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Produits pétroliers : Louis Paul Motazé rejette l’idée d’une nouvelle hausse des prix à la pompe en 2025, mais…

(Investir au Cameroun) – Dans une vidéo apparue sur les réseaux sociaux en fin de semaine dernière, le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motazé, rejette catégoriquement l’idée d’une nouvelle hausse des prix des carburants à la pompe en 2025, après celles survenues en 2023 et 2024 sous la pression du Fonds monétaire international (FMI). La sortie du ministre Motazé vise certainement à rassurer les populations camerounaises. En effet, les supputations autour d’une nouvelle augmentation des prix à la pompe vont bon train dans le pays. Celles-ci sont consécutives à la découverte dans le projet de loi de finances 2025, finalement adopté en l’état par les députés, de la prévision du gouvernement de réduire la subvention aux carburants de 94% en 2025, passant de 263 milliards de FCFA en 2024 à seulement 15 milliards de FCFA l’année prochaine.
«Je crois que beaucoup ont vu que le soutien, c’est-à-dire la subvention pour les produits pétroliers, baisse. Et ils en ont déduit que si elle baisse, c’est parce qu’on va augmenter les prix des carburants à la pompe. Mais, c’est faux ! Ça n’existe pas dans le projet (de loi de finances). La subvention baisse parce que le prix sur le marché international baisse. Quand le prix sur le marché international baisse, il vient rejoindre un peu le prix à la pompe ici. Et à ce moment-là, nous n’avons plus besoin du soutien. Parce que le soutien survient lorsque vous avez un prix à l’international qui est élevé. Mais, comme nous ne voulons pas impacter le pouvoir d’achat des citoyens, on n’augmente pas le prix à la pompe. Du coup, vous avez un différentiel, parce que vous avez importé les produits pétroliers à un prix élevé, mais vous ne répercutez pas ce prix à la pompe. Et comme c’est l’État qui supporte ce différentiel, on l’appelle le soutien. Maintenant, si le prix à l’international baisse et qu’on n’a plus besoin de soutenir, la subvention baisse. Cela ne signifie pas qu’on va augmenter les prix», explique le ministre des Finances.
En d’autre termes, la baisse drastique de la subvention des carburants projetée par le gouvernement en 2025 repose essentiellement sur l’hypothèse d’une baisse des prix du brut et des produits pétroliers finis sur le marché international, tout au long de l’année prochaine. Selon le propos du ministre Motazé, ces prix d’achat à l’international devraient permettre de se rapprocher des prix actuellement pratiqués à la pompe au Cameroun, en y incluant la panoplie des taxes et autres redevances (une bonne trentaine, NDLR) qui, selon la structure des prix des produits pétroliers, renchérissent lesdits produits entre le port de débarquement (depuis l’incendie à la Sonara, le pays importe tous les produits pétroliers finis) et les stations-service du pays.
Au demeurant, s’il éclaire l’opinion sur les motivations de la prévision gouvernementale de réduire de 94% la subvention des produits pétroliers à la pompe en 2025, le ministre Motazé semble exclure toute hypothèse de la survenue d’un événement exogène pouvant chambouler toutes les prévisions gouvernementales, eu égard à la volatilité du marché international des hydrocarbures. À titre d’exemple, avant mars 2020 au Cameroun, il était difficile d’envisager les effets du Covid-19 sur le marché mondial, en général, et sur le marché des hydrocarbures, en particulier. Il en est de même du déclenchement, en février 2022, du conflit russo-ukrainien, dont les conséquences sur le commerce international commencent à peine à se dissiper.
Fort de ce qui précède, et en dépit de la tendance baissière des cours mondiaux des produits pétroliers finis actuellement observée sur le marché international, il n’est pas prudent de faire des prévisions reposant exclusivement sur une conjoncture favorable. Sur cette base, une évolution des cours à la hausse, suite à une conjoncture internationale défavorable en cours d’année, pourrait bien mettre le gouvernement camerounais face à un dilemme : procéder à une nouvelle augmentation des prix à la pompe, en droite ligne de l’engagement pris dans le cadre du programme économique et financier avec le FMI, qui s’achève en 2025 et pourrait éventuellement ouvrir la voie à un nouveau programme dès 2026 ; ou alors se mettre à dos cette institution de Bretton Woods, en faisant le choix d’augmenter l’enveloppe de la subvention des carburants pour éviter une hausse des prix à la pompe en année électorale, comme le subodore l’agence de notation américaine Fitch dans son dernier rapport sur le Cameroun. À ce stade, aucune de ces hypothèses n’est à exclure, même si les signaux sont pour l’instant au vert.
Brice R. Mbodiam
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Nachtigal : l’ARSEL présélectionne CPCS, KPMG et Grant Thornton-BBI pour auditer les modèles financiers

(Investir au Cameroun) – L’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) a présélectionné trois candidats pour l’audit des modèles financiers de Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), l’entreprise qui exploite la centrale hydroélectrique de Nachtigal. Il s’agit de CPCS, KPMG Afrique centrale et du groupement Grant Thornton Conseil-BBI Advisory & Audit, selon un communiqué signé le 30 juillet 2026.
Ces candidats seront invités à présenter des offres techniques et financières dans le cadre de la consultation restreinte qui doit conduire au choix du prestataire. La procédure est financée sur le budget 2026 de l’ARSEL. Elle découle d’un avis à manifestation d’intérêt lancé le 30 juin 2026, et non de la procédure préparatoire engagée en septembre 2025.
Le futur consultant devra examiner les modèles financiers établis lors de la clôture du financement du projet, leurs différentes versions postérieures ainsi que le modèle actualisé à la date de l’audit. L’objectif est d’en vérifier la conformité contractuelle, la cohérence des hypothèses et la robustesse financière.
Dette, rentabilité et conséquences tarifaires
L’audit portera notamment sur les coûts réels d’investissement et d’exploitation, les tirages sur la dette, les intérêts accumulés pendant la construction, les ajustements de calendrier et les hypothèses de production.
Le consultant devra également analyser la structure du financement, les flux de trésorerie, la rentabilité du projet et celle des actionnaires, le coût du capital ainsi que les effets des variations des taux d’intérêt, de l’inflation et des taux de change. Le dossier prévoit par ailleurs des tests de sensibilité et des scénarios de stress destinés à mesurer la résistance du modèle à une évolution défavorable de ces paramètres.
Pour le régulateur, l’enjeu dépasse la seule vérification comptable de NHPC. La mission doit mesurer l’impact du modèle financier sur le tarif de capacité et le prix de l’énergie achetée à Nachtigal, mais aussi sur les charges supportées par la Société camerounaise d’électricité (Socadel) et la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel).
L’ARSEL veut ainsi apprécier la « soutenabilité pour le secteur et les consommateurs » des engagements associés au projet. Le cabinet retenu devra identifier les éventuelles incohérences, fragilités financières ou divergences avec le contrat d’achat d’électricité, la convention de concession et les accords de financement.
L’audit intervient dans un contexte de fortes tensions de trésorerie dans le secteur électrique. Lors d’une visite à Nachtigal le 18 mars 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, avait reconnu l’existence de difficultés de paiement envers NHPC et appelé à un assainissement financier du secteur.
Une procédure distincte de l’audit des coûts de construction
La sélection de CPCS, KPMG Afrique centrale et Grant Thornton Conseil-BBI Advisory & Audit ne concerne pas directement l’audit général du coût de construction de Nachtigal.
L’ARSEL a lancé, à la même date du 30 juin 2026, une seconde procédure consacrée à l’analyse des coûts de développement et de construction de l’aménagement hydroélectrique. Cette autre mission doit notamment vérifier les dépenses engagées, leur conformité avec le cahier des charges de la concession et le respect des spécifications des contrats de construction.
Elle prévoit également une évaluation des coûts des phases de développement et de construction, avec l’intervention d’experts techniques, financiers, juridiques, fiscaux, comptables et environnementaux. La durée annoncée de cette mission est de 24 mois.
Les deux audits sont donc complémentaires. Le premier examinera la traduction financière du projet, son endettement, sa rentabilité et ses conséquences tarifaires. Le second se concentrera sur la justification et la conformité des dépenses engagées pour développer et construire les installations.
Un investissement d’environ 800 milliards de FCFA
Entièrement mise en service en mai 2025, la centrale de Nachtigal dispose d’une capacité installée de 420 MW. À fin mai 2026, elle avait produit plus de 3 TWh d’électricité depuis le début de sa mise en service progressive et injecté cette énergie dans le réseau national.
NHPC évalue le coût du projet à environ 1,2 milliard d’euros, soit près de 800 milliards de FCFA. Le montage financier repose à 24 % sur les apports des actionnaires et à 76 % sur des emprunts consentis par des institutions internationales de développement et des banques commerciales camerounaises.
Le capital de NHPC est détenu à 40 % par EDF et à 20 % par la Société financière internationale. L’État camerounais et Africa50 contrôlent chacun 15 %, tandis que le fonds d’investissement STOA détient les 10 % restants.
En auditant les hypothèses financières qui déterminent la rémunération de ces investissements et le prix de l’électricité, l’ARSEL cherche à établir si le modèle de Nachtigal demeure conforme aux contrats et soutenable pour un secteur confronté à des déficits de trésorerie. Le résultat pourrait éclairer aussi bien les obligations financières de Socadel et de Sonatrel que l’évolution future des charges reconnues dans les tarifs réglementés.
Amina Malloum
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