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Voici les clés de lecture de la visite du Pape Léon XIV au Cameroun

Selon l’abbé Lambert Ayissi, il ne faut jamais lire un voyage pontifical comme un simple déplacement. Un Pape ne voyage pas : il signifie.
La venue du Pape Léon XIV au Cameroun, du 15 au 18 avril 2026, ne relève pas du tourisme pastoral. Elle s’inscrit dans une logique. Elle répond à un contexte. Elle trace une direction. L’annonce du 25 février dernier, à midi, heure de Rome et du Cameroun a fait événement. Mais l’événement n’est pas dans l’annonce. Il est dans ce que cette annonce révèle. Il faut d’abord écarter une illusion : le Cameroun n’est pas une découverte pour Rome, clame le prêtre de Jésus Christ.
Jean Paul II y est venu en 1985 puis en 1995. Deux visites, deux moments forts, deux marqueurs d’un pontificat missionnaire qui avait choisi l’Afrique comme partenaire d’espérance. Benoît XVI, en 2009, avait fait de Yaoundé un point stratégique du dialogue entre l’Église universelle et le continent africain, en remettant l’Instrument de travail du Synode pour l’Afrique. Autrement dit : Léon XIV ne commence pas une histoire. Il la continue. Il la prolonge. Et dans l’Église catholique, la continuité n’est pas inertie. Elle est fidélité dynamique. Chaque Pape apporte son accent, sans rompre la ligne. Celui-ci arrive avec le sien : la paix comme exigence structurante, ajoute-t-il.
Une mémoire africaine assumée
Léon XIV est augustinien. Ce n’est pas anecdotique. Derrière cette appartenance se tient Augustin d’Hippone. Africain. Penseur. Pasteur. Stratège spirituel de l’Occident chrétien. Ce rappel est essentiel : l’Afrique n’est pas périphérique dans l’histoire du christianisme. Elle est fondatrice. Elle a produit de la pensée, de la doctrine, de la théologie structurante. Qu’un Pape façonné par cette tradition se rende en Afrique en début de pontificat relève du symbole fort. C’est une manière silencieuse de reconnaître une dette historique. Une manière de dire : la source n’est pas oubliée.
Le calendrier parle
Avril 2026. Temps pascal. On pourrait croire à une simple coïncidence. Ce serait mal connaître Rome. Le temps pascal est celui de la proclamation : le Christ est vivant. C’est le kerygme. Or Léon XIV, dès les premiers jours de son pontificat, a martelé un mot : paix. Mais la paix chrétienne n’est pas un slogan. Elle n’est pas l’absence de conflit. Elle suppose justice, vérité, conversion intérieure. Elle dérange.
Dans un pays traversé par des tensions visibles et des fractures plus silencieuses, la paix devient une interpellation. Non pas un vœu pieux. Une responsabilité collective.
Trois villes, trois messages
Yaoundé d’abord. Capitale politique. Centre décisionnel. Ici, le message sera institutionnel. Le Pape parlera nécessairement de gouvernance, d’éthique publique, de responsabilité, de corresponsabilité des élites. Non pour se substituer au politique, mais pour rappeler que le pouvoir sans conscience se dégrade.
Bamenda ensuite. Et là, le geste devient plus fort que les mots. Se rendre dans une zone marquée par les épreuves, c’est refuser la politique de l’évitement. C’est signifier que l’Église ne contourne pas la douleur nationale. Elle la traverse. Elle la porte et la console.
Enfin Douala. Capitale économique. Ville d’énergie. Là se joue l’avenir. Le message sera clair : le développement sans éthique est une croissance sans âme. L’économie sans conscience finit par produire de nouvelles fractures. Trois villes. Trois registres. Une même ligne : la paix comme exigence morale.
Au-delà des foules
On comptera les participants. On mesurera l’enthousiasme. On commentera les images. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Un voyage pontifical ne se mesure pas au volume des acclamations, mais à la profondeur des conversions qu’il provoque — personnelles, institutionnelles, collectives. Léon XIV ne viendra pas résoudre les équations politiques du Cameroun.
Ce n’est pas son rôle. Il viendra rappeler que toute nation qui néglige sa dimension morale finit par s’épuiser. C’est là que se joue le véritable enjeu de cette visite : non dans le protocole, mais dans la conscience. L’histoire retiendra les discours. L’avenir dépendra de ce que nous en ferons, conclut l’abbé Lambert Ayissi.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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le CERAC remet 16 000 tables-bancs aux écoles

Le Cercle des amis du Cameroun (CERAC) a remis samedi 16 000 tables-bancs aux écoles primaires publiques du département du Mayo-Louti, dans la région du Nord, ainsi que des intrants agricoles, du matériel de production et divers appuis au Centre de promotion de la femme et de la famille de Guider.
La cérémonie s’est tenue dans la cour de l’école publique de Sanguéré, en présence notamment du gouverneur de la région du Nord, Jean Abate Edi’i, du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobé, et du préfet du Mayo-Louti, Tam Likeng Richard Marcel.
La délégation du CERAC était conduite par le Dr Grace Dion Ngute, représentante personnelle de la Première Dame Chantal Biya, présidente fondatrice de l’organisation.
Au-delà des tables-bancs destinés aux établissements scolaires, l’appui comprenait notamment des intrants agricoles et du matériel de production. Des aides multiformes ont également été accordées au Centre de promotion de la femme et de la famille de Guider.
La cérémonie a été ponctuée de danses, de prestations culturelles et de sketchs présentés par les bénéficiaires. Plusieurs intervenants ont salué une initiative qui, selon eux, répond à des besoins particulièrement importants dans le département.
Les bénéficiaires ont exprimé leur gratitude à la Première Dame pour ces différents appuis, présentés comme un soutien aux communautés locales, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture et de l’autonomisation des femmes.
La rencontre s’est déroulée en présence des autorités administratives, traditionnelles et religieuses ainsi que de plusieurs élites du Mayo-Louti.
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