Un drame s’est joué en plein centre-ville de Yaoundé. Ibrahim Nchare, chauffeur de taxi âgé de 42 ans, a perdu la vie après une agression violente près de la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires. D’après les premiers éléments recueillis, le conducteur aurait eu une altercation avec des individus qu’il accusait de lui avoir vendu un faux bon de carburant.
La situation aurait rapidement dégénéré. Ses agresseurs lui auraient alors aspergé le visage avec une substance toxique. Le chauffeur se serait effondré sur la chaussée, inconscient. Malgré l’arrivée rapide des secours, il n’a pas pu être sauvé.
Une enquête a été ouverte pour retrouver les auteurs de cette attaque qui a choqué les habitants de la capitale camerounaise.
Une insécurité qui s’installe durablement
Ce meurtre tragique n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’inscrit dans un contexte plus large de violences qui secouent le Cameroun depuis plusieurs années. Entre juillet et septembre 2023, le pays a enregistré plus de 200 cas d’homicides, 32 enlèvements et plus de 600 arrestations arbitraires, principalement dans les régions du Nord-Ouest, Sud-Ouest et Extrême-Nord, fortement touchées par les conflits.
Le conflit séparatiste dans les régions anglophones a déjà fait plus de 6 000 morts et provoqué le déplacement d’au moins un million de personnes. Les deux camps – les forces gouvernementales comme les groupes armés séparatistes – sont accusés de violations graves des droits humains.
Dans l’Extrême-Nord, la situation reste tout aussi préoccupante. Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest y multiplient les attaques, laissant derrière eux des dizaines de victimes civiles et un climat d’insécurité permanent.
Yaoundé et Douala : des villes sous tension
Mais ce climat de violence ne se limite plus aux zones en guerre. Dans les grandes villes comme Yaoundé ou Douala, les agressions, les cambriolages et les faits divers violents se multiplient. Les journalistes sont de plus en plus souvent ciblés : ces dernières semaines, quatre professionnels des médias ont été attaqués par des hommes armés dans la capitale.
La communauté LGBTQ+ est elle aussi particulièrement exposée, victime de violences de groupes, de discours de haine et de lois discriminatoires qui aggravent leur précarité et leur insécurité au quotidien.
Autre phénomène inquiétant : la montée en flèche de la cybercriminalité. Rien qu’en 2024, le Cameroun a enregistré une hausse de 91 % des attaques en ligne, preuve d’une digitalisation rapide mais mal encadrée, dans un pays encore peu préparé à faire face aux menaces numériques.
Une mort qui en dit long
La mort d’Ibrahim Nchare est plus qu’un fait divers. Elle met en lumière les failles de sécurité qui gangrènent le pays, jusque dans ses rues les plus fréquentées. Elle rappelle aussi le climat de méfiance et de tension qui monte dans les villes, entre peur, arnaques et violence gratuite.
Pour beaucoup de Camerounais, ce type d’événement soulève une question simple, mais essentielle : est-on encore en sécurité chez soi, dans sa ville, dans son quotidien ?














