Actualités locales
BILAN 2018-2025 – « La demande pour des produits industriels de qualité, fabriqués localement, est en forte hausse » (Joel Sikam)

(Investir au Cameroun) – A Bonaberi, sur la nationale n°3, Joël Sikam dirige Fisco Industries, une entreprise ancrée dans le secteur manufacturier. Son quotidien est fait de gestion de la production et de transformation de matières premières locales, avec les contraintes que cela suppose. Son témoignage apporte ainsi la perspective de l’industriel qui vit directement les effets des politiques publiques. Dans cet entretien, il a analysé l’évolution du secteur industriel, les défis de la production locale, l’impact des mesures d’import-substitution et les perspectives d’industrialisation pour les années à venir.
Investir au Cameroun : Vous êtes passé par Morgan Stanley, un géant mondial de la finance, où vous auriez pu bâtir une carrière internationale. Pourtant, vous avez choisi de revenir au Cameroun, votre pays natal, pour créer votre propre entreprise, Fisco Industries. Depuis son lancement en 2015 avec seulement 4 employés, vous en êtes aujourd’hui à près d’une trentaine. Comment êtes-vous parvenu à réaliser une telle progression dans un environnement que beaucoup jugent peu favorable à l’entrepreneuriat ?
Joel Sikam: Mon passage chez Morgan Stanley m’a offert un véritable passeport pour le monde, à un moment où je me questionnais profondément sur mon rôle dans la transformation africaine. Entrer dans cette institution en plein cœur de la crise financière des subprimes en 2008 a été une grande école. J’y ai compris deux choses capitales à savoir l’impact colossal de l’économie sur la vie de la planète et l’interconnexion étroite entre les économies des pays.
Cette expérience m’a donné une perspective globale, mais aussi la conviction que je voulais être acteur, et non spectateur, du changement sur notre continent. Revenir au Cameroun n’a pas été un choix dicté par la nostalgie, mais par la certitude que ma valeur ajoutée serait plus forte ici qu’ailleurs.
« Revenir au Cameroun n’a pas été un choix dicté par la nostalgie, mais par la certitude que ma valeur ajoutée serait plus forte ici qu’ailleurs. »
J’observais déjà que de plus en plus d’Africains de la diaspora rentraient, et dans le même temps, des étrangers s’installaient sur le continent. Il se passait quelque chose. Je voulais aussi y être. En 2015, nous étions quatre. Aujourd’hui, nous sommes plus de trente. Ce n’est pas un miracle. C’est le fruit d’une vision claire, d’un enracinement dans le marché local, d’un travail acharné et d’une discipline implacable dans l’exécution. Là où beaucoup ne voyaient que contraintes et incertitudes, j’ai vu des opportunités et une marge de manœuvre immense à condition de rester constant, cohérent et déterminé.
Investir au Cameroun : En tant que jeune entrepreneur, quels ont été les principaux défis rencontrés lors de vos débuts au Cameroun, et plus spécifiquement, au cours des sept dernières années, quels obstacles vous ont particulièrement marqué ?
Joel Sikam: Le premier choc a été la brutalité de la réalité du terrain. Je suis toujours resté proche du Cameroun, même après l’avoir quitté adolescent, et je suivais l’actualité à distance. J’observais aussi le parcours entrepreneurial de certains proches, mais sans mesurer pleinement l’ampleur des défis auxquels ils faisaient face. Sur place, la réalité peut vite désillusionner. Infrastructures insuffisantes, logistique coûteuse, procédures administratives lentes, main-d’œuvre rare et parfois peu qualifiée… Quand on vient d’un environnement où tout est structuré et prévisible, le Cameroun vous apprend rapidement à composer avec l’imprévu et à embrasser la complexité.
« Quand on vient d’un environnement où tout est structuré et prévisible, le Cameroun vous apprend rapidement à composer avec l’imprévu et à embrasser la complexité. »
Il faut aussi apprivoiser la learning curve propre à notre écosystème entre autres le coût élevé de faire des affaires, le décalage entre certaines orientations économiques et les réalités du marché. Mais le véritable obstacle reste mental. Chaque matin, il faut accepter l’incertitude et les imprévus, tout en continuant de croire à son projet, même lorsque tout semble indiquer le contraire. Et il faut réussir à convaincre partenaires, clients et équipes que la bataille en vaut la peine.
Investir au Cameroun : Malgré ces difficultés, votre entreprise a enregistré une croissance significative. Au-delà de vos qualités entrepreneuriales personnelles, quels aspects positifs de l’environnement réglementaire ou des conditions générales des affaires au Cameroun ont soutenu cette croissance organique ?
Joel Sikam: Nous avons grandi parce que le marché camerounais évolue. La demande pour des produits industriels de qualité, fabriqués localement, est en forte hausse. Cette croissance organique s’appuie sur divers facteurs tels qu’une démographie dynamique, l’émergence de nouveaux modes de consommation portée par l’essor des supermarchés, et une tendance affirmée au « consommer local ». Certaines politiques publiques, bien que perfectibles, ont également contribué à ouvrir des espaces pour la production nationale et à encourager les initiatives locales.
Investir au Cameroun: Quelles attentes précises formulez-vous aujourd’hui à l’endroit des autorités camerounaises en matière de politiques publiques, économiques et de régulation, pour renforcer l’impact de vos actions et faciliter la multiplication d’initiatives entrepreneuriales comme la vôtre ?
Joel Sikam: La première attente que nous avons envers les autorités, c’est la clarté. L’industrie ne peut se développer dans l’incertitude. Nous avons besoin d’un cadre simple et stable, d’infrastructures qui fonctionnent, d’une énergie fiable et de financements adaptés au temps long de l’industrie. Il faut également une protection intelligente contre les importations déloyales, non pas pour se replier sur soi-même, mais pour donner à l’industrie locale l’oxygène nécessaire à son développement. Et cela ne peut se faire que lorsque le privé et le public réapprennent à dialoguer permanemment avec un cap qui est la transformation durable de notre pays.
Investir au Cameroun: Avec le recul sur ces sept années d’activité entrepreneuriale au Cameroun, quelles sont les grandes leçons que vous avez tirées, et quels conseils pratiques donneriez-vous à des jeunes entrepreneurs souhaitant lancer une activité industrielle ou manufacturière dans le contexte camerounais actuel ?
Joel Sikam: La patience est un capital. Dans l’industrie, rien ne se bâtit en un trimestre. La rigueur opérationnelle n’est pas une option. Même dans un environnement imparfait, il faut viser l’excellence. Et il faut être prêt à se réinventer sans cesse.
« Aux jeunes qui veulent se lancer, je dis commencez petit, mais avec des standards de géants. »
Aux jeunes qui veulent se lancer, je dis commencez petit, mais avec des standards de géants. Investissez autant dans vos hommes que dans vos machines et process. La première commande que vous livrez est déjà votre carte de visite pour les dix prochaines années. Exigence, soyez exigeants.
Investir au Cameroun: Quelle est votre vision à moyen terme pour Fisco Industries, notamment en termes d’expansion régionale ou continentale, et quelles opportunités entrevoyez-vous pour développer davantage votre modèle dans d’autres pays africains ?
Joel Sikam: Dans cinq ans, Fisco Industries sera plus qu’une entreprise, ce sera un acteur structurant du paysage industriel régional. Nous sommes en phase avec la mise en œuvre de la Zlecaf notamment depuis l’intégration de la CEEAC. Fisco Industries déploie le savoir-faire camerounais dans certains pays à forte consommation ou à forte démographie tels que la RDC, la Cote d’ivoire ou encore le Nigeria. La Zlecaf représente un marché unifié au potentiel de plus d’un milliard de consommateurs et FISCO est déjà prêt à accélérer son intégration dans cette dynamique régionale.
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les enseignants tirent la sonnette d’alarme

À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun dénonce des célébrations réduites au folklore. Il réclame des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail et le statut des personnels de l’éducation.
Yaoundé, 5 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) appelle ses membres à faire de la Journée mondiale des enseignants un moment d’évaluation des engagements gouvernementaux et de revendications. Face à la presse nationale et internationale lundi à Yaoundé, le regroupement syndical s’est insurgé contre la transformation de cette journée en une simple occasion de réjouissances.
Le Corec dénonce une « tentative de hold-up » d’un événement qui devrait, selon lui, permettre de mesurer les progrès accomplis dans la protection de la profession. Son secrétaire général à la coordination, Edward Ngefack Azem, invite les enseignants à boycotter les cérémonies organisées autour des autorités et à remettre leurs préoccupations professionnelles au centre des célébrations.
Cette édition intervient soixante ans après l’adoption de la Recommandation OIT/Unesco de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Pour le collectif, cet anniversaire contraste avec les difficultés persistantes de l’école camerounaise.
« L’école camerounaise traverse, ces dernières années, l’une des pires crises de son histoire », affirme Edward Ngefack Azem. Il évoque les insuffisances des infrastructures, les difficultés d’adaptation aux évolutions pédagogiques et, surtout, la dégradation des conditions de vie et de travail des enseignants.
Le responsable syndical dénonce un déclassement social qui, selon lui, alimente les départs à l’étranger. Il avance une estimation de 10 500 enseignants partis vers l’Occident, notamment au Canada, au cours des cinq à six dernières années, et évoque plus de 42 500 départs supplémentaires possibles d’ici à 2029. Ces chiffres et projections sont ceux du Corec ; leur méthode de calcul n’est pas précisée dans les éléments communiqués.
Le collectif réclame des actions urgentes pour enrayer cette situation. « L’école camerounaise ne peut pas donner le meilleur de son potentiel quand l’acteur clé est lui-même démotivé, déconsidéré et socialement largué », soutient son secrétaire général à la coordination.
Le Corec rappelle également les engagements pris lors de la rencontre entre le gouvernement et les syndicats, le 26 mars 2025 à Yaoundé.
Selon le regroupement, ils concernaient notamment la signature et l’application du statut spécial des enseignants, la prise en compte des personnels d’éducation physique et sportive, l’organisation d’un forum national de l’éducation et la poursuite des discussions sur une convention collective pour les enseignants du privé.
Dix-huit mois plus tard, le collectif estime que ces engagements restent sans traduction concrète. Il rappelle aussi les promesses présidentielles de revalorisation de la profession et les objectifs internationaux de financement de l’éducation inscrits dans le cadre d’action Éducation 2030.
Au-delà des questions salariales, les syndicats dénoncent les risques auxquels les enseignants sont exposés. Ils citent des décès, des violences et des arrestations, notamment le cas de Tousse Jackson, qu’ils présentent comme détenu à la prison centrale de Yaoundé à la suite des manifestations postélectorales de 2025.
Pour le Corec, la célébration du 5 octobre doit ainsi déboucher sur des réponses aux revendications professionnelles. Le collectif attend du gouvernement des actes permettant de restaurer la considération accordée aux enseignants et d’améliorer durablement leurs conditions d’exercice.
Serge Aimé BIKOI
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500 kg saisis dans plusieurs quartiers d’Obala

Environ 500 kg de cannabis saisis et cinq suspects interpellés : c’est le bilan d’une opération menée par la Compagnie de gendarmerie de Monatélé à Obala.
Exploitant un renseignement sur un ravitaillement présumé en stupéfiants, les gendarmes ont simultanément investi les quartiers Mboa, Haoussa et Chauffeur. À Mboa, cinq sacs de 100 kg de cannabis auraient été découverts dans une chambre aménagée pour la vente.
Au quartier Chauffeur, les forces de l’ordre indiquent avoir démantelé un fumoir et saisi divers accessoires de consommation de stupéfiants. L’opération a été conduite par le capitaine Malick Baourou, sous la coordination du colonel Désiré Joseph Nguele. Les cinq suspects devraient être présentés à la justice à Monatélé.
Les chiffres de la consommation de drogue chez les jeunes grimpent au Cameroun. Les dernières statistiques du Comité national de lutte contre la drogue parlent de 15 % des jeunes Camerounais qui sont consommateurs. Et d’après le Comité la situation peut s’empirer dans les jours qui suivent. Pour lutter contre ce fléau, il pense qu’il faut miser sur la sensibilisation.
Il faut indiquer qu’en 2025, à la faveur de la journée internationale contre l’abus et le trafic des drogues, célébrée le 26 juin, la Commission des droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) rapportait que « 21 % de la population camerounaise en âge scolaire a déjà consommé de la drogue ». De ces chiffres, 10 % des jeunes étaient des consommateurs réguliers de drogue, dont 60 % âgés de 20 à 25 ans, « avec une prévalence de 15 % plus élevée en milieu scolaire ».
La CDHC indiquait par ailleurs que les « substances primaires » les plus utilisées sont : le cannabis (58 %) associé au tabac, le tramadol (44 %) « devenu incontournable pour les conducteurs de motos-taxis (…) à l’origine de graves accidents de circulation », la cocaïne (12 %) ; les solvants (7 %), et l’héroïne (5 %). La Commission s’inquiétait donc de ce que « Cameroun est considéré comme un importateur majeur et un point de transbordement pour le cannabis produit localement et acheminé vers d’autres pays africains, notamment vers le Nigeria ».
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