151 matchs. Une Coupe de Suisse. Deux passages sous le maillot grenat. Le Servette FC vient d’annoncer officiellement le départ de Gaël Ondoua à l’issue de la saison 2025-2026, au terme de son contrat. Une page se tourne pour l’un des milieux de terrain les plus attachants de l’histoire récente du club genevois.
Ondoua et Servette : une histoire en deux actes
Rares sont les joueurs qui reviennent là où ils ont déjà été heureux. Gaël Ondoua, lui, l’a fait. Entre 2019 et 2021, il signe une première fois avec le club suisse. Deux ans pleins, puis il part vers l’Allemagne et Hanovre 96 à l’été 2021. Contrat de deux ans outre-Rhin. Et puis, le 21 juillet 2023, le retour. Comme si Genève avait toujours été dans un coin de sa tête.
Au total, les deux chapitres additionnés donnent 151 rencontres en rouge et noir. Ce n’est pas un chiffre anodin, c’est le genre de total qui dit qu’un joueur a vraiment compté pour un club, pas juste occupé une place dans l’effectif.
Ce qui frappe surtout dans le bilan d’Ondoua à Servette, c’est sa contribution dans les grands moments. Pièce importante du collectif grenat, il a participé aux différentes campagnes européennes du club, apportant toute son expérience et sa personnalité dans les moments importants. Sur la scène nationale autant qu’en Europe, le Camerounais a souvent répondu présent quand ça comptait vraiment.
La Coupe de Suisse 2024 : son tir au but qui restera dans les mémoires
Il y a des gestes qui résument une carrière dans un club. Pour Ondoua, c’est un tir au but. En finale de la Coupe de Suisse 2024, lors d’une séance décisive, il inscrit sa tentative. Servette remporte le trophée. Et Ondoua entre un peu plus dans la légende grenat.
Artisan de cette conquête, le terme est fort, mais il est juste, il restera notamment l’un des artisans de la conquête de la Coupe de Suisse 2024, inscrivant son tir au but lors de la séance victorieuse en finale. Dans ce genre de moment, la pression est totale. Rater, c’est devenir le bouc émissaire. Réussir, c’est s’écrire dans l’histoire.
Un parcours hors normes, de Moscou à Genève
Pour comprendre Ondoua, il faut remonter loin. Et accepter que son histoire ne ressemble à aucune autre dans le football camerounais.
Il a grandi en Russie, là où son père exerçait comme diplomate. Résultat : il parle couramment le russe et possède la nationalité russe. Ce n’est pas un détail, ça explique une grande partie de ses premières années de carrière, tournées vers les championnats de l’Est.
En avril 2014, il quitte le Lokomotiv Moscou pour le CSKA Moscou. Son premier match professionnel remonte au 24 septembre 2014, en Coupe de Russie contre le Khimik Dzerjinsk. Puis viennent des périodes plus incertaines : un essai à Sakhaline en janvier 2015, des rumeurs d’un transfert à Zorya Louhansk fin 2017 qui capotent mystérieusement — le joueur lui-même l’annonce sur Instagram en mars 2018, évoquant « des circonstances indépendantes de son contrat ». Le 27 juillet 2018, il s’engage finalement avec l’Anzhi Makhachkala en Premier League russe.
Et puis la Suisse, pour la première fois, en juillet 2019.
Le drapeau russe sur les crampons : la polémique au Mondial 2022
On ne peut pas parler de Gaël Ondoua sans évoquer ce moment au Qatar. Lors de la Coupe du monde 2022 , sa première, obtenue après ses débuts en sélection camerounaise le 25 mars 2021 lors d’une défaite 1-0 face à l’Algérie en qualification, le milieu de terrain fait les manchettes pour une raison inattendue.
Il arbore le drapeau russe sur ses crampons. En pleine invasion de l’Ukraine par la Russie. Le geste fait scandale en Occident. Ondoua, lui, ne renie pas ses liens avec le pays où il a grandi, où il a construit ses premières années de footballeur, où il détient encore la citoyenneté. On peut ne pas partager le message. Difficile, en revanche, de prétendre ne pas le comprendre.
Ce passage au Mondial est aussi marqué par un incident administratif absurde : le 8 août 2023, alors que Servette s’apprête à affronter les Rangers en qualifications de Ligue des champions, Ondoua se voit refuser un visa pour entrer au Royaume-Uni. Il manque le match. Une de ces situations kafkaïennes que seul le football sait produire avec autant de régularité.
