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les quatre scénarios qui pourraient bouleverser le Cameroun

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les quatre scénarios qui pourraient bouleverser le Cameroun
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Cinquante-six jours après le départ du président Paul Biya du Cameroun pour ce que la présidence a qualifié de « bref séjour privé », la Constitution ne prévoit aucun délai pour son retour et le fonctionnaire habilité à déclencher la procédure d’incapacité permanente n’a jamais été désigné.

Ce dimanche 2 août marque le 56ᵉ jour depuis le départ du président Paul Biya du Cameroun. Il s’agit désormais de la plus longue absence ininterrompue de ses 43 ans de mandat. Son précédent record s’étendait du 2 septembre au 21 octobre 2024, soit 49 jours, ou 50 jours calendaires en comptant les dates de départ et de retour. L’absence actuelle a dépassé ce record le 27 juillet et se poursuit encore.

Lorsque la présidence a annoncé son départ le 7 juin, elle a indiqué que le dirigeant de 93 ans se rendait en Europe avec son épouse, Chantal Biya, pour un « bref séjour privé ». Il était accompagné du directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, du conseiller spécial, le vice-amiral Joseph Fouda, et du chef du protocole d’État, Simon Pierre Bikélé. Rien dans l’annonce ne laissait présager que, près de deux mois plus tard, le Président serait toujours à l’étranger.

Depuis, les Camerounais ne l’ont pas vu en public. Il ne s’est pas adressé à la nation. Aucune photo ni vidéo le montrant dans l’exercice de ses fonctions officielles n’a été diffusée. Aucune date n’a été annoncée pour son retour. Pendant des semaines, la question centrale a été : quand Paul Biya rentrera-t-il au Cameroun ?

Mais face à cette absence prolongée, une question plus troublante se pose désormais : Et si Paul Biya choisissait tout simplement de ne pas rentrer ? Que se passerait-il si ce « bref séjour privé » devenait permanent ?

Et si le Cameroun continuait de recevoir des décrets, des télégrammes et des autorisations d’emprunt portant le nom du Président, tandis que ce dernier restait à Genève, invisible, inaudible et hors de tout contrôle public significatif ?

La réponse, inquiétante, est que la Constitution camerounaise ne prévoit aucun mécanisme automatique l’obligeant à rentrer. Il n’existe aucune règle constitutionnelle des 45 jours, quoi qu’en disent les réseaux sociaux. Il n’y a pas de délai de 60 jours. Aucune limite de durée n’est fixée au-delà de laquelle un président perd son mandat du fait de son séjour à l’étranger.

La Constitution établit Yaoundé comme siège des institutions du pays. Elle ne stipule pas que le président doive résider physiquement à Yaoundé, vivre au Cameroun pendant un nombre minimum de jours, ni rentrer après une période déterminée à l’étranger.

L’absence en elle-même ne crée pas de vacance du poste. Cela signifie que le pays pourrait, juridiquement, continuer d’être gouverné depuis un hôtel à Genève pendant des mois, voire des années, à condition que le président reste en vie, ne démissionne pas et ne soit pas formellement déclaré inapte à exercer ses fonctions.

Le délai constitutionnel inexistant

L’article 6 révisé de la Constitution ne reconnaît que trois circonstances susceptibles de créer une vacance à la présidence de la République : le décès, la démission ou l’incapacité permanente dûment constatée par le Conseil constitutionnel. Le séjour à l’étranger n’en fait pas partie. Le silence n’en fait pas partie. L’absence de comparution publique n’en fait pas partie. Pas plus que le refus d’annoncer une date de retour.

Aucun délai légal n’a commencé à courir lorsque l’avion de Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin. Au bout de 10 jours, rien ne s’est passé. Au bout de 30 jours, rien ne s’est passé. Au bout de 45 jours, rien ne s’est passé. Et au bout de 56 jours, aucune disposition ne prévoit toujours le transfert automatique de ses pouvoirs, l’intervention du Parlement ou la vacance de la présidence.

C’est pourquoi le débat ne saurait se réduire à la question de savoir si Biya a le droit de prendre des vacances. Les présidents voyagent régulièrement. La question est de savoir si un chef d’État peut séjourner indéfiniment à l’étranger, exercer à distance tous les pouvoirs de sa charge, éviter tout contact direct avec les citoyens qu’il gouverne, sans pour autant être soumis à l’obligation constitutionnelle de rentrer au pays.

Les explications du gouvernement n’ont pas dissipé le doute ; elles l’ont au contraire amplifié. Concernant cette absence, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a déclaré le 18 juin que le Président se trouvait à Genève, mais « n’était hospitalisé dans aucun établissement médical » et continuait de travailler. Lors de sa disparition en 2024, Jacques Fame Ndongo, figure importante du parti au pouvoir, avait affirmé que le Président examinait des dossiers où qu’il soit, et le ministre du Travail, Grégoire Owona, avait qualifié cette absence de congé annuel auquel le Président a droit en tant que salarié.

Chaque explication soulève les mêmes questions. S’il est simplement en congé, qui exerce les fonctions présidentielles urgentes ? S’il travaille normalement, pourquoi ne le montre-t-il pas ? S’il peut examiner des dossiers et autoriser des emprunts de plusieurs milliards de francs, pourquoi ne s’adresse-t-il pas aux Camerounais ? Et si son séjour à l’étranger est entièrement volontaire, qu’est-ce qui l’empêche de faire de Genève son siège permanent du gouvernement ?

Trois mois qui ont redessiné la succession, puis l’ont vidée

Pour comprendre pourquoi cette absence est différente de toutes les précédentes, il convient de se pencher sur le calendrier des mois qui l’ont précédée.

Le 17 mars 2026, Théodore Datouo a succédé à Cavaye Yeguie Djibril à la présidence de l’Assemblée nationale, mettant ainsi fin à 34 ans de présence du même homme à la tête de la chambre basse. Le même jour, le Lamido de Rey Bouba, Aboubakary Abdoulaye, a été élu président du Sénat, succédant à Marcel Niat Njifenji, qui dirigeait cette chambre depuis sa création en 2013. En une seule journée, la direction des deux chambres du Parlement camerounais, les institutions les plus proches de la succession présidentielle, a été bouleversée.

Le 4 avril, le Parlement a approuvé une révision constitutionnelle rétablissant la fonction de vice-président. Le 7 juin, le président est parti pour Genève.

Que cette succession d’événements soit le fruit d’une préparation, d’une coïncidence ou d’une manœuvre dans la lutte de succession que mène en coulisses la classe politique de Yaoundé, ce journal ne saurait répondre à cette question, que les Camerounais sont en droit de se poser. Ce qui est incontestable, en revanche, c’est le résultat de cette succession : une nouvelle direction parlementaire, la création d’un bureau de succession au cœur même de la Constitution et, quatre mois plus tard, toujours personne pour l’occuper.

Le piège de la nouvelle loi sur la succession

L’amendement d’avril a radicalement modifié le système de succession. Auparavant, en cas de vacance du poste de président, le président du Sénat assumait temporairement les pouvoirs présidentiels, et de nouvelles élections étaient organisées dans un délai de 20 à 120 jours. Désormais, un vice-président achèverait le mandat présidentiel si la présidence devenait vacante par décès, démission ou incapacité permanente. Le titulaire de cette fonction est nommé et révocable par le président, non élu en même temps que lui, et sa nomination n’est pas confirmée par le Parlement.

Pourtant, près de quatre mois après la révision, Paul Biya n’a toujours pas nommé de vice-président. Le Cameroun dispose d’une fonction constitutionnelle de vice-président, mais pas de vice-président.

Cette lacune est particulièrement préoccupante lorsqu’on examine la procédure de constatation de l’incapacité permanente. L’amendement d’avril à la loi régissant le Conseil constitutionnel désigne le vice-président comme l’autorité compétente pour saisir le Conseil de la question de l’incapacité permanente du président, lequel doit statuer à la majorité des deux tiers.

Autrement dit : le fonctionnaire légalement désigné pour engager la procédure visant à établir l’incapacité du Président n’existe pas actuellement. Imaginons les conséquences si Paul Biya était frappé d’incapacité permanente, mais vivant.

Le vice-président ne peut pas saisir le Conseil, puisqu’il n’existe pas de poste de vice-président. Le Premier ministre n’est pas habilité à le faire. Le Président du Sénat ne peut pas simplement déclarer le Président incapable. Le Parlement ne peut pas le destituer pour séjour à l’étranger. Et le Conseil constitutionnel, dont les membres sont nommés par le Président, n’est pas habilité à soulever la question de sa propre initiative. La question de savoir si une voie de recours résiduelle issue de l’ancien cadre juridique subsiste après la révision d’avril reste, au mieux, un terrain juridique inexploré ; aucune institution ne s’en est prévalue, et aucune n’a jamais tenté de l’utiliser contre ce Président.

La procédure conçue pour protéger le Cameroun contre l’incapacité présidentielle pourrait donc être impossible à activer, puisque le Président a laissé vacant le poste qui en constitue le cœur.

La Constitution prévoit toutefois un rôle résiduel pour le Président du Sénat lorsque la présidence et la vice-présidence sont vacantes. C’est ce qui fait d’Aboubakary Abdoulaye, monarque traditionnel régnant, souverain du lamidat Rey Bouba, élu au perchoir du Sénat onze semaines avant le départ du Président, le recours constitutionnel de circonstance. Mais en cas d’incapacité présumée plutôt que de décès ou de démission avérés, la difficulté survient plus tôt : la vacance doit d’abord être formellement constatée. Sans vice-président pour en faire la demande, la procédure risque de ne jamais se mettre en marche.

Le Cameroun a bâti un système de succession qui repose sur un fonctionnaire que seul le Président peut nommer, et qu’il a choisi de ne pas nommer.

Incapacité temporaire, mais seulement si Biya l’active

La Constitution aborde également le cas de l’incapacité temporaire. L’article 10 révisé prévoit que lorsque le Président est temporairement incapable d’exercer ses fonctions, il peut expressément déléguer certaines de ces responsabilités au Vice-Président, au Premier ministre ou à un autre membre du gouvernement.

Là encore, tout repose sur le Président lui-même. Il doit reconnaître son incapacité temporaire. Il doit émettre la délégation expresse. Il doit décider qui reçoit quels pouvoirs. Aucune autre institution ne peut l’y contraindre.

Si un Président refuse de reconnaître son incapacité, ou si ceux qui contrôlent son accès insistent pour qu’il continue à travailler normalement, la clause reste lettre morte. La personne dont la capacité à gouverner est mise en cause conserve le contrôle exclusif de la question de savoir si cette incapacité a des conséquences constitutionnelles.

En résumé, la Constitution part du principe qu’un Président incapable reconnaît volontairement son incapacité, ou qu’un vice-président désigné est présent et disposé à agir. Elle n’a jamais prévu le cas d’un Président qui demeure à l’étranger, ne délègue rien, ne nomme aucun adjoint et continue d’être présenté comme pleinement opérationnel.

Gouvernement par signature

Malgré l’absence physique et publique du Président, des documents officiels continuent d’être publiés en son nom.

Le 22 juillet, la Présidence a publié des décrets autorisant le financement du Projet de filets de sécurité adaptatifs et d’inclusion économique, ainsi que des travaux supplémentaires relatifs au projet du lac municipal de Yaoundé. Le 30 juillet, deux autres décrets ont autorisé le financement d’un programme régional de sécurité sanitaire et du Projet intégré de développement rural de Dja.

Ces documents prouvent que la Présidence continue de produire des actes officiels au nom de Biya. Ils ne prouvent rien quant au lieu d’examen des décisions, à leur mode de transmission, aux circonstances de leur signature, ni aux témoins de l’approbation présidentielle.

Les défenseurs de la Présidence rétorqueront que cela est normal : les dossiers ont toujours transité par le Secrétariat général et le Cabinet civil pour parvenir au Président, où qu’il se trouve, et un décret signé à l’étranger a la même valeur qu’un décret signé à Etoudi. Cela est vrai pour un président dont l’existence et les capacités ne font aucun doute.

La situation est tout autre après 56 jours sans la moindre image, le moindre discours, la moindre réunion publique du Conseil des ministres, la moindre audience ou séance de travail présentée à la nation. La validité est une question juridique. L’authentification, quant à elle, relève de la preuve. L’État demande actuellement aux Camerounais d’accepter la première, tout en menaçant et en dissuadant toute enquête sur les questions de santé et de capacité qui entourent la seconde.

Le danger n’est pas hypothétique. En juin, un individu non identifié aurait introduit dans les locaux de la chaîne de télévision publique CRTV de faux décrets présidentiels annonçant un remaniement ministériel et aurait tenté de les faire diffuser. Les documents portaient ce qui semblait être la signature du Président ; ils n’ont été identifiés comme faux qu’après que CRTV a contacté le Cabinet civil. Le président de l’Assemblée nationale, Théodore Datouo, a condamné cet incident comme un affront aux institutions de l’État.

Si un faux décret peut parvenir à la chaîne de télévision publique, le public a un intérêt légitime à savoir comment les décrets authentiques sont authentifiés. Qui transporte les documents à Genève ? Qui les présente ? Qui atteste la signature ? Comment les documents sont-ils restitués ? Quel processus indépendant permet de vérifier que les décisions émanent bien de Paul Biya lui-même ?

Il ne s’agit pas de questions relatives à la santé du Président, mais à la chaîne de transmission du pouvoir présidentiel. Un pays ne peut être gouverné indéfiniment à partir de documents dont les citoyens n’ont pas le droit de vérifier l’origine, surtout lorsque le remaniement ministériel promis par le Président lui-même pour fin 2025 n’a jamais eu lieu et que le poste qu’il était tenu de pourvoir, conformément à la nouvelle Constitution, reste vacant.

La réponse de l’État a été le silence et les menaces

La gestion par le gouvernement des questions précédentes rend la situation actuelle plus alarmante, loin de l’atténuer.

Lors de la disparition de 2024, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a publié une circulaire interdisant formellement toute discussion médiatique sur la santé du Président. Les gouverneurs régionaux ont reçu pour instruction de surveiller les médias traditionnels et les réseaux sociaux ; ceux qui persistaient ont été avertis qu’ils s’exposeraient à « toute la rigueur de la loi ».

Cette circulaire n’apportait aucune réponse aux questions concernant la capacité du Président à gouverner. Elle visait à les étouffer. Et ce précédent plane sur l’absence actuelle : les Camerounais savent que poser des questions trop directes peut entraîner des menaces, une surveillance accrue, voire des accusations de déstabilisation de l’État.

Il en résulte un climat où les responsables peuvent affirmer indéfiniment que le Président est en bonne santé et à son poste, tandis que les journalistes et les citoyens subissent des pressions pour avoir demandé des preuves.

Or, la capacité d’un chef d’État à exercer ses fonctions constitutionnelles n’est pas une affaire privée. Lorsque le président séjourne à l’étranger pendant 56 jours, autorise des emprunts au nom de la nation, commande les forces armées et détient le pouvoir exclusif de nommer le responsable de sa succession, sa capacité à gouverner devient une question légitime d’intérêt public. L’État ne peut exiger une confiance aveugle tout en dissimulant toute information vérifiable. Il ne peut considérer le silence présidentiel comme normal et les interrogations publiques comme dangereuses.

D’autres pays montrent comment cela aboutit

Le Cameroun n’est pas le premier pays à se trouver confronté à un président formellement en fonction mais de facto absent. Au Nigéria, le président Umaru Musa Yar’Adua s’est rendu en Arabie saoudite pour se faire soigner en novembre 2009 sans céder ses pouvoirs au vice-président Goodluck Jonathan. Cette absence a dégénéré en crise constitutionnelle jusqu’à ce qu’en février 2010, l’Assemblée nationale invoque une « doctrine de nécessité » non prévue par la Constitution et reconnaisse Jonathan comme président par intérim, une improvisation politique visant à débloquer une machine judiciaire paralysée.

En Algérie, Abdelaziz Bouteflika est resté président pendant près de six ans après son AVC en 2013, se faisant rare en public, tandis que des décisions étaient prises en son nom. Ce qui a mis fin à son règne en 2019, ce n’est pas la clarté constitutionnelle, mais la rue et l’armée.

Le Cameroun a également son propre précédent. En octobre 2024, après 49 jours d’absence, Biya est rentré au pays, accueilli à l’aéroport par une troupe soigneusement orchestrée, ses partisans mobilisés tout au long du trajet, sans fournir la moindre explication sur son absence, les événements survenus ou les menaces proférées par son gouvernement contre ceux qui posaient des questions.

La leçon à tirer n’est pas que toute absence prolongée se termine de la même manière. C’est que les constitutions dotées de procédures d’incapacité faibles ou politiquement inféodées n’empêchent pas les crises. Elles les repoussent, jusqu’à ce que des forces extérieures à la constitution en décident l’issue.

Le prix d’une présidence permanente à Genève

Le coût constitutionnel de cette absence s’accompagne d’un coût financier. Dans son enquête du 8 juillet, MMI News a chiffré la configuration de la délégation, longtemps décrite par l’ancienne direction de l’InterContinental (un étage entier réservé et une trentaine de chambres supplémentaires), aux tarifs publiés par l’hôtel et à ceux d’une plateforme de réservation indépendante, à conditions identiques. Résultat : de 62 816 £ à 75 262 £ par nuit, hors hébergement. La méthodologie complète, chaque relevé de tarif et les prix comparatifs issus des appels d’offres publics de l’État camerounais sont détaillés dans cette enquête et dans notre mise à jour du 50ᵉ jour.

Au 56ᵉ jour, le coût estimé, hors hébergement, se situe entre 3 517 696 £ et 4 214 672 £, soit environ 2,69 à 3,22 milliards de francs CFA. Cette estimation exclut les vols, les transports, la sécurité, les repas, les indemnités, les frais médicaux et toutes les autres dépenses de la délégation.

La Présidence, l’hôtel et son groupe IHG, maison mère, ont été invités le 8 juillet à rectifier ces chiffres en fournissant la facture et la liste des délégués. Aucune réponse n’a été reçue.

En projetant cet accord sur un an, le coût des chambres à lui seul est estimé entre 22,9 et 27,5 millions de livres sterling, soit environ 17,5 à 21 milliards de francs CFA par an. Aux prix pratiqués par l’État, cela représente le coût de centaines de centres de santé, de plus de 1 700 salles de classe, ou encore le salaire minimum annuel de plus de 24 000 travailleurs camerounais. Chaque année. Indéfiniment.

Dès lors, la présidence de Genève cesse d’être une mission temporaire. Elle devient une institution permanente de l’État camerounais, financée sans budget publié et sans aucune obligation de rendre des comptes.

Ceux qui détiennent les factures, les listes de chambres et les registres des délégués peuvent les publier. Tant qu’ils ne le font pas, ils ne peuvent se plaindre que journalistes et citoyens estiment ce qui est dissimulé à ceux qui sont censés payer. Le silence officiel ne fait pas disparaître les dépenses. Il ne fait que rendre des comptes plus difficiles.

Quatre fins possibles

La première est un retour progressif, sur le modèle d’octobre 2024 : une arrivée, un cortège, une brève apparition, sans explication. Cela mettrait fin au décompte actuel et ne résoudrait rien, car rien n’empêcherait un nouveau départ quelques semaines plus tard. Le Cameroun s’installerait dans un système de présidence tournante : de brèves apparitions au pays, suivies de périodes de gouvernement à distance toujours plus longues.

La deuxième est une administration à distance indéfinie. Décrets, télégrammes, décisions militaires et autorisations d’emprunt continuent d’affluer de Genève, tandis que les ministres insistent sur le fait que le président est pleinement aux commandes. Aucun délai constitutionnel ne prévoit de date limite pour y mettre un terme.

La troisième est une reconnaissance formelle d’incapacité temporaire, assortie d’une délégation expresse de pouvoirs en vertu de l’article 10. Cela requiert l’activation de cette délégation par Biya lui-même. Aucune délégation n’a été annoncée.

La quatrième est le décès ou l’incapacité permanente à l’étranger. Un décès créerait une vacance et mettrait immédiatement à l’épreuve la portée des dispositions successorales résiduelles, la vice-présidence restant vacante. L’incapacité permanente serait encore pire, car le fonctionnaire désigné pour soumettre la question au Conseil constitutionnel n’existe pas.

Si le système écrit ne peut répondre, la question sera tranchée politiquement plutôt que constitutionnellement : négociations entre élites, improvisation parlementaire, arbitrage militaire, mobilisation populaire, voire une guerre intestine entre clans déjà en lutte. Tel est le prix à payer pour laisser les questions constitutionnelles sans réponse jusqu’à la crise.

Une république ne saurait se réduire au billet de retour d’un seul homme. Paul Biya pourrait rentrer demain. Il pourrait revenir pour sa visite pastorale très médiatisée de la semaine, déjà entamée, rester brièvement, puis repartir. Mais la stabilité constitutionnelle d’un pays ne peut reposer sur la conjecture de la date de départ d’un seul homme.

La question n’est plus celle de l’agenda du Président. Il s’agit de savoir si le Cameroun est devenu si dépendant de Paul Biya personnellement qu’il peut rester indéfiniment hors du pays sans qu’aucune institution ne soit en mesure, ou ne souhaite, exiger la transparence, déclencher un transfert de pouvoir, ou vérifier s’il est toujours apte à exercer ses fonctions.

La Constitution fait de Yaoundé le siège des institutions de la nation. Ses auteurs ont prévu le décès. Ils ont prévu la démission. Ils ont prévu, imparfaitement, l’incapacité. Ils n’ont jamais imaginé devoir stipuler que le Président doit gouverner depuis son propre pays.

Dans ce silence, une république peut être gouvernée depuis un hôtel aussi longtemps que son président respire, que son entourage transmet des documents et que le trésor public en supporte les coûts.

Après 56 jours, le Cameroun n’attend plus seulement le retour de Paul Biya. Il est confronté à une possibilité plus difficile encore : que rien dans le système qu’il a mis en place ne puisse le contraindre à revenir.

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