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LUC MESSI ATANGANA : « Mon objectif est d’œuvrer de manière significative à la modernisation de Yaoundé »

Défis Actuels : Monsieur le Maire de la ville de Yaoundé, quelles ont été les principales priorités de la Communauté urbaine de Yaoundé sous votre leadership ces dernières années ?
LUC MESSI ATANGANA: A mon arrivée à l’Hôtel de ville de Yaoundé en mars 2020, l’assainissement de la capitale s’impose comme une urgence, dans la mesure où elle doit afficher fière allure à l’occasion de la CAN 2021 que notre pays a accueilli en janvier 2022. Le temps était compté, et il fallait vite s’y mettre et bien faire, le tout dans un contexte de crise sanitaire liée à la Covid-19, avec toutes ses restrictions que nous avons connues. A ce moment-là, les autres priorités concernaient les voiries, la mobilité urbaine, l’éclairage public, la lutte contre le désordre urbain et l’embellissement de la ville. Nous avions alors mené plusieurs actions allant dans ce sens pour le résultat que tout le monde a vu pendant ce grand rendez-vous sportif. La CAN passée, les priorités n’ont pas changé du moment que l’aménagement de la cité n’est pas seulement lié à l’organisation d’un événement.
Après la révision du Plan directeur d’urbanisme de la ville de Yaoundé en 2022, nous avons constaté le besoin criard d’orienter nos efforts principalement sur l’aménagement des voiries, l’amélioration de la gestion des ordures, la construction des infrastructures marchandes ou l’extension du réseau d’éclairage public. Ce sont ces priorités qui guident les actions de la Communauté urbaine depuis 2022, sans que pour autant ne soient négligées les autres missions à nous dévolues comme le bon ordre urbain, la mobilité urbaine, l’embellissement de la ville, entre autres.
Défis Actuels : Yaoundé connait une forte croissance démographique. Quels sont vos plans pour encadrer cette urbanisation rapide tout en assurant un développement harmonieux de la ville ?
LUC MESSI ATANGANA: Mon objectif en tant que maire de la ville de Yaoundé est de contribuer de manière significative à la modernisation de ma ville. Pour y parvenir, il est important de connaître chaque facteur de développement et maîtriser tous les atouts et freins à ce développement. C’est dans ce cadre que nous avons mené le processus de révision du Plan directeur d’urbanisme de la ville de Yaoundé (PDU), dont le précédent est arrivé à échéance en 2019.
Nous avons constitué une base de données actualisée sur la croissance démographique, les besoins actuels et futurs de la population, les moyens à mettre en œuvre pour un urbanisme durable, la répartition de Yaoundé en zones spécifiques avec des nouvelles zones industrielles, des zones pour l’agriculture urbaine, etc. Bien plus, nous avons matérialisé sur une carte l’ensemble des projets que nous avons pour la ville, en prenant en compte l’évolution de la population et ses besoins. Autrement dit, le développement de la ville de Yaoundé est planifié jusqu’en 2035, dans un document que nous appelons le Plan directeur d’urbanisme. Ce plan est adossé aux objectifs de la Stratégie nationale de développement.
Défis Actuels : La circulation et les embouteillages restent un défi quotidien pour les habitants. Quelles sont les solutions mises en œuvre pour améliorer la mobilité urbaine ?
LUC MESSI ATANGANA : La Communauté urbaine de Yaoundé a mené une étude en 2019 sur la mobilité dans la ville de Yaoundé. Le résultat de cette étude est contenu dans un document guide dénommé le Plan de mobilité urbaine soutenable (PMUS). Ce document présente un état de lieu précis sur la question de la mobilité dans la ville et comporte cinq projets dont la mise en œuvre d’ici 2030 devra considérablement améliorer la mobilité dans la ville de Yaoundé. Parmi ces projets, nous pouvons notamment citer Yaoundé cœur de ville, dont j’ai lancé les travaux le 11 juin dernier.
Ce projet à lui seul comporte plusieurs sous-projets qui, à terme, devront réduire de manière considérable les embouteillages au centre-ville. Il prévoit en sa composante travaux structurants, quatre projets dont la reconstruction des carrefours Mvan et Elig-Effa, la démolition et la reconstruction d’une gare routière moderne à Messa (Mokolo) et la construction d’une gare routière moderne à Mvan. Dans sa composante aménagements légers, le projet prévoit la reprise des chaussées et l’assainissement, la construction des trottoirs, l’installation de feux de signalisation, la matérialisation de traversées piétonnes et l’implantation d’arrêts pour les taxis collectifs. Il prévoit également la construction des carrefours Awaé escalier, sous-manguier, entrée Beac Mvan et le réaménagement de trois terminus du réseau de transport artisanal urbain.
Au projet Yaoundé cœur de ville s’ajoute le projet du Bus Rapid Transit (TransYaoundé) ou encore le BRT. Ce projet est né du constat selon lequel avec une population de 4 millions d’habitants, la mobilité reste un véritable challenge dans la ville de Yaoundé, où le système de transport reste artisanal et composé de taxis, de motos et de minibus. Ce système est coûteux, très polluant et peu efficace sur la durée. C’est pourquoi nous misons depuis quelques années sur la mise en œuvre du BRT, le nouveau système de transport pour une mobilité plus efficace, moderne et écologique. Le BRT est un système de transport basé sur des bus électriques à forte capacité. Il reliera la plateforme multimodale d’Olembé à Ahala, sur près de 22 km, en desservant 28 stations et de nombreux lieux importants au centre-ville. Des extensions sont envisagées dans une deuxième phase, au nord de la ville vers Akak et au sud avec une branche Mvan-Odza.
Le projet est en phase de démarrage, et bénéficie du financement conjoint de l’Union européenne et de l’AFD, pour une mise en service d’ici 2028. Nous avons également le projet Mobilité verte à Yaoundé (Move Yaoundé). Comme son nom l’indique, ce projet lancé en janvier 2024 vise l’amélioration de la mobilité à Yaoundé à travers trois actions : la refonte du centre-ville par l’aménagement des corridors verts (plantation d’arbres et de fleurs) ; la modernisation du transport en commun informel (le transport par mototaxis et taxis) et l’amélioration de la mobilité piétonne à Yaoundé. Le projet est sur les rails.

La Communauté urbaine de Yaoundé s’étant récemment dotée d’une cellule de la mobilité urbaine, celle-ci bénéficie de l’accompagnement technique de la GIZ pour la mise en œuvre de Move Yaoundé. Ses actions ont démarré avec le recensement des taxis dans la ville en vue de leur professionnalisation. MoVe Yaoundé est cofinancé à hauteur de 4,5 milliards de FCFA par l’Union européenne, le gouvernement allemand à travers son agence de coopération la GIZ, et la France à travers l’AFD. Le projet devra s’exécuter sur quatre ans, et ses actions s’imbriquer dans le sillage de la mise en œuvre du BRT.
Défis Actuels : Concernant la mobilité urbaine, la ville de Yaoundé envisage-t-elle la mise en place d’un système moderne de bus pour soulager l’inconfort des populations obligées d’emprunter des moyens précaires dans des conditions d’insécurité ?
LUC MESSI ATANGANA: Effectivement. Je l’ai déjà mentionné plus haut, le BRT est la solution sur laquelle nous travaillons actuellement à la Communauté urbaine de Yaoundé, afin d’améliorer la mobilité urbaine dans notre ville. Nous sommes en train de préparer le début de la mise en œuvre du Bus Rapid Transit de Yaoundé qui, contrairement aux autres expériences en matière de bus urbain qu’a connues Yaoundé, mise sur sa rapidité, sa fiabilité et son accessibilité. Le BRT aura pour ce faire une ligne spécialement dédiée, qu’elle ne partagera pas avec les autres automobilistes. L’objectif est qu’un bus stationne toutes les trois minutes sur les 28 stations que comptera la ligne. Ces stations seront sécurisées de sorte à garantir la sécurité des usagers aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des bus.
Défis Actuels : En matière de logements, quelles initiatives la mairie soutient-elle pour répondre à la crise ?
LUC MESSI ATANGANA: La Communauté urbaine de Yaoundé encourage la construction des logements décents dans la ville. A défaut d’avoir des moyens considérables pour investir dans ce domaine, nous encourageons ceux qui s’y lancent à travers la facilitation de l’octroi des permis de construire et des certificats d’urbanisme, tout en étant rigoureux dans leur délivrance.
Défis Actuels : Quelles sont les grandes infrastructures en cours ou à venir qui changeront le visage de Yaoundé dans les prochaines années ?
LUC MESSI ATANGANA : Yaoundé est une ville en chantier. De nombreux projets y sont menés, aussi bien par des particuliers que par les pouvoirs publics. Au niveau de la Communauté urbaine, en dehors des projets cités plus haut, le Projet complémentaire d’assainissement de Yaoundé et le projet de piétonisation et de verdissement de l’avenue Kennedy donneront inéluctablement un visage plus reluisant au centre-ville. Si le premier apportera une solution définitive au problème d’inondation à partir d’Elig-Essono jusqu’à la voirie municipale en passant par l’Avenue Kennedy, le deuxième fera de cette avenue un lieu plaisant, fleuri et sécure, avec des cafés et une circulation essentiellement piétonne. Nous menons ce projet de concert avec la Mairie de Paris. Si nous avons déjà présenté les projets Yaoundé cœur de ville, le Bus Rapid Transit et même Move Yaoundé, nous ne pouvons faire fi des projets menés par les autres entités étatiques et même par les privés. Par exemple, un nouveau quartier administratif se développe au quartier Etoudi avec plusieurs sièges d’administrations publiques en construction.
Défis Actuels : La question de l’assainissement urbain revient régulièrement dans l’actualité. Où en êtes-vous dans la mise en œuvre d’un éco- système efficace de gestion des déchets ?
LUC MESSI ATANGANA : Je voudrais d’emblée souligner que la gestion de l’assainissement urbain dans la configuration actuelle ne peut être une question essentiellement portée par les collectivités territoriales décentralisées. Elle nécessite une implication plus large des pouvoirs publics, car nécessitant d’important moyens financiers dont nous ne disposons pas toujours au niveau local. A la Communauté urbaine de Yaoundé, en plus d’avoir ouvert depuis 2022 le secteur de la collecte et du transport des ordures à la concurrence, avec l’arrivée de Thychlof sarl en appui à Hysacam, nous avons relevé le taux de couverture de collecte des ordures à travers la ville.
Pour ce qui est du traitement de ces déchets, nous sommes actuellement en pourparlers avec des investisseurs français et britanniques pour la mise en œuvre d’un projet de valorisation des déchets collectés. Le démarrage de ce projet permet de faire face à la saturation de la décharge de Nkolfoulou. Concernant justement les décharges, pour remédier à la saturation de Nkolfoulou, nous préparons un projet de construction d’une nouvelle décharge à Ongot dans l’arrondissement de Yaoundé 7e. Ce qui permettra aux entreprises de collectes d’être plus proches des décharges en fonction de leurs zones de couverture. Les travaux de la nouvelle décharge seront bientôt lancés. Nous restons ouverts à tous autres investisseurs intéressés par la gestion des ordures à Yaoundé. D’un autre côté, en ce qui concerne l’assainissement des déchets liquides précisément des boues de vidanges, nous avons doté Yaoundé de sa première station de traitement des boues de vidange à Etoa. Celle-ci permet à la ville de gérer de manière autonome ses boues de vidange. Nous avons, grâce à l’appui de l’Association internationale des maires francophones (AIMF), formé et aidé à l’équipement des opérateurs privés du secteur de la vidange afin de moderniser l’activité. A son ouverture en 2021, la station de traitement de boue de vidange comptait 20 camions qui assuraient la navette des ménages pour le site. Aujourd’hui, grâce à la mise en place de cette station, le phénomène de vidange dans les caniveaux et sur les rues a considérablement réduit.
Défis Actuels : Quelles actions concrètes avez-vous menées pour l’éclairage public, l’accès à l’eau et la sécurité dans les différents quartiers de la capitale ?
LUC MESSI ATANGANA : A mon arrivée à la Communauté urbaine, comme je l’ai mentionné plus haut, l’éclairage public faisait déjà partie de mes priorités. Nous avons entretenu le réseau électrique existant, et l’avons même étendu. Tenez par exemple, le long du canal du Mfoundi, nous avons installés 238 lampadaires. De quoi illuminer toute la zone industrielle de Nsam et réduire l’insécurité ambiante dans ce secteur. Mais le bonheur n’aura duré que quelques mois, stoppé net par les actes de vandalisme subi par le réseau électrique. Nous avons déploré le vol des câbles électriques sur ces panneaux quelques mois après leur installation. Une déconvenue qui a accéléré la mise en œuvre du projet d’électrification de la ville par des lampadaires solaires. Cette alternative coûte moins cher. La première phase du projet a permis l’installation de plus de 1000 lampadaires solaires à travers la ville, partant d’Afanoyoa à Yaoundé 3 à Nkolkoumou dans l’arrondissement de Yaoundé 7, en passant par le centre-ville, Ngoa-Ekelle, Polytechnique, Bastos, Efoulan, Odza… Ces lampadaires en plus d’éclairer la ville, contribuent à la sécurité des populations. Parlant toujours de sécurité, nous avons construit et rétrocédé au Délégué général à la Sureté nationale 5 postes de police respectivement logés au carrefour Olezoa, au carrefour Coron, au carrefour Tsinga, au rond-point Bastos, au parcours Vita, ainsi qu’un édifice sis à Warda abritant la compagnie de sécurisation des établissements scolaires et universitaires. Des sites névralgiques de la ville où l’absence des forces de maintien de l’ordre à longueur de journée laissait le champ libre à toutes formes d’agressions et d’actes d’incivisme. Pour ce qui est de l’accès à l’eau potable, la ville de Yaoundé a bénéficié du Projet d’alimentation en eau potable de Yaoundé et ses environs, du ministère de l’Eau et de l’Energie, dont les installations ont été mises en services en 2024. Ce projet dont la mission est de doter Yaoundé de 300 000m3 d’eau potable devrait de manière considérable résorber la question de l’accès à l’eau potable à Yaoundé. Nous avons travaillé avec les équipes du projet pour faciliter son déploiement à travers la ville.

Défis Actuels : Quelle est la place accordée à la culture, au sport et aux loisirs dans le projet de ville porté par la Communauté urbaine de Yaoundé ?
LUC MESSI ATANGANA : La culture, le sport et les loisirs contribuent tous à l’identité d’une ville. Certes nous ne dirons pas que nous allouons autant de moyens à la voirie qu’à la promotion du sport et des loisirs, mais pour nous, chacune de ces pratiques trouve sa place dans notre projet à la tête de la Communauté urbaine de Yaoundé. Nos actions en faveur de la culture, du sport et des loisirs se matérialisent davantage à travers le soutien que nous apportons aux associations et clubs, ainsi qu’aux festivals. Chaque année, les clubs de football de Yaoundé bénéficient du soutien financier de la mairie de la ville. La Communauté urbaine accompagne également les festivals écrans noirs et Yarha, et depuis deux ans déjà le festival Ongolaker. Nous organisons également le championnat de vacances Festifoot Y ongola. Notre action va au-delà de l’accompagnement, nous mettons aussi sur pied des aires de jeux pour les amateurs de sports. Nous avons construit à Yaoundé 4 sur la bande Collavino à Messamendongo une aire de jeux sécurisée et ouverte au public, dotée d’une tribune, un terrain de volley-ball et Basket Ball, ajustable pour le handball et le badminton, avec des vestiaires et des douches.
Défis Actuels : Comment œuvrez-vous pour dynamiser l’économie locale et soutenir les PME, artisans et commerçants de la ville ?
LUC MESSI ATANGANA: L’un des problèmes majeurs des artisans, commerçants et promoteurs d’entreprises est la disponibilité des espaces marchands où exposer et vendre leurs biens. Si l’accès à ces espaces peut être difficile pour plusieurs, à la Communauté urbaine, nous mettons tout en œuvre pour fournir, dans la limite acceptable de notre plan d’urbanisme, des espaces marchands pour tous. En l’espace de quatre ans, nous avons doté la ville de Yaoundé d’une bonne dizaine d’infrastructures marchandes, avec de milliers de boutiques et étals. Nous avons construit grâce à des partenariats public-privé un complexe commercial à Etoudi avec plus de 350 boutiques et 150 box de 4m2 ; nous avons construit sur 1,5 ha un nouvel espace de 250 boutiques et boxes et 2700 comptoirs au marché Mokolo, afin d’y caser les petits commerçants et les vendeurs à la sauvette qui pullulaient sur les artères du marché. Nous avons construit le marché Ongola au marché central, afin de recaser les vendeurs à la sauvette de l’Avenue Kennedy. Le nouveau marché moderne compte six blocs de bâtiments constitués de 200 boutiques 25 kiosques et 445 comptoirs. La liste est longue, nous pouvons rajouter les travaux d’extension du marché Essos, les espaces marchands de la plateforme multimodale d’Olembe…
Défis Actuels : La ville de Yaoundé accueille de nombreux évènements nationaux et internationaux. Comment capitalisez-vous sur cette attractivité pour en faire un levier de développement ?
LUC MESSI ATANGANA: Il faut le dire, la ville de Yaoundé attire. Nous sommes sollicités au quotidien pour plusieurs évènements qui se tiennent dans notre ville. Pour capitaliser sur cette attractivité, en plus des efforts que nous déployons au quotidien pour assurer l’hygiène et la salubrité de la ville, nous améliorons l’attractivité de la ville en la dotant d’espaces de détentes et de souvenirs. C’est dans ce cadre que nous avons conçu et construit le monument de l’Unité et le monument Patriote pour renforcer l’offre touristique de notre ville.
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Cameroun : Où va l’argent de l’Etat ?

En dix ans, le budget de l’État du Cameroun a plus que doublé, passant de 3746,6 milliards FCFA en 2015 à 8816,4 milliards FCFA en 2026. Mais, alors que ces chiffres donnent l’impression d’une trajectoire ascendante de la puissance publique, une interrogation fondamentale demeure chez les citoyens : où va réellement ces milliards ?
L’examen attentif des lois de règlement (documents arrêtant définitivement l’exécution des budgets votés à l’Assemblée nationale) et des rapports d’évaluation du FMI et de la Banque mondiale livre un constat sans équivoque : les arbitrages financiers de la dernière décennie ont été dominés par le poids de la dette publique, du fonctionnement institutionnel et des détournements des deniers publics, au détriment de l’investissement productif et des dépenses sociales.
1. Le service de la dette est le premier poste budgétaire du pays
L’argent public sert d’abord à rembourser les dettes. En 2024 seulement, le service de la dette publique représentait à lui seul 24% de l’ensemble des dépenses ordonnancées de l’État (avec plus de 1 600 milliards FCFA exécutés sur une prévision de 2 252 milliards FCFA). Il faut dire que la dette publique est passée de moins de 25% du PIB en 2015 à plus de 43% du PIB en 2024, ce qui asphyxie l’économie. Les rapports d’évaluation du FMI soulignent un risque élevé de surendettement, qui contraint l’État à consacrer près de 1 franc CFA sur 4 uniquement au paiement du principal et des intérêts de sa dette.
2. Fonctionnement et masse salariale
En 2024, les dépenses de personnel atteignaient 1490,5 milliards FCFA, soit 22,6% des dépenses ordonnancées. Sur dix ans, la masse salariale de la fonction publique a progressé de plus de 60%, alors que l’Etat ne produisait pas proportionnellement la croissance. Pire, la consommation de biens et services et les charges de fonctionnement des ministères et autres institutions représentent un bloc structurel d’environ 25% des budgets annuels, caractérisé régulièrement par des impayés et une accumulation de restes à payer (comme en témoigne la dette locative de l’État).
3. Les détournement de deniers publics en hausse
Si le rapport annuel de la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC), pour l’exercice 2025, ne présente qu’un préjudice financier subi par l’État de 6,2 milliards FCFA, c’est parce qu’au fil du temps, l’on ne poursuit plus grand monde en justice ! La CONAC ne travaille que sur des cas signalé et/ou enrôlés ! Les détournements tracés et poursuivis par la justice et les organes de contrôle représentent moins de 2% du budget consolidé.
Or, dans la réalité, lorsque l’on regarde le rapport des bailleurs de fonds, la part réelle et systémique des détournements à travers des mécanismes de surfacturation, gaspillage, fraude, exécutions fictives, absentéisme payé (fonctionnaires fictifs), virements dérogatoires hors budget, est d’environ 15% de la valeur réelle du budget national annuel. Sauf que la corruption est devenue une normalité au Cameroun. L’un des sujets les plus discutés dans les rapports de la Banque mondiale et du FMI sur le Cameroun porte sur les « subventions » aux produits pétroliers.
Entre 2015 et 2023, cela a coûté plus de 2000 milliards FCFA au Trésor public. L’on appelle cela subvention alors que dans la structure des prix du litre de carburant, c’est le consommateur qui paie. Où part cet argent ? C’est aussi le consommateur qui paie la (re)construction de la SONARA, sauf que le budget annoncé a déjà été récolté plusieurs fois sans suite ! Pire, les rapports d’évaluation des bailleurs de fonds estiment que les détournements représentent une perte d’efficacité atteignant 30% du Budget d’Investissement Public (BIP).
Sur la décennie, cela équivaut à un manque à gagner réel allant jusqu’à 4000 milliards FCFA sur la réalisation des infrastructures (routes, écoles, hôpitaux). L’opération de comptage physique des personnels de l’État (COPPE) a révélé sur la décennie des dizaines de milliers d’agents publics fictifs ou en situation d’irrégularité.
Les rémunérations indues versées et rattrapées représentaient jusqu’à 600 milliards FCFA sur la décennie, soit environ 4% de la masse salariale publique. Plus grave, l’audit approfondi mené sur les chapitres 65 (interventions de fonctionnement) et 94 (interventions en investissement) sur la décennie a mis en lumière l’évaporation de près de 1000 milliards FCFA au profit d’entreprises écrans ou pour des interventions dépourvues de justificatifs probants. Mais, comme j’ai dit, l’opération épervier s’est avérée politique et à tête chercheuse.
4. Les soldes engagées non décaissées
L’une des critiques récurrentes formulées par l’Assemblée nationale lors des débats sur les lois de règlement concerne le taux d’exécution des dépenses en capital (BIP). L’on a toujours parlé d’une sous-consommation chronique du budget et des emprunts. Sur la décennie, la part des SEND (Soldes Engagés Non Décaissés) s’est révélée particulièrement élevée, allant jusqu’à 70% du budget annuel global (soit environ les deux tiers du budget de l’État), et représentant près de 15% du PIB.
Les encours de SEND (prêts extérieurs signés avec les Partenaires Techniques et Financiers – PTF, mais non encore décaissés) ont fortement grimpé sous l’effet de l’accumulation des conventions de financement. En 2025, ils ont atteint le niveau critique de 5100 milliards FCFA, soit l’équivalent de près de 70% de l’ensemble des ressources et charges budgétisées de l’exercice.
Le coût d’opportunité et les commissions d’immobilisation sont importants. Le Cameroun subit le syndrome de la faible capacité d’absorption alors qu’il faut seulement travailler à résoudre les problèmes d’exécution qui sont : la faible maturité des projets, les retards dans les procédures d’expropriation, les lenteurs des décaissements et la complexité des procédures de passation des marchés publics.
En récapitulant les dix dernières années d’exécution budgétaire au Cameroun, l’on note qu’environ 15% seulement de l’argent public a été consacré au financement des routes, hôpitaux, écoles, réseaux électriques, etc. L’enjeu central pour la gestion des finances publiques camerounaises ne réside plus seulement dans la capacité à collecter des recettes ou à emprunter, mais dans la qualité de la dépense.
Sans une restructuration audacieuse qui accorde la priorité absolue aux investissements générateurs de croissance, l’argent de l’État continuera principalement de financer son propre fonctionnement et le remboursement de ses dettes.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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Football : La Ligue 1 McDonald’s explore en Afrique

La Ligue 1 McDonald’s, le championnat de football professionnel de la France, veut renforcer sa présence en Afrique francophone à partir du Cameroun. La Ligue de football professionnel (LFP) qui gère le football professionnel en France, à travers sa filiale commerciale LFP Media, et 6Sports Marketing Advertising, organisent une Watch Party le 25 octobre 2026 à Yaoundé. A l’occasion du match entre le Paris Saint-Germain (PSG) et l’Olympique lyonnais (OL). Cette initiative vise à rapprocher la compétition de ses supporters et à tester de nouvelles formes d’engagement sur le continent.
Au-delà de la retransmission de la rencontre, cette activité entend associer football, divertissement, médias et partenariats. Il est question de créer un espace d’échanges entre les supportes, les acteurs médiatiques et les marques, à travers des animations et des dispositifs de communication. Le but poursuivi est de transformer l’intérêt du public africain en général et celui du Cameroun en particulier pour le championnat français, en une expérience collective à divulguer, tout en ouvrant de nouvelles possibilités commerciales. Ce Watch party constitue la « première étape d’une ambition plus large de développement de l’expérience Ligue 1 McDonald’s auprès des publics d’Afrique francophone», renseigne 6Sports Marketing Advertising, le partenaire camerounais de LFP Media dans l’initiative.
Evaluation
Ce Watch party rentre ainsi dans le cadre d’une stratégie de développement international de la Ligue 1 McDonald’s. Le Cameroun, terre de football par excellence et un des principaux fournisseurs de joueurs au football français, est un terrain privilégié pour cette première expérience, une expérience test. Le choix a été porté sur 6Sports Marketing Advertising, une agence camerounaise spécialisée dans le marketing sportif et l’événementiel notamment. Lequel dispose d’un bureau permanent à Casablanca, au Maroc. Un choix porteur : « Nous ne voulons pas simplement amener la Ligue 1 McDonald’s au Cameroun. Nous voulons contribuer à construire une véritable expérience Ligue 1, pensée pour les publics africains et connectée aux réalités économiques et culturelles du marché», explique Yannick N’Degue, directeur général de 6Sports Marketing Advertising. Alors, «notre rôle sera de créer des passerelles entre une propriété sportive internationale, ses fans et les marques qui souhaitent prendre part à cette histoire », a-t-il indiqué. Le contrat prévoit une saison pilote à l’issue de laquelle les deux parties procèderont à une évaluation, et éventuellement envisager de nouvelles opérations dans le pays. Si l’expérience est concluante, elle sera étendue sur d’autres pays d’Afrique francophone, et donc de nouveaux marchés.
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MINETTE LIBOM LI LIKENG : « que la voix de chaque nation soit entendue dans le domaine de l’IA »

À l’occasion d’un sommet international consacré à l’intelligence artificielle en Corée du Sud, la ministre camerounaise des Postes et Télécommunications a plaidé pour une gouvernance mondiale inclusive de cette technologie et un partage équitable de ses bénéfices. Minette Libom Li Likeng a également présenté les avancées du Cameroun dans l’élaboration de sa stratégie nationale, axée notamment sur les infrastructures, la formation, l’innovation et le développement d’une intelligence artificielle éthique et responsable.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Recevez les chaleureuses salutations du peuple camerounais et, en particulier, celles de notre Chef de l’État, Son Excellence M. Paul Biya.
C’est pour moi un insigne honneur de conduire la délégation camerounaise qui prend part à ce sommet.
Les promesses de l’IA sont si proches et pourtant si insaisissables pour de nombreux citoyens du monde. Entre des infrastructures inadéquates et des compétences insuffisantes, l’adoption et l’intégration des outils d’IA dans les activités quotidiennes de nombreux pays semblent encore lointaines, tandis que certaines nations sont déjà très avancées et occupent une position dominante dans le domaine de l’IA.
Les promesses de l’IA en matière d’amélioration de nos conditions socio-économiques ne peuvent se concrétiser que par la concertation et le partage des bénéfices.
À l’instar d’Internet, malgré ses nombreux bienfaits pour l’humanité, la cybercriminalité, la désinformation, le chantage, le harcèlement et le vol viennent annuler ces formidables avancées scientifiques.
Ces maux liés à Internet sont les marques d’un parcours et d’une technologie qui ont, d’une certaine manière, négligé une réglementation concertée.
Nous devons tirer les leçons de cette expérience et travailler ensemble pour veiller à ce que la voix de chaque nation soit entendue et prise en compte dans les conceptions et les offres de services du domaine de l’IA.
Au Cameroun, conscient du fait que l’intelligence artificielle est un outil prodigieux qui présente des perspectives considérables de progrès tout en soulevant des risques qui appellent à une vigilance soutenue, le Chef de l’État a prescrit le développement d’une IA éthique et responsable.
Et pour ce faire, le Gouvernement s’est engagé dans un processus d’élaboration d’une stratégie de développement de l’intelligence artificielle en privilégiant une démarche participative et inclusive, associant l’ensemble des parties prenantes à la réflexion sur les conditions d’appropriation et de développement de cette technologie au Cameroun.
C’est dans ce cadre que des Concertations nationales sur l’intelligence artificielle réunissant les administrations publiques, les entreprises, les chercheurs, les universitaires, la société civile et les partenaires au développement ont été organisées, lesquelles ont abouti à un projet de Stratégie nationale de développement de l’économie numérique au Cameroun, en cours de finalisation, et qui repose sur plusieurs piliers essentiels, notamment le développement des infrastructures et la gouvernance des données, le renforcement du capital humain, la promotion de l’innovation, l’inclusion numérique ainsi que l’instauration d’une gouvernance responsable de l’intelligence artificielle.
Je ne saurais conclure mon propos sans exprimer ma profonde gratitude aux organisateurs et au Gouvernement coréen pour leur accueil chaleureux, et pour avoir pris l’initiative de nous réunir tous dans cette salle afin de débattre et d’agir de concert autour d’une technologie qui, si elle est correctement encadrée et régulée, constituerait l’une des étapes les plus décisives que l’humanité aura franchies dans son évolution.
Je vous remercie de votre aimable attention.
À Séoul, le Cameroun explore les opportunités de l’intelligence artificielle
Par Fabrice BELOKO
L’agriculture, la santé, l’éducation et l’administration figurent parmi les secteurs où l’intelligence artificielle pourrait répondre à des besoins concrets au Cameroun. À Séoul, la délégation conduite par Minette Libom Li Likeng, ministre des Postes et Télécommunications, explore des pistes de coopération avec les partenaires internationaux, notamment dans les infrastructures numériques, les capacités de calcul et la formation aux métiers du numérique.
Le Cameroun veut tirer parti de l’intelligence artificielle pour soutenir son économie. Conduite par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, sa délégation prend part au Global AI and Digital Summit, organisé du 19 au 22 octobre 2026 à Séoul, en Corée du Sud.
La rencontre, organisée à l’initiative du Groupe de la Banque mondiale avec les autorités sud-coréennes, réunit des responsables publics, des investisseurs, des entreprises technologiques et des chercheurs. Pour Yaoundé, ce rendez-vous offre un cadre de discussion avec des partenaires susceptibles d’accompagner la transformation numérique du pays.
Les échanges portent notamment sur la connectivité, les infrastructures de données, les capacités de calcul, les compétences et les conditions d’adoption de l’intelligence artificielle. Le Cameroun entend aussi confronter ses priorités aux expériences internationales et faire connaître les besoins de ses entreprises et de ses jeunes innovateurs.
Les applications envisagées concernent plusieurs secteurs économiques. Dans l’agriculture, l’intelligence artificielle pourrait aider les producteurs camerounais. Dans la santé, elle pourrait appuyer la prise de décision. L’éducation et les services publics figurent également parmi les domaines d’application examinés au sommet.
Ces perspectives supposent toutefois des infrastructures adaptées, des compétences disponibles et des coûts de fonctionnement maîtrisés. Le Cameroun souhaite notamment explorer les possibilités de coopération autour des centres de données, des plateformes numériques, de la formation et de la recherche appliquée. L’accompagnement des start-up fait aussi partie des pistes évoquées.
La question du financement reste déterminante pour passer des intentions aux réalisations. La participation au sommet ne constitue, à elle seule, ni un accord de financement ni la conclusion d’un partenariat. Les retombées dépendront de la capacité à identifier des projets prioritaires, à mobiliser les partenaires et à assurer leur suivi.
En marge du sommet, le dialogue ministériel consacré à la Déclaration de Cotonou permet au Cameroun d’échanger avec les autres pays signataires. Adopté le 18 novembre 2025 par 22 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, ce texte vise la construction d’un marché numérique africain unique à l’horizon 2030.
Les objectifs comprennent une couverture haut débit de 95 %, la création de deux millions d’emplois numériques et la formation de 20 millions de personnes aux compétences numériques. Pour le Cameroun, cette coopération régionale ouvre des possibilités de partage d’expériences et de mutualisation des capacités.
Le défi sera désormais de relier ces ambitions aux besoins nationaux, avec des projets ciblés et des résultats mesurables pour les citoyens et les entreprises.
Par Fabrice BELOKO
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