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Christiane Kouamen, P. eng. Business development manager (CWar), tUGLiQ enerGie : « Il faut développer l’énergie nucléaire au Cameroun»

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Christiane Kouamen, P. eng. Business development manager (CWar), tUGLiQ enerGie : « Il faut développer l’énergie nucléaire au Cameroun»
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Le Cameroun fait face ces dernières années à une pénurie persistante d’énergie électrique. Quel est votre diagnostic de la situation et quelles solutions préconisez-vous ?

La pénurie persistante d’énergie électrique est attribuable à trois facteurs fondamentaux qui entravent l’équilibre fragile de l’écosystème de la chaîne d’approvisionnement en énergie. Comme vous le savez, les différents producteurs indépendants d’énergie génèrent de l’électricité qui, injectée sur le réseau de transport de la Sonatrel, est acheminée jusqu’aux infrastructures de distribution d’Eneo dont la responsabilité est de la livrer au consommateur final. Dans le contexte du Cameroun, la production d’énergie est déficitaire par rapport à l’ensemble des besoins de consommation. Ceci est accentué par la variation saisonnière et l’investissement insuffisant dans la construction de nouvelles centrales pour répondre à la demande croissante. D’autre part, les infrastructures de transport garantes de la disponibilité de l’énergie produite, sont vétustes et nécessitent une modernisation et une extension, étant donné que la moindre panne sur une des lignes rend indisponible une partie considérable de la production.

Les infrastructures de distribution présentent aussi les mêmes enjeux de vétusté même si les impacts ne sont pas aussi importants. Comme solution, on pourrait envisager, en premier lieu, la certification annuelle par l’ARSEL (Agence de régulation du secteur de l’électricité) de l’infrastructure de transport afin de garantir sa conformité aux normes de fiabilité et de performance attendues. C’est une façon d’anticiper et gérer le risque de voir une centrale viable isolée du réseau dans un contexte déjà déficitaire. En second lieu on devrait envisager la consolidation du mix énergétique à travers la diversification des sources de production, dans le but de réduire le déficit inhérent aux limites des sources actuelles. Notamment la volatilité des prix de combustibles fossiles des centrales thermiques, leur indisponibilité ou encore l’étiage en saison sèche pour ce qui concerne les centrales électriques alimentées par des cours d’eau à débit non régulé. Cette consolidation peut se faire avec l’ajout de centrales nucléaires qui sont des sources robustes, stables et fiables et ainsi que d’autres sources plus volatiles telles que le solaire et la thermique. Autre solution possible : la mise en place d’un programme d’efficacité énergétique chez les grands consommateurs.

Aujourd’hui, il existe des technologies qui permettent de réduire de 20% à 50% la consommation dans les installations industrielles, avec notamment l’adjonction de variateur de fréquence aux moteurs électriques dans les usines. Plutôt que de subventionner indéfiniment le tarif d’électricité pour les grands consommateurs, l’État pourrait plutôt subventionner les participants au programme d’efficacité énergétique. Cette approche est durable puisque les investissements en efficacité énergétique industrielle sont généralement rentabilisés au bout de cinq ans. Et toutes les parties s’en sortent gagnantes : réduction du déficit énergétique, réduction de l’enveloppe budgétaire des subventions et pour les consommations, réduction de leur facture pour la même productivité. Seuls les ménages resteraient éligibles aux tarifs d’électricité subventionnés.

Le fait de redéfinir la cible des subventions permettra de libérer les liquidités nécessaires pour investir dans les différents maillons de la chaîne, notamment les réseaux de transport, les producteurs pour la maintenance des centrales existantes et la construction de nouvelles infrastructures. Cette démarche va renforcer l’intérêt des investisseurs, producteurs indépendants, en adressant la question du manque de liquidité dans le secteur. Plusieurs sont réticents en raison du contexte de trésorerie déficitaire que connaît le secteur de l’électricité au Cameroun. Ces entités pensent prendre moins de risque en se positionnant dans l’accompagnement des grands consommateurs dans des projets d’auto-production. Mais là encore, les tarifs d’électricité subventionnés étant très bas, les offres deviennent peu compétitives et acceptables par les consommateurs et constituent un frein pour l’auto production dans certains cas. En combinant ces approches, le Cameroun pourrait progresser vers un système énergétique plus fiable et durable.

Vous évoquez le développement de l’énergie nucléaire comme une solution dans notre contexte ?

Absolument. Je pense que l’énergie nucléaire devrait être la base à laquelle s’ajoutent les autres formes d’énergie car elle peut être produite de façon importante et contrairement aux sources actuelles, la sienne est stable. Elle peut réduire la dépendance aux combustibles fossiles qui restent un risque pour la sécurité énergétique du fait de l’augmentation observée des prix de carburants, de l’indisponibilité périodique à laquelle s’ajoute l’intermittence des autres sources. Le Cameroun dispose de grandes réserves d’uranium, alors pourquoi pas? Mais il faut au préalable mettre en place les normes de sécurisation et la gestion des déchets radioactifs.

La mise en place des systèmes de production d’énergie nucléaires est réputée très complexe et coûteuse. Un pays comme le Cameroun peut-il ambitionner de réaliser un tel système ? Comment?

Nous savons qu’après les 2 réacteurs générant 1.8 GW en l’Afrique du Sud, le Kenya a lancé son programme d’énergie nucléaire en 2017 pour une construction en 2027. Quant à eux, le Niger, le Nigeria, le Sudan, le Ghana, le Maroc et l’Égypte évaluent leur état de préparation en collaboration avec l’agence internationale de l’énergie Atomique en vue du lancement de leur programme. Enfin, 4 autres pays dont l’Ouganda mènent des études de faisabilité en ce moment. Donc oui, le Cameroun peut avoir l’ambition d’inclure l’énergie nucléaire dans son mix énergétique de façon progressive en faisant une transition à partir des activités déjà en cours dans la gestion des déchets radioactifs au Cameroun. Il faut privilégier une approche multilatérale pour faire face à la complexité technique et aux risques que représente un programme d’énergie nucléaire. En mettant en place une coopération avec quelques-uns des pays africains qui sont à différentes étapes de déploiement de leur programme, l’État du Cameroun aura la capacité de mettre en place un Programme national d’énergie nucléaire robuste, enrichi par une diversité de perspectives.

Cette coopération sera l’occasion de développer de la ressource humaine et peut être consolidée par la mise en place d’un programme de formation universitaire des sciences nucléaires. Au-delà du développement de compétences, il faut gérer les défis géopolitiques liés à la prolifération nucléaire en mutualisant les efforts avec les pays voisins qui font face aux mêmes défis énergétiques. Notamment, le Gabon, le Congo, le Tchad. Cette mutualisation assure une transparence qui facilitera le déploiement des infrastructures d’une part et d’autre part, une meilleure gestion des risques financiers et politiques. La stratégie de financement d’un tel programme doit prendre en compte l’évolution rapide de la technologie nucléaire comparée au temps nécessaire pour le déploiement du programme qui peut aller jusqu’à 15 ans. Dans ce contexte, les Etats ou l’Etat porteur de projet doit garder sa souveraineté dans les premières phases en les finançant par de l’équité, et en développant une coopération avec plusieurs grandes nations dans le domaine. Avec l’Initiative Africaine pour le Financement de l’Énergie Nucléaire mise en place en début 2024 par la commission africaine pour l’énergie nucléaire, les pays africains peuvent générer des revenus de la mise en place des sites d’enfouissement pour la gestion des combustibles nucléaires comme cela se fait au Canada et en Finlande.

Il s’agit ici d’un potentiel de 4000 tonnes par année à raison de 1 million de dollars par tonne. Soit un revenu total estimé de 2 Milliards de dollars par année dédié au développement de centrales nucléaires sur le continent. La deuxième phase quant à elle peut être financée en mode BOT avec des développeurs ou par des accords de gouvernement à gouvernement notamment des Agences de crédits à l’exportation des pays fournisseurs d’équipements tel que : Kexim Bank de la Corée du Sud, Export Developement Canada, JBIC du japon et bien d’autres. Il faudra en parallèle continuer de viabiliser le secteur et créer un environnement favorable à ces investissements notamment par le réajustement des politiques de tarif d’achat et de vente d’électricité.

Il y a quelques années, vous avez mis sur pied un dispositif de facilitation de l’accès à l’électricité dans les zones rurales. Quelles étaient vos motivations, comment cela fonctionne-t-il ?

C’est vrai que le dispositif «Pay as you go» des systèmes solaires résidentiels de Klight a été décisif pour répondre aux besoins énergétiques des communautés non desservies ou mal desservies par le réseau énergétique existant. Compte tenu des prix élevés d’acquisition de système solaire résidentiel, nous facilitons l’accès en permettant aux bénéficiaires de répartir leur paiement sur plusieurs mois. Les systèmes sont conçus pour alimenter des appareils électriques tels que les téléphones portables, les lampes, les téléviseurs, les radios, etc. En réalité, après avoir réalisé un projet d’électrification rurale au Burkina Faso en 2013, en partenariat avec l’Ecole polytechnique de Montréal au Canada, et suite à l’observation des retombées sur le développement socio-économique des populations cibles, il était important pour moi de mettre sur pied cette initiative au Cameroun également. La motivation étant de réduire les conséquences de la fracture énergétique et numérique pour améliorer la qualité de l’éducation grâce à l’éclairage pour l’étude le soir, favoriser l’ouverture sur le monde à l’ère du numérique, l’accès à l’information et à du contenu éducatif en offrant l’accès à l’électricité pour la recharge d’outils TIC. Par cette initiative nous observons l’augmentation du nombre d’heures productives des populations dans une journée, qui n’est plus seulement rythmée par les jours et les nuits.

Quel bilan?

Concernant le bilan de cette opération, il est positif. Les populations se sont appropriées l’initiative et en sont les principaux ambassadeurs. Actuellement, nous desservons plus de 400 familles dans 3 régions. Des activités génératrices de revenus tels que les poissonneries, l’élevage, les centres de recharge de téléphone ont d’ailleurs été mis en place dans les communautés grâce à nos services. Quant aux perspectives, elles sont bonnes. Un accord de partenariat à été signé avec MTN -Cameroon. C’est un partenaire qui comprend l’importance de la disponibilité de l’énergie électrique pour l’accès à l’information et aux opportunités à l’ère du numérique. En effet MTN Cameroon a été séduit par la qualité et la performance de l’initiative K-light, au point de nous donner une place de choix dans sa stratégie de placement de produits à énergie solaire. Vous pourrez donc désormais trouver ses kits solaires K-Light dans les différents centres de services MTN. Ceci dit, certains défis persistent toujours, notamment le préfinancement qui reste élevé pour une tranche de la population en zone rurale.

Quels enseignements avez-vous tiré de cette opération et quelles en sont les perspectives ?

Je dois d’emblée souligner la force que représente la résilience communautaire. J’ai compris que même au Cameroun, les consommateurs peuvent être mis à contribution pour réduire le déficit énergétique et accélérer l’accès à l’électricité. Figurez-vous que si 10 000 ménages installent chacun 10kW, cela mobiliserait une capacité totale de 100 MW qui peuvent contribuer réduire le déficit pendant les pics de consommation ou certaines périodes d’étiage. Pour vous donner un ordre de grandeur, en 2013, le déficit de puissance journalière au Cameroun était de 100 MW Avez-vous des solutions semblables pour les zones urbaines ? Oui nous avons des solutions similaires pour les zones urbaines.

Nous accompagnons les consommateurs industriels, miniers, commerciaux, résidentiels à travers le financement, la construction et l’opération de leurs propres mini-centrales de production d’électricité sur site. Ceci leur permet d’avoir un approvisionnement fiable lors des coupures d’électricité et de réduire leurs dépenses liées au carburant des groupes électrogènes. Nous leur offrons un plan de remboursement sur 8 ou 10 ans après lesquels ils deviennent propriétaires de la centrale.

Comment financez-vous des opérations aussi coûteuses ?

De par son expérience et ses réalisations, Tugliq Énergie que je représente dans la sous-région CWAR (Central & West Africa Region) a accès à des financements de fonds Canadiens et d’autres fonds internationaux destinés aux énergies propres. Les types de projets éligibles sont surtout ceux liés à des grands consommateurs notamment, les mines, les installations industrielles et commerciales.

Vous semblez particulièrement privilégier les énergies propres. Quelles sont vos motivations ?

Voyez-vous, selon le rapport conjoint de Boston Consulting Group et Shell, le marché de conformité carbone valait 850 Milliards de dollars en 2021 tandis que le marché volontaire valait 2 Milliards de dollars. Des valeurs qui ont respectivement doublé et quadruplé par rapport à 2020. N’est-ce pas là une aubaine pour le Cameroun? Et en particulier pour le secteur de l’électricité? Le gouvernement du Cameroun doit multiplier les efforts pour commercialiser ses crédits carbones sur le marché international. Les crédits carbones quant à eux représentent les réductions de gaz à effet de serre réalisées grâce ou les quantités de CO2 évitées lors avec le projet de production d’énergie propre entre autres. Les CER (un des certificats qui permettent d’enregistrer et de suivre l’électricité générée de façon propre) peuvent être vendus à des multinationales telles qu’OLAM, Nestlé et bien d’autres afin d’atteindre leur quota auprès d’organismes internationaux comme RE100. En combinant le potentiel des énergies renouvelables avec les mécanismes de marché comme le crédit carbone, le Cameroun a la possibilité de mobiliser des financements pour les projets du secteur de l’énergie électrique. Cependant, cela nécessite un engagement continu et une bonne coordination entre le gouvernement, le secteur privé et les organismes internationaux clés afin de faciliter l’intégration de son crédit carbone sur le marché international.

Initié au Cameroun un projet de conversion de gros véhicules du carburant au gaz naturel. Pourquoi ? Où en est ce projet ?

Oui en effet, le projet qui vise à convertir les véhicules existants à l’utilisation de gaz naturel comprimé permet de réduire les dépenses de carburants de 40%. Ceci a un impact aussi bien sur le coût de vie car il réduit directement le coût de transport, directement lié au coût de transport et donc de carburant et d’autre part ce projet permettrait de réduire l’enveloppe budgétaire que l’état alloue aux subventions de carburant. Les projets ont été présentés au gouvernement en 2016 avec des séances de travail subséquentes et il semblait bien comprendre le bien-fondé de ce projet.. Nous avons trouvé un accord de principe avec le fournisseur de kits de conversion pour la formation de la main-d’œuvre locale à l’installation de ces kits sur les véhicules.

Des discussions sont en cours avec l’entreprise canadienne en charge de la conception, la construction et la formation à l’opération des stations de ravitaillement en gaz naturel comprimé. Nous sollicitons toujours l’accompagnement du gouvernement pour ce projet qui permet de réduire jusqu’à 40% les dépenses de carburant puisque le gaz naturel est 30 à 40% moins cher que l’essence à quantité équivalente. Cette réduction allégera le déficit budgétaire lié aux subventions de carburant. Et représente une autre source de crédit carbone. Un appel à candidature sera lancé bientôt en vue de sélectionner des propriétaires de flottes de véhicules qui souhaitent être bénéficiaires de la première phase du projet.

Quels enseignements le Cameroun peut-il tirer de l’écosystème énergétique Canadien où vous avez exercé depuis plus d’une décennie ?

Les deux écosystèmes partagent certains défis en commun que le Canada sait gérer de manière durable. Le Cameroun pourrait tirer plusieurs enseignements de celui-ci, notamment la diversification des sources d’énergie, la gestion efficace des ressources, la mise en place de programmes d’efficacité énergétique subventionné, la mise en place d’un marché sous régional d’achat et de vente d’énergie pour combler le déficit. Comme la canada, le Cameroun peut participer à des partenariats internationaux dans le domaine de l’énergie pour bénéficier de l’expertise et du soutien technique d’autres pays et organisations. Il est vrai que le Cameroun a beaucoup de manquements dans le secteur, mais il a aussi ses forces qui avec un peu de créativité peuvent être bien valorisées à l’international.

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Tissu Productif : Plus de 472 000 PME structurent l’économie locale en 2025

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Tissu Productif : Plus de 472 000 PME structurent l’économie locale en 2025
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En 2025, le Cameroun se situe à mi-parcours de sa Stratégie Nationale de Développement 2020- 2030, qui vise une accélération de l’industrialisation à l’horizon 2030. C’est dans ce contexte que le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA) a rendu publique ce 24 juin, à Yaoundé, sa 15e édition de l’annuaire statistique sur les PMEESA.

Le tableau de bord dressé pour l’exercice 2025 offre une photographie sans précédent de la dynamique entrepreneuriale du pays, et les chiffres qu’il contient invitent à revoir l’image habituelle d’une économie dominée par l’informel. Le tissu productif formel camerounais regroupe en 2025 un total estimé de 569 208 unités, dont 99,9 % relèvent du segment des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat (PMEESA). Les 778 grandes entreprises qui composent le reste du tissu ne représentent qu’un dixième de pour cent.

Cette asymétrie structurelle n’est pas nouvelle, mais son ampleur s’est accentuée au fil des années. Dans cet ensemble, les PME seules totalisent 472 208 unités actives, soit 83 % du tissu formel total. Les 12,7 % restants se partagent entre les 72 508 Unités de production artisanale (UPA) et les 23 714 Organisations de l’Économie Sociale (OES).

16 845 NOUVELLES PME ENREGISTRÉES EN 2025

La progression est nette. En un an, le stock de PME a augmenté de 6,5 %. Sur six ans, la hausse est spectaculaire. En 2019, le Cameroun dénombrait 287 316 PME actives. En 2025, ce chiffre dépasse les 472 000. Cette évolution s’appuie sur des données issues des trois Recensements Généraux des Entreprises réalisés en 2009, 2016 et 2023, complétées par les flux de création enregistrés dans les Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE).

Au cours de la seule année 2025, les CFCE ont enregistré 16 845 nouvelles PME sur l’ensemble du territoire national, contre 13 423 en 2019. Ces créations nouvelles reflètent une dynamique entrepreneuriale qui dépasse les seuls chiffres de stock. La part des entreprises créées par des jeunes de moins de 35 ans est passée de 36,4 % en 2019 à 42 % en 2025. Celle des femmes a progressé de 25 % à 33 % sur la même période.

Ces deux tendances traduisent une transformation profonde du profil des entrepreneurs camerounais. La création d’entreprise est devenue, pour une fraction croissante de la population, un vecteur d’insertion économique autant qu’une réponse aux tensions sur le marché du travail formel.

5 618,9 MILLIARDS FCFA DE CHIFFRE D’AFFAIRES EN 2025

Sur le plan sectoriel, la concentration des PME dans le tertiaire reste dominante avec 78,8 % des entreprises, mais ce chiffre est en recul par rapport aux 84,2 % enregistrés en 2016. Dans le même temps, la part du secteur secondaire est passée de 15,6 % à 20,8 %. Ce rééquilibrage progressif, même limité, correspond à l’objectif stratégique de faire monter en puissance la Valeur ajoutée manufacturière (Vam), dont la cible est fixée à 25 % du PIB à l’horizon 2030.

Les secteurs de l’agro-industrie, du coton-textilecuir et de la transformation du bois ont été les priorités affichées du cadre stratégique de performance 2022-2024. L’impact de ces entreprises sur l’économie se mesure à plusieurs niveaux.

Selon les estimations de l’annuaire, le chiffre d’affaires global des PMEESA s’établit à 5 618,9 milliards de francs CFA en 2025, sur un total de 21 870,3 milliards pour l’ensemble des entreprises, soit une part de 25,7 %. Sur le front de l’emploi, les PME assurent à elles seules quelque 800 000 emplois formels sur 1 219 936 que compte le secteur formel, soit 75 % des emplois formels créés par les PMEESA.

Pour la seule année 2025, les nouvelles unités créées dans les CFCE ont déclaré 79 750 emplois prévisionnels, dont la grande majorité concentrée dans les CFCE de Yaoundé et de Douala.

LE TISSU ÉCONOMIQUE NATIONAL FAIT PREUVE DE RÉSILIENCE

L’économie sociale et l’artisanat complètent ce tableau. Du côté des OES, 23 714 organisations sont désormais affiliées à 326 Réseaux Locaux de l’Économie Sociale, avec 2 850 nouveaux enregistrements en 2025. Leurs activités restent fortement ancrées dans les secteurs primaires : l’agriculture représente 45,3 % des nouvelles OES créées en 2025, l’élevage 30,7 %.

Pour les UPA, le secteur de l’artisanat de production est le plus représenté avec 52 % des unités, devant l’artisanat d’art à 31 %. La représentativité féminine y est majoritaire depuis 2022 et atteint 54,1 % en 2025. Cette performance s’inscrit pourtant dans un contexte difficile. L’annuaire le reconnaît explicitement : l’exercice 2025 a été marqué par la désorganisation des chaînes logistiques mondiales, des pressions inflationnistes persistantes et une instabilité sécuritaire dans certaines régions du pays.

Que la dynamique entrepreneuriale se soit maintenue malgré ces contraintes renforce la portée des résultats publiés. Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, y voit la confirmation que le tissu économique national a fait preuve de résilience, et que les interventions publiques — promotion de l’entrepreneuriat, modernisation des unités de production, structuration des filières — ont produit des effets mesurables. Des lacunes structurelles demeurent, que les données du ministère permettent de quantifier avec précision. Le secteur informel concentre encore 87 % des unités de production nationales, soit environ 3,8 millions d’unités de production informelles estimées en 2025. Ces unités génèrent de leur côté 3,8 millions d’emplois, dans un pays où l’emploi formel ne couvre que 24 % de la population active. La migration du secteur informel vers le formel reste donc un chantier de longue haleine.

Pour y répondre, le cadre stratégique de performance 2026-2028, qui succède à celui de 2022-2024, prévoit notamment de renforcer les interventions en faveur des filières à forte valeur ajoutée, de développer des pôles économiques régionaux et des parcs industriels spécialisés, et d’intensifier la structuration du secteur informel en vue d’une formalisation progressive.

Ce sont ces orientations qui définiront l’agenda du ministère au cours des trois prochaines années, dans un pays dont la trajectoire d’industrialisation dépendra en grande partie de la capacité de ses PME à monter en puissance, à se connecter aux chaînes de valeur locales et à générer une valeur ajoutée manufacturière qui reste encore en dessous des ambitions de la SND30.

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Entreprises publiques : 40 milliards de FCFA perdus sous l’effet d’une gouvernance défaillante

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Entreprises publiques : 40 milliards de FCFA perdus sous l’effet d’une gouvernance défaillante
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Le chiffre est brut, sans appel. Au 31 décembre 2022, neuf entreprises publiques camerounaises affichaient un résultat net négatif pour un total de 39,5 milliards de FCFA de pertes cumulées sur un seul exercice. C’est l’une des conclusions les plus saillantes d’une publication que la Pr. Viviane Ondoua Biwolé, spécialiste de la gouvernance des organisations publiques en Afrique centrale, a consacrée aux « mandats échus » dans le périmètre public national.

Neuf années d’observation continue, croisées avec les données de la Commission technique de réhabilitation (CTR) et les décrets de nomination, ont permis d’établir un constat que les chiffres rendent difficile à contester. Pour l’experte en gouvernance des organisations, les dirigeants qui se maintiennent en poste au-delà des durées légales fixées par les lois jumelles du 12 juillet 2017, soit six ans pour les présidents de conseil d’administration et neuf ans pour les directeurs généraux, ne constituent pas seulement une irrégularité juridique. Ils représentent un coût mesurable, que la Pr Ondoua Biwolé résume en une formule qui traverse l’ensemble de son ouvrage : l’illégalité a un prix, et ce prix se lit directement dans les comptes.

Sonara, Cicam, Camair-Co : les cas les plus alarmants

Parmi les cas les plus documentés, quatre sociétés publiques présentaient des capitaux propres négatifs en 2022, signe d’une insolvabilité technique caractérisée. La Sonara affichait un déficit de fonds propres d’environ 114 milliards de FCFA, séquelle directe de l’incendie survenu en 2019, malgré un retour à l’équilibre d’exploitation la même année. La Cicam, elle, cumule des capitaux propres négatifs et des pertes récurrentes sur trois exercices consécutifs (2019, 2021 et 2022), ce qui en fait selon l’étude « la configuration la plus dégradée de l’ensemble du portefeuille public ».

La CDC et la CRTV complètent ce groupe, dans lequel une recapitalisation ou une restructuration du bilan est désormais jugée inévitable. La compagnie nationale d’aviation Camair-Co représente, pour sa part, le fardeau annuel le plus lourd et le plus persistant, avec des pertes oscillant entre 12,7 et 20,6 milliards de FCFA par exercice sur la même période. La charge pèse, en dernière instance, sur le contribuable camerounais, rappelle la chercheuse, dans un contexte budgétaire où les marges de manœuvre demeurent étroites.

Des subventions massives pour des rendements dérisoires

Face à ces déficits, l’État n’a pas réduit son soutien. En 2022, les subventions d’exploitation et d’investissement allouées aux entreprises publiques se sont élevées à 29 milliards de FCFA. Le tableau que dresse l’étude sur ce point est préoccupant. La CRTV a perçu à elle seule 23,4 milliards de FCFA de subvention publique pour dégager un résultat net de 333 millions de FCFA, soit un rendement que la Pr Ondoua Biwolé qualifie d’« extrêmement faible au regard du montant engagé ». La Midepecam, quant à elle, est demeurée en perte nette malgré la subvention reçue.

L’analyse va plus loin en établissant un lien de causalité entre l’enracinement des dirigeants et la dégradation des comptes. Sur les 89 structures examinées, 77 présidents de conseil d’administration exercent au-delà de six ans et 36 directeurs généraux au-delà de neuf ans. Parmi les cas les plus extrêmes, Camille Mouté à Bidias dirige le Fonds national de l’emploi depuis 1991, soit 35 années de direction continue, tandis qu’Adolphe Moudiki est à la tête de la Société nationale des hydrocarbures depuis 1993. Ces situations ne sont pas sans rapport avec les résultats des structures concernées, selon la chercheuse.

Un indice composite pour mesurer le risque

Pour rendre ce rapport lisible par les décideurs, la Pr Ondoua Biwolé a construit un indice composite de risque-redressement sur 100, qui agrège risque juridique, risque de gouvernance, risque financier et performance opérationnelle. Les structures classées en priorité maximale regroupent des entités comme l’Anafor, la Sopecam, la Magzi ou le Crédit foncier, qui cumulent à des degrés divers ancienneté des dirigeants et fragilité financière.

Pr Viviane Ondoua Biwolé est explicite sur le mécanisme en jeu. L’absence de sanction du dépassement de mandat crée les conditions d’un enracinement durable, qui favorise à son tour le recyclage d’un nombre restreint de personnalités sur un nombre croissant de postes, ce qui réduit le renouvellement des compétences et des approches de gestion. La dégradation des résultats financiers qui s’ensuit appelle un soutien budgétaire accru de l’État, lequel allège artificiellement la pression sur les dirigeants en place et referme le cercle. Un système qui s’alimente lui-même, en somme, sans rupture visible à court terme.

La contrainte est aussi stratégique. Le dépassement de mandat crée une insécurité juridique vis-à-vis des partenaires bancaires et des investisseurs internationaux. Il empêche également l’introduction en bourse d’entités publiques, une option que l’État camerounais a pourtant affichée parmi ses ambitions, mais qui suppose des organes sociaux régulièrement constitués, condition rarement remplie dans l’état actuel du portefeuille public.

« Nommer n’est pas prolonger » : une feuille de route en trois horizons

La feuille de route proposée en conclusion de l’étude porte trois horizons. À court terme, la régularisation des vingt entreprises où la totalité de l’attelage dirigeant est hors mandat. À moyen terme, la soumission des quatre entreprises insolvables à un plan de redressement assorti d’une conditionnalité effective des subventions publiques.

À plus long terme, la professionnalisation du processus de nomination, en réduisant la part du pouvoir discrétionnaire au profit de critères de compétence documentés. Une ambition que résume la formule centrale de l’ouvrage, « nommer n’est pas prolonger », et dont la mise en œuvre reste, à ce jour, entière.

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Finance internationale : le Minfi plaide au Forum de Paris pour une dette maîtrisée

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Finance internationale : le Minfi plaide au Forum de Paris pour une dette maîtrisée
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C’est au Centre de conférences Pierre Mendès France du ministère français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique que s’est tenue cette édition. Pays prêteurs et emprunteurs, institutions multilatérales — dont le FMI et la Banque mondiale —, représentants de la société civile, universitaires et acteurs du secteur privé s’y sont retrouvés pour débattre autour d’un thème d’actualité brûlante : « Mieux coopérer dans un paysage de l’endettement en transformation ».

L’édition intervient dans un contexte marqué par la multiplication des situations de surendettement dans les pays en développement, qui exigent des réponses collectives plus rapides et mieux coordonnées.

LE CAMEROUN DÉFEND UNE GESTION RIGOUREUSE ET TRANSPARENTE

Conduite par Louis Paul Motaze, la délégation camerounaise a pris toute sa part dans les échanges. Le Ministre des Finances a réaffirmé la détermination de Yaoundé à poursuivre les réformes engagées en matière de gouvernance de la dette publique, insistant sur les impératifs de rigueur, de transparence et de soutenabilité à long terme. Les discussions ont notamment porté sur la compatibilité entre financement du développement et viabilité de la dette, la fiabilité des données statistiques, le renforcement des capacités institutionnelles, ainsi que les risques associés aux prêts collatéralisés.

Pour le Cameroun, dont le programme économique s’inscrit dans le cadre d’engagements avec les institutions de Bretton Woods, cette participation constitue un signal fort adressé aux partenaires financiers internationaux.

LE CLUB DE PARIS À 70 ANS, EN QUÊTE DE RÉINVENTION

Cette conférence coïncide avec le 70e anniversaire du Club de Paris, cette instance informelle de créanciers publics fondée pour apporter des solutions coordonnées aux pays en difficulté de paiement. Rééchelonnements, réductions du service de la dette, traitements concessionnels : les outils du Club ont accompagné des décennies de crises financières souveraines. Mais face à l’émergence de nouveaux créanciers bilatéraux et à la complexification du paysage financier mondial, l’institution cherche à se moderniser.

Le Forum de Paris, son pendant multilatéral et délibératif, incarne précisément cet effort de réinvention : un espace de dialogue ouvert où toutes les parties prenantes peuvent contribuer à forger les solutions de demain

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