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Jacques-Jonathan NYEMB: “Il faut davantage de bonne gouvernance au Cameroun”

Dans une interview à la télévision nationale, le président du Do Think Thank Okwelians qui rassemble plus de 3 500 hommes et femmes, revient sur ses propositions pour changer le Cameroun. L’homme classé parmi les 100 Africains les plus influents de l’année 2021 par le magazine Jeune Afrique dresse également un portrait de l’économie camerounaise à l’aune de l’élection présidentielle.
D’après vous, comment se porte l’économie camerounaise aujourd’hui ?
Nous avons aujourd’hui des défis qui demeurent dans notre économie. Quand on regarde un certain nombre d’indicateurs, si je prenais par exemple celui de la croissance, on remarque que notre taux de croissance pour l’année 2024 est plus ou moins autour de 3,8-3,9%, donc près de 4%. Ce qui reste en deçà des ambitions que nous avons, qui sont un taux de 8%. Et même s’il est vrai qu’il y a eu un certain nombre de crises qui ont pu miner notre économie, si on regarde par exemple en Côte d’Ivoire, on va voir que leur taux de croissance est plus ou moins autour de 6%. On peut prendre aussi par exemple l’inflation, parce que la question du pouvoir d’achat de nos ménages est une question centrale. Et on va noter que notre inflation a été jugulée. Et c’est une bonne nouvelle. Au cours de l’année 2024, elle est en baisse. On part d’un taux d’inflation qui était plus ou moins dans les 7,5% et aujourd’hui qui tourne autour de 4%. Donc c’est plutôt salutaire, et ça veut dire qu’il y a un certain nombre de mesures qui ont été prises par les décideurs pour pouvoir permettre de juguler cette inflation. On peut en revanche aussi regarder un certain nombre d’autres indicateurs. Le taux de sous-emploi, parce qu’un des enjeux aussi, on le sait aujourd’hui, c’est l’emploi des jeunes, et on voit sur cette question, par contre, un taux de sous-emploi assez élevé qui frise les 70%. Et donc la précarité de l’emploi aujourd’hui reste un défi majeur. Je terminerai peut-être en évoquant également l’enjeu de pouvoir voir si notre population a tendance à s’appauvrir ou alors à aller vers la prospérité. Et on voit qu’aujourd’hui encore, on a à peu près, 4 Camerounais sur 10 qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1250 francs par jour. On note cependant que notre économie est une économie très résiliente et cela est notamment dû au dynamisme entrepreneurial des Camerounaises et des Camerounais. Et ça, c’est un élément positif parce que le point de départ de tout, c’est l’initiative privée. Le deuxième point, je crois, c’est le positionnement géostratégique du Cameroun.
A suivre vos différentes prises de position, l’une des faiblesses du Cameroun est que ce potentiel n’est pas assez exploité. Pour vous, quels sont les autres points critiques de notre économie ?
Le premier, c’est celui de l’environnement des affaires. Le Cameroun a souvent été indexé, notamment dans le classement Doing Business, quand il était publié, en étant souvent, je crois, le dernier au classement, le Cameroun était 167e, ou en tout cas 163e, ce qui, de notre point de vue, demande un certain nombre d’efforts importants, parce que si l’environnement des affaires n’est pas attractif, ça ne crée pas de confiance pour les investisseurs. Donc le premier défi, je pense, c’est celui d’avoir un environnement des affaires, qu’il soit plus attractif. Cela passe bien évidemment par un certain nombre d’efforts en matière de transparence administrative, de transparence judiciaire, en matière d’infrastructures également qui doivent être mises à la disposition des investisseurs sur le plan de l’énergie, sur le plan des routes, sur un certain nombre de sujets. Le deuxième point aussi, c’est la question de l’employabilité. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un capital humain qui réponde de manière efficace à nos aspirations, nos aspirations en termes d’industrialisation. Donc il nous faut un capital humain qui soit bien formé, en bonne santé. Tout à l’heure, on évoquait également l’enjeu du pouvoir d’achat, c’est-à-dire comment on arrive à produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons, ça nous demande de renforcer notre tissu industriel. Et quand on regarde aujourd’hui, on voit que le secteur secondaire aujourd’hui n’occupe pas une place importante. La part belle est laissée au secteur tertiaire, celui des services. Donc il faut davantage renforcer notre tissu industriel.
Le gouvernement a pourtant fixé un cadre pour l’industrialisation et l’import substitution à travers la SND30. Ces orientations ont-elles des attentes qui ne sont pas comblées ?
Je crois qu’aujourd’hui, on peut imaginer les attentes à deux niveaux. Le point essentiel, je crois, qu’il faut qu’on se dise, c’est que la SND30 vise à opérer un changement de paradigme, passer d’une économie résiliente à une économie porteuse de prospérité partagée. Pour y arriver, nous pensons, que ce changement de paradigme doit d’abord s’opérer sur la forme. La forme, c’est-à-dire construire, bâtir un véritable partenariat de confiance entre cet État qui doit devenir un État stratège, un État facilitateur, c’est-à-dire qui met son dispositif de planification, son dispositif de diplomatie, d’intelligence économique au service de l’initiative privée et un secteur privé lui-même qui est réinventé, qui est restructuré. Donc je crois que c’est le premier volet. Il faut pouvoir concrétiser ce changement de paradigme en bâtissant un vrai partenariat de confiance entre l’État et le secteur privé. Ça c’est le changement de paradigme qui est attendu sur la forme.
Maintenant sur le fond, quand on parle de prospérité partagée, ça veut dire qu’on parle d’une économie qui profite à tous et à toutes. Et dans le cadre d’un certain nombre de nos travaux, nous avons parlé justement de cette économie du vivant qui doit désormais s’ancrer sur les territoires, sur les communautés, qui doit partir du local, de nos régions, de nos communes. Une économie également qui doit s’appuyer sur nos savoirs endogènes, parce que nous avons un capital immatériel au Cameroun sur lequel nous pouvons nous appuyer pour développer un certain nombre de secteurs. Une économie aussi qui doit s’appuyer sur nos PME, parce que c’est celles-là aujourd’hui qui font le dynamisme de notre économie. La population camerounaise est jeune dans sa large majorité. Mais le modèle d’employabilité de la majorité reste un peu nostalgique de l’État paternaliste, où après le baccalauréat ou des études universitaires, c’était un emploi dans les services de l’État, qui sont aujourd’hui clairement débordés.
Quel changement doit-on donc opérer pour faciliter l’employabilité des jeunes ?
Il faut que la jeunesse aujourd’hui pour résorber justement ce défi du sous-emploi, de la précarité de l’emploi, imagine d’autres approches, qui sont de mon point de vue en réalité ceux de l’entrepreneuriat ou de l’intrapreneuriat, c’est-à-dire la capacité à être créateur d’entreprise. Mais tout le monde ne peut pas être chef d’entreprise, c’est aussi la capacité au sein d’entreprises existantes à créer de nouveaux leviers, de nouvelles pistes de développement pour cette entreprise.Je pense que l’accent, aujourd’hui, doit être mis sur l’enseignement technique. On le dit assez parfois en parlant de l’enseignement secondaire, mais on peut même imaginer l’enseignement technique dès le primaire pour créer une forme de sensibilisation et pour éviter aussi aujourd’hui cette forme de marginalisation parce que le sentiment souvent c’est que ce sont les étudiants, les élèves qui sont les moins performants qu’on envoie vers l’enseignement technique.Or, ça doit être l’inverse aujourd’hui pour porter notre transformation. Nous avons besoin de mettre l’accent sur cet enseignement technique et aussi d’apporter un ensemble de compétences auprès de notre jeunesse sur le leadership, sur le numérique, sur l’innovation.
Votre do think thank a récemment formulé 20 propositions pour transformer l’économie camerounaise. Concrètement que préconisez-vous ?
Ces propositions s’articulent en réalité autour d’un plaidoyer qui est de concrétiser ce changement de paradigme et véritablement replacer l’humain, le vivant, au cœur de notre société. Et de le faire notamment en œuvrant pour davantage de bonne gouvernance, davantage de transformation économique et une meilleure cohésion sociale. Donc c’est une vision holistique de la société que nous voulons proposer à travers ces différentes propositions. Et nous souhaitons aujourd’hui que ces propositions soient mises en débat pour pouvoir peut-être recueillir l’intérêt ou l’attention des décideurs.
Alors sur les questions de transformation économique, nous avons fait un ensemble de propositions. La première allant notamment dans le sens de l’opérationnalisation du Conseil économique et social, qui de notre point de vue est un cadre, une plateforme importante du dialogue économique et social dans notre pays. Nous avons également suggéré la mise sur pied d’un nouveau cadre de concertation entre l’État, le secteur privé et la société civile, notamment pour aller dans le sens d’un véritable cadre de concertation qui soit permanent, qui soit inclusif, c’est-à-dire qui rassemble toutes les parties prenantes, qui soit concertée, c’est-à-dire qui touche au sujet, aux besoins, aux attentes qui sont celles non seulement du secteur public mais aussi du secteur privé et qui soit consensuelle, qui aboutisse, qui débouche sur des recommandations qui sont susceptibles d’être mises en œuvre. Donc véritablement suggérer de dépasser aujourd’hui le cadre du Cameroun Business Forum qui je pense aujourd’hui est arrivé en fin de vie…On a cet horizon qui est 2035, on a la SND 30. Donc on est à mi-chemin en réalité de cette démarche-là et pour nous il était important ensemble, avec un certain nombre de décideurs publics, de pouvoir s’interroger, évaluer le parcours qui a été fait et suggérer un certain nombre d’ajustements. Et donc, au sortir des ateliers, des conférences et un certain nombre d’échanges qui ont eu lieu, nous avons compilé dans un livre vert un ensemble de recommandations qui préconisent ce qui n’a jamais été essayé au Cameroun ou qui devrait marcher à 100%. Alors nous avons dans ce livre vert deux types de recommandations, des recommandations jugées stratégiques et des recommandations jugées opérationnelles.
Quelles sont vos suggestions pour le financement de notre économie ?
Je pense que la question du financement de notre économie, on doit l’aborder sous deux angles.L’angle du financement de l’État et l’angle du financement des entreprises. Sur la question du financement de l’État, aujourd’hui, je pense, et c’est aussi un point qui est relevé, notamment par un certain nombre d’observateurs qui regardent attentivement l’évolution de l’économie camerounaise et qui s’interrogent aujourd’hui sur la question de notre endettement, même si Aujourd’hui, il ne fait que friser à environ les 50%. Mais on pense que le rythme d’endettement est peut-être assez élevé et surtout, la viabilité de notre dette peut être interrogée. Le gouvernement pense que la dette reste soutenable. Viable, ce n’est pas la même chose. La viabilité de la dette, c’est la question de savoir est-ce que les projets que nous finançons génèrent par la suite suffisamment de recettes pour pouvoir assurer eux-mêmes le service de la dette. C’est ça la question aujourd’hui qui se pose. La question de la soutenabilité, c’est de savoir est-ce que nous nous endettons de la bonne manière au niveau local, au niveau international ? Est-ce que nous nous endettons dans la bonne devise en Franc CFA ou en devise étrangère ? Est-ce que nous nous endettons avec les bons taux d’intérêt ? Ça c’est une question où quand on regarde effectivement aujourd’hui les indicateurs qui ont été mis en place, on peut considérer que notre dette est soutenable. Mais est-ce qu’elle est viable ? Aujourd’hui c’est une question qui mérite d’être posée. Et donc je crois que pour répondre à cette question, il est important de mettre l’accent davantage sur les partenariats publics-privés. Donner la possibilité au secteur privé lui-même de supporter l’investissement, le financement d’un certain nombre de projets importants. C’est comment est-ce que, avec la dernière réforme qui a été faite sur la loi sur les partenariats publics-privés, avec aujourd’hui les orientations qui sont celles du CARPA, comment est-ce qu’on peut avoir davantage de partenariats publics-privés qui fonctionnent. Je dis bien qui fonctionnent dans notre pays.
Qu’en est-il du financement des entreprises ?
Sur la question du financement des entreprises, c’est encore une autre dynamique aujourd’hui qui est observée parce qu’on a 95% de nos entreprises qui sont des PME. Mais on voit que ces PME n’ont accès qu’à environ 15% du financement qui est disponible. Et donc ça interpelle un premier point, qui est celui de la surliquidité de nos banques. On sait que nos banques sont surliquides. Comment faire évoluer aujourd’hui la réglementation au niveau sous-régional pour obliger nos banques à jouer leur rôle, qui est celui de prêter et de pouvoir financer l’économie ? Je crois que c’est une piste qui doit être recherchée. La deuxième piste,c’est comment est-ce que l’État effectivement, dans son rôle de pouvoir être facilitateur, stratège, peut davantage mettre en place un certain nombre de garanties à destination des PME dans un certain nombre de secteurs pour véritablement accompagner le développement de notre économie. Il y a une dynamique qui a été mise en place récemment, mais qui tarde encore à se concrétiser. Peu d’entreprises aujourd’hui ont bénéficié de cette garantie qui a été mise en place par l’État pour accompagner l’économie.
Et puis, le dernier point. Les entreprises aujourd’hui n’ont pas besoin uniquement de financement bancaire, parce que c’est des financements à court terme, parfois des taux d’intérêt qui sont élevés. Aujourd’hui, elles ont besoin aussi de financements un peu plus longs. Et donc, surtout de pouvoir voir comment est-ce que, à travers peut-être notre nouvelle SNI, à travers la mise en place de fonds d’investissement, à travers le rôle que pourrait jouer la CDEC ou la CNPS, on pourrait véritablement avoir des acteurs qui accompagnent sur un temps plus long le financement des entreprises.
On va sortir par la politique. Lorsque vous écoutez les candidats à la présidentielle 2025, est-ce que les préoccupations se rapportant à l’économie vous rassurent ?
Je dois dire que quand on lit avec attention un certain nombre de programmes des différents candidats, on peut quand même se féliciter de ce que l’économie, qui est souvent reléguée au second plan dans les programmes des candidats, occupe aujourd’hui une place intéressante et importante. Néanmoins, et je crois que c’est aussi le rôle du débat public, de pouvoir permettre aux candidats, au-delà de l’énumération qui peut être faite d’un certain nombre de propositions, de préciser déjà leur vision sur le plan économique, parce que c’est cette vision-là qui permet de comprendre quelles sont les priorités, quelles sont les orientations qu’on veut donner à notre pays, et aussi de pouvoir préciser derrière le phasage, la planification et même la budgétisation d’un certain nombre des propositions qui sont faites. Et je crois que derrière, on peut même imaginer, si le travail ou si la démarche est voulue, que ça permette un travail de co-construction entre les acteurs politiques et le secteur privé, voire la société civile.
Donc, je dirais, insatisfait quitte a priori, mais la nécessité de pouvoir, à travers le débat public, et pourquoi pas une démarche de co-construction, de préciser les visions et de nous en dire davantage sur le phasage, la budgétisation et la priorisation.
Avez-vous l’intention de mettre vos propres idées en œuvre au sommet de l’État, peut-être lors de la présidentielle de 2032 ?
L’avenir ne se décrète pas, il se mérite. Et je crois qu’aujourd’hui, en ce qui me concerne, j’estime que ma contribution est nécessaire, elle est utile dans le cadre de la société civile pour lui permettre d’être véritablement un acteur aux côtés des décideurs publics, de la transformation durable de notre pays. C’est aujourd’hui le sens de mon engagement et je crois que le défi est encore aujourd’hui d’actualité et nous avons tant à faire à ce niveau.
Donc vous n’avez aucune ambition politique ?
Je pense qu’aujourd’hui, en ce qui me concerne, je suis engagé dans la société civile.
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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.
La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.
Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.
Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.
DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.
La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.
Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.
Portrait
Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.
Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.
En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.
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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.
Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.
Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.
Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.
Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.
Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.
Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.
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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).
Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.
L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.
Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.
Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.
La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.
UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE
Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.
Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.
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