Priscille Messene, le constat est clair : « le problème aujourd’hui n’est pas la FECAFOOT, mais la structuration des clubs ». Un discours qui tranche avec les accusations habituelles dirigées vers la fédération.
Eto’o a “éteint les incendies”, place désormais à la stabilité
Selon Messene, l’arrivée de Samuel Eto’o à la tête de la FECAFOOT a permis de mettre en lumière des dysfonctionnements profonds.
« Il a identifié ce qui ne fonctionnait pas et a dépensé beaucoup d’argent dans les tribunaux. Son prochain mandat devrait être plus calme », explique-t-elle.
Une manière de rappeler que la fédération a longtemps été engluée dans des batailles juridiques qui ont ralenti les réformes sportives. Eto’o, malgré la critique permanente, aurait donc permis de poser un premier socle de rigueur institutionnelle.
« On ne peut pas gérer un club comme une boutique » : la structuration au cœur du problème
Priscille Messene ne mâche pas ses mots :
« On ne peut pas avoir des présidents de clubs qui réclament les subventions et qui, lorsque les financements ne sont pas octroyés, boycottent le championnat. »
Elle donne l’exemple de La Colombe, club qu’elle cite comme modèle de gestion budgétaire :
« Avant le début du championnat, ils ont déjà voté leur budget. Ils ne se livrent jamais à ce type de revendication. »
La critique est frontale : beaucoup de clubs camerounais dépendent presque exclusivement des subventions fédérales, sans mécanisme interne de financement ni vision de long terme. Une dépendance qui crée instabilité, menaces de retrait de compétition et chantage permanent.
Messene va plus loin :
« Tant que les clubs n’auront pas de sources de financement stables, nous aurons toujours des présidents qui boycottent. Si cela ne dépendait que de moi, si 10 clubs sont en règle, on joue le championnat avec eux. »
Le message est clair : la FECAFOOT ne devrait plus être paralysée par ceux qui refusent de se mettre en conformité.
Licences, retards et indiscipline : les clubs pointés du doigt
Priscille Messene aborde également les problèmes structurels liés aux licences, un sujet récurrent dans le football camerounais.
Elle s’adresse directement à un dirigeant :
« Monsieur Gérard Elle, quand vous déposez les frais de licences, c’est comme lorsque vous payez les frais de concours : on ne vous les restitue pas. »
Un rappel subtil, mais ferme : les frais administratifs ne sont pas remboursables, et la fédération n’a pas à être tenue responsable des négligences internes des clubs.
Elle dénonce également la mauvaise gestion du système FIFA Connect :
« Certains présidents partagent leur code FIFA Connect avec plusieurs personnes. Résultat : leurs interfaces se bloquent et c’est la fédération qui paie les frais. Ces présidents ne respectent presque jamais les délais… »
Une situation qui montre, une fois de plus, que les défaillances viennent souvent de l’intérieur des clubs.
Vers un championnat plus professionnel ?
Le discours de Priscille Messene résonne comme un appel à la responsabilité collective. Il ne s’agit plus seulement d’accuser la fédération ou son président, mais de comprendre que sans une vraie professionnalisation des clubs – gouvernance, budgets, formation administrative – le football camerounais restera fragile.
Avec un Eto’o désormais prêt à gérer un mandat « plus calme », les clubs devront suivre le rythme. Et pour Messene, la voie est simple : discipline, autonomie financière et rigueur administrative.
Le Cameroun aspire à des championnats stables et compétitifs : reste désormais à savoir si les dirigeants seront prêts à changer leurs habitudes.







