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LOUIS PAUL MOTAZE : « Le Chef de l’État œuvre pour une économie compétitive, pouvant générer davantage d’emplois et réduire la pauvreté »

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LOUIS PAUL MOTAZE : « Le Chef de l’État œuvre pour une économie compétitive, pouvant générer davantage d’emplois et réduire la pauvreté »
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Défis Actuels : Ces dernières années vous avez mainte fois répété à vos équipes de veiller en sorte que le budget de l’État vise un fort impact socioéconomique. Quelles sont les mesures prévues à cet effet et l’impact attendu/obtenu ?

LOUIS PAUL MOTAZE : Effectivement, nous élaborons le budget de l’Etat avec une vision claire indiquée dans la circulaire du président de la République : maximiser l’impact socio-économique sur l’ensemble du territoire, en nous inscrivant dans la continuité de notre Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). L’objectif est de stimuler une croissance inclusive tout en consolidant la reprise économique amorcée après la crise sanitaire. Plusieurs mesures clés ont été mises en place. D’abord, nous nous concentrons sur l’amélioration de la compétitivité et de la productivité de notre économie. Cela passe par des investissements dans les infrastructures et l’énergie pour réduire les coûts de production et encourager l’industrialisation. Ensuite, il y a la lutte contre l’inflation, qui est cruciale pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, notamment des plus vulnérables. Concernant principalement les secteurs sociaux et la protection des populations les plus vulnérables nous avons intensifié nos efforts dans ces domaines. Par exemple, des ressources importantes sont allouées au renforcement de l’hygiène publique et de la salubrité dans les villes. Parallèlement, nous déployons des programmes de soutien aux populations vulnérables pour les protéger contre la hausse du coût de la vie. Suivant les orientations données par le Chef de l’Etat, nous visons aussi à accélérer la reconstruction des régions affectées par les crises, comme le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord, afin de favoriser la réintégration socio-économique de ces populations. Le Président de la République nous a clairement instruits au gouvernement de finaliser et de démarrer des projets routiers et autoroutiers stratégiques pour améliorer la mobilité des personnes et des biens. De plus, nous avons accéléré la mise en service des barrages hydroélectriques pour accroître nos capacités énergétiques. L’objectif est de rendre notre économie plus dynamique et de créer un cadre de vie plus propice au bienêtre de nos populations. À moyen terme, nous espérons voir une économie plus résiliente et compétitive, capable de générer davantage d’emplois, surtout pour les jeunes. Le Chef de l’État veut également que les politiques sociales du gouvernement réduisent significativement la pauvreté et les inégalités. En somme, le budget vise la réalisation de la vision du chef de l’État qui est celle d’un Cameroun plus prospère et solidaire.

Défis Actuels : Quelles sont les mesures visant comme vous l’avez annoncé, l’amélioration de la productivité et de la compétitivité de l’économie ?

LOUIS PAUL MOTAZE : Nous avons mis en place une série d’actions concrètes, en commençant par renforcer notre politique d’import-substitution. Concrètement, cela signifie que nous encourageons la production locale en réduisant notre dépendance aux importations. Par exemple, nous avons lancé le Programme d’Impulsion Initiale, qui englobe plusieurs projets destinés à transformer structurellement notre économie. Pour être précis, prenons le secteur de l’agriculture et de la pêche. Nous facilitons l’acquisition d’équipements pour ces secteurs avec des avantages fiscaux et douaniers. L’idée est d’augmenter la production locale tout en réduisant les coûts pour les producteurs. En parallèle, nous encourageons l’utilisation d’énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien pour rendre ces activités plus durables. Parallèlement, nous avons pris des mesures pour rendre certains produits importés moins attractifs. Par exemple, des taxes élevées ont été imposées sur des articles comme les meubles en plastique, le riz parfumé, et les poissons de luxe. L’objectif est de pousser les consommateurs vers les produits locaux, qui sont tout aussi compétitifs. Ainsi, nous soutenons directement nos producteurs.

Défis Actuels : Mais comment vous assurez-vous que ces efforts budgétaires profitent vraiment aux consommateurs ?

LOUIS PAUL MOTAZE: Nous surveillons de près l’impact de ces mesures sur les prix. L’idée n’est pas de permettre aux producteurs de s’enrichir au détriment des consommateurs. Nous voulons des produits locaux de qualité, à des prix abordables. C’est un équilibre délicat, et c’est pourquoi nous faisons appel à la responsabilité des producteurs pour qu’ils approvisionnent d’abord le marché local avant de penser à l’exportation.

Défis Actuels : Et concernant la promotion du « Made in Cameroon », quelles sont les dispositions prévues ?

LOUIS PAUL MOTAZE: Une des priorités du Gouvernement reste effectivement la promotion du « Made in Cameroon ». Dans ce sens, le Gouvernement entend poursuivre les actions visant à accompagner les politiques d’import substitution et de transformation économique. Ainsi par exemple les actions majeures sont orientées vers la consécration d’incitations douanières en faveur d’intrants de production dans les secteurs porteurs de croissance et de transformation structurelle, en vue de la résorption des vulnérabilités nationales ; la suppression des exonérations et le relèvement de la taxation sur les produits présentant des externalités négatives pour l’environnement et la santé, ainsi que de ceux pour lesquels le Cameroun dispose des capacités de production locale ; la mise en œuvre d’une politique fiscale incitative et de promotion de l’utilisation des matières premières locales au détriment des importations ; Le Gouvernement mène des réflexions plus larges en examinant la dynamique des grandes surfaces, leur contenu commercial et leur impact potentiel sur les politiques avisées d’import substitution. Le secteur tertiaire est marqué depuis quelques années par une forte augmentation du nombre des grandes surfaces, principalement à Yaoundé et Douala, les deux plus grandes métropoles du pays. Il est à noter pour s’en satisfaire que la densification du réseau de ces supermarchés est en grande partie portée par les opérateurs nationaux dont les enseignes se sont imposées dans la grande distribution ces dernières années. Donc il serait important que ces enseignes qui se sont implantées en promettant de promouvoir la production et la commercialisation des produits locaux le fasse de manière volontariste.

Défis Actuels : Dans le cadre de cette loi de finances quels sont les efforts réalisés par le Minfi en soutien à la dynamique de décentralisation en cours ?

LOUIS PAUL MOTAZE : Concernant le processus de décentralisation, le gouvernement a renforcé les moyens financiers et techniques des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). L’objectif est de leur permettre de jouer un rôle plus actif dans la relance économique, en initiant des projets locaux qui répondent aux besoins spécifiques de leurs communautés. Les ressources provenant de l’État et affectées aux compétences transférées déjà exercées par les collectivités territoriales décentralisées (CTD) sont évaluées en 2024 à 555,4 milliards dont 262,9 milliards au titre des transferts de fiscalité, et 292,5 milliards au titre de la Dotation Générale de la Décentralisation (DGD). Vous constaterez que la Dotation Générale de la Décentralisation a effectivement augmenté de 39,9 milliards de FCFA, soit une hausse de 15,8 % par rapport à l’année précédente où elle s’élevait à 252,6 milliards de FCFA. Cette augmentation est directement liée au transfert effectif aux régions des ressources correspondant aux compétences qui leur ont été attribuées. Par exemple, les responsabilités liées à la réhabilitation et à l’entretien des routes départementales, au soutien des formations sanitaires et établissements sociaux, ainsi qu’à la création et l’équipement des lycées et collèges sont désormais pleinement exercées par les collectivités territoriales. Concrètement, cela signifie que les collectivités disposent de moyens financiers accrus pour mettre en œuvre ces compétences sur le terrain. L’objectif est de rapprocher les services publics des populations, tout en leur permettant de participer activement à la relance économique de notre pays. En dotant les Collectivités Territoriales Décentralisées de ces ressources accrues conformément aux orientations du Président de la République, nous leur donnons les outils nécessaires pour répondre aux besoins locaux de manière plus efficace et plus adaptée.

Défis Actuels : Quelles sont les mesures prises pour garantir une exécution optimale du budget, eu égard au contexte international tendu qui impacte le cours de l’économie nationale ?

LOUIS PAUL MOTAZE: Face aux défis liés au contexte international actuel, marqué notamment par des tensions inflationnistes et des fluctuations sur les marchés des matières premières, nous avons adopté plusieurs mesures pour garantir une exécution optimale du budget national. Tout d’abord, nous mettons l’accent sur la rationalisation des dépenses publiques, avec pour objectif une priorisation des actions à fort impact socio-économique, tout en veillant à leur efficacité. Nous avons renforcé les mécanismes de mobilisation des recettes internes non pétrolières, afin de dégager les marges budgétaires nécessaires à la poursuite de nos investissements stratégiques, notamment dans les secteurs de l’infrastructure, de la santé, de la sécurité et de l’éducation. Nous avons également poursuivi la dématérialisation des procédures budgétaires permettant une meilleure gestion des engagements et une réduction des délais d’exécution. Cette réforme inclut l’extension des systèmes d’information, tels que PROBMIS et PATRIMONY, assurant ainsi une transparence accrue dans la gestion des finances publiques. De plus, nous avons mis en place des mécanismes pour mieux anticiper et planifier les dépenses à travers des plans d’engagement consolidés qui seront actualisés trimestriellement. Cela permet de mieux gérer les risques budgétaires et de maintenir une cohérence entre les recettes collectées et les dépenses effectuées. Enfin, le maintien de la vigilance budgétaire face à la dette publique et la gestion rigoureuse des subventions, notamment celles liées aux prix des carburants, restent des priorités pour assurer la viabilité budgétaire à moyen et long terme. Nous restons également vigilants sur les passifs du portefeuille des partenariats public-privé, afin de minimiser les risques financiers.

Défis Actuels : Monsieur le Ministre, le 31 mai 2024, vous avez lancé la Stratégie Nationale de Développement du Secteur Financier (SNDSF) du Cameroun. Pourquoi une telle stratégie dédiée spécifiquement au secteur financier ?

LOUIS PAUL MOTAZE: Le secteur financier est un pilier central du développement économique, et son dynamisme est essentiel pour atteindre les objectifs d’émergence que s’est fixés le Cameroun à l’horizon 2035. Depuis 2009, le pays a adopté une vision ambitieuse, déclinée à travers plusieurs instruments stratégiques, comme le DSCE (2010-2020) et la SND30 (2021-2030). Toutefois, il est apparu nécessaire de développer des stratégies sectorielles spécifiques pour répondre aux défis propres à certains secteurs clés, dont celui des finances. La SNDSF vise ainsi à renforcer la performance de ce secteur pour accélérer la croissance économique et, par conséquent, améliorer le bien-être des populations. En effet, le diagnostic du système financier camerounais a révélé plusieurs faiblesses : une faible inclusion financière, un accès limité au financement pour les MPME, et un manque de profondeur du marché financier. La SNDSF vient donc avec des solutions concrètes pour résoudre ces problèmes, en s’appuyant notamment sur la mise en place d’instruments comme la Société de Gestion des Fonds de Garantie pour les MPME et la réforme du Crédit Foncier du Cameroun. Le but est de rendre le secteur financier plus inclusif et de permettre à une plus grande partie de la population d’accéder aux services financiers.

Défis Actuels : Une des grandes attentes des entrepreneurs camerounais, notamment les promoteurs de PME, concerne l’accès au crédit. Quelles sont les principales mesures de la SNDSF pour faciliter cet accès ?

LOUIS PAUL MOTAZE: Les MPME, qui constituent 98 % du tissu économique camerounais, sont vitales pour la création de richesse et d’emplois dans le pays. Cependant, elles font face à de nombreux obstacles en matière d’accès au financement, en particulier les financements de long terme. Aujourd’hui, moins de 20 % des prêts formels leur sont accordés, un chiffre bien insuffisant pour soutenir leur développement et leur contribution à l’économie nationale. Le gouvernement, conscient de ce défi, a mis en place plusieurs mesures pour renforcer l’accès des MPME aux financements formels. Parmi ces initiatives, on peut citer la création d’un mécanisme de garantie de 200 milliards FCFA, et ayant déjà donné lieu à la signature d’une convention entre l’État, 15 banques et 37 établissements de microfinance en août 2023. Ce mécanisme vise à rassurer les institutions financières et à les encourager à accorder davantage de crédits aux MPME. En complément, la SNDSF prévoit la création de la Société de Gestion des Fonds de Garantie aux MPME, qui jouera un rôle crucial dans le renforcement de la confiance entre ces entreprises et le système bancaire. Par ailleurs, la stratégie inclut aussi l’implémentation de la loi sur le crédit hypothécaire, qui facilitera les transactions immobilières et libérera ainsi des fonds pour les entrepreneurs. De plus, la réforme du Crédit Foncier du Cameroun permettra de stimuler le marché immobilier et, par extension, d’amplifier le financement des secteurs liés à la construction. En combinant ces différents instruments, la SNDSF offre un cadre intégré et cohérent pour résoudre la problématique de l’accès au financement des MPME, tout en contribuant à la dynamisation du secteur financier camerounais dans son ensemble. Avec ces réformes, nous espérons que les MPME pourront bénéficier de financements plus accessibles et adaptés à leurs besoins, ce qui favorisera leur croissance et leur impact sur l’économie nationale.

Défis Actuels : Le secteur privé Camerounais a très favorablement accueilli le fonds de garantie de 200 milliards de Francs CFA que vous avez mis en place en faveur des PME. Qu’est-ce qui a motivé la décision de mettre en place un tel fonds, comment fonctionne-t-il, et qu’attendez-vous du secteur privé ?

LOUIS PAUL MOTAZE: La création de ce fonds de garantie de 200 milliards de Francs CFA répondait à une nécessité impérieuse de soutenir notre économie face aux difficultés engendrées par la crise sanitaire mondiale. Nous avons constaté que les petites et moyennes entreprises, qui représentent la majorité de notre tissu productif, étaient particulièrement vulnérables aux perturbations économiques. La mise en place de ce dispositif avait donc pour but de leur offrir un filet de sécurité et de leur permettre de continuer à fonctionner et à investir malgré un contexte économique difficile. Ce mécanisme fonctionne sous la forme d’une garantie de portefeuille négociée avec les établissements prêteurs. Cela signifie que l’État se porte garant pour une partie des crédits octroyés par les banques et les établissements de microfinance aux entreprises des secteurs prioritaires, identifiés dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Le principe est simple : en réduisant le risque pour les banques, nous les incitons à accorder plus facilement des crédits aux PME, y compris celles qui ont été fragilisées par la crise. Cette garantie couvre notamment les prêts destinés à financer le fonds de roulement des entreprises, mais aussi leurs investissements en immobilisations corporelles. Les secteurs à fort potentiel de croissance, comme l’agro-industrie, les technologies de l’information, les énergies renouvelables, sont particulièrement visés par cette mesure. Nous attendons du secteur privé, et plus précisément des établissements financiers, qu’ils jouent pleinement leur rôle de partenaires dans cette initiative. Cela implique d’accompagner efficacement les PME, de leur offrir des conditions de crédit avantageuses et de simplifier les procédures d’accès au financement.

La garantie de l’État doit se traduire par une baisse significative des coûts de crédit pour les petites et moyennes entreprises, car ce sont elles qui, à travers leurs activités, vont relancer l’économie et créer des emplois. Il est également crucial que ces financements servent avant tout à dynamiser le marché intérieur. Nous ne voulons pas que ces ressources soient détournées pour des exportations non maîtrisées ou des opérations spéculatives qui n’apporteraient aucun bénéfice à notre économie. L’objectif est de renforcer notre autonomie économique en encourageant la production locale et en réduisant notre dépendance aux importations. Le gouvernement s’engage à sa part, notamment en honorant rapidement ses obligations en cas de défaillance de remboursement, et en garantissant la transparence et l’efficacité dans le traitement des demandes de garantie. Nous continuerons à travailler étroitement avec les banques et les microfinances pour assurer la réussite de ce dispositif, tout en restant ouverts aux ajustements nécessaires pour l’adapter aux besoins du marché.

Défis Actuels : Vous avez fait de la simplification des procédures un des éléments clés de l’amélioration du climat des affaires. Pourquoi cette démarche et quelles sont les principales mesures que vous avez prises ces dernières années ?

LOUIS PAUL MOTAZE : La simplification des procédures est au cœur de notre stratégie pour améliorer le climat des affaires au Cameroun. Elle permet non seulement de rendre les interactions entre les contribuables et les administrations fiscales plus fluides et transparentes, mais aussi de créer un environnement plus favorable aux investissements et à la croissance économique. En éliminant les obstacles administratifs et en réduisant les délais, nous facilitons l’activité des entreprises, en particulier des PME, qui constituent le tissu économique majoritaire de notre pays. Pour atteindre cet objectif, nous avons mis en place plusieurs mesures concrètes, centrées principalement sur la digitalisation et la dématérialisation des procédures. Nous avons d’abord étendu l’utilisation des téléprocédures, permettant ainsi aux contribuables d’effectuer de nombreuses opérations fiscales directement depuis leur ordinateur ou leur téléphone portable. Par exemple, la télédéclaration des impôts et taxes à versement spontané et la Déclaration Statistique et Fiscale annuelle se font désormais en ligne. Cela représente un gain de temps considérable pour les contribuables et réduit la nécessité de se rendre physiquement dans nos services. Nous avons également dématérialisé la procédure d’enregistrement des commandes publiques ainsi que celle des mutations immobilières et mobilières. Cette digitalisation a été accompagnée par l’introduction de services en ligne tels que la délivrance de l’attestation de conformité fiscale, l’authentification des documents et la consultation du fichier des contribuables. Grâce à ces services, les contribuables peuvent désormais accéder à ces informations de manière autonome et instantanée, sans avoir à passer par des démarches administratives complexes. En outre, nous avons lancé le service « Mobile Tax » qui permet le paiement d’impôts et de taxes via téléphone portable. Ce service est particulièrement utile pour les petites entreprises et les contribuables qui ne peuvent pas se déplacer, rendant le paiement des impôts plus accessible. De plus, la modernisation du mode de perception de certains impôts, comme les droits de timbre automobile et les droits de timbre d’aéroport, a permis de dématérialiser totalement ces procédures, dispensant ainsi les contribuables de toute démarche administrative physique. L’introduction de la Déclaration Pré-remplie (DPR) est une autre innovation majeure. Cette procédure consiste à envoyer une déclaration déjà complétée au domicile du contribuable, qui n’a plus qu’à vérifier les informations et régler la somme due via son téléphone portable. Cette mesure vise à simplifier encore davantage les formalités pour le contribuable, tout en garantissant la conformité fiscale. Pour le secteur douanier, nous avons déployé le système Cameroon Customs Information System (CAMCIS) qui permet un traitement entièrement dématérialisé des opérations douanières à l’importation et à l’exportation. Cette plateforme facilite la gestion des opérations douanières tout en réduisant les risques de fraude et en améliorant l’efficacité des services. Enfin, nous avons rationalisé les interventions fiscales en instituant le principe d’une seule intervention par entreprise et par an. Cela limite les interruptions fréquentes des activités des entreprises et garantit un environnement plus stable et prévisible pour les affaires. Nous prévoyons également de densifier le télépaiement pour offrir plus de flexibilité aux contribuables. Notre objectif est de créer un environnement fiscal et douanier moderne, transparent et accessible, en phase avec les exigences du développement économique et social du Cameroun. Nous croyons fermement qu’en simplifiant les procédures, nous posons les bases d’une relation de confiance avec les contribuables et créons un cadre propice à l’investissement et à la croissance.

Défis Actuels : Qu’est-ce qui motive votre orientation stratégique en faveur de la digitalisation ?

La digitalisation représente pour nous une orientation stratégique incontournable, motivée par la nécessité de moderniser et d’optimiser la gestion des finances publiques. Il s’agit d’une réponse directe aux défis de notre époque, qui exigent plus de transparence, d’efficacité et de sécurité dans nos opérations financières. En outre, ce virage numérique permet de lutter plus efficacement contre la corruption, un fléau qui mine souvent les efforts de développement. La digitalisation s’inscrit dans la vision du gouvernement, qui aspire à établir une administration fiscale moderne, capable de tirer parti des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Cette approche nous permet d’accroître la mobilisation des ressources, d’améliorer la qualité des services offerts aux usagers et d’optimiser la productivité de notre administration en général. Pour les usagers, la digitalisation simplifie les procédures, réduit les coûts de la discipline fiscale et améliore l’environnement fiscal des affaires. Pour l’administration fiscale, elle contribue à élargir l’assiette et sécuriser les recettes, tout en rationalisant les tâches par l’élimination des processus manuels et le recentrage sur l’administration des risques. Pour la mise en œuvre, le Ministère des Finances a adopté un plan d’action progressif pour accompagner cette transformation. Nous avons commencé par l’informatisation de la chaîne de dépenses, avec des outils comme IBIS, ANTILOPE, PATRIOT, et CAMCIS pour les douanes. Ces systèmes nous ont permis d’améliorer l’exécution budgétaire, la gestion comptable et la collecte des recettes douanières. De plus, nous avons introduit des solutions comme SYDONIA pour faciliter les transactions douanières et MESURE pour une gestion plus efficace de l’assiette fiscale. En parallèle, les plateformes de paiement électronique, telles que Tresor Pay, lancée récemment, sont venues renforcer la sécurisation des recettes non fiscales. Pour s’aligner avec la politique gouvernementale de dématérialisation, le Ministère des Finances s’est doté d’un schéma directeur informatique. Ce document stratégique a défini avec précision les besoins en informatique du MINFI, ciblant deux objectifs majeurs : construire une informatique intégrée et optimiser la mutualisation des ressources. Ces projets comprennent des études, la construction d’infrastructures technologiques de pointe, le développement d’applications de gestion des finances publiques et l’amélioration des compétences techniques de notre personnel. Pour l’administration, ces réformes ont permis de rationaliser les tâches manuelles et de recentrer nos efforts sur l’administration des risques et l’élargissement de l’assiette fiscale. Par exemple, l’extension de l’assiette fiscale et la sécurisation des recettes ont été grandement facilitées par le croisement des fichiers Douanes-Impôts via la plateforme FUSION. La digitalisation de l’Attestation de Mise en Recouvrement (AMR) et l’automatisation de la délivrance de l’Attestation de Conformité Fiscale, combinées à la solidarité de paiement, ont également entraîné une augmentation du nombre de plans de règlement dans le secteur forestier. De plus, la dématérialisation des modalités d’enregistrement de la commande publique a eu un impact significatif sur les performances, avec une hausse de près de 20 % des droits perçus dès 2018. Sur le plan qualitatif, la mise en place de la télé-déclaration a permis une meilleure fidélisation des contribuables, avec un taux de déclaration dans les délais avoisinant 100 %. De même, la digitalisation du fichier national des contribuables a permis un élargissement du portefeuille des moyennes entreprises et, de manière générale, a amélioré le civisme fiscal.

Défis Actuels : Vous avez engagé l’assainissement des finances publiques avec le comptage physique des personnels d’État ou encore l’assainissement des baux. Quel bilan et quels enseignements ?

LOUIS PAUL MOTAZE: La question de l’assainissement des finances publiques est au cœur de nos préoccupations. Deux initiatives phares illustrent notre engagement dans ce domaine : l’assainissement des baux administratifs et l’opération COPPE 2018 (Comptage physique des Personnels de l’Etat), qui visait à traquer les fonctionnaires fictifs. Nous avons mené une véritable croisade contre les baux administratifs fictifs. L’audit que nous avons lancé a mis en lumière des irrégularités inacceptables : des immeubles en ruine loués à prix d’or, des loyers versés sans contrat de bail, et même des cas où l’État paie pour des bâtiments inexistants ! Plus grave encore, nous avons découvert que 2 141 personnes, logées aux frais de l’État, n’ont aucun lien avec l’administration publique ou sont à la retraite. Ce réseau de fraudes a coûté des milliards au Trésor public. Face à ces abus, nous avons pris des mesures immédiates pour mettre fin à cette hémorragie financière. Résultat ? Près de 4 milliards de francs CFA économisés chaque année. En parallèle, l’opération COPPE 2018 a marqué un tournant dans la lutte contre les agents publics fictifs. Nous avons recensé physiquement 310 786 agents pour nous assurer de leur présence effective. L’opération a révélé plus de 14 000 cas de fraude, dont 10 632 agents qui, bien que toujours inscrits au fichier solde, ne travaillaient plus pour l’État. Ces suspensions ont généré une économie annuelle de 32,4 milliards de francs CFA ! Le travail ne s’arrête pas là : nous avons engagé des procédures disciplinaires pour ceux qui ont indûment perçu des salaires. Plus récemment, nous avons détecté 13000 faux actes dans les dossiers de pensions retraite de certains personnels des Forces de défense et de sécurité. Le message est clair : toute fraude sera sanctionnée, et nous sommes déterminés à assainir les finances publiques de manière durable. Ces actions, riches en enseignements, ont démontré qu’une gestion rigoureuse et transparente de nos ressources est non seulement possible, mais surtout nécessaire pour restaurer la confiance des citoyens dans l’action publique. À l’avenir, nous continuerons à renforcer les contrôles, à moderniser nos outils de gestion et à œuvrer pour une gouvernance exemplaire.

Défis Actuels : En termes de perspectives, quelles sont les réformes que vous envisagez pour optimiser davantage la gestion des finances publiques au Cameroun ?

LOUIS PAUL MOTAZE : Pour optimiser davantage la gestion des finances publiques au Cameroun, plusieurs réformes ambitieuses sont envisagées, s’inscrivant dans la continuité des efforts déjà entrepris dans le cadre notamment du Plan Global de Réforme de la Gestion des Finances Publiques (PGRGFP) avec dans certains aspects le soutien de partenaires comme la France à travers le Projet d’Appui à la Gouvernance Financière (PAGFI). Nous entamons actuellement la troisième phase du PAGFI, qui se concentre sur trois principaux axes. A court terme, nous voulons en premier lieu renforcer la crédibilité budgétaire et l’une des réformes majeures en cours est l’opérationnalisation complète du Compte Unique du Trésor (CUT). Cela permettra de consolider les fonds des entités publiques, optimisant ainsi la gestion de la trésorerie de l’État. Nous mettons également en place des plans d’engagement et une comptabilité budgétaire rénovée pour améliorer la régulation budgétaire. Nous allons également œuvrer à l’amélioration de l’information budgétaire et comptable en poursuivant l’approfondissement de la comptabilité en droits constatés au niveau de l’État et sa généralisation aux collectivités territoriales décentralisées (CTD) et établissements publics. Cette réforme nécessite le renforcement des systèmes d’information pour assurer une traçabilité et une transparence accrues dans la gestion des finances publiques. L’autre chantier majeur consistera en la maîtrise des risques budgétaires liés aux entreprises et établissements publics. Car, avec plus de 133 milliards de Francs CFA de subventions accordées, il est crucial de mieux suivre et piloter ces organismes. Nous mettons en place des mécanismes pour contrôler l’efficience et l’efficacité des subventions accordées, les dettes croisées ou garanties par l’État, ainsi que la gestion des arriérés fiscaux. Ces réformes visent à renforcer les marges de manœuvre budgétaires du Cameroun, condition nécessaire pour maintenir la stabilité macroéconomique et financer des investissements porteurs d’une croissance inclusive et durable. Nous prévoyons également de renforcer la capacité des agents publics par des formations et des sensibilisations, notamment via le Programme Supérieur de Spécialisation en Finances Publiques (PSSFP). Près de 2500 fonctionnaires ont déjà été formés grâce aux caravanes de formation, et nous poursuivrons ces efforts pour doter nos administrations des compétences nécessaires pour accompagner ces réformes. Enfin, le Plan Stratégique des Réformes de la Gestion des Finances Publiques 2024-2027, constituera le cadre de référence pour consolider les acquis du PAGFI et les inscrire dans une vision globale et pérenne de transformation de notre système de gestion des finances publiques. Ce plan tient compte des leçons tirées des évaluations antérieures, notamment la 3ème évaluation PEFA de 2023, et s’appuiera sur la création de communautés de pratiques pour favoriser l’appropriation et l’implémentation efficace des réformes au sein des administrations. Ces mesures reflètent notre engagement à bâtir un système financier plus transparent, efficient et résilient, capable de soutenir durablement le développement du Cameroun.

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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun
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Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.

La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.

Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.

DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.

La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.

Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.

Portrait

LISETTE CLAUDIA TAME SOUMEDJONG, CEO d’Africa Processing Company SA.

Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.

Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.

En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.

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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois
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L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.

Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.

Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.

Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.

Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.

Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.

Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.

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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui
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Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).

Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.

L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.

Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.

Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.

La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.

UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE

Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.

Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.

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