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Voici pourquoi le Cameroun évite de prendre position dans les grands conflits internationaux
Depuis son indépendance, le Cameroun adopte une ligne diplomatique constante : éviter de prendre parti publiquement dans les grands conflits internationaux. Cette posture, souvent interprétée comme une neutralité prudente, s’inscrit en réalité dans une orientation diplomatique ancienne liée à l’adhésion du pays au Mouvement des non-alignés.
Pour comprendre cette attitude, il faut remonter au début des années 1960, au moment où la politique extérieure camerounaise se met en place.
1964 : l’adhésion à la doctrine du non-alignement
Au début des années 1960, le monde est dominé par la rivalité entre les deux blocs de la Guerre froide, menés respectivement par les États-Unis et l’Union soviétique. Dans ce contexte, de nombreux pays nouvellement indépendants refusent de se ranger derrière l’une de ces puissances.
Le Cameroun choisit de rejoindre cette approche en 1964, année de son adhésion officielle au Mouvement des non-alignés.
La même année, le pays participe pour la première fois à un sommet du mouvement lors de la conférence des chefs d’État organisée au Le Caire, en Égypte, du 5 au 10 septembre 1964.
À cette époque, le président Ahmadou Ahidjo adopte une stratégie claire : préserver l’indépendance diplomatique du pays tout en maintenant des relations avec différents partenaires internationaux.
Une diplomatie d’équilibre pendant la guerre froide
Durant toute la période de la Guerre froide, Yaoundé cherche à éviter les alignements idéologiques.
Le Cameroun entretient ainsi des relations étroites avec plusieurs pays occidentaux, notamment la France, tout en développant des coopérations avec d’autres États d’Afrique, d’Asie ou du monde socialiste.
Cette politique s’inscrit dans la philosophie du Mouvement des non-alignés, créé lors du Sommet de Belgrade. L’organisation défend le principe de souveraineté des États, la non-ingérence et la résolution pacifique des conflits.
Pour de nombreux pays africains, dont le Cameroun, ce cadre offre un moyen de défendre leurs intérêts sans être entraînés dans les rivalités des grandes puissances.
La continuité sous Paul Biya
Lorsque Paul Biya arrive au pouvoir en 1982, la ligne diplomatique reste la même.
Le Cameroun continue de participer aux rencontres du Mouvement des non-alignés et soutient généralement les positions collectives du groupe dans les forums internationaux, notamment à l’Organisation des Nations unies.
Cette politique se traduit par une attitude mesurée face aux crises internationales. Les autorités camerounaises privilégient les appels à la paix, au dialogue et aux solutions négociées plutôt que des prises de position tranchées.
2021 : la participation la plus récente à un sommet majeur
Le Cameroun reste actif dans les activités du mouvement. En octobre 2021, une délégation conduite par le ministre des Relations extérieures Mbella Mbella a pris part à la réunion de haut niveau organisée à Belgrade, en Serbie, pour marquer les 60 ans du Mouvement des non-alignés.
Cette rencontre a rassemblé de nombreux États membres autour des questions de paix, de coopération internationale et de gestion des conflits.
Aujourd’hui, plus de soixante ans après son adhésion au Mouvement des non-alignés, le Cameroun continue de défendre une politique étrangère basée sur la prudence et l’équilibre.
Dans un monde où les rivalités entre grandes puissances se multiplient, cette orientation permet au pays de préserver ses partenariats avec des acteurs très différents, qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie, de l’Union européenne ou des États-Unis.
C’est cette tradition diplomatique, héritée des années 1960, qui explique en grande partie pourquoi le Cameroun évite encore aujourd’hui de prendre position de manière directe dans les conflits armés à travers le monde.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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