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Carburant : la pénurie au Tchad se répercute sur Kousseri au Cameroun

N’Djamena et les localités d’Abéché, Moundou, Moussoro et bien d’autres villes sont frappées depuis plus d’une semaine par la rareté des produits à la pompe. Une situation qui se répercute à Kousseri, cité frontalière côté Cameroun.
Les consommateurs tchadiens font actuellement face à une pénurie de carburant dans les stations-service. Dans la capitale N’Djamena et dans les autres villes touchées par la crise des hydrocarbures, plusieurs points d’approvisionnement ont cessé leurs activités, tandis que certaines stations encore ouvertes ont revu les prix à la hausse. Le litre d’essence, habituellement commercialisé à 700 FCFA, coûte désormais 1 500 FCFA. Le gazole, vendu au prix officiel de 800 FCFA le litre, vaut actuellement 1 500 FCFA, voire plus. La pénurie des produits à la pompe a ainsi provoqué une forte inflation, entraînant un doublement des prix.
Selon les sources officielles tchadiennes, la production de pétrole raffiné a chuté de 13,3 % au premier trimestre 2026. La baisse des performances des activités industrielles et énergétiques a favorisé l’extension du marché noir dans plusieurs régions du pays.
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Dans son rapport mensuel, l’Autorité de régulation du secteur pétrolier indique que le Cameroun a approvisionné le Tchad à hauteur de plus de 60 % des approvisionnements de N’Djamena au mois de juillet 2026. Le Tchad a ainsi importé du Cameroun 13 millions de litres d’essence et de gazole, précise l’Autorité de régulation du secteur pétrolier.
La pénurie et l’inflation persistent, alors que des grossistes stockeraient les produits afin d’imposer leurs conditions sur le marché. Le Tchad produit en moyenne 120 000 barils par jour et ambitionne de porter cette production à 250 000 barils par jour grâce à son programme Tchad Vision 2030.
KOUSSERI FACE À L’IMPASSE ÉCONOMIQUE
Les échanges commerciaux entre le Tchad et le Cameroun, opérés notamment au niveau de Kousseri, ville frontalière située dans l’Extrême-Nord, ont des répercussions directes dans la région. Les consommateurs tchadiens convergent vers le Cameroun pour s’approvisionner dans les stations-service. Face à cette demande de plus en plus importante, l’on assiste à une baisse considérable de l’offre.
Parallèlement, la distribution et la commercialisation de carburant frelaté se développent dans un environnement où les autorités peinent à contrôler les mouvements des populations. Cette situation favorise également le retour des contrebandiers venus du Nigeria, qui multiplient les réseaux d’approvisionnement illicites en carburant.
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La propagation de ces produits constitue une entrave pour l’économie nationale, l’environnement et la santé des populations. Selon la chaîne publique nationale, la CRTV, dans sa diffusion du 1er juillet 2026, 65 000 litres de carburant frelaté ont été saisis au cours des six premiers mois de l’année 2026, grâce à une opération menée par les forces de sécurité dans plusieurs localités de l’Extrême-Nord.
Ces 65 000 litres, dont le contrôle échappe aux différentes taxes, auraient causé à l’État une perte estimée à 54 millions de FCFA. Le manque d’infrastructures et les difficultés d’accès aux services sont présentés comme des facteurs favorisant la prolifération des trafics illicites dans cette partie du pays.
À Kousseri, la crise tchadienne se traduit donc par une pression supplémentaire sur l’approvisionnement local en carburant. Entre l’afflux des consommateurs tchadiens, la réduction de l’offre et la progression du commerce illicite, la situation met une nouvelle fois en évidence la forte interdépendance économique des deux côtés de la frontière.
Par William Tchuisseu
Défis Actuels du 24/08/2026
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LESSIVE, VAISSELLE, BALAYAGE, NETTOYAGE… Ces petits métiers qui font survivre à Yaoundé

Dans plusieurs quartiers de Yaoundé, des hommes et des femmes vont de maison en maison pour proposer leurs services : lessive, vaisselle, balayage, nettoyage ou entretien de la cour. Des petits métiers précaires, exercés au jour le jour, qui permettent à certains de subvenir tant bien que mal aux besoins de leurs familles. Derrière quelques milliers de francs gagnés dans la journée se cachent souvent des histoires de chômage, de charges familiales et de débrouillardise.
À Messassi, dans le troisième arrondissement de Yaoundé, frapper à une porte peut parfois être synonyme d’espoir. Pour Adja Maïmouna, chaque maison représente une possibilité de repartir avec quelques milliers de francs. Depuis deux ans et demi, cette mère de trois enfants parcourt son quartier à la recherche de ménages qui accepteraient ses services. « Il faut vraiment que je fasse quelque chose », explique-t-elle en substance. Une nécessité plus qu’un choix.
FRAPPER AUX PORTES POUR TROUVER DU TRAVAIL
Adja Maïmouna ne possède pas de local, ne dispose d’aucun contrat et ne sait pas à l’avance combien elle gagnera dans la journée. Son activité consiste à se rendre chez les voisins et à proposer ses services. Lessive, vaisselle, balayage, nettoyage du sol : elle accepte les tâches qui lui sont confiées. Lorsqu’un ménage accepte, elle travaille, puis repart à la recherche d’un autre client.
Dans une bonne journée, elle peut intervenir dans trois maisons. Une prestation peut durer environ une heure lorsque le travail est limité, mais jusqu’à trois heures lorsque les tâches sont plus importantes. Ses tarifs varient selon la quantité de travail. Pour la lessive notamment, ils peuvent aller de 500 à 1 500 FCFA. À la fin d’une journée favorable, elle peut gagner entre 5 000 et 6 500 FCFA. Des sommes modestes, mais essentielles pour cette mère qui tente de faire face aux dépenses du foyer.
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DES REVENUS QUI SERVENT À TENIR JUSQU’AU LENDEMAIN
Pour Adja Maïmouna, chaque journée travaillée compte. Une recette de 5 000 FCFA permet de contribuer à l’alimentation de la famille et aux besoins de ses enfants. Avec son mari, qui travaille lui aussi sur des chantiers, le couple tente de joindre les deux bouts, alors que la famille vit dans un chantier qu’elle garde.
Mais les journées ne se ressemblent pas. Il arrive qu’Adja Maïmouna rentre sans avoir trouvé de client. Une journée sans travail signifie alors une rentrée d’argent en moins et davantage de difficultés pour le ménage. La négociation des tarifs fait également partie du quotidien. Certains clients discutent les prix, jusqu’à proposer des sommes qu’elle juge insuffisantes. Pourtant, elle accepte souvent. « Elle n’a pas le choix », résume son témoignage.
ENTRE BESOIN DE MAIN-D’ŒUVRE ET BESOIN DE REVENUS
Si certains proposent leurs services pour survivre, les ménages qui les accueillent ont eux aussi leurs raisons. Ngono Marie, mère de deux enfants et active professionnellement, fait appel à ces travailleurs depuis environ quatre mois. Son emploi lui laisse peu de temps pour s’occuper de toutes les tâches domestiques. Elle préfère donc confier la lessive et le ménage à une personne disponible.
Pour Noumbissi Joël, la situation est différente. Veuve et âgée, elle vit seule, tandis que ses enfants résident hors du pays. Depuis deux ans, elle fait recours à ces services pour l’aider dans les tâches quotidiennes qu’elle ne peut plus toujours effectuer seule. Lessive, vaisselle, ménage et balayage de la cour : elle débourse environ 5 000 FCFA pour la prestation. Ainsi, derrière cette activité se trouvent deux nécessités qui se rencontrent : celle des ménages qui recherchent du temps ou de l’aide et celle de personnes qui cherchent quelques revenus pour vivre.
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UN TRAVAIL SANS GARANTIE
Pour les personnes qui exercent cette activité, la principale difficulté reste l’irrégularité des revenus. Il n’y a ni salaire fixe, ni contrat, ni garantie de travailler chaque jour. Adja Maïmouna ne considère d’ailleurs pas son activité comme un véritable emploi. Pour elle, il s’agit surtout d’un moyen de sortir du chômage et de gagner quelque chose lorsque l’occasion se présente.
Le regard des autres pèse également. Elle raconte avoir été plusieurs fois rejetée après avoir frappé à une porte pour proposer ses services. Dans certaines maisons, elle dit aussi avoir été confrontée au manque de considération ou à des rémunérations qu’elle estime insuffisantes. À l’inverse, certaines rencontres sont plus humaines. Des clients peuvent lui donner davantage que le montant demandé ou même lui offrir à manger. Des gestes qui, au-delà de l’argent, lui donnent le sentiment que son effort est reconnu.
LE RESPECT, UNE AUTRE FORME DE RÉMUNÉRATION
Pour Adja Maïmouna, ce qu’elle réclame surtout aux clients, c’est du respect. Elle sait que son activité est modeste et qu’elle ne correspond pas à ce qu’elle aurait rêvé de faire. N’ayant pas été scolarisée, elle explique qu’elle aurait aimé étudier le droit et défendre les personnes confrontées à la justice. Aujourd’hui, son ambition est ailleurs : permettre à ses enfants d’aller à l’école et de réussir là où elle n’a pas pu poursuivre ses études. Elle rêve de les voir devenir de grands professionnels, notamment des avocats.
Du côté des ménages, les attentes sont également précises. Ngono Marie estime que les personnes engagées doivent être propres, sérieuses, discrètes et respectueuses des biens de la maison. La confiance, elle, se construit progressivement.
ENTRE EMPLOI ET DÉBROUILLARDISE
Le statut de cette activité divise même les clients. Pour Noumbissi Joël, le fait de travailler dans plusieurs maisons et d’en tirer des revenus suffit à considérer cette activité comme un emploi. Pour Ngono Marie, il s’agit plutôt d’une activité permettant à des personnes de sortir du chômage.
À Messassi, comme dans d’autres quartiers de Yaoundé, les coups frappés aux portes ne sont donc pas seulement des demandes de services. Ils sont parfois ceux des personnes qui cherchent une chance de travailler, même pour quelques milliers de francs. Pour Adja Maïmouna, chaque maison ouverte est une journée qui peut être sauvée. Et derrière cette course quotidienne, un souhait demeure : que ses enfants puissent un jour avoir les possibilités qu’elle-même n’a pas eues.
Par Yvana TELEZING
Défis Actuels du 24/08/2026
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Opérateurs de vidange : On peaufine l’entrée dans le secteur formel

Outre les tracasseries policières régulières, du fait de leur appartenance au secteur informel, les professionnels de la vidange n’ont pas accès aux grands contrats ou aux crédits bancaires.
Selon l’Association des professionnels de la vidange de Douala, environ 95% des acteurs exercent encore de façon informelle. C’est ce qui ressort de la session de sensibilisation et de renforcement des capacités organisée au cercle municipal de la ville de Douala, capitale économique du Cameroun par Fédération des acteurs de l’assainissement du Cameroun (Faac), avec l’appui de l’Association des professionnels de la vidange de Douala (Aproval).
Le métier comporte des risques souvent méconnus par les acteurs. Ils ont été formés sur comment partir du secteur informel vers le secteur formel à travers la structuration et la transformation de leur activité ; l’hygiène et la sécurité des opérateurs de la vidange ; la maintenance des camions hydrocureurs et leur système de pompe.
Dans la ville de Yaoundé par exemple, l’on compte plus de 3 millions d’habitants mais l’assainissement y est essentiellement autonome et les services de vidange, assurés par le secteur privé, sont rendus difficiles par la vétusté des camions et l’absence de site de traitement. Les boues de vidange sont ainsi déversées sans traitement, à l’extérieur de la ville ou dans les « bas-fonds », zones basses inondables.
«C’est une opportunité pour nous de rassembler les opérateurs de vidange afin de pouvoir les former et les entretenir. Ces professionnels sont l’avant-garde de l’économie de la ville mais c’est malheureusement quelque chose de très négligé» a indiqué Bertrand Tidang Nogho, président de l’Association des professionnels de la vidange de Douala.
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La compétitivité des PME au cœur du nouveau partenariat

Après dix ans d’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne et une succession de programmes d’appui, le défi reste le même pour les PME camerounaises. Réduire leurs coûts, gagner en productivité et accéder aux marchés pour transformer l’ouverture européenne en véritable avantage économique.
Le partenariat Cameroun-UE entre dans une nouvelle phase. Reçu le 19 août à Yaoundé par le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, l’ambassadeur de l’Union européenne, Jean-Marc Châtaigner, a fait le point sur plusieurs années de coopération. La Bourse de sous-traitance et de partenariat (BSTP), les Centres de formalités de création d’entreprises (CFCE), le projet e-régulation avec Mybusiness.cm, le Programme d’appui au développement des PME agricoles et agroalimentaires (PMEAA), le Dispositif d’appui à la compétitivité du Cameroun (DACC), le Programme d’appui et de soutien à l’Accord de partenariat économique (PASAPE) et, plus récemment, le Programme d’appui au développement économique par la promotion des chaînes de valeur et de l’initiative privée (PAD-CV), lancé en 2024, composent un dispositif étoffé. S’y ajoutent le Programme d’accélération numérique du Cameroun et Digital Business Boost for Africa, introduits en 2026.
Mais le ministre veut désormais des résultats en matière de transformation productive. Il plaide pour davantage de productivité, d’innovation, de digitalisation et de conformité aux standards internationaux. Dans le cadre du PAD-CV, un appel à projets lancé le 10 juillet 2026 par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) prévoit la sélection de 200 projets à fort potentiel. Ces derniers bénéficieront d’un accompagnement technique et financier destiné à accélérer leur développement. Les candidats doivent exercer dans les filières retenues par le programme, notamment le cacao, le manioc, le maïs, le mil, le sorgho, le riz, l’anacarde, le coton-textile, le cuir et le bois.
Cette ambition se heurte toutefois aux contraintes quotidiennes des entreprises. Le coût de l’énergie, le renchérissement du crédit, la pression fiscale, l’accès limité aux équipements, le déficit de compétences et les coûts logistiques pèsent sur les charges de production. L’informalité limite également l’accès au financement et aux marchés. La sous-traitance industrielle reste peu développée, tandis que l’accès aux marchés publics et privés demeure difficile pour de nombreuses PME.
L’EUROPE COMME TEST GRANDEUR NATURE
Entré en vigueur le 4 août 2016, l’APE place cette question de la compétitivité au cœur des échanges. Le Cameroun bénéficie d’un accès au marché européen, qui compte parmi ses principaux débouchés et représente environ 40 % de ses parts de marché. Mais le dispositif a également un coût pour le Trésor public. Les pertes fiscales liées à la mise en œuvre de l’APE sont passées de 700 millions de FCFA en 2017 à 19,6 milliards de FCFA en 2025, soit 103,6 milliards de FCFA cumulés en dix ans.
L’Union européenne défend toutefois le bilan commercial de l’accord. Stéphane André, chef de la section commerciale de la Délégation de l’UE au Cameroun, estimait en août 2025 que l’APE avait permis au Cameroun d’enregistrer un excédent commercial avec l’Europe. « Cet excédent pourrait même être plus important » si le Cameroun améliorait son environnement des affaires et attirait davantage d’investissements européens, déclarait-il dans Cameroon Tribune.
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Dans cette logique, l’UE a proposé au Cameroun de négocier un Accord sur la facilitation des investissements durables (AFID), destiné à favoriser l’implantation d’investissements européens et la constitution d’une base industrielle plus solide.
VERS UN MARCHÉ RÉGIONAL
Pour Jean-Marc Châtaigner, le prochain enjeu dépasse le seul cadre camerounais. Lors de la quatrième édition de la Finance Week organisée par EcoMatin, le 30 avril 2026 à Yaoundé, le diplomate regrettait l’absence d’un APE couvrant l’ensemble des six États de la CEMAC. « Je regrette par exemple qu’il n’y ait qu’un accord de partenariat économique avec le Cameroun, et pas avec l’ensemble de la CEMAC », avait-il déclaré. Selon lui, un accord régional permettrait au Cameroun de mieux peser dans ses relations avec les partenaires européens.
Dix ans après l’entrée en vigueur de l’APE, la question n’est donc plus seulement celle de l’accès aux marchés. Elle porte aussi sur la capacité des entreprises camerounaises à produire à moindre coût, à respecter les normes, à innover et à livrer régulièrement. C’est sur ce terrain que les nouveaux instruments de coopération devront désormais faire leurs preuves.
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Par Fabrice BELOKO
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