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Factures de NHPC / Nachtigal : le Cameroun veut lever 56 milliards FCFA avec SCB et Financia Capital comme arrangeurs

(Investir au Cameroun) – Le ministère des Finances et ses partenaires financiers accélèrent les discussions autour du financement du barrage hydroélectrique de Nachtigal. Selon des informations d’Investir au Cameroun, Financia Capital se prépare à intervenir comme arrangeur d’une« opération coordonnée de financement »destinée à renflouer la lettre de crédit stand-by (SBLC) libellée en euros, d’un montant de plus de 86 millions d’euros, soit un peu plus de 56 milliards FCFA, portée par SCB Cameroun.
Les discussions techniques se poursuivent et devraient être bouclées dans les prochains jours, le ministre des Finances ayant déjà donné son accord de principe pour l’opération de mobilisation.« Nous finalisons les documents de couverture de l’opération ; nous sommes actuellement dans la phase juridique », confie une source proche du dossier.
Selon plusieurs indiscrétions, l’opération ne serait pas portée par un seul prêteur. Compte tenu de son ampleur, les acteurs financiers s’orienteraient plutôt vers un montage syndiqué, associant plusieurs institutions.
Dans cette configuration, la maison mère de SCB, Attijariwafa Bank, pourrait également être associée à l’opération. À ce stade, toutefois, la structuration financière n’est pas encore totalement arrêtée ni validée par l’ensemble des parties prenantes.« Nous en sommes encore à la phase préparatoire », précise une source impliquée dans les discussions.
Éviter l’activation de la contre-garantie Banque mondiale
L’enjeu, pour les autorités camerounaises, est de réapprovisionner le mécanisme avant avril afin d’éviter l’activation de la contre-garantie accordée par la Banque mondiale au bénéfice de Société Générale Paris, dans l’hypothèse où l’État ne serait plus en mesure d’honorer ses engagements.
Ce scénario est redouté à la fois par Yaoundé et par la Banque mondiale. Son déclenchement pourrait en effet conduire à la suspension de certains financements de la Banque mondiale au Cameroun, avec des effets potentiels bien au-delà du seul dossier Nachtigal.
Une SBLC déjà consommée à hauteur de 55 milliards FCFA sur 56 milliards
Le mécanisme avait été structuré dans le cadre de la convention d’engagement liant l’État à NHPC, société chargée de l’exploitation du barrage. La République du Cameroun avait alors mis en place une SBLC de 86 millions d’euros — soit un peu plus de 56 milliards FCFA — destinée à couvrir ses propres obligations de paiement, notamment en cas de défaillance d’Éneo, acheteur de l’électricité produite.
Or, selon les informations disponibles, les défauts successifs de paiement d’Éneo ont déjà conduit NHPC à activer cette garantie à hauteur de 55 milliards FCFA sur les 56 milliards FCFA prévus. L’enveloppe est donc quasiment épuisée, plaçant l’État dans une position de forte contrainte vis-à-vis de ses partenaires financiers.
Des arriérés supérieurs à 70 milliards FCFA
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des assises du 27 janvier 2026 à Paris, qui ont réuni actionnaires et bailleurs de fonds du projet. La rencontre a débouché sur plusieurs engagements, parmi lesquels figure précisément le réapprovisionnement de la lettre de crédit domiciliée auprès de Société Générale à Paris.
Ces tractations interviennent alors que les arriérés de paiement de l’État envers NHPC dépasseraient désormais 70 milliards FCFA. Depuis le quatrième trimestre 2025, le ministère des Finances négocie d’ailleurs avec plusieurs établissements locaux la mise en place d’un mécanisme de garantie financière de 100 milliards FCFA sous forme de fonds revolving.
Derrière la technicité des montages en cours, l’enjeu est d’abord celui de la crédibilité souveraine. La capacité du Cameroun à reconstituer à temps ce filet de sécurité conditionne non seulement la continuité financière du projet Nachtigal, mais aussi la qualité de sa relation avec ses bailleurs internationaux.
À court terme, le marché observera moins l’ingénierie du montage que la capacité des parties à sécuriser l’opération dans les délais et à éviter une mise en jeu de la contre-garantie internationale. C’est sur ce terrain que se jouera, dans l’immédiat, la solidité financière du dispositif mis en place autour de Nachtigal.
Amina Malloum
Lire aussi :
23-02-2026 – Barrage de Nachtigal : les factures impayées de l’État envers NHPC frôlent déjà 70 milliards FCFA
17-02-2026 – Paiements à NHPC : le Minfi négocie 42 milliards de FCFA auprès des banques pour renflouer la facilité de 100 milliards
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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