Le Cameroun améliore son score en matière de transparence budgétaire. Dans son 2026 Fiscal Transparency Report, le département d’État américain classe le pays parmi ceux ayant enregistré des avancées remarquables en matière de transparence budgétaire au cours de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2025. « Au cours de la période examinée, le gouvernement Camerounais a réalisé des progrès significatifs en publiant en ligne, dans un délai raisonnable, sa proposition de budget de l’exécutif ainsi que son rapport de fin d’exercice », note le rapport américain. Une appréciation qui ne signifie pas que Yaoundé satisfait encore à l’ensemble des standards américains, mais qui traduit une évolution favorable dans plusieurs domaines liés à l’information et à la gouvernance budgétaires.
Le rapport, élaboré par le Bureau of Economic, Energy and Business Affairs du département d’État, examine notamment la manière dont les gouvernements rendent accessibles leurs documents budgétaires, assurent le suivi de l’exécution des dépenses publiques, publient les informations relatives à la dette et organisent le contrôle des finances publiques.
Sur ces différents indicateurs, le Cameroun a franchi plusieurs étapes. Le document précise que le gouvernement « a également publié en ligne, dans un délai raisonnable, son budget adopté et a assuré un suivi du budget tout au long de l’exercice fiscal ». Cette disponibilité des documents constitue un élément central de l’évaluation américaine. Le rapport considère par ailleurs que « le budget donnait une image globalement substantielle en incluant les principales sources de recettes et de dépenses ». Il nuance toutefois cette appréciation en relevant que les recettes et dépenses effectivement réalisées « ne correspondaient pas de manière raisonnable à celles inscrites dans le budget adopté ».
Des avancées sur la dette et les marchés publics
Autre point positif : la publication des informations relatives aux obligations liées à la dette. Selon le rapport américain, « le gouvernement a rendu publiques les informations relatives aux obligations liées à la dette et les a mises à jour chaque trimestre, y compris pour les entreprises publiques ». Une pratique qui participe à une meilleure visibilité sur les engagements financiers de l’État et des entités relevant du secteur public.
Le Cameroun est également crédité d’une bonne pratique concernant la ventilation des dépenses destinées au fonctionnement des services de l’exécutif — le document notant que « le gouvernement a ventilé les dépenses destinées au fonctionnement des services de l’exécutif ». Les informations contenues dans le budget sont, de manière générale, « jugées globalement fiables ».
Dans le secteur extractif, le rapport relève que « le gouvernement a précisé dans la loi ou la réglementation, et a semblé respecter dans la pratique, les critères et procédures d’attribution des contrats et licences d’extraction des ressources naturelles ». Des informations de base sur les attributions de contrats dans ce secteur sont également rendues publiques.
Même constat pour la commande publique. Le rapport indique que « le gouvernement a rendu publiques des informations de base sur les attributions de contrats d’extraction de ressources naturelles et sur les marchés publics ». Ces éléments constituent, aux yeux du département d’État, des indicateurs importants de transparence dans la gestion des ressources publiques et naturelles.
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Les entreprises publiques restent un point sensible
Les progrès constatés ne font cependant pas disparaître plusieurs insuffisances. L’une des principales concerne les entreprises publiques : le rapport souligne que le gouvernement « n’a pas divulgué les dotations accordées aux entreprises publiques ni les revenus qu’elles génèrent, et peu d’entreprises publiques ont produit des états financiers ».
Cette observation intervient alors que le Cameroun a engagé ces dernières années un mouvement visant à renforcer la gouvernance financière des entreprises et établissements publics.
Une évolution est toutefois intervenue après la période de référence du rapport. La campagne menée par le ministère des Finances, notamment à travers la Division des participations et des contributions, a contribué à accélérer la publication des comptes des entreprises publiques. Entre la fin du mois de juin et le mois de juillet 2026, une grande partie de ces entreprises a ainsi rendu publics ses états financiers au titre de l’exercice 2025.
Cette dynamique pourrait contribuer à répondre progressivement à l’une des préoccupations formulées par Washington : permettre aux citoyens, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux institutions de contrôle de mieux apprécier les ressources mobilisées par les entreprises publiques, les concours qu’elles reçoivent de l’État et les résultats qu’elles génèrent.
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Le département d’État formule ainsi plusieurs recommandations. Parmi les mesures que le Cameroun pourrait prendre figure celle de « détailler dans les documents budgétaires les dotations accordées aux entreprises publiques ainsi que les revenus qu’elles génèrent ». Il devrait également « supprimer les comptes hors budget ou les soumettre à un audit et à un contrôle adéquats ».
Washington recommande en outre au gouvernement de « produire et publier des prévisions budgétaires révisées, ou adopter un budget supplémentaire, lorsque l’exécution du budget s’écarte de manière significative des projections ». Une telle pratique permettrait de mieux rapprocher les autorisations budgétaires de la réalité de l’exécution.
Le contrôle externe encore à renforcer
L’autre faiblesse majeure relevée par le rapport concerne l’institution supérieure de contrôle des finances publiques. Le document est clair sur ce point : « l’institution supérieure de contrôle ne répondait pas aux normes internationales d’indépendance ».
L’appréciation américaine comporte néanmoins une nuance importante : « elle a néanmoins audité l’intégralité du budget annuel exécuté et ses rapports comportaient des constatations substantielles ». Washington recommande donc de « veiller à ce que l’institution supérieure de contrôle réponde aux normes internationales d’indépendance et ait accès à l’intégralité du budget annuel exécuté ».
Au final, le 2026 Fiscal Transparency Report dresse un bilan contrasté mais plutôt favorable pour le Cameroun. Le pays n’est pas encore présenté comme ayant atteint les standards les plus élevés de transparence budgétaire. Il est toutefois reconnu pour les progrès accomplis dans la publication des documents budgétaires, le suivi de l’exécution, la communication sur la dette, les marchés publics et les ressources naturelles.
L’enjeu est désormais de consolider ces acquis. La publication systématique des comptes des entreprises publiques, une meilleure traçabilité des flux qui les concernent, la suppression ou le contrôle effectif des comptes hors budget et le renforcement de l’indépendance de l’institution supérieure de contrôle constituent les principaux chantiers identifiés. Pour le Cameroun, le classement dans la catégorie des pays ayant réalisé des progrès significatifs constitue donc moins une fin qu’une invitation à poursuivre la réforme de la gouvernance financière publique.
Par Jean Luc FASSI
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