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APE : quelles retombées après neuf ans de mise en œuvre ? (Par Emmanuel YANGAM, économiste)
Le Cameroun reste confronté à des handicaps d’ordre structurel, notamment des capacités insuffisantes de suivi et d’évaluation des politiques publiques. Par cette modeste contribution, nous souhaitons humblement combattre les idées reçues sur l’APE, en jouant le rôle d’intellectuel public tel que défini par Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008. Pour ce dernier, le rôle de l’intellectuel public consiste moins à avoir de bonnes idées – ce qui est extrêmement difficile – qu’à faire office de gendarme, éliminant les mauvaises idées et empêchant leur résurgence. Or, ces mauvaises idées et leurs défenseurs sont souvent plus nombreux que leurs équivalents vertueux.
Depuis la signature de l’APE entre le Cameroun et l’Union européenne (à 27 États), les évaluations rigoureuses de cet accord sont rares. On se contente généralement de déclarations unilatérales mettant en avant ses prétendues retombées positives. Pourtant, à l’heure où l’on s’interroge sur la capacité de l’APE à résoudre les problèmes structurels que la Convention de Lomé n’avait pu solutionner – faible productivité, non-diversification ou spécialisation inadéquate de l’économie – on entend surtout que l’APE aurait permis au Cameroun d’enregistrer une balance commerciale excédentaire avec l’UE.
Une affirmation que démentent les chiffres du commerce bilatéral entre 2010 et 2023. En effet, la balance commerciale avec l’UE était excédentaire entre 2012 et 2016, bien avant l’entrée en vigueur de l’APE. En 2021, elle affichait un déficit de 199,7 milliards de FCFA. En 2022, seule l’exportation de gaz naturel liquéfié vers l’UE, pour un montant de 285 milliards de FCFA, a permis de retrouver un excédent.
Fondamentalement, on attend d’un accord bilatéral une hausse des flux commerciaux entre les partenaires. Pourtant, entre 2016 et 2017, la valeur des échanges a chuté de 54,3 milliards de FCFA pour s’établir à 1 957,2 milliards. En 2021, elle s’élevait à 1 828,1 milliards. Malgré l’entrée du gaz naturel parmi les produits exportés, les échanges ont légèrement baissé de 2 881,9 milliards en 2022 à 2 853,4 milliards en 2023. Cette évolution erratique s’explique par la fluctuation des cours mondiaux et la concentration des exportations camerounaises sur quelques produits bruts (77,5 % en 2022 : pétrole, gaz, cacao, coton, bois). La part des exportations totales du Cameroun représente en moyenne seulement 0,06 % de la demande d’importations de l’UE sur la période 2019-2022. Quant aux produits transformés, ils en représentent moins de 0,15 %.
Pour mémoire, les APE visaient à instaurer une zone de libre-échange entre l’UE et les pays ACP, avec suppression immédiate des droits de douane sur les importations européennes de produits ACP, et suppression progressive de ces droits sur les importations européennes dans les pays ACP. Deux contreparties majeures étaient attendues : la suppression progressive des subventions agricoles européennes et une hausse significative de l’aide au développement, notamment pour moderniser les infrastructures, l’agro-industrie, l’industrie en général, et accompagner les réformes institutionnelles. Ces engagements sont restés lettre morte.
Pour encourager le Cameroun à ratifier l’accord, l’UE avait pourtant mis en place un programme de mise à niveau des entreprises camerounaises, à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA, dans des secteurs clés (sidérurgie, textile, agroalimentaire, tourisme, BTP, électronique, cuir, etc.). Mais sur le terrain, les résultats sont décevants. La CICAM, fleuron du textile camerounais, s’est tournée davantage vers l’importation que vers la conquête du marché européen. De manière générale, l’évolution des exportations camerounaises laisse penser que la mise à niveau promise n’a pas été efficace. Cela était prévisible, compte tenu de l’absence d’avantages comparatifs dans ces secteurs, des contraintes de capacités et des barrières non tarifaires.
Autrement dit, l’APE a, dans une certaine mesure, contribué à la disparition de certaines industries locales, incapables de rivaliser avec leurs homologues européennes. Le résultat est une transformation du Cameroun en marché de consommation au profit d’entreprises étrangères, au détriment de la production locale.
L’une des principales leçons à tirer est que la mondialisation constitue une forme moderne de perpétuation des inégalités économiques. Sans une stratégie claire de développement économique et d’indépendance, le Cameroun continuera à servir de débouché aux produits manufacturés du reste du monde. Lors de la dédicace de leur livre Relations internationales contemporaines : mythes, manipulations et réalités, Daouda Fall et le Pr Michel-Cyr Djiena avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sur la qualité des accords commerciaux signés par les pays africains – bien souvent des marchés de dupes.
Signé le 4 août 2016, l’APE reflète davantage les faiblesses du Cameroun en matière de négociation que ses besoins stratégiques. Les asymétries dans les capacités de négociation ont contribué à l’incohérence de cet accord et ont pesé négativement sur l’économie nationale. Cette ouverture réciproque a notamment affaibli les secteurs agricole et industriel, au moment même où le pays avait besoin de les renforcer.
À la lumière des résultats obtenus, l’heure est au pragmatisme : il faut rechercher des solutions originales, centrées sur les attentes des populations. De nombreux économistes plaident pour une politique économique fondée sur la préférence nationale, encourageant la consommation de produits locaux pour stimuler la production intérieure.
Notre conviction, aujourd’hui comme en 2016, est que l’APE aurait dû intégrer une libéralisation commerciale plus progressive et mieux adaptée aux réalités productives du Cameroun. Il aurait fallu des engagements clairs sur les infrastructures, un appui technique aux entreprises et une stratégie de présence sur les marchés européens. Ce volet développement aurait permis au pays de renforcer sa base industrielle et sa compétitivité, en construisant notamment les routes, ports et industries indispensables à une participation équitable à l’économie mondiale.
Par Emmanuel Yangam
Ingénieur statisticien-économiste
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La BDEAC va lever 54 milliards FCFA pour financer trois projets verts au Cameroun
La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) s’apprête à mobiliser près de 53,75 milliards de FCFA pour financer trois projets environnementaux au Cameroun dans le cadre du premier portefeuille prioritaire du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo (F2BC). Les données contenues dans la Liste des projets du 1er Programme prioritaire du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo (F2BC) indiquent que cette enveloppe est destinée à des initiatives portant sur la restauration des mangroves, la valorisation économique de la jacinthe d’eau invasive ainsi que la lutte contre l’érosion côtière et fluviale.
Le projet le plus important attribué au Cameroun est le Programme intégré de restauration des mangroves, classé dans la catégorie « Gestion durable des écosystèmes et protection côtière ». Son coût est estimé à 58,6 millions de dollars, soit environ 33,1 milliards de FCFA. Selon les données du portefeuille prioritaire du F2BC, ce projet vise à restaurer 5 000 hectares de mangroves tout en développant une économie locale liée à ces écosystèmes. Les résultats attendus incluent la création de 800 emplois verts et une capacité de séquestration supérieure à 2,5 millions de tonnes équivalent CO₂.
Le deuxième projet concerne l’Économie circulaire pour la jacinthe d’eau invasive, rattaché aux programmes transverses du Fonds Bleu dans les domaines de l’économie circulaire et de la bioéconomie. Son coût est évalué à 19,04 millions de dollars, soit environ 10,77 milliards de FCFA. Cette initiative vise à transformer une plante considérée comme nuisible en activité économique structurée. Les données du document évoquent la collecte de 3 500 tonnes de jacinthe d’eau, la génération de revenus annuels estimés à 87,7 millions de dollars, soit environ 49,5 milliards de FCFA, ainsi que la restauration de plus de 500 hectares de plans d’eau et la création de plus de 500 emplois.
Le troisième volet retenu pour le Cameroun porte sur un Programme intégré de lutte contre l’érosion côtière et fluviale, pour lequel le financement recherché atteint 17,5 millions de dollars, soit environ 9,89 milliards de FCFA. Les objectifs annoncés comprennent la stabilisation de 25 kilomètres de littoral, la protection de 150 hectares, la création de 400 emplois verts et une réduction de 30 % des pertes économiques annuelles liées à l’érosion. Ces trois initiatives s’inscrivent dans une opération plus large pilotée par la BDEAC. Le 26 mai prochain à Brazzaville, l’institution financière régionale réunira les principaux bailleurs internationaux dans le cadre d’une table ronde destinée à enclencher la capitalisation effective du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo.
Le montant recherché est fixé à 5,32 milliards de dollars, soit environ 3 200 milliards de FCFA. Selon les informations contenues dans la Liste des projets du 1er Programme prioritaire du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo (F2BC), les ressources recherchées doivent soutenir un portefeuille initial de 63 projets répartis dans 17 pays, selon une approche qui entend se distinguer des modèles traditionnels de financement environnemental. Les initiatives ciblent prioritairement la préservation des massifs forestiers, la transition vers les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance au bois de chauffe, ainsi que le développement de l’agroforesterie.
Chaque projet a été conçu de manière à générer un retour sur investissement mesurable, rompant ainsi avec une logique classique d’aide au développement. La même source précise également que la banque régionale a engagé une réorganisation de ses mécanismes internes afin de rassurer les investisseurs internationaux sur les questions de gouvernance
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La SIC s’appuie sur le Minrex pour promouvoir ses projets immobiliers auprès de la diaspora
La Société immobilière du Cameroun (SIC) souhaite désormais s’appuyer sur l’appareil diplomatique camerounais pour mieux faire connaître ses projets immobiliers auprès des Camerounais vivant à l’étranger. Le mardi 19 mai 2026, le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, et le directeur général de la SIC, Ahmadou Sardaouna, ont signé un protocole d’accord définissant un cadre de coopération entre les deux institutions. L’objectif affiché est de renforcer la visibilité internationale des projets immobiliers de l’entreprise publique, tout en facilitant la recherche de partenaires techniques et financiers.
Le premier actif immobilier placé au cœur de cette stratégie est « Le Mfoundi », présenté comme le premier complexe immobilier haut de gamme développé par la SIC à Yaoundé. Selon les données rendues publiques lors d’une conférence de presse organisée le 23 septembre 2025, ce projet, lancé en 2022, affichait alors un taux d’exécution de 99 %. L’ensemble comprend 152 appartements de haut standing, allant d’une à cinq chambres, auxquels s’ajoutent des espaces commerciaux ainsi que des aires de stationnement. Les prix communiqués par l’entreprise varient entre 30 millions et près de 500 millions de FCFA.
Lors de cette même rencontre, la direction commerciale de l’entreprise avait indiqué que 52 appartements avaient déjà trouvé preneurs, pour des ventes cumulées évaluées à 6 milliards de FCFA. C’est également à cette occasion que la SIC avait clairement identifié la diaspora comme une clientèle stratégique. L’entreprise expliquait alors qu’un protocole d’entente avait été conclu avec le ministère des Relations extérieures afin de « faciliter le marketing autour de la vulgarisation de ce complexe ainsi que des futurs projets de la SIC ». La convention signée le 19 mai 2026 apparaît ainsi comme la formalisation d’une démarche engagée plusieurs mois auparavant.
Au-delà de la commercialisation du complexe de Yaoundé, cette stratégie vise également les futurs projets immobiliers de l’entreprise publique. En effet, la cérémonie du 23 septembre 2025 avait aussi servi de cadre à l’annonce d’un nouveau programme immobilier à Douala. La SIC avait alors révélé son intention de développer, dans le quartier Bonapriso, un complexe résidentiel évalué à 25 milliards de FCFA.
Le financement de ce projet doit être assuré avec l’appui de trois établissements bancaires camerounais : NFC Bank, Commercial Bank Cameroon (CBC) et Union Bank of Cameroon (UBC). Selon les déclarations du directeur général de la SIC, ce futur ensemble immobilier devrait reprendre les principales caractéristiques du projet développé dans la capitale politique.
C’est précisément cette nouvelle génération de programmes immobiliers que la SIC cherche désormais à faire connaître plus largement à travers le réseau diplomatique camerounais, avec l’ambition d’élargir sa clientèle potentielle au sein de la diaspora et d’accroître la visibilité de ses projets sur les marchés internationaux.
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Après le 1er mai… Et maintenant ? : Et si le Cameroun faisait enfin du bonheur au travail une priorité nationale !
Le Cameroun vient une fois de plus de célébrer la Fête Internationale du Travail. Comme chaque année, le 1er mai aura été marqué par les défilés, les discours officiels, les décorations, les repas d’entreprise et les célébrations diverses organisées à travers le pays. Mais une fois les fanfares éteintes et les festivités terminées, une question essentielle demeure : que reste-t-il réellement pour les travailleurs ? Car derrière les uniformes impeccables et les sourires de circonstance, beaucoup continuent de vivre le stress ; la fatigue psychologique ; le manque de reconnaissance ; des tensions relationnelles ; parfois même une profonde démotivation.
Et pourtant, une évidence s’impose désormais partout dans le monde : aucune entreprise, aucune administration et aucune nation ne peut durablement performer sans prendre soin des femmes et des hommes qui la font vivre. Comme le rappelle Richard Branson : « Prenez soin de vos employés, ils prendront soin de votre entreprise. »
Le bien-être au travail n’est plus seulement une question sociale. Il devient un enjeu stratégique.
UNE ÉVOLUTION QUI INTERPELLE
Le Cameroun a récemment progressé dans le classement mondial du bonheur, passant de la 104ème à la 100ème place. Une progression encourageante. Mais cette avancée restera fragile tant que nos lieux de travail ne deviendront pas de véritables espaces : d’équilibre ; de respect ; d’écoute ; d’épanouissement et de dignité humaine. Car nous passons au travail une part importante de notre vie. Le travail n’est donc pas seulement un moyen de subsistance. C’est aussi un espace humain, relationnel et psychologique.
LE MANAGEMENT HUMAIN : LE TOURNANT SILENCIEUX
Longtemps perçu comme un luxe ou une idée naïve, le bonheur au travail s’impose progressivement comme une exigence moderne du management. Et certaines entreprises commencent à ouvrir la voie. Le 9 avril dernier, à l’occasion de la conférence de presse marquant les 15 ans de BGFIBank Cameroun, son Directeur Général, M. Abakal Mahamat, a pris une position particulièrement forte dans notre contexte : faire du bonheur des collaborateurs un objectif stratégique prioritaire.
Son ambition ? Créer un environnement où les employés sont heureux de venir travailler… et presque réticents à repartir. Dans un environnement professionnel encore souvent marqué par la rigidité et la contrainte, cette déclaration mérite d’être saluée. Car elle traduit une prise de conscience importante : la performance ne se décrète pas. Elle se construit. Et surtout… elle se vit.
UNE RÉALITÉ ENCORE CONTRASTÉE
Oui, certaines grandes entreprises commencent à investir dans le développement personnel ; les activités sportives ; les politiques de reconnaissance ; les espaces d’écoute ou encore le bien-être des collaborateurs. Mais dans beaucoup de PME, le bonheur au travail reste encore secondaire. Et dans l’administration publique, malgré quelques efforts, la dynamique demeure timide. Pourtant, l’enjeu est profondément national.
PEUT-ON ÊTRE HEUREUX AU TRAVAIL AU CAMEROUN ?
La question peut sembler provocatrice. Mais elle mérite d’être posée honnêtement. Entre les pressions économiques, les difficultés sociales, les rigidités hiérarchiques et parfois le manque de reconnaissance, beaucoup répondront spontanément : non. Et pourtant… La réponse est oui. Mais pas automatiquement.
Le bonheur au travail suppose une double évolution : une transformation des organisations mais aussi une évolution des mentalités individuelles. Car le bonheur au travail ne se construit pas uniquement d’en haut. Il se cultive aussi de l’intérieur.
DES LEVIERS SIMPLES EXISTENT POURTANT
Contrairement aux idées reçues, promouvoir le bonheur au travail ne nécessite pas toujours des investissements lourds. Chaque travailleur peut déjà : redonner du sens à son travail ; développer des relations positives ; prendre soin de son équilibre personnel ; exprimer ses idées et cultiver la gratitude.
Et les entreprises peuvent également : humaniser le management ; valoriser les efforts ; créer des espaces de dialogue ; intégrer la santé mentale ; renforcer le sentiment d’appartenance et donner davantage de sens au travail.
CE QUE DOIT DEVENIR LE 1ER MAI
Le 1er mai ne peut plus être uniquement un jour de célébration. Il devrait progressivement devenir : un moment national de réflexion sur la qualité humaine du travail. Un moment où chaque organisation se pose une question simple : comment améliorer concrètement la vie de celles et ceux qui y travaillent ? Car au fond, une entreprise forte est d’abord une entreprise humaine.
LE MOMENT DU CHOIX
Le Cameroun est aujourd’hui face à un choix important : continuer à considérer le bonheur au travail comme un luxe ou en faire progressivement un levier stratégique : de performance ; de stabilité sociale ; d’engagement et de développement humain ? La question concerne les entreprises, les managers, les travailleurs, les institutions et la société toute entière.
LE BONHEUR AU TRAVAIL N’EST PLUS UNE OPTION
Le bonheur au travail n’est ni une utopie, ni un privilège réservé à quelques multinationales. C’est une nécessité : économique, sociale et humaine. Et si, finalement, la vraie modernité du management camerounais commençait par une chose simple : remettre l’humain au cœur du travail ? À travers ses réflexions, ses actions et ses projets, l’Académie du Bonheur entend contribuer à faire émerger au Cameroun une véritable culture du management humain, du vivre-ensemble et du bonheur au travail.
Car nous en sommes convaincus : des travailleurs plus épanouis construisent des entreprises plus fortes… et une nation plus équilibrée. Et si le Cameroun décidait, lui aussi, de faire du bonheur au travail une priorité nationale ?
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