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Finances publiques : Richard Evina Obam (DG-CDEC) répond à Babissakana

« POSITIONNER LES INSTITUTIONS FINANCIERES PUBLIQUES A LA FRONTIERE TECHNOLOGIQUE DE LA FINANCE » : ET SI L’INGENIEUR FINANCIER BABISSAKANA PATAUGEAIT DANS LA SEMOULE ?
Dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre 2025, l’espace public camerounais est inondé d’une production épistolaire débordante, signe de sa vitalité démocratique et expression d’une fertilité intellectuelle réelle. Par une lettre publiée le 6 novembre 2024, l’ingénieur financier Babissakana s’adresse directement au Président de la République, lui demandant de se retirer du pouvoir, et de ne pas briguer un nouveau mandat à l’élection prochaine. Alors que le landerneau politique camerounais en était encore à méditer sur le retentissement de ce pavé jeté dans la marre, le même ingénieur financier revient à la charge par une lettre de réforme adressée à l’homme à qui il demandait de se retirer du pouvoir, publiée dans plusieurs tabloïdes de la place avec un impact tonnant sur les réseaux sociaux. Dans cette sortie tonitruante aux relents populistes, l’intéressé prétend éclairer le Chef de l’Etat sur le dialogue en cours concernant la supervision de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) entre le Gouvernement et les institutions financières de la CEMAC notamment la BEAC et la COBAC. Il se targue aussi de découvrir des insuffisances d’organisation de principales institutions financières publiques et recommande de manière emphatique des mesures clés de réorganisation permettant de positionner lesdites institutions à la frontière technologique de la finance, dans l’optique de l’amélioration continue de leurs performances tout comme celles de la place financière du Cameroun. Prétendant clore le débat, cette démarche présomptueuse appelle des mises au point sur son contenu au regard de l’impérieux souci de conformité vis-à-vis de la règle de droit établie dans toute organisation (I), de la pertinence ou non du dogme de l’infaillibilité du régulateur bancaire (II), de la prétention d’une applicabilité universelle du Plan comptable des établissements de crédit (III). Il convient aussi de relever le caractère continue, durable et inachevé de l’implémentation de la comptabilité patrimoniale dans la plupart des Etats (IV), ainsi que la soumission servile de cet intellectuel aux excès du capitalisme financier avant d’identifier les vrais défis pour l’attractivité de la place financière camerounaise (V).
1 L’impérieux respect de la règle de droit : un prérequis pour toute volonté de positionnement des entités publiques à la frontière technologique de la finance
La frontière technologique désigne le niveau le plus avancé de la recherche dans un domaine donné et à un moment précis. Elle renvoie aux dernières innovations et découvertes. Ce n’est pas ce que semble faire Monsieur Babissakana au regard de la règle de droit. Pour démontrer la faillite de l’Etat camerounais sur la qualité de son ingénierie financière, l’ingénieur financier invoque, sans aucunement mentionner le moindre fait tangible de leur non application, trois instruments internationaux :
– le Traité du 16 Mars 1994 instituant la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique centrale et la Convention du 5 Juillet 1996 régissant l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC). Il oublie que cette convention a été remplacée par celle du 25 Juin 2008 régissant l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) ;
– le Traité du 10 Juillet 1992 instituant la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA) ;
– le Traité du 21 Septembre 1993 instituant la Conférence Interafricaine de la Prévoyance Sociale (CIPRES).
Tous ces textes internationaux régulièrement ratifiés par le Cameroun sont scrupuleusement respectés et aucun manquement n’a jusque-là relégué notre pays en position de rattrapage technologique dans le domaine de la finance. Le pays de Paul BIYA reste exemplaire dans le domaine du respect de ses engagements internationaux. En ce qui concerne particulièrement la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), il est clair que le service public de dépôts et consignations ne fait pas partie des matières transférées à la communauté par l’Etat. La CDEC demeure un instrument national régi par l’ordre juridique interne. Pour preuve, ce n’est que maintenant que la BEAC et la COBAC essayent par tous les moyens, vaille que vaille, de trouver par le biais d’un règlement CEMAC au forceps, l’insertion de la supervision des Caisses des Dépôts dans l’ordre juridique communautaire. Peut-on chercher à réglementer ce qui est déjà réglementé ? Les subterfuges utilisés par ces instances communautaires visent à trouver une base juridique à la volonté des banques camerounaises de se trouver un allié communautaire dans leur obsession à ne pas transférer les ressources dévolues à la CDEC par la loi. Cet activisme du lobby bancaire traduit un phénomène bien connu, celui regrettable de la capture du régulateur par les régulés en fonction de leurs intérêts.
En effet, dans l’orthodoxie du droit, la méthode communautaire est fondée sur le principe d’attribution ou principe de la spécialité c’est-à-dire que la compétence communautaire est une compétence d’attribution tandis que la compétence de principe ou « compétence des compétences » revient aux Etats. En d’autres termes, ce sont les Etats qui déterminent eux-mêmes leurs propres compétences en transférant de manière souveraine les matières à la communauté. Ainsi l’article 2 de l’additif au Traité de la CEMAC dispose que « les organes et les institutions de la Communauté agissent dans les limites des attributions et selon les modalités prévues par le présent additif, par les conventions de l’UEAC et de l’UMAC et par les statuts respectifs des organes et institutions ». Dans le même sillage, l’article 8 de la Convention de l’UEAC et l’article 2 de la Convention de l’UMAC, précisent que ces deux institutions « n’agissent que dans la limite des objectifs que le Traité de la CEMAC et que leurs conventions respectives leur assignent. Elles doivent respecter l’identité de chaque Etat membre ».
Il faut rendre justice à notre ingénieur financier lorsqu’il fait de la CNPS le modèle à suivre dans le cadre de la Convention CIPRES. En effet, il s’agit effectivement de la meilleure illustration par laquelle la compétence d’attribution de tout organe supranational se trouve appliquée. Les Etats (y compris le Cameroun) ont décidé de transférer leurs compétences en matière de gestion de la prévoyance sociale dans le cadre d’un Traité régulièrement conclu et ratifié. Ce qui n’est pas le cas du FEICOM, de la CAA ou de la CDEC qui exercent des activités relevant de la souveraineté des Etats n’ayant pas été formellement transférées à l’échelon supranational.
En tout état de cause, la COBAC doit respecter le principe de la spécialité qui limite la compétence d’une entité à un champ d’action spécifique défini par son acte constitutif et n’agir que dans les limites de ses missions statutaires.
2 Le dogme de la supervision de toutes les institutions financières de l’Etat par la COBAC : loin de la panacée, plutôt une hérésie
Les missions fondamentales d’un régulateur bancaire consistent à protéger les épargnants, faire respecter les règles applicables au secteur bancaire et veiller à la stabilité du système financier en prévenant les crises systémiques. Que le régulateur bancaire se situe à l’échelon national ou à l’échelon communautaire, il reste spécialisé dans le domaine des opérations de banques. En zone CEMAC, la Convention du 16 Octobre 1990 portant création de la COBAC ensemble son annexe, précise que le régulateur est chargé de « veiller au respect par les établissements de crédit des dispositions législatives et réglementaires édictés par les autorités nationales, par la BEAC et par elle-même et qui leur sont applicables et de sanctionner les manquements constatés ». Les compétences de la COBAC sont clairement énoncées par les textes communautaires dans le cadre du principe de la spécialité ou de l’attribution.
D’où vient-il que notre ingénieur financier affirme de manière sentencieuse que le « régulateur naturel » de la CDEC, de la CAA et du FEICOM est la COBAC ? Ce fétichisme obnubilant autour de la COBAC par une volonté d’extension de ses compétences est sujet à caution.
S’agissant du FEICOM, son rôle est le financement des collectivités territoriales décentralisées dans le cadre d’une politique publique tirée du fait que le Cameroun en vertu de sa Constitution, est un Etat unitaire décentralisé. Cet établissement public à caractère économique et financier dispose de ressources issues de la fiscalité et de la coopération internationale. La COBAC serait-elle devenue un contrôleur des deniers publics destinés au financement de la politique nationale de décentralisation ? Quant à la CAA, établissement public à caractère spécial, il s’agit de l’organisme public en charge de la gestion de la dette publique et du financement des projets publics. Où a-t-on vu au monde un régulateur bancaire superviser la gestion de la dette souveraine d’un Etat ? S’agissant de la CDEC, c’est un établissement public à caractère spécial créé par la loi du 14 Avril 2008 pour assurer le service public des dépôts et consignations. Les ressources gérées par la CDEC sont des deniers publics maniés par un comptable public. La COBAC serait-elle devenue une instance de supervision des comptables publics ? La question se pose de savoir quel est le texte communautaire qui habiliterait la COBAC à réguler des institutions régies souverainement par l’ordre juridique interne et hors du champ d’application de ses textes organiques. Ce travestissement délibéré des missions du régulateur bancaire ne peut être que source d’incertitude dans une trajectoire hasardeuse. En prétendant outrancièrement positionner les institutions financières publiques camerounaises à la frontière technologique de la finance par une idolâtrie excessive de la COBAC, l’enfant terrible de BOGANDO propose sans tact au Chef de l’Etat des dispositifs sans fondements juridiques, dénudés de références doctrinales, dénués d’efficacité opérationnelle avérée et jamais vus nulle part ailleurs au monde au regard de la comparaison internationale.
3 La prétention du plan comptable des établissements de crédit à être la norme comptable de référence universelle
Le décret du 15 Avril 2011 portant organisation et fonctionnement de la CDEC consacre l’application des règles comptables de droit privé à cette institution. L’ingénieur financier propose au Chef de l’Etat que cette institution soit soumise au plan comptable des établissements de crédits.
Le plan comptable des établissements de crédits, conçu pour les établissements bancaires n’est pas adapté pour encadrer les opérations d’une institution publique telle que la CDEC. Par sa finalité prudentielle, il est calibré pour le suivi des risques bancaires, la solvabilité institutionnelle et la régulation du crédit intermédié. Il n’a pas vocation à régir les missions fiduciaires, ou de financement de développement exercées par les établissements publics lorsqu’ils interviennent dans la sphère financière en intermédiation de marché.
En revanche, le système comptable OHADA révisé en 2017 constitue un cadre normatif solide, moderne et adapté aux entités économiques complexes. Il est appliqué non seulement aux entreprises commerciales de droit privé mais également aux institutions publiques à vocation financière intervenant sur les marchés de capitaux et aux établissements faisant appel public à l’épargne. Il offre une méthodologie qui permet aux entités comme la CDEC, la possibilité de produire une information financière fiable, consolidée, transparente et conforme aux attentes des investisseurs, des bailleurs et des autorités de tutelle. De nombreuses entités financières y compris les Caisses de Dépôts ou des sociétés intervenant en bourse ont adopté ce référentiel sans être soumises à la logique bancaire du Plan comptable des établissements de crédits. Imposer ce référentiel comptable à la CDEC revient à méconnaître la lettre et l’esprit du droit bancaire CEMAC, le périmètre d’application des normes prudentielles ainsi que les distinctions fondamentales entre activité bancaire, missions fiduciaires et action publique. Une analyse des textes applicables, de la nature juridique de la CDEC et de bonnes pratiques internationales démontre que la position de l’ingénieur financier est juridiquement infondée, doctrinalement discutable et économiquement inadaptée. La CDEC assure une mission de service public à vocation fiduciaire régi par la loi du 14 Avril 2008. Elle ne saurait être assimilée à un établissement de crédit car elle n’effectue nullement des opérations de banques qui sont la réception des fonds du public, l’octroi des crédits et la mise à disposition des systèmes et moyens de paiement à une clientèle tel que prévu par les textes communautaires.
Un autre argument souvent mis en avant consiste à soutenir que la CDEC pratiquerait une forme d’intermédiation financière ce qui justifierait son rattachement au Plan comptable des établissements de crédits. C’est une confusion conceptuelle majeure car l’intermédiation bancaire suppose la transformation des ressources collectées en crédits, l’exposition à un risque de crédit et une logique de rentabilité fondées sur les écarts de taux et d’échéance. A l’opposé, la CDEC exerce une mission fiduciaire comme tiers de confiance recevant des fonds pour compte des tiers, les sécurisant et les affectant conformément aux règles de droit public. Elle ne mène aucune activité spéculative et n’engage aucun risque rémunéré. Assimiler cette fonction de gestion sécurisée à une intermédiation bancaire revient à commettre une erreur doctrinale manifeste et à ignorer les standards de classification institutionnelles largement admis dans le monde. Imposer ce référentiel à une entité multifonctionnel comme la CDEC reviendrait à créer une insécurité juridique, à alourdir inutilement la charge administrative et à brouiller la frontière entre régulation bancaire et gouvernance publique.
4 L’implémentation de la comptabilité patrimoniale de l’Etat : un chantier inachevé au Cameroun comme ailleurs
Sous un ton alarmiste, l’ingénieur financier présente l’opinion défavorable émise le 15 Octobre 2024 par la Chambre des comptes de la Cour Suprême sur les états financiers de l’Etat du Cameroun pour l’année 2023. Il estime non seulement que cette opinion défavorable traduit le niveau faible et inadéquat de l’ingénierie financière de l’Etat mais aussi, que le Ministère des finances serait incapable dans ses fonctions de tutelle financière sur les entités publiques et ne peut être à la hauteur de meilleurs normes comptables et financières reconnues.
Il faut d’emblée relever ici que l’Etat n’est pas comparable à une entreprise commerciale en raison de la dichotomie entre les enjeux de rentabilité propre au secteur privé et les objectifs d’intérêt général incombant à la puissance publique. On ne saurait raisonnablement juger la performance publique sur les critères liés à la bonne présentation de son bilan, son compte de résultat, le tableau des flux des opérations de trésorerie et l’état annexé. La performance publique accepte certes la vérité des chiffres mais ses indicateurs de performance sont plus qualitatifs que quantitatifs.
S’agissant de la réforme comptable en zone CEMAC, les directives communautaires avaient prévu pour 2022 leur internalisation en droit interne à travers l’adoption d’une comptabilité patrimoniale inspirée de la comptabilité des entreprises privées. Cette réforme a pour objectifs la maîtrise de la richesse exacte de l’Etat à travers un recensement, un inventaire de tous les éléments d’actif dans les comptes de l’Etat en vertu des standards et normes internationaux. Il est donc question d’identifier tous les actifs de l’Etat dans chaque arrondissement, département et région. Une mission lourde et complexe.
On convient qu’il s’agit d’un travail qui s’inscrit dans une perspective pluriannuelle comme dans l’ensemble des pays concernés par cette lourde réforme. Un pays comme la France qui nous a précédé sur cette voie par la loi organique portant loi de finances (LOLF) en 2001 n’a soumis ses états financiers à certification qu’en 2006 soit cinq ans après. La Chambre des comptes est donc dans son rôle en émettant une opinion défavorable sur les états financiers de l’Etat. Mais ce retard consenti dans la mise en place d’une comptabilité patrimoniale ne saurait être considéré comme le baromètre pertinent pour l’évaluation de l’organisation de l’ingénierie financière de l’Etat.
5 Le fétichisme servile autour des vertus de certains instruments du capitalisme financier : une conception parcellaire de la gouvernance financière publique
L’Ingénieur financier Babissakana semble vouer un culte aux vertus du capitalisme financier à savoir cette forme de capitalisme où la finance et la spéculation dominent et où les marchés financiers jouent un rôle central dans la détermination des valeurs et relations économiques au détriment d’un capitalisme productif des biens et services. Ce qui laisse croire que les institutions, même celles qui ont pour raison d’être l’intérêt général, ne doivent leur légitimité qu’au fait d’être dûment supervisées par le régulateur bancaire. Il s’agit d’une conception très étriquée de l’action publique dont la gouvernance mérite d’être perçue à large spectre. Comment soumettre à la même grille d’analyse le FEICOM, la CAA, la CDEC sous la régulation « naturelle » de la COBAC lorsqu’on sait que ces institutions financières ont des vocations différentes alliant à la fois des missions de service public et quelques activités concurrentielles dans un environnement socioéconomique caractérisé par sa complexité et sa mutabilité ?
En effet, les problématiques de régulation sont aujourd’hui plurielles et multiniveaux, caractéristique de l’action publique post-moderne. Et le culte effréné de l’infaillibilité du régulateur bancaire ou financier est aujourd’hui battu en brèche au regard des enseignements tirés de l’histoire des récentes crises financières. C’est le cas des manquements de la Securities Exchange Commission (SEC) qui s’était « endormie au volant » au regard des rendements irréalistes procurés par les fonds BMIS fondés sur une pyramide de Ponzi (schéma frauduleux par lequel les rendements sont générés par l’argent de nouveaux investisseurs plutôt que par les investissements légitimes).
L’acharnement de la COBAC à superviser des activités autres que les opérations de banques, relève d’un phénomène très décrié de la capture du régulateur par les régulés. En effet, le lobby bancaire camerounais dans sa volonté de ne pas transférer les ressources dévolues à la CDEC par la loi, s’est trouvé un nouvel allié en la COBAC, poussée à faire obstruction au service public de dépôts et consignations, matière souveraine relevant de l’ordre juridique national.
Par ailleurs, le fait d’être supervisé par le régulateur bancaire ne saurait être une condition sine qua non pour être admis aux opérations de marché comme le soutient notre ingénieur financier. Il s’agit simplement d’obtenir l’agrément de l’autorité de régulation compétente, la Commission de surveillance du marché financier (COSUMAF). L’accès au marché financier est règlementé et nécessite le respect des conditions strictes aux fins de garantir la sécurité et la transparence des opérations par le respect des principes de bonne gouvernance. Le préalable serait donc celui d’une bonne information financière caractérisée par la tenue d’une comptabilité fiable et sincère dûment certifiée par des commissaires aux comptes.
En somme, les vertus du capitalisme financier sur la réduction de la pauvreté, la croissance durable et la mobilité des capitaux pour une meilleure allocation des ressources ne sont plus à démonter pour les Etats. Mais les dérèglements de la finance observés au cours des dernières crises financières appellent une réflexion plus nuancée sur la nature de nouvelles régulations pour tenir compte des avantages comparatifs des Etats dans leur interaction à la mondialisation. De fait, l’attractivité de la place financière camerounaise réside plutôt dans la fédération de ressources humaines et économiques susceptibles de faire rayonner à l’international en offrant des infrastructures solides, des talents et un climat des affaires intéressant. Dans des environnements en transition comme le Cameroun, l’éducation financière serait aussi un chantier fertile. En clair, le positionnement des institutions à la frontière technologique de la finance ne passe pas nécessairement par la canonisation de certains instruments du capitalisme financier dans un environnement mouvant et complexe de globalisation. Ce positionnement n’est pas non plus tributaire de la stigmatisation systématique et outrée de la gouvernance financière de l’Etat dans un contexte de construction vicié par la compétition politique ambiante. A moins qu’on ne soit en mission commandée dans une entreprise de mercenariat.
Richard EVINA OBAM, Haut Fonctionnaire
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Socadel enclenche son redressement pour stabiliser le secteur électrique

Moins d’un mois après sa création, la Société camerounaise d’électricité (Socadel) a adopté ses premières mesures structurantes. Budget de 630 milliards de FCFA, réforme de la gouvernance, recherche de nouveaux financements et actions d’urgence pour sécuriser l’approvisionnement : le conseil d’administration entend remettre l’entreprise sur des bases plus solides tout en assurant la continuité du service public.
La nouvelle direction de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) affiche ses priorités. Réuni le 28 mai 2026 à Yaoundé sous la présidence d’Antoine Ntsimi, son premier conseil d’administration a adopté une série de mesures destinées à engager le redressement de l’entreprise avec l’appui des pouvoirs publics.Dans un communiqué publié le 5 juin 2026, le conseil d’administration présente une feuille de route articulée autour de la réforme de l’entreprise, de son assainissement financier et de la sécurisation de l’approvisionnement en électricité.
Pour accompagner cette transformation, les administrateurs ont adopté un budget de 630 milliards de FCFA pour l’exercice 2026. Selon le communiqué, 375 milliards de FCFA seront consacrés aux achats et au transport d’énergie ainsi qu’à l’approvisionnement en combustible, tandis que 74,6 milliards de FCFA seront affectés aux investissements. Le conseil précise également que ce budget permettra « d’apurer progressivement les engagements envers les fournisseurs et partenaires de l’entreprise, afin de restaurer la confiance, sécuriser la continuité du service et repartir sur des bases financières plus solides ».
Dans la même dynamique, le conseil a donné mandat au directeur général d’engager, sous la supervision du président du conseil d’administration, des négociations avec les bailleurs de fonds du secteur. L’objectif est de mobiliser de nouvelles ressources destinées à la restructuration de la dette financière, au refinancement de la trésorerie et au financement des investissements prioritaires.
Un redressement rendu nécessaire par des déséquilibres persistants
Cette offensive intervient alors que Socadel hérite d’un secteur confronté, depuis plusieurs années, à d’importantes tensions financières. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’ancien concessionnaire faisait face à un déficit structurel de trésorerie. Dans son analyse du secteur, l’institution indique qu’Eneo encaissait environ 31 milliards de FCFA par mois pour des obligations de service public dont le coût atteignait près de 44 milliards de FCFA. Le FMI estime ainsi que le retour à l’équilibre du secteur nécessiterait la mobilisation d’au moins 13 milliards de FCFA supplémentaires chaque mois.
Cette situation résulterait notamment d’un important déséquilibre entre les recettes de l’entreprise et ses charges, mais également des difficultés de recouvrement de certaines créances. Le FMI rappelle qu’à fin 2024, les arriérés de l’État envers Eneo représentaient plus de 2,1 % du PIB, soit environ 700 milliards de FCFA. Selon l’institution, cette situation contribuait à détériorer davantage la trésorerie de l’entreprise.Cette lecture est toutefois contestée par le rapport « Compact Energy Pays » du ministère de l’Eau et de l’Énergie. Selon ce document, l’ex-Eneo affichait plutôt un endettement global de 800 milliards de FCFA à la même période, dont 500 milliards de FCFA de dettes envers ses fournisseurs, pour environ 80 milliards de FCFA de créances.
Ces divergences d’appréciation illustrent la complexité des difficultés financières accumulées par l’opérateur au fil des années.Au-delà de ces débats, le recouvrement des consommations publiques demeure l’un des principaux points de fragilité du secteur. Dans une interview accordée à Investir au Cameroun en avril 2024, le directeur général d’Eneo de l’époque, Amine Homman Ludiye, indiquait que l’entreprise émettait chaque mois près de 7 milliards de FCFA de factures à destination des administrations et autres entités publiques. Les encaissements enregistrés au cours des deux premiers mois de cette année-là ne s’élevaient cependant qu’à 1,5 milliard de FCFA en janvier et 1,8 milliard de FCFA en février.
À ces difficultés s’ajoutent les pertes liées aux branchements clandestins et aux manipulations de compteurs. Selon des données recueillies auprès de l’ex-Eneo et de sources au ministère de l’Eau et de l’Énergie, ces pratiques occasionneraient plus de 60 milliards de FCFA de pertes chaque année, réduisant davantage les marges de manœuvre financières du secteur.
Assurer la continuité du service malgré les contraintes
Face à cet héritage complexe, le conseil d’administration de Socadel affirme vouloir faire de la continuité du service sa priorité immédiate. « Forte du soutien des pouvoirs publics, Socadel entend poursuivre son action auprès des usagers, des employés, des fournisseurs, des bailleurs de fonds et de l’ensemble de ses partenaires afin d’assurer la continuité du service public de l’électricité, tout en contribuant à la stabilité du secteur, conformément aux directives gouvernementales et en droite ligne des très hautes instructions du Chef de l’État », indique le communiqué.
Au-delà des mesures de gestion courante, ce premier conseil d’administration marque le lancement opérationnel de la nouvelle organisation du secteur électrique camerounais. La disparition d’Eneo, le retour de l’État au cœur du dispositif et la mise en place d’une nouvelle gouvernance traduisent la volonté des autorités de reprendre la main sur un secteur dont les difficultés financières pèsent depuis plusieurs années sur la qualité du service et la capacité d’investissement.
Le défi de Socadel sera désormais de transformer cette feuille de route en résultats concrets. Entre restructuration financière, restauration de la confiance des partenaires, mobilisation de nouveaux financements et amélioration de l’approvisionnement des ménages comme des industriels, la nouvelle entreprise publique devra démontrer sa capacité à rétablir durablement les équilibres d’un secteur stratégique pour l’économie camerounaise.
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Exploitation minière dans la région de l’Est : Le Syndicat des orpailleurs dénonce un « comportement anticoncurrentiel » de la Sonamines.

En outre, le même syndicat cite également des refus opposés par la Société nationale des mines à des demandes d’agrément, justifiés par la volonté de la société d’exercer son exclusivité d’achat et de commercialisation de l’or sur toute l’étendue du territoire une position que les syndicalistes jugent contraire au code minier, lequel reconnaît explicitement le droit des personnes morales privées à commercialiser les substances précieuses.
Le 1er juin 2026, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale (Minat) était en visite de travail dans la région de l’Est Cameroun. Le membre du gouvernement a tenu une concertation avec les opérateurs du secteur minier.
Prenant la parole au nom des opérateurs miniers lors de cette concertation, Ousmanou Aladji Hamadou, président national du Syndicat des promoteurs des bureaux d’achats de diamants, or et orpailleurs du Cameroun (Synaprobadiocam) a dressé un état des lieux sans concessions, dénonçant ce qu’il qualifie de deux poids deux mesures dans la gestion du secteur aurifère national.
Entre autres dénonciations, le président national du Synaprobadiocam, un « comportement anticoncurrentiel » de la Société nationale des mines (Sonamines). « C’est la Sonamines elle-même qui délivre ou refuse de délivrer les agréments de commercialisation aux bureaux d’achat privés, tout en étant leur concurrente directe sur le marché » s’est indigné le président national du Synaprobadiocam.
En outre, le même syndicat cite également des refus opposés par la Sonamines à des demandes d’agrément, justifiés par la volonté de la société d’exercer son exclusivité d’achat et de commercialisation de l’or sur toute l’étendue du territoire une position que les syndicalistes jugent contraire au code minier, lequel reconnaît explicitement le droit des personnes morales privées à commercialiser les substances précieuses.
Le Synaprobadiocam dénonce aussi le coût prohibitif des droits de sortie qui s’élève entre 300 000 FCFA et 500 000 FCFA par kg d’or, auxquels s’ajoutent les obligations fiscales, les prélèvements au titre du Programme de sécurisation des recettes des mines, et une Taxe sur la valeur ajoutée à 0 % appliquée à l’énergie autant de charges qui pèsent sur les opérateurs légaux et rendent leur compétitivité quasi nulle face aux pays voisins.
Afin de sortir définitivement de cette situation, les syndicalistes ont fait quelques propositions en direction non seulement du gouvernement mais aussi de la Sonamines. D’abord, le Synaprobadiocam propose de cantonner la Sonamines à ses missions d’exploitation et lui retirer toute prérogative de régulation.
Il demande de saisir le ministre de la Justice pour instruire les procureurs sur la répression de l’exploitation illégale et de saisir le ministre de la Défense pour que les militaires présents sur les sites conditionnent leur protection à la régularité des titres miniers des exploitants. Enfin, le Synaprobadiocam propose la création des guichets uniques dans les aéroports pour simplifier les procédures d’exportation et l’allègement de l’ensemble de la fiscalité douanière pesant sur les opérateurs en règle.
«Le Minat a effectivement eu une concertation avec ces opérateurs pendant son séjour, pendant que nous étions dans les localités» indique une source de la Sonamines.
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Cameroun-Tchad : Les douanes se concertent pour aplanir les difficultés liées aux flux de marchandises

Les douanes camerounaise et tchadienne se sont une nouvelle fois concertées, le 2 juin dernier à Yaoundé. Une concertation qui rentre dans le cadre de l’accord d’assistance administratif mutuelle de deux administrations sœurs et qui s’inscrit dans la continuité des engagements et de la volonté commune des administrations douanières de consolider leur partenariat stratégique afin d’améliorer durablement la gestion des flux commerciaux entre nos deux pays.
Comme l’a précisé Edwin Fongod Nuvaga, le directeur général des Douanes du Cameroun, il est question de « faire du corridor Cameroun-Tchad, un espace de transit plus sûr, plus fluide, plus transparent et plus compétitif, au bénéfice de nos États, de nos opérateurs économiques et de l’intégration sous régionale ». Mais pour aboutir à cet objectif, il faut d’abord aplanir un certain nombre de difficultés qui plombent la fluidité du flux des marchandises sur ce corridor Tchad-Cameroun.
Et, ce sont ces difficultés qui ont constitué les problématiques sur la table des discussions au cours de la concertation du 2 juin dernier à Yaoundé. Il s’agit notamment, du renforcement de l’interconnexion et de l’échange des données entre les deux systèmes informatiques douaniers ; le suivi et la traçabilité des marchandises en transit sur le corridor Cameroun–Tchad ; les difficultés liées aux transbordements, aux ruptures de charge, aux titres de transit non apurés ainsi qu’à la localisation effective des marchandises appellent une réflexion commune en vue de renforcer la sécurisation des opérations de transit, de préserver l’intégrité de la chaîne logistique et de garantir un apurement efficace des régimes douaniers.
Mais également, la question de l’harmonisation des exigences documentaires et de la dématérialisation des pièces jointes aux titres de transit ; le commerce transfrontalier entre Kousseri et N’Djamena, dont l’importance économique ne cesse de croître.
Les flux de marchandises acquises sur le marché camerounais et destinées à la consommation au Tchad soulèvent des questions liées à leur traçabilité, à leur encadrement douanier ainsi qu’à la préservation des intérêts fiscaux de nos deux États. Et enfin, la problématique des conteneurs à destination du Tchad en séjour prolongé dans les plateformes logistiques de Douala et Kribi.
LES SOLUTIONS ENVISAGÉES PAR LA DOUANE CAMEROUNAISE
Face à ce chapelet de difficultés, le DG des Douanes camerounaises a apporté des esquisses de solutions. Notamment, réduire les asymétries d’information entre les deux administrations ; améliorer la prise en charge des opérations de transit ; renforcer la prévisibilité des procédures pour les opérateurs économiques et préserver l’intégrité de la chaîne logistique entre les ports camerounais et le territoire tchadien.
« A cet égard, l’interconnexion entre CAMCIS et SYDONIA World demeure un chantier prioritaire. Elle doit permettre d’organiser un échange plus fluide, plus sécurisé et plus exploitable des données douanières, en particulier pour les opérations d’expédition levées à Kousseri à destination de N’Djaména, ainsi que pour les titres de transit émis depuis Douala ou Kribi. Cette exigence est d’autant plus importante que la qualité de l’information conditionne directement la qualité du contrôle », a expliqué Edwin Fongod Nuvaga.
Pour la DGD du Cameroun, la question des documents commerciaux attachés aux T1 devra également recevoir une attention soutenue. Car, estime-t-il, « La fiabilité des titres de transit dépend, en grande partie, de la cohérence entre les déclarations, les connaissements, les factures, les listes de colisage et les informations effectivement constatées à destination. Toute discordance non traitée fragilise la confiance entre les Administrations et ouvre des marges de risque qu’il nous revient collectivement de réduire ».
Il trouve par conséquent « qu’une descente de terrain à Douala, notamment au Port autonome de Douala, sur le site d’allotissement des cargaisons en transit et au point d’apposition des GPS, ainsi qu’au check point de Yassa, présente un intérêt particulier. Elle permettra d’apprécier, sur pièces et sur place, les réalités opérationnelles du dispositif de prise en charge et de sécurisation des cargaisons en transit ».
S’agissant du transit non conventionnel, le DGD explique qu’elle « appelle une approche concertée, réaliste et encadrée. Il importe de clarifier les opérations concernées, les bureaux compétents, les documents à dématérialiser, les habilitations à accorder, les responsabilités respectives des services, ainsi que les mécanismes d’apurement et de suivi ».
Et pour ce qui est de la lutte contre la contrebande sur les bords du fleuve Logone, elle constitue, pour la douane camerounaise, « une priorité opérationnelle. Elle suppose un échange d’alertes plus réactif, une meilleure coordination entre les services de surveillance de Kousseri et de N’Djaména, ainsi qu’un circuit clair de saisine, de traitement et de compte rendu des interventions. La coopération douanière ne doit pas rester institutionnelle ; elle doit être immédiatement mobilisable sur le terrain », dira le DGD du Cameroun.
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