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Cacao : Olam choisit le Camerounais Joseph Manna pour renforcer sa position en Côte d’Ivoire

(Investir au Cameroun) – Jeudi 7 août, Douala. Il est un peu plus de 17 heures au siège d’Olam Food Ingredients (Ofi), en plein cœur du quartier portuaire de Bonanjo. Dans les bureaux modernes du géant singapourien, une délégation venue de Londres enchaîne les réunions stratégiques. Entre deux sessions, Joseph Manna Gomia accepte de nous recevoir. Le patron d’Ofi Cameroun (2021-2025) s’accorde une courte pause : « J’ai été nommé depuis février dernier à la tête des opérations cacao d’Ofi en Côte d’Ivoire », glisse-t-il, le sourire mesuré et la voix ferme.
Une annonce lourde de symboles. Car en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, cette fève n’est pas qu’une culture : c’est un empire. Et désormais, l’un de ses plus hauts dignitaires est Camerounais. À 53 ans, Joseph Manna, qui a pris fonction en juin dernier à Abidjan, tient les rênes d’un secteur qui fait vivre près d’un quart de la population ivoirienne et a généré 2018 milliards de FCFA d’exportations en 2023, selon l’Agence Côte d’Ivoire Export. Au sein du groupe Olam, c’est une première pour un Africain.
Ofi, un mastodonte en Côte d’Ivoire
Au pays des éléphants, Ofi est un véritable mastodonte. Selon des statistiques non confirmées par l’entreprise, Ofi traite parfois jusqu’à 350 000 tonnes de cacao, sur une production ivoirienne moyenne de 1,8 million de tonnes la campagne 2024/2025. À titre de comparaison, Ofi Côte d’Ivoire traite à lui seul davantage que l’ensemble de la production cacaoyère du Cameroun, qui s’est chiffrée à 309 518 tonnes en 2024. Avec deux unités industrielles à Abidjan et à San-Pedro, l’entreprise transforme 166 000 tonnes de fèves par an, soit 17,5 % des capacités de transformation installées en Côte d’Ivoire (950 000 tonnes).
La moitié des volumes de fèves d’Ofi Côte d’Ivoire est déjà certifiée, un atout majeur alors que la nouvelle réglementation européenne sur la lutte contre la déforestation (EUDR) bouleverse les règles du jeu. Mais le géant singapourien entend aller plus loin pour sécuriser ses débouchés et consolider sa présence face à la concurrence. Car derrière cette nomination se joue une bataille d’influence : celle des parts de marché du négoce ivoirien, encore dominé par Barry Callebaut, premier exportateur du pays.
Depuis son arrivée, Joseph Manna chapeaute une armée humaine quatre fois supérieure aux effectifs permanents d’Ofi Cameroun, à laquelle s’ajoutent plus d’un millier de travailleurs saisonniers. Un défi monumental, qui place la barre très haut pour la gestion des opérations quotidiennes et la performance globale de l’entreprise.
Cette nomination couronne aussi vingt-six ans de parcours au sein du groupe Olam International pour cet enfant de Bali Nyonga, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, qui a construit sa carrière à force de patience, de travail acharné et de résultats tangibles, loin des projecteurs.
Du bas de l’échelle au sommet
En 1999, Olam Cameroun (Olamcam) n’est encore qu’une jeune pousse. Manna, diplômé de la toute première promotion de la Faculté des arts de l’université de Buea, y entre comme inspecteur qualité. Son quotidien : parcourir les pistes boueuses pour rencontrer les producteurs et inspecter fève après fève. À cette époque, ses responsabilités au sein du groupe sont limitées. Mais sa motivation est sans faille. Armé de la rigueur et de la curiosité propres aux hommes ambitieux, le jeune Manna se révèle un loup aux dents longues sur lequel Olam peut compter.
Rapidement, il gravit les échelons : chef d’unité en 2001, superviseur de branche en 2007, puis Business Controller en 2009. Sa mission est stratégique puisqu’il s’agit de gérer l’approvisionnement en cacao dans l’ensemble des bassins de production du Centre, du Sud et de l’Est du Cameroun, ainsi que l’approvisionnement, la transformation et l’exportation du café arabica. Les volumes tournent alors autour de 15 000 tonnes de cacao et 2 000 tonnes d’arabica.
La qualité de ses performances lui vaut d’être nommé Business Head du pôle cacao en 2016. Sous sa houlette, la collecte grimpe à 40 000 tonnes de cacao par an. Douala devient son terrain de jeu. Ici, il supervise toute la chaîne de valeur : de l’achat aux producteurs à l’expédition vers l’Europe et l’Asie. L’année suivante, il accède au poste de Product Country Head, Cocoa. Il restructure le modèle d’approvisionnement, sécurise des positions commerciales et durcit les critères qualité.
Tournant décisif
En 2019, Joseph Manna franchit un nouveau cap en devenant vice-président du groupe Olam. Un an plus tard, la vaste restructuration du conglomérat singapourien donne naissance à Olam Food Ingredients (Ofi), l’une de ses quatre entités indépendantes. Cette réorganisation s’accompagne d’une nomination symbolique : Manna devient Country Head d’Ofi Cameroun, le premier Camerounais à occuper ce poste. À ce titre, il supervise l’ensemble des opérations, impulse la stratégie de croissance et veille à la conformité fiscale. Les résultats ne se font pas attendre. La collecte directe de cacao grimpe de 40 000 à plus de 70 000 tonnes, consolidant la position d’Ofi parmi les deux plus grands exportateurs de cacao au Cameroun. Dans la foulée, Ofi Cameroun se hisse également parmi les 25 plus gros contribuables du pays, renforçant sa place stratégique dans l’économie nationale.
Défenseur de la fève durable
Au-delà des volumes, Joseph Manna s’est attaqué à un défi de taille : la qualité du cacao camerounais, longtemps considérée comme son talon d’Achille sur les marchés internationaux. En étroite collaboration avec les autorités et les acteurs de la filière, il initie des programmes ambitieux pour hisser le pays au niveau des géants mondiaux comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou encore l’Équateur.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : en l’espace de cinq ans, les volumes certifiés passent de 3 000 à plus de 30 000 tonnes. Cette progression fulgurante s’appuie sur un réseau structuré de plus de 20 000 producteurs certifiés et 50 000 exploitants identifiés et cartographiés selon les standards de l’EUDR. Un effort titanesque, mais payant : rien qu’au cours des trois dernières années, plus de 800 millions de FCFA de primes ont été injectés chaque année dans les communautés cacaoyères, transformant durablement les revenus des paysans.
Distinctions
En s’imposant comme l’une des figures marquantes du groupe Olam, Joseph Manna a enchaîné distinctions et reconnaissances. Ses performances constantes, son excellence opérationnelle et son leadership lui ont valu de multiples prix internes, consacrant son rôle clé au sein du conglomérat. En 2017, sa réputation franchit les frontières du groupe : la Banque mondiale lui décerne un certificat pour sa contribution au rapport « Enabling the Business of Agriculture », consacrant son expertise à l’international.
Son application rigoureuse de la politique de conformité d’Ofi au Cameroun a, elle aussi, été saluée. En 2023, lors de la Cameroon Customs Stakeholders Night, Ofi Cameroun est classée troisième plus grand exportateur du pays et reçoit une distinction spéciale pour la plus forte progression des exportations en 2022. En 2025, le RTC et le Port autonome de Douala consacrent l’entreprise premier exportateur de fèves de cacao et deuxième exportateur national de produits de base, confirmant l’empreinte du management de Manna.
Aux côtés des producteurs
Homme discret, aux décisions fermes, Manna reste connecté à la terre. Il cultive ses propres cacaoyers, « pour sentir le terrain », confie-t-il. Désormais, il déploie son savoir-faire à Abidjan. Rendements, qualité, durabilité : il sait que la bataille se gagne aux côtés des producteurs, là où il a commencé… au Cameroun.
Dans un marché mondial du cacao marqué par la volatilité des prix et les défis environnementaux, sa nomination est un signal clair. Ofi mise sur l’expérience de terrain et le leadership africain pour consolider sa position dans le premier pays producteur mondial. Pour Joseph Manna, le portrait d’un leader s’écrit encore, au rythme des fèves et des saisons.
Baudouin Enama
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« la Chine ne veut pas qu’on parle d’elle ainsi »

Le journaliste et commentateur de matchs de football Martin Camus Mimb affirme qu’avec la sortie de Kylian Mbappé sur Mao, il n’est pas question de savoir s’il a raison ou pas. La Chine ne veut tout simplement qu’on parle d’elle de cette façon.
Tout est parti d’une vidéo dans laquelle l’attaquant français d’origine camerounaise Kylian Mbappé réagissait à des montages humoristiques, le représentant en dictateur avec une référence à Mao Zedong. La séquence a rapidement provoqué une vague d’indignation en Chine, où plusieurs marques ont mis fin à leurs collaborations avec le capitaine des Bleus. Réagissant à cette polémique, le journaliste Martin Camus Mimb indique qu’il s’agit tout simplement de se plier à une grande puissance économique.
« Quand tu es fort et riche, même quand tu as tort, tout le monde s’excuse et se met à genoux. La question n’est pas d’aimer Kylian ou pas. De le défendre ou pas. De savoir si Mao était dictateur ou pas. Ce n’est pas un concours d’émotions et de gesticulations. La question est claire :LA CHINE NE VEUT PAS QU’ON PARLE D’ELLE AINSI. Elle n’a demandé à personne de l’aider à détester Mbappé ou d’être en colère contre lui. Elle a décidé que chez elle, ça ne passe pas. Elle montre sa puissance et sa capacité de nuisance si on lui manque le respect. Il n’est donc pas question de savoir si vous avez raison de vous agiter quand on parle en mal de vos hommes d’État. Il est question de savoir si vous avez la puissance et l’autorité de la Chine, pour obliger : le Real à s’excuser, Kylian à s’excuser, la fédération espagnole à s’excuser, et bientôt Macron et l’Élysée ? Cela s’appelle le rapport de force. Et même si vous convoquez la théorie du complot, elle ne prospère que là où il y’a la puissance. Le développement, ce n’est pas l’industrie et les routes bien habillées. C’est la capacité à imposer aux autres, comment ils doivent vous regarder. La Puissance… Gros c’est la Puissance ! », a-t-il déclaré.
Le journaliste sportif Romain Molina, pour sa part, affirme que « les acteurs du monde sportif montrent qu’ils iront toujours dans le sens voulu par un pays si celui-ci a des intérêts économiques. Chine, Rwanda, nations du Golfe, États-Unis et même Russie à l’époque : l’industrie sportive pousse votre narratif et ne pose pas de questions (tant que vous payez…). »
Il est à noter que Kylian Mbappé a présenté ses excuses à la Chine à travers Interconnected Ventures, sa holding présidée par sa maman. Cependant, cette sortie n’a pas suffi pour apaiser les tensions.
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Nachtigal : la facture projetée de NHPC frôle 200 milliards de FCFA en 2027, le « take or pay » encore à clarifier

(Investir au Cameroun) – La facturation de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) au titre du mécanisme de « take or pay » est projetée à 196,16 milliards de FCFA en 2027. Ce montant figure dans le rapport général des Conférences élargies de programmation budgétaire et de la performance associée (CEPB-PA), tenues du 1er au 14 septembre 2026 pour préparer le budget de l’État sur la période 2027-2029. Les examinateurs demandent au ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) de préciser les obligations financières découlant du contrat d’achat d’électricité conclu avec NHPC.
Le ministère a déjà fourni un état détaillé de la situation des factures de NHPC. Les examinateurs jugent néanmoins cette documentation insuffisante. Ils réclament notamment les dispositions conventionnelles du « take or pay », les montants annuels à acquitter, leur inscription dans le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) et le circuit institutionnel de transmission et de validation des factures.
La projection de 196,16 milliards de FCFA ne correspond pas nécessairement à une dépense que l’État devra intégralement décaisser en 2027. Le rapport ne permet pas de distinguer la facturation adressée au distributeur des charges qui pourraient effectivement revenir au Trésor public dans le cadre des engagements contractuels et des garanties accordées au projet.
Rapportée à douze mois, cette projection représente une moyenne théorique de 16,35 milliards de FCFA par mois. À titre de comparaison,Investir au Camerounfaisait état, en mars 2025, d’une facture mensuelle de 10 milliards de FCFA liée à la disponibilité de la totalité des 420 MW de Nachtigal. L’écart entre les deux montants reste à expliquer. En l’absence de précisions sur leur composition respective et les clauses tarifaires applicables, il ne permet pas de conclure à une augmentation du coût contractuel de l’électricité.
La nouvelle ligne vers Douala attendue en novembre
Le MINEE compte sur l’achèvement de la ligne de transport Nachtigal-Douala, annoncé pour novembre 2026, pour améliorer l’évacuation et l’absorption de l’électricité produite par la centrale. Selon le rapport, cette amélioration devrait réduire, à compter de 2027, les charges supportées par l’État au titre du « take or pay ».
Le document ne chiffre toutefois pas l’économie attendue et ne précise pas si celle-ci a déjà été intégrée à la projection de 196,16 milliards de FCFA.
L’échéance de novembre reste également à confirmer. Lors d’une inspection effectuée le 7 octobre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a de nouveau demandé l’achèvement des ouvrages du deuxième corridor de transport durant ce mois, après plusieurs reports. Ces retards limitent notamment la capacité du réseau à satisfaire une demande industrielle supplémentaire estimée à 150 MW dans le Littoral.
La question financière a déjà été soulevée par le Fonds monétaire international (FMI). Dans son rapport de consultation au titre de l’article IV, publié en avril 2026, l’institution avertit que les clauses de « take or pay » du contrat d’achat d’électricité de Nachtigal risquent d’accentuer les pressions budgétaires tant que les contraintes de transport empêchent la pleine utilisation des capacités de production disponibles.
Ces tensions ont conduit le gouvernement à rechercher des financements pour sécuriser les paiements à NHPC. Le 26 juin 2026,Investir au Camerounrévélait que 35 milliards de FCFA avaient déjà été mobilisés sur les 56 milliards nécessaires à la reconstitution d’une garantie financière liée au projet. Cette opération de sécurisation des paiements est distincte du montant annuel des factures.
Le ministère des Finances avait lui-même exprimé des réserves sur le montage financier de Nachtigal.« Nous estimons actuellement que la structuration financière de ce projet n’a pas permis à l’État d’être totalement à l’aise », avait déclaré un responsable du ministère lors du Colloque financier international organisé à Yaoundé le 23 avril 2026, selon des propos rapportés parInvestir au Cameroun.
Amina Malloum
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