Paris, le 6 février 2025 – À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro envers les mutilations génitales féminines (MGF), World Vision France, ONG de solidarité internationale qui vient en aide aux plus démunis, tient à rappeler l’ampleur de cette violation des droits fondamentaux des femmes.
Comprendre les mutilations génitales féminines : une pratique aux lourdes conséquences:
Les MGF englobent toutes les interventions impliquant l’ablation partielle ou totale, ou autres lésions des organes génitaux externes féminins, pour des raisons non médicales. L’Organisation mondiale de la santé classe les MGF en quatre types principaux :
Type 1 : Ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du prépuce.
Type 2 : Ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres.
Type 3 : Infibulation = rétrécissement de l’orifice vaginal par création d’une fermeture, par suture ou autre, avec ou sans ablation du clitoris.
Type 4 : Toutes les autres interventions nuisibles aux organes génitaux féminins à des fins non médicales, telles que le piquage, le percement, l’incision, le grattage et la cautérisation.
Un fléau mondial aux chiffres alarmants qui témoignent de l’urgence d’agir
Plus de 200 millions de filles et femmes ont subi des MGF dans le monde, souvent avant l’âge de 15 ans.
Si les tendances actuelles persistent, 68 millions de filles risquent de subir des MGF entre 2015 et 2030.
En France : Environ 125 000 femmes vivant sur le territoire ont subi des MGF, soulignant la nécessité de sensibilisation et de protection dans un contexte migratoire.
Les pays les plus touchés par les MGF présentent des taux de prévalence extrêmement élevés. Par exemple, en Somalie, environ 98% des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme de mutilation génitale. Des taux similaires sont observés en Guinée (97%) et à Djibouti (93%). En Égypte, cette pratique concerne environ 87% des femmes de cette tranche d’âge.
La répartition des MGF varie considérablement selon les continents. En Afrique, la pratique est concentrée dans une trentaine de pays, principalement situés en Afrique de l’Ouest. En Asie, des pays comme l’Indonésie et certaines régions du Moyen-Orient sont également concernés. En revanche, en Europe et en Amérique du Nord, les MGF sont principalement observées au sein des communautés immigrées originaires de pays où la pratique est courante.
Les conséquences des MGF sur la santé physique et psychologique : un traumatisme durable
Les mutilations génitales féminines engendrent des conséquences dévastatrices et irréversibles sur la santé des femmes et des filles, affectant à la fois leur bien-être physique et psychologique. Ces pratiques, souvent réalisées dans des conditions sanitaires non sécurisées et sans consentement, exposent les victimes à des complications immédiates et à des traumatismes persistants tout au long de leur vie.
Dès l’intervention, les complications physiques peuvent être extrêmement graves. La douleur ressentie est généralement insoutenable, car les MGF sont pratiquées sans anesthésie. Les filles peuvent souffrir d’hémorragies sévères, qui, si elles ne sont pas prises en charge rapidement, peuvent entraîner un état de choc, voire la mort. L’utilisation d’instruments non stérilisés expose également à des infections graves, telles que le tétanos ou la septicémie.
Les conséquences physiques ne se limitent malheureusement pas à l’instant de la mutilation. À long terme, les survivantes sont souvent confrontées à des douleurs chroniques persistantes, notamment au niveau pelvien, ou lors des menstruations. Les complications urinaires et rénales, comme des infections récurrentes ou des lésions des voies urinaires, sont fréquentes et parfois irréversibles. La vie sexuelle des femmes est également gravement affectée. De nombreuses survivantes rapportent des douleurs importantes lors des rapports sexuels et une diminution, voire une absence totale de plaisir sexuel.
Les conséquences obstétricales sont tout aussi alarmantes. Les femmes ayant subi des MGF sont davantage exposées à des accouchements difficiles, souvent prolongés et douloureux, avec un risque accru de recours à la césarienne et de complications post-partum. Par ailleurs, la mutilation des tissus vaginaux peut entraîner des déchirures graves lors de l’accouchement, mettant en danger la vie de la mère et du nouveau-né.
Au-delà des atteintes physiques, les répercussions psychologiques des mutilations génitales féminines sont profondes et durables. Les survivantes souffrent fréquemment de trouble de stress post-traumatique, se manifestant par des cauchemars, une hypervigilance et des crises d’angoisse. Beaucoup développent des formes sévères de dépression, marquées par un sentiment de honte, une perte de confiance en soi et un isolement social.
Les violences psychologiques sont d’autant plus marquantes lorsque la mutilation a été réalisée dans un cadre familial, par des figures censées apporter protection et amour, ce qui provoque souvent un profond sentiment de trahison.
La persistance de ces pratiques dévastatrices : un contexte sociologique complexe
Les raisons derrière les MGF sont enracinées dans des traditions culturelles et sont souvent justifiées par la pression sociale. La peur d’être exclue ou considérée comme « impure » pousse parfois les mères à imposer cette pratique à leurs propres filles, perpétuant un cycle de violence générationnelle.
Les MGF trouvent ainsi leurs racines dans des traditions culturelles, sociales et religieuses
Contrôle de la sexualité féminine : L’ablation des parties les plus sensibles des organes génitaux externes vise à diminuer le désir sexuel des femmes, garantissant ainsi leur virginité avant le mariage et leur fidélité par la suite.
Pression sociale et conformité : Dans certaines communautés, ne pas pratiquer les MGF peut entraîner une stigmatisation, les familles cherchant à se conformer aux attentes pour assurer l’acceptation sociale de leurs filles.
Rites de passage : Les MGF sont parfois perçues comme une étape nécessaire pour préparer une jeune fille à l’âge adulte et au mariage.
Notions d’hygiène et d’esthétique : Certaines croyances considèrent les organes génitaux féminins externes comme impurs ou inesthétiques, justifiant leur ablation pour des raisons d’hygiène ou de beauté.
Les actions de World Vision pour protéger chaque petite fille à travers le monde
World Vision est activement engagée dans la lutte contre les MGF à travers un travail de fond en direct avec les communautés :
Sensibilisation communautaire : World Vision travaille en étroite collaboration avec les communautés pour changer les perceptions culturelles et promouvoir l’abandon des MGF. Mettre fin à ces mutilations nécessite une approche globale. L’éducation et la sensibilisation sont essentielles pour déconstruire ces mythes et faire comprendre les conséquences médicales et psychologiques dramatiques qu’elles engendrent. Il est crucial d’impliquer les leaders communautaires et religieux, souvent influents, pour qu’ils deviennent des alliés dans la dénonciation de ces pratiques.
Soutien aux survivantes : L’organisation offre un soutien médical, psychologique et social aux filles et aux femmes ayant subi des MGF, afin de les aider à reconstruire leur vie, en leur assurant un accès à l’éducation et à l’indépendance économique.
Renforcement des cadres légaux : L’ONG accompagne les gouvernements à instaurer et appliquer des lois interdisant les MGF et soutient les victimes dans leur quête de justice.
Exemple du projet Kenya Big Dream mis en place par World Vision
Le projet Kenya Big Dream de World Vision vise à éradiquer les MGF et les mariages d’enfants au Kenya, en adoptant une approche holistique et durable. Les principales activités mises en œuvre incluent :
Protection de l’enfance : Sensibilisation des communautés aux droits des enfants et aux dangers des MGF et des mariages précoces. Des programmes éducatifs sont déployés pour changer les attitudes et comportements, en impliquant des leaders communautaires et religieux.
Éducation : Construction d’écoles et de centres de secours pour offrir un environnement d’apprentissage sûr aux filles vulnérables. Par exemple, la construction d’une école secondaire à Akoret, dans le comté de Baringo, vise à augmenter l’accès à l’éducation et à réduire les abandons scolaires liés aux pratiques culturelles néfastes.
Autonomisation économique : Mise en place de groupes d’épargne et de programmes de formation professionnelle pour les jeunes et les familles, afin de réduire la dépendance économique qui favorise les mariages précoces. Des activités génératrices de revenus, comme l’élevage de volailles, sont encouragées pour améliorer les moyens de subsistance.
Engagement des jeunes hommes : Formation des jeunes guerriers Samburu, appelés Morans, pour qu’ils deviennent des défenseurs contre les MGF et les mariages d’enfants. Ces jeunes sont formés à des compétences professionnelles et participent à des activités de sensibilisation au sein de leurs communautés.
Rites de passage alternatifs : Organisation de cérémonies alternatives pour marquer le passage à l’âge adulte sans recourir aux MGF, tout en respectant les traditions culturelles. Ces rites offrent une reconnaissance sociale aux filles sans les exposer à des pratiques dangereuses.
Ces initiatives combinées visent à créer un environnement protecteur pour les enfants, en particulier les filles, en modifiant les normes sociales et en offrant des alternatives viables aux pratiques traditionnelles nuisibles.
Vidéo pour en savoir + sur Kenya Big Dream – Vidéo de notre directrice sur le terrain
Les MGF constituent une atteinte grave à l’intégrité physique et psychologique des femmes et des filles. Malgré les progrès réalisés, la persistance de cette pratique appelle à une mobilisation renforcée de tous les acteurs concernés, car les MGF constituent une violation dramatique des droits fondamentaux.
En cette journée, World Vision appelle les gouvernements, les institutions de santé, les éducateurs et la société civile à redoubler d’efforts pour : éduquer les communautés, soutenir les victimes et renforcer la législation, afin in fine de sensibiliser, prévenir et éradiquer définitivement cette pratique !
A propos de World Vision France
Dans le monde, certains appels sont moins entendus que d’autres.Celui des enfants en particulier.Depuis 75 ans, World Vision International est la première ONG au monde dédiée à soulager la souffrance des enfants là où les pauvretés frappent le plus.
Présent dans près de 100 pays, elle intervient aussi bien en situation d’urgence humanitaire que dans des projets de développement à long terme, via le parrainage d’enfants. Grâce à son approche globale et intégrée, les équipes locales travaillent en étroite collaboration avec les populations pour répondre à leurs besoins essentiels tels que l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et la lutte contre les violences.
Mais accompagner des enfants ne suffit pas. C’est en agissant sur les maux profonds qui les maintiennent en étau, structurels, politiques, climatiques que nous pouvons changer les choses.















