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Paul Biya convoque le Conseil supérieur de la magistrature après près de 6 ans
L’annonce officielle diffusée par le poste national de la CRTV résonne comme un événement majeur dans l’agenda institutionnel du Cameroun.
Le président de la République, Paul Biya, présidera ce mercredi 18 mars 2026 les assises du Conseil supérieur de la magistrature au Palais de l’Unité. Cette convocation intervient dans un contexte de forte attente au sein du corps judiciaire, la dernière session remontant au 10 août 2020, soit une période de près de six ans sans mouvement d’envergure.
Le Conseil supérieur de la magistrature constitue l’organe constitutionnel central garantissant l’indépendance de la justice. Ses prérogatives sont vastes et essentielles à la bonne marche de l’État de droit. Il gère l’intégralité de la carrière des magistrats du parquet et du siège, incluant les intégrations des jeunes promotions issues de l’École nationale d’administration et de magistrature, les avancements de grade, ainsi que les mutations sur l’ensemble du territoire national.
Par ailleurs, le conseil siège en formation disciplinaire pour statuer sur les éventuels manquements professionnels des acteurs judiciaires. Le cadre juridique de cette session s’appuie sur la loi du 26 novembre 1982 fixant l’organisation et le fonctionnement du conseil. Un point de droit important entoure cette réunion : le mandat de cinq ans des membres nommés par décret le 15 juin 2020 est officiellement arrivé à son terme le 15 juin 2025.
L’article 7-a de ladite loi dispose qu’il doit être procédé à une nouvelle désignation des membres au moins un mois avant l’expiration du mandat en cours. Ce processus de désignation implique trois députés choisis par l’Assemblée nationale, trois magistrats du siège au quatrième grade en activité désignés par la Cour suprême, et une personnalité extérieure au corps judiciaire nommée par le Chef de l’État.
Cependant, la continuité du service public est assurée par l’article 7-b de cette même loi, qui stipule que les membres dont le mandat s’achève conservent leurs fonctions jusqu’à la nomination de nouveaux membres.
C’est sous ce régime de prorogation que le conseil s’apprête à siéger, à moins que de nouveaux décrets de nomination ne soient publiés d’ici l’ouverture des travaux mercredi prochain. Les enjeux de cette session du 18 mars 2026 sont multiples. Il s’agit tout d’abord de combler les vacances de postes créées par les départs à la retraite et les décès survenus depuis 2020.
De nombreux magistrats attendent également une régularisation de leur situation administrative, notamment en ce qui concerne les passages aux grades supérieurs. Enfin, sur le plan disciplinaire, le conseil devra examiner les dossiers de magistrats mis en cause, un signal attendu pour renforcer l’éthique au sein de la profession.
Cette assise au Palais de l’Unité sera scrutée de près par l’opinion publique et les partenaires internationaux, car elle dessine le visage de la justice camerounaise pour les années à venir. La réorganisation des juridictions et la nomination de nouveaux chefs de cours d’appel et de tribunaux de grande instance constitueront les points d’orgue de cette journée décisive pour l’appareil judiciaire.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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