Dernières actualités
MARCHÉ FINANCIER / BVMAC : les 3,5 milliards FCFA d’impayés des États aggravent un modèle économique déficitaire

Les arriérés des États de la CEMAC envers la Bourse régionale atteignent 3,5 milliards de FCFA au 30 septembre 2026. Mais derrière cette crise de recouvrement se cache une difficulté plus profonde : malgré la progression de ses recettes, la BVMAC ne parvient plus à couvrir ses charges d’exploitation. Avec 927,3 millions de FCFA de chiffre d’affaires et 454,5 millions de pertes en 2025, son équilibre financier dépend autant du paiement des créances publiques que de sa capacité à développer une activité boursière encore insuffisante.
La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) se retrouve confrontée à une double équation financière. D’un côté, les États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) accumulent des factures impayées qui privent l’institution de ressources de trésorerie. De l’autre, son activité commerciale ne génère pas suffisamment de revenus pour couvrir ses charges. Cette seconde difficulté est probablement la plus structurelle. Car même si tous les États réglaient leurs dettes, la question de la rentabilité du marché financier régional resterait entière.
Réuni le 26 octobre 2026 à Douala, sous la présidence d’Henri-Claude Oyima, le conseil d’administration de la BVMAC a exprimé ses préoccupations concernant l’accumulation des arriérés des États membres. Selon le communiqué officiel publié à l’issue de cette vingt-sixième session ordinaire, ces créances atteignaient 3,5 milliards de FCFA au 30 septembre 2026. Le conseil a également pris acte d’un déficit budgétaire provisoire à cette date, sans en préciser le montant. Ces 3,5 milliards, stock de sommes restant dues à cette date, mais accumulées sur plusieurs exercices, représentent près de 3,8 fois le chiffre d’affaires réalisé par la Bourse en 2025. Ils correspondent notamment à des frais d’introduction et à des commissions de capitalisation facturés aux émetteurs souverains. Car les États sont aussi des clients de la Bourse, tenus de rémunérer les services qu’ils utilisent.
DES REVENUS QUI PROGRESSENT MOINS VITE QUE LES CHARGES
Les comptes de l’exercice 2025 montrent que les difficultés financières de la BVMAC dépassent largement la seule question des créances publiques. Selon son rapport annuel, publié en septembre 2026, le chiffre d’affaires s’est établi à 927,3 millions de FCFA, contre environ 876,5 millions en 2024, soit une progression de 5,8 %. Les revenus globaux ont atteint 1,005 milliard de FCFA. Cette croissance n’a pourtant pas permis de rétablir l’équilibre. Les charges ont augmenté de 18,2 %, passant d’environ 1,128 milliard à 1,333 milliard de FCFA. Leur progression a ainsi été trois fois plus rapide que celle du chiffre d’affaires. Les dépenses de fonctionnement ont notamment atteint 860,6 millions de FCFA, dans un contexte marqué par le renforcement des effectifs.
Le résultat net traduit cette dégradation. Après une perte de 322,2 millions de FCFA en 2024, la BVMAC a enregistré un déficit de 454,5 millions en 2025, soit une aggravation de 41,1 %. Son excédent brut d’exploitation, déjà négatif à hauteur de 221,5 millions en 2024, s’est détérioré pour atteindre moins 394,5 millions de FCFA. Autrement dit, le déséquilibre apparaît dès l’exploitation courante. Ce constat est déterminant : les difficultés de recouvrement des créances publiques peuvent accentuer les tensions de trésorerie, mais elles n’expliquent pas, à elles seules, l’incapacité de la Bourse à couvrir ses coûts.
L’analyse des comptes permet également d’identifier le poids de la masse salariale. Les charges de personnel représentent 59,2 % des charges d’exploitation en 2025. La BVMAC doit pourtant conserver des compétences spécialisées pour assurer la cotation, la surveillance des transactions, l’information financière et le développement du marché. La question n’est donc pas simplement de réduire les dépenses, mais de déterminer si la taille actuelle de son activité permet de financer durablement ces missions.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
UN MARCHÉ ENCORE TROP ÉTROIT POUR ASSURER SA RENTABILITÉ ?
L’examen de la structure des recettes apporte un autre éclairage. En 2025, les commissions de capitalisation sur les encours obligataires ont rapporté 578,6 millions de FCFA, soit 62,4 % du chiffre d’affaires. Elles constituent, de loin, la première source de revenus de la BVMAC. Cette dépendance traduit le poids prépondérant des émissions de dette dans le modèle économique du marché régional. Les revenus provenant des transactions sur le marché secondaire demeurent, en revanche, limités par la faiblesse des échanges.
À fin décembre 2025, selon les données reprises dans un rapport du ministère camerounais de l’Économie, la BVMAC comptait seulement six sociétés cotées sur le compartiment actions, tandis que l’encours obligataire atteignait 1 305,31 milliards de FCFA, en recul de 12,44 % sur un an. La situation ne s’est guère améliorée en 2026. Au troisième trimestre, les transactions boursières ont représenté seulement 574,5 millions de FCFA. Rapporté aux trois mois, ce volume demeure extrêmement faible pour une place financière desservant six pays. Et le volume des échanges ne constitue pas le chiffre d’affaires de la Bourse : celle-ci ne perçoit qu’une fraction des transactions sous forme de commissions. C’est précisément sur ce point que se situe l’interrogation centrale. Avec une activité aussi limitée, la BVMAC dispose-t-elle d’une base de revenus suffisante pour atteindre son seuil de rentabilité ?
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Une première simulation permet de mesurer l’ampleur du défi. En retenant les charges de 1,333 milliard de FCFA enregistrées en 2025 et un chiffre d’affaires de 927,3 millions, il faudrait générer environ 405,7 millions de FCFA de recettes commerciales supplémentaires pour couvrir ce niveau de charges, toutes choses égales par ailleurs. Cela représente une augmentation d’environ 43,8 % du chiffre d’affaires. Cette estimation est un simple ordre de grandeur comptable, non un calcul définitif du seuil de rentabilité : elle ne distingue pas les charges fixes des charges variables et ne prend pas en compte les autres produits d’exploitation. Elle montre néanmoins que le recouvrement des factures des États ne saurait constituer l’unique réponse. La Bourse doit également multiplier les introductions d’entreprises, développer les émissions privées, accroître la liquidité des titres et diversifier ses prestations rémunérées.
Par Jean Luc FASSI
Défis Actuels du 29/10/2026
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
Innovation médicale : trois étudiantes camerounaises remportent l’or en Chine avec un robot de santé

Trois étudiantes de l’École nationale supérieure polytechnique de Douala (ENSPD) ont remporté l’or à Beijing avec MERA, un projet de robotique appliquée à la santé. Leur solution entend faciliter l’évaluation des patients dans les zones insuffisamment couvertes. Pour passer du concours au centre de santé, il reste à établir ses capacités réelles, son coût et ses conditions d’utilisation.
Championne d’Afrique en mai 2026, l’équipe a décroché l’or lors de la finale mondiale organisée du 23 au 25 octobre à l’Université normale de Beijing, en Chine. Le Cameroun a signé un doublé avec EcoprintLab, une équipe issue d’une collaboration entre l’École nationale supérieure polytechnique de Douala et l’Université de Dschang. Elle a remporté l’argent avec un projet tourné vers les technologies d’avenir, axé sur la valorisation des déchets plastiques.
Au nom du ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Atsa Etoundi Roger, chef de la division des systèmes d’information au Minesup, a qualifié ce résultat d’« historique pour le Cameroun et pour l’Afrique ». Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de l’innovation, de la recherche et de la transformation numérique. Il accompagnait la délégation camerounaise à Beijing.
MERA, pour Medical Evaluation and Robotic Assistance, vise les localités où l’accès aux soins de base reste difficile. Les trois étudiantes qui portent le projet veulent mobiliser la robotique et l’intelligence artificielle pour aider les soignants à repérer plus rapidement les situations qui nécessitent une attention particulière. Selon la description du projet publiée lors des finales régionales africaines de la Global Competition on Design for Futures (GCD4F), MERA doit recueillir les données du patient, les analyser en temps réel, détecter des anomalies et alerter le personnel soignant.
Le projet porte notamment sur l’évaluation des paramètres vitaux. Les documents rendus publics ne précisent toutefois ni les paramètres mesurés, ni les capteurs utilisés, ni les examens que le robot permettrait d’effectuer. Aucun résultat d’essai n’est non plus communiqué pour établir sa précision. Détecter une anomalie ne revient pas à poser un diagnostic. Faute de données techniques et cliniques détaillées, il n’est pas possible d’affirmer que MERA peut fonctionner de manière autonome ou remplacer une consultation. Sa fonction annoncée est celle d’un outil d’évaluation et d’assistance. Le personnel médical reste indispensable pour interpréter les alertes et décider de la prise en charge.
Le projet vise d’abord les zones à faible couverture médicale. Dans un centre de santé éloigné, un outil fiable pourrait aider à repérer les patients à orienter vers une structure mieux équipée. Il pourrait aussi accélérer certaines évaluations de première ligne. Ce bénéfice reste à démontrer sur le terrain. Les informations publiques ne précisent pas les sites d’expérimentation, le nombre de patients concernés ni les résultats obtenus.
LE PRIX NE SUFFIT PAS À ASSURER LE DÉPLOIEMENT
La médaille d’or obtenue à Beijing donne une visibilité internationale au projet. Elle ne règle pas les questions économiques qui décideront de son éventuelle adoption. Aucun prix d’acquisition n’a été communiqué. Le coût de maintenance, la durée de vie des équipements, le remplacement des capteurs et les besoins en assistance technique ne sont pas documentés non plus.
Pour un centre de santé, le coût ne se limite pas à l’achat du robot. Il faut aussi prévoir la formation des utilisateurs, l’entretien, les mises à jour logicielles, l’alimentation électrique et, selon son mode de fonctionnement, une connexion fiable. Le dispositif devra être utilisable par le personnel déjà en poste, sans alourdir excessivement son travail quotidien. Avant un déploiement, il faudra tester le matériel, mesurer la fiabilité des évaluations, documenter les limites du système et conduire des essais dans plusieurs structures de santé. La protection des données médicales devra aussi être garantie. Ces éléments aideront les responsables sanitaires à comparer l’intérêt du dispositif aux solutions existantes et aux moyens des formations sanitaires.
Le projet pose aussi une question industrielle. S’il franchit ces étapes, MERA pourra ouvrir la voie à un équipement développé à partir de besoins identifiés au Cameroun. Mais les informations disponibles ne précisent pas la part des composants fabriqués localement, le lieu d’assemblage, le modèle de maintenance ni l’existence d’un partenaire industriel. Il constitue un point de départ pour le Made in Cameroon, pas encore la preuve d’une production nationale à l’échelle industrielle.
UNE RÉUSSITE PORTÉE PAR L’ENSPD
Le projet MERA Team 72 réunit trois étudiantes de cinquième année, option Génie logiciel, au Département de Génie informatique et télécommunications de l’ENSPD, établissement de l’Université de Douala. Il s’agit de Darelle Charenta Djogu Kameni, Marie Daphnée Egoume Ayuma et Marie Andrea Kaga. Le Dr Maka Maka Ebenezer, chef du département, et M. Mpoh Lobe Henri Pascal Will, enseignant au Département de Génie électrique et systèmes intelligents, encadrent l’équipe.
Le projet s’inscrit dans l’initiative EPI, « Un Étudiant, Un Projet, Une Innovation ». Sous l’impulsion de son directeur, l’ENSPD accompagne les étudiants dans la maturation, la structuration et la concrétisation de leurs idées. L’école met aussi en avant le renforcement des équipements de ses laboratoires. Pour MERA, la suite dépendra de la capacité à prolonger cet accompagnement par des tests, des partenariats techniques et un financement adapté.
La compétition, organisée par l’Université normale de Beijing avec l’appui de l’Institut de l’UNESCO pour les technologies de l’information dans l’éducation et de la World Digital Education Alliance, met en lumière la coopération éducative sino-camerounaise. Pour MERA, il faudra désormais produire des résultats techniques vérifiables, chiffrer le coût complet du dispositif et mesurer son utilité auprès des soignants et des patients.
Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 29/10/2026
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
JÉRÔME NOTEBAERT, directeur de l’AFD au Cameroun : « La fin du C2D ne signifie pas l’arrêt de la coopération française au Cameroun »

À l’occasion des vingt ans du Contrat de désendettement et de développement (C2D), célébrés du 24 au 27 octobre 2026 à Douala, le directeur de l’Agence française de développement (AFD) dresse le bilan des investissements réalisés dans la capitale économique, notamment dans les routes, l’assainissement, la lutte contre les inondations et les infrastructures sociales. Alors que le mécanisme approche de son terme, il revient sur les perspectives de coopération entre le Cameroun et la France, avec la poursuite des travaux de drainage, la rénovation de certains axes routiers et le soutien au secteur de l’électricité. Pour lui, la fin du C2D ne signifie pas la fin du partenariat, mais l’ouverture d’une nouvelle étape au service du développement et des populations.
Êtes-vous satisfait du travail réalisé jusqu’ici à Douala dans le cadre du C2D ?
Nous sommes très heureux d’être ici pour célébrer les vingt ans du C2D et, surtout, mettre à l’honneur l’ensemble des réalisations effectuées à Douala. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec le maire de la ville cet après-midi. L’intervention du C2D et de l’Agence française de développement (AFD) à Douala repose sur une collaboration étroite entre les autorités centrales, les autorités locales et la Communauté urbaine, afin de répondre aux besoins concrets des populations. On peut citer l’avenue Roger-Milla, le carrefour des Douches, le pont sur le Wouri, la rénovation de salles de classe, la construction de nombreux kilomètres de drains et l’aménagement de routes pour améliorer la circulation. Ces réalisations contribuent également à protéger la santé des populations grâce à la lutte contre les inondations.
Les travaux du centre de formation professionnelle se poursuivent également. Ils doivent permettre aux jeunes de Douala d’acquérir les compétences nécessaires, notamment dans le domaine agroalimentaire. En somme, le C2D et l’AFD, aux côtés des autorités de Douala et du gouvernement, cherchent à réaliser des projets qui ont un impact concret et positif sur les populations. Nous pouvons être fiers et satisfaits du travail collectif accompli à Douala. J’insiste sur le mot « collectif », car c’est l’une des marques de fabrique du C2D. Les projets sont réalisés avec la participation de la société civile, des entreprises et des autorités, qu’elles soient ministérielles ou locales. Cette démarche collective constitue l’une des forces du C2D au service des populations.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Au regard de ce bilan, quelles sont les perspectives de l’AFD, notamment après la fin du C2D ?
Les perspectives consistent à poursuivre notre action. Nous utiliserons d’autres instruments, car le C2D approche de son terme. Mais la fin de ce mécanisme ne signifie absolument pas l’arrêt de la coopération française au Cameroun. Nous préparons déjà les prochaines étapes de cette coopération et de nouveaux projets.
À Douala, nous allons notamment poursuivre notre collaboration avec la Communauté urbaine pour financer les travaux de drainage dans le cadre du programme PLEDY, car les besoins restent importants. Nous continuerons également à soutenir les systèmes d’alerte destinés à prévenir les populations des risques d’inondation. Le dispositif actuel a déjà montré son utilité, notamment lors des fortes pluies de septembre dernier. Nous allons donc poursuivre ces initiatives.
Nous continuerons aussi à accompagner le gouvernement dans la rénovation de la route Douala-Édéa. La réhabilitation de cet axe devient primordiale, notamment pour les ouvrages de franchissement sur la Dibamba et la Sanaga. Comme je l’ai indiqué dans mon discours, nous apporterons également notre soutien à la Socadel dans ses efforts pour améliorer la distribution de l’électricité aux populations et aux entreprises. L’accès à une électricité fiable est essentiel au développement économique. Vous pouvez donc compter sur nous. Même si le C2D arrive à son terme, d’autres formes de coopération sont en discussion. Notre volonté est de poursuivre ce partenariat entre la France et le Cameroun et de continuer à traduire cet engagement en projets concrets au bénéfice des populations.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Quelles sont les perspectives de ce partenariat pour les prochaines années, notamment à Douala ?
Comme je l’ai déjà indiqué, nous sommes très fiers d’être ici pour célébrer les vingt ans du C2D. Cette commémoration nous permet de mesurer concrètement les effets des financements et des projets réalisés avec les autorités locales et le gouvernement. Cette cérémonie m’a notamment donné l’occasion de revenir sur les travaux de construction et de rénovation du pont sur le Wouri, financés par l’AFD en collaboration avec les autorités locales.
Nous avons également échangé avec le maire de la ville sur les prochaines interventions à Douala. Parmi les projets évoqués figure la rénovation du pont n° 3. Ces travaux sont importants pour faciliter la circulation et soutenir le développement économique. Nous avons aussi discuté de la poursuite des projets de lutte contre les inondations dans la ville. Il est essentiel de maintenir cet effort pour améliorer les conditions de vie des populations.
Ces deux axes d’intervention, l’amélioration des infrastructures de transport et la lutte contre les inondations, devraient continuer à mobiliser notre coopération au cours des prochaines années. Ils illustrent la volonté de la France et du Cameroun de poursuivre leur partenariat au service du développement. Le C2D a été conçu pour une durée déterminée, mais il n’est pas encore totalement achevé. Il reste environ vingt-quatre mois d’exécution pour mener à terme les activités prévues. En parallèle, nous préparons les prochaines étapes de la coopération.
Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 29/10/2026
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Dernières actualités
Anciennes pièces de monnaie : la BEAC menace de sanctions les banques qui refusent leur échange

La démonétisation des anciennes gammes de pièces de monnaie est prévue le 1er novembre 2026, dans un climat de confusion et d’inquiétude, alimenté par la brièveté des délais, l’insuffisance de la communication et le refus déjà observé de certaines pièces dans les commerces. La BEAC tente de rassurer les populations et prévient que les banques et EMF qui refuseraient d’échanger les pièces ou imposeraient l’ouverture préalable d’un compte s’exposeraient à des sanctions.
Le directeur national adjoint de la BEAC pour le Cameroun, Cho Emmanuel Asafor, a brandi des menaces de sanctions contre les banques et les établissements de microfinance qui refuseraient d’échanger les anciennes pièces ou qui conditionneraient l’opération à l’ouverture préalable d’un compte. C’était le 28 octobre 2026, lors d’une conférence de presse à la Direction nationale, trois jours avant la démonétisation des pièces des gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985, effective dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dès le dimanche 1er novembre.
Le responsable de la banque centrale a dit compter sur la responsabilité des établissements bancaires et de microfinance pour faciliter les opérations d’échange à leurs guichets. Il a précisé que le refus d’échanger les pièces, comme l’exigence d’un compte ouvert dans les livres de l’établissement, exposerait leurs auteurs à des sanctions. Les banques et les institutions de microfinance sont ainsi appelées à participer à une opération d’intérêt général, indépendamment de leurs relations commerciales avec les personnes qui se présentent à leurs guichets.
Mais au-delà de cette clarification, plusieurs interrogations demeurent. Comment la BEAC s’assurera-t-elle que les établissements respectent effectivement cette obligation ? Quels mécanismes permettront aux populations de signaler les refus abusifs ? Quelles sanctions seront appliquées et dans quels délais ? Pour les détenteurs de petites quantités de monnaie, souvent peu familiarisés avec les procédures bancaires, l’effectivité de ces assurances dépendra surtout de leur application sur le terrain.
UNE DÉCISION PRÉCIPITÉE QUI INQUIÈTE LES POPULATIONS
Les journalistes présents à la conférence de presse ont abondamment relayé les inquiétudes des populations sur les conditions de mise en œuvre de cette démonétisation. Ils ont notamment déploré la précipitation avec laquelle une décision aux conséquences directes sur les transactions quotidiennes a été annoncée et programmée.
Entre la décision du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), prise le 7 octobre, et la perte du cours légal des anciennes pièces, fixée au 1er novembre, moins d’un mois se sera écoulé. Un délai jugé particulièrement court pour une opération concernant six pays et des millions d’utilisateurs de monnaie fiduciaire.
Les journalistes ont notamment relevé l’absence d’une campagne de sensibilisation suffisamment longue, structurée et déployée sur plusieurs canaux pour atteindre l’ensemble des populations. Dans les grandes villes, les informations circulent à travers les médias, les réseaux sociaux et les communications institutionnelles. Mais qu’en est-il des villages reculés, des marchés ruraux et des localités où l’accès à l’information demeure limité ? Comment informer les personnes âgées, les petits commerçants, les vendeuses des marchés, les agriculteurs et les populations qui utilisent quotidiennement des pièces sans nécessairement distinguer leurs différentes années d’émission ?
La question est d’autant plus sensible que les pièces constituent un instrument essentiel des transactions de faible montant. Pour une vendeuse de légumes, un conducteur de mototaxi ou un petit commerçant, quelques centaines de francs CFA peuvent représenter une part significative des recettes journalières. Le refus de ces pièces peut donc provoquer une perte immédiate de pouvoir d’achat, même lorsque leur échange reste juridiquement possible.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
Les journalistes ont également souligné le risque de voir les populations les plus vulnérables supporter les conséquences d’une confusion qu’elles n’ont pas créée.
DES COMMERÇANTS REFUSENT DÉJÀ DES PIÈCES ENCORE VALABLES
Ces préoccupations rejoignent les informations rapportées par plusieurs médias locaux. À Yaoundé comme à Bafoussam, des commerçants refusent depuis quelques jours l’ensemble des pièces, y compris celles qui conservent leur cours légal. Cette confusion complique les transactions quotidiennes et expose les consommateurs à des difficultés injustifiées.
La BEAC rappelle pourtant que seules cinq gammes sont concernées par la démonétisation. Les pièces des gammes 2006 et 2024 conservent leur cours légal et leur pouvoir libératoire. Elles doivent donc continuer à être acceptées dans les transactions de toute nature.
Le risque est désormais celui d’une démonétisation de fait beaucoup plus large que celle décidée par les autorités monétaires. Si les commerçants refusent indistinctement les anciennes et les nouvelles pièces, la mesure pourrait accentuer les difficultés de circulation de la petite monnaie, alors même que la BEAC cherche précisément à améliorer sa disponibilité.
Cette situation pose également la question de la responsabilité des pouvoirs publics dans la diffusion d’une information claire. Préalablement à la démonétisation, une campagne montrant les pièces concernées, leurs caractéristiques distinctives et celles qui demeurent valables aurait permis de limiter les interprétations erronées. Elle devrait notamment mobiliser les radios communautaires, les marchés, les collectivités territoriales et les réseaux de distribution de proximité.
UN AN POUR ÉCHANGER GRATUITEMENT LES ANCIENNES PIÈCES
Face aux inquiétudes, la BEAC insiste sur un point essentiel : la perte du cours légal des anciennes pièces ne signifie pas leur perte immédiate de valeur pour leurs détenteurs.
À compter du 1er novembre 2026, les pièces des cinq gammes visées ne pourront plus servir à régler un achat ou une dette. Elles perdront leur cours légal et leur pouvoir libératoire. En revanche, leurs détenteurs disposeront d’une période transitoire de douze mois pour les échanger gratuitement contre des pièces des gammes 2006 ou 2024.
Du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, soit neuf mois, les échanges seront possibles auprès des banques commerciales, des établissements de microfinance et des guichets de la BEAC. Du 1er août au 31 octobre 2027, seuls les guichets de la banque centrale continueront à assurer cette opération. À partir du 1er novembre 2027, les anciennes pièces ne seront plus échangeables, quel que soit le guichet.
Ce calendrier constitue la principale garantie offerte aux populations. Il leur laisse la possibilité de récupérer la contre-valeur de leurs anciennes pièces sans devoir impérativement procéder à leur échange avant le 1er novembre 2026.
L’autre assurance importante concerne la gratuité de l’opération. Aucun frais d’échange n’est prévu par la note d’information du gouverneur de la BEAC. Les établissements participants ne devraient donc pas transformer cette opération en service bancaire payant.
Défis Actuels, le premier News Magazine Camerounais
La mise en garde de Cho Emmanuel Asafor contre l’obligation d’ouverture d’un compte vient renforcer ce dispositif. Elle répond à une préoccupation majeure : éviter que les populations non bancarisées soient contraintes de souscrire à des services financiers pour récupérer la valeur de leur monnaie.
Toutefois, les modalités pratiques restent déterminantes. La simplicité des formalités sera donc un élément essentiel de la réussite de l’opération.
Selon la banque centrale, l’objectif est notamment de simplifier la circulation fiduciaire en retirant des pièces jugées « vétustes et disparates », dans un contexte de déploiement progressif de la nouvelle gamme 2024. La BEAC a annoncé un programme de mise en circulation de 500 millions de nouvelles pièces par an, avec un objectif de trois milliards de pièces à l’horizon 2030.
Par Yves TCHENANG
Défis Actuels du 29/10/2026
Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Société2 years agoPrésidentielle 2025 au Cameroun: voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Dernières actualités2 years agoCameroun : Liste complète des 250 ethnies qui font la fierté de la nation

Politique2 years agoPrésidentielle 2025 : voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Politique2 years agoÉlections présidentielles 2025 au Cameroun : Quels candidats ont les meilleures chances de succès ?

Sports2 years agoA. Song ⁚ >

Actualités locales8 months agoThéodore Datouo élu président de l’Assemblée nationale du Cameroun !

Sports2 years agoCameroun ⁚ les clubs déjà sous pression
- Société2 years ago
Obtenez votre CNI en 48 heures : voici les 13 centres d’enrôlement au Cameroun















