Actualités locales
Cameroun : la Banque mondiale veut accélérer les projets énergétiques et soutenir l’emploi des jeunes

(Investir au Cameroun) – La Banque mondiale prévoit de renforcer ses investissements au Cameroun dans les secteurs de l’énergie et de l’emploi des jeunes. Cette orientation a été évoquée lors d’une audience accordée le 11 mars à Yaoundé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute à Cheick Kanté, directeur des opérations de l’institution pour le Cameroun.
Selon les informations communiquées à l’issue de la rencontre, les deux parties ont passé en revue les projets de coopération en cours et examiné les moyens de renforcer le partenariat entre le gouvernement camerounais et la Banque mondiale. Les discussions ont porté sur l’accélération de la mise en œuvre des projets existants et sur l’extension des investissements dans certains secteurs considérés comme prioritaires.
Le partenariat entre le Cameroun et la Banque mondiale couvre déjà plusieurs domaines, notamment la transformation numérique, le développement urbain, l’éducation, la décentralisation, les infrastructures de transport et l’énergie. Au cours de la rencontre, le Premier ministre a évalué l’état d’avancement de ces projets avec son interlocuteur.
Cheick Kanté a également indiqué qu’un programme est en préparation pour accompagner l’agenda des réformes du gouvernement à travers un financement axé sur les politiques publiques. « Nous travaillons avec le gouvernement sur une opération qui appuie les politiques de réforme du Cameroun », a-t-il déclaré.
Le secteur de l’énergie a occupé une place importante dans les échanges. Selon Cheick Kanté, la Banque mondiale intervient déjà dans ce domaine à travers plusieurs instruments financiers, notamment des garanties et des financements directs, en coordination avec d’autres partenaires internationaux engagés dans les projets électriques au Cameroun.
Les discussions ont aussi porté sur les moyens d’intensifier les investissements et d’accélérer la mise en œuvre des projets énergétiques en cours. Elles ont également évoqué la participation du Cameroun au compact énergétique M300, qui vise à élargir l’accès à l’électricité. Dans ce cadre, les autorités espèrent qu’environ 8 millions de Camerounais supplémentaires auront accès à l’électricité d’ici 2030.
L’emploi des jeunes et le développement des compétences ont également figuré parmi les sujets abordés. La Banque mondiale a réaffirmé son appui aux programmes destinés à améliorer la formation et les perspectives d’emploi des jeunes.
Selon Cheick Kanté, la création d’emplois dépendra en partie de la transformation économique et du développement de nouvelles compétences. Il a précisé que le Groupe de la Banque mondiale travaille avec le gouvernement sur des initiatives visant à améliorer les opportunités d’emploi pour les jeunes.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute s’est félicité de l’état de la coopération avec la Banque mondiale et a réaffirmé l’engagement du gouvernement à préserver ce partenariat.
Mercy Fosoh
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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