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CRTV présente ses excuses après l’incident du Pape

Télesphore Mba Bizo, journaliste revient sur cet incident malheureux lors du discours du Pape à Etoudi, le palais du peuple camerounais.
Lire ici sa chronique :
« Suite à l’incident technique survenu lors de la retransmission en direct de la visite de Sa Sainteté le Pape Léon XIV au Cameroun ce mercredi 15 avril 2026, le Directeur général de la Cameroon Radio Television, CRTV, présente ses sincères excuses à l’ensemble des téléspectateurs, auditeurs et partenaires pour les désagréments occasionnés».
Le courage d’avouer ses torts
L’Office de radiodiffusion télévision camerounaise formule son mea culpa. La CRTV bat sa coulpe. Reconnaitre une erreur relève d’une force qui commence d’ailleurs à la réparer. Elle montre que l’Office est réceptif à la critique. Par ailleurs, le service public de l’audiovisuel gouvernemental est capable de faire son auto-critique, sans complaisance ni posture défensive. Le fait de nommer ses manquements est une démarche crédible. Elle tranche avec l’attitude du dos rond, si courante dans les usages contre les consommateurs abusés. Elle consiste à se suffire et à se murer dans un silence de refuge parfois condescendant. Cet acte de responsabilité restaure la confiance. Les excuses sincères et publiques indiquent qu’elle se sent redevable à l’endroit des téléspectateurs, des auditeurs et des partenaires. Tous attendent un service de l’audiovisuel gouvernemental de qualité.
La grandeur par l’humilité
L’approche empreinte d’humilité de la CRTV contribue à maintenir le lien de confiance entre le service public et les citoyens. En réalité, l’humilité grandit des organisations comme la CRTV. Aucune prétention à la perfection ne l’effleure. L’Office se reconnaît perfectible dans sa lettre d’excuses. Il n’est pas au-dessus de la remise en question. La démarche est celle de la transparence. Nier ou minimiser un incident est une fuite en avant. Une telle orientation est de nature à noircir la perception des parties prenantes. Reconnaître les faits apaise les frustrations et montre que l’on respecte le public.
Les progrès techniques et technologiques naissent aussi de tels incidents
L’incident technique est alors invité à changer de nature : passer d’un obstacle à une opportunité de progrès. C’est aussi cela, le sens des excuses. C’est une promesse ferme que cela n’arrivera plus. Il est donc question d’examiner la panne en identifiant les défaillances. Un faisceau de solutions visant à améliorer l’offre technique participe de l’urgence. Les solutions attendues ne sont pas seulement celles liées à l’instant présent, le conjoncturel, notamment la visite du Souverain pontife. Elles ciblent aussi la durée, en l’occurrence le structurel. Il s’agit, si possible, du définitif. Le mea culpa ouvre donc la porte aux réformes.
La formation est la deuxième fonction d’un organe de presse
L’Office de radiodiffusion télévision camerounaise agit aussi dans un modèle pédagogique. Éduquer les masses, à l’instant de la présentation des excuses dans un monde où chacun a d’emblée raison, est l’une des missions de la CRTV après celle de l’information audiovisuelle. Une telle entreprise enseigne aux citoyens une valeur essentielle : savoir dire « j’ai eu tort ». Elle diffuse ainsi la culture de la responsabilité si précieuse en famille et dans le reste de la société.
Aimer la nation, c’est la servir avec dignité
L’attitude de la CRTV est respectueuse de la nation camerounaise. Le peuple mérite considération, vérité et qualité de service. Chaque manquement affecte une collectivité entière attachée à la bonne image du pays. L’approche de la CRTV honore les citoyens. Leurs avis comptent et leurs attentes sont légitimes. En assumant sa responsabilité devant tous, la CRTV rappelle qu’une institution publique, conséquence des impôts des citoyens, appartient d’abord à la nation qu’elle sert. La confiance collective se nourrit de paroles sincères. Le mea culpa est une parole qui rassemble, parce qu’elle choisit la vérité plutôt que l’orgueil.
Une CRTV victime de ses succès
En réalité, la CRTV est victime de son succès. Elle familiarise ses consommateurs aux retransmissions en direct à partir de 2016. Le succès du direct du contentieux post-électoral de 2018. Elle multiplie ainsi ces retransmissions. Les téléspectateurs y prennent goût et deviennent plus exigeants. La CRTV est une petite avance sur son temps. La culture de la présentation des excuses aux consommateurs peine à prendre forme.
En même temps, la tradition qui veut que les excuses soient acceptées pour donner un sens pratique au pardon accuse du retard dans les esprits pour plutôt engager des querelles stériles. L’Office n’a plus qu’à répondre, à l’image de la retransmission de la messe de fin de visite à la Base 101 de Yaoundé, dans le ton d’un professionnalisme de qualité proche des béatitudes. Le temps du Pape est aussi et surtout celui des excuses où chacun se confesse devant Dieu en reconnaissant qu’il est d’abord pécheur.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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