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Dans une lettre, un camerounais demande à Issa Tchiroma de retourner au Cameroun

Il s’agit de Ousmanou Magadji. Dans sa missive, il demande au président national du Fsnc de rejoindre son pays natal pour mener la lutte en interne.
LETTRE À ISSA TCHIROMA
“ Monsieur Tchiroma,
L’éveil politique du Grand Nord, votre potentiel à peser face au régime et manière à incarner une opposition forte sont ce qui m’inspire le plus. C’est pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur vous, je vous ai applaudi et soutenu à ma manière, sans rien attendre en retour. Je ne vous dois rien, vous ne me devez rien, mais nous partageons en commun un bien précieux : le Cameroun. Et c’est au nom de cette noble cause commune que je me permets de vous interpeller, lorsque j’estime que vous ne suivez pas le vent nécessaire à son évolution sociopolitique.
Comme j’ai eu la brillante idée de signer mes publications “Kondengui le…”, beaucoup cherchent à savoir si je suis dedans ou dehors. Pour contenter tout le monde, je réponds souvent qu’ils fassent leur choix et que je serai heureux de les savoir heureux… Une façon de vous dire, Monsieur Tchiroma, que je suis prêt à tout pour le changement et le bonheur des Camerounais. J’ai pris des risques pour vous ; il est temps que vous en preniez pour moi, en pensant surtout à ceux qui sont morts ou emprisonnés, ceux qui croient en vous. Rentrez au pays en tant qu’opposant majeur, et je me ferai le saint devoir d’être à vos côtés.
Je ne vous ai pas soutenu pour que vous quittiez le pays et vous retrouviez à des milliers de kilomètres. De là où je suis, à Kondengui, je ne vois aucune forme de courage dans cet éloignement. De la ruse politique ? Non. Si certains pensent que vous avez reculé pour mieux sauter, je répondrai que vous vous êtes tout simplement défilé.
Je vous ai applaudi en place publique, j’ai encouragé les gens à vous rejoindre. Aujourd’hui, je vous dis qu’il est plus inspirant de rentrer au pays afin que nous menions ensemble le bon combat, ici, chez nous.
En vérité, je n’ai aucun respect pour ceux qui, loin de leur pays, prétendent combattre un régime, qu’ils se proclament intellectuels ou politiques, ou se gonflent d’être les deux à la foire. J’ai fait le choix fier et imprudent de lutter pour le peuple camerounais, dans la misère sociale, parmi lui. Voilà pourquoi je ne peux être charmé par l’idée de soutenir un exilé politique. Monsieur Tchiroma, rentrez au pays, et je deviendrai votre illuminé dans notre quête commune : rendre à notre peuple sa dignité et à ceux qui dirigent notre pays leur humanité perdue. Oui, je ne supporte pas les déserteurs.
Les esprits s’étant apaisés et vous ayant pris de la distance au propre comme au figuré, je vous propose de réfléchir autrement qu’à travers les résolutions d’un exilé politique, au nom de ce pays que nous chérissons et de ce peuple que nous aimons. Revenez : je suis littéralement assailli de solutions locales, que je vous livrerai gratuitement si vous entreprenez de rentrer.
J’ai admiré votre courage et pénétré la profondeur de votre sincérité. Vous avez juré, vous avez refusé les avantages que vos anciens amis vous offraient. J’en ai pris acte et je sais, mieux que quiconque, combien votre parole de fier Tchiroma est vraie. Je vous ai vu grandir devant mes yeux. J’ai pardonné vos errements et incité vos compatriotes à ne pas se laisser distraire par ce que vous avez été ou fait.
Nous avions un combat en commun, et ce combat doit être mené ensemble, ici, au pays. L’idée que vous puissiez le mener à l’extérieur, en tant qu’opposant exilé, ne m’enchante pas. Ne rêvons pas d’un retour triomphal directement à Etoudi : les Camerounais ont la mémoire courte, et vous serez vite remplacé si vous restez trop longtemps loin d’eux. Leur nostalgie est limitée dans leur empressement actuel pour le changement.
Voilà pourquoi je ne peux être ni partisan ni membre de votre parti. Je suis un esprit libre, trop fier pour être enfermé dans une chapelle politique et soumis au diktat d’un maître. Je mourais étouffé dans un parti politique. Je me sens plus utile pour voud étant loin de vous et libre de vous dire ce que pense de vous.
Monsieur Tchiroma, vous n’aurez de valeur à mes yeux qu’une fois rentré au pays. Quoiqu’il soit admis que je ne suis qu’un prétentieux illuminé, jamais il ne m’est venu à l’idée que vous deveniez président. Connaissant la nature du régime et la mentalité poltronne des Camerounais, je vous ai rêvé en grand opposant, et le reste serait venu après. Peu importe. Vous êtes devenu cet opposant-là. Venez assumer ce rôle au pays, grand patriote, fier homme !
Nous vous attendons !
Yaoundé, Kondengui, le 30 décembre 2025 “
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Coopération : Washington privilégie les projets offrant des débouchés aux entreprises américaines au Cameroun

(Investir au Cameroun) – Washington privilégie au Cameroun les projets prêts à démarrer, associant une entreprise américaine et offrant à celle-ci des débouchés directs. Sophia Lalani, conseillère principale auprès de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, l’a expliqué le 22 octobre 2026 à Douala devant la Chambre de commerce américaine au Cameroun (AmCham), selon le compte rendu de la chambre.
Selon l’AmCham, Lalani a expliqué que les réformes de gouvernance soutenues de longue date par Washington avaient davantage profité aux entreprises d’autres pays qu’aux entreprises américaines.
Cette politique prolonge la doctrine « Trade, not aid » (« Le commerce plutôt que l’aide »), présentée le 14 mai 2025 à Abidjan par Troy Fitrell, alors responsable des affaires africaines au département d’État de Donald Trump. Objectif : accroître les exportations et investissements américains en Afrique. Selon Fitrell, les ambassadeurs sont évalués sur la défense des entreprises américaines et les contrats conclus, la diplomatie commerciale devenant prioritaire. Washington veut lever, avec les États africains, les obstacles réglementaires aux marchés publics et investissements signalés par le secteur privé.
Près de 4 000 milliards de FCFA d’opportunités
Le premier Dialogue économique et commercial bilatéral, tenu le 27 août 2026 à Yaoundé, a recensé environ 7 milliards de dollars (près de 4 000 milliards de FCFA) d’opportunités. Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, et Sarah Troutman, sous-secrétaire d’État adjointe américaine aux affaires africaines, ont coprésidé la rencontre. Selon le ministère, neuf entreprises américaines y ont exprimé des intentions de financement : barrage de Grand Eweng (3,5 milliards de dollars), aéroport moderne à Douala (2 milliards), minerais critiques et infrastructures numériques.
Ces montants ne sont pas des investissements réalisés. Études, financements et accords restent, selon les projets, à finaliser. Les deux pays ont convenu d’échanger sur la fiscalité, les infrastructures logistiques et la réglementation minière avant un nouveau dialogue prévu aux États-Unis en 2027.
Santé : l’aide doit aussi ouvrir des marchés aux fournisseurs américains
Dans « America First Global Health Strategy » (septembre 2025), le département d’État veut utiliser l’aide sanitaire pour ouvrir des marchés aux produits et technologies américains. Pendant l’exercice budgétaire 2024, Washington a acheté plus de 120 millions de dollars de tests diagnostiques à des entreprises américaines, dont Abbott, Cepheid et Hologic. Ce chiffre est mondial, non camerounais. La stratégie favorise les partenariats entre fabricants et laboratoires publics ou privés des pays aidés.
À Douala, selon l’AmCham, un groupe pharmaceutique a présenté un modèle associant équipements de diagnostic, contrats de service avec les ministères de la Santé, formation du personnel et transport des échantillons. Ces plateformes servent notamment au dépistage du VIH, de la tuberculose, des hépatites et du cancer du col de l’utérus. Ce modèle fonctionnerait déjà dans plusieurs pays africains avec l’appui du PEPFAR et du Fonds mondial.
Ce partenariat reste à négocier au Cameroun. L’AmCham envisage des échanges avec les équipes locales du PEPFAR et des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Aucun financement, contrat ou calendrier de déploiement n’a été précisé.
La priorité commerciale n’exclut pas les dons. Le 1er octobre 2026, les deux pays ont signé un accord de don relatif aux objectifs stratégiques de leur coopération sanitaire jusqu’en 2030. Selon le ministère de l’Économie, près de 510 milliards de FCFA pourraient être mobilisés de 2026 à 2030 : environ 240 milliards de contribution américaine et jusqu’à 270 milliards de ressources camerounaises. Il vise les laboratoires, la surveillance épidémiologique et l’approvisionnement pharmaceutique, sans financement établi pour le projet présenté à l’AmCham.
Fiscalité, formalités et visas : les obstacles
Le 22 octobre, des participants ont évalué à 15 000-20 000 dollars l’installation d’un investisseur étranger, sans détailler les coûts. Ils ont aussi signalé les déclarations trimestrielles obligatoires, même sans activité, et des lois difficiles à appliquer faute de textes réglementaires. Le guide du département américain du Commerce (10 avril 2026) cite, au Cameroun, fiscalité complexe, lenteurs administratives, marchés publics difficiles d’accès et retards de paiement de l’État.
Les difficultés d’obtention de visas américains ont été soulevées ; l’ambassade a rappelé les règles migratoires américaines. L’AmCham recommande une expertise locale dès la préparation des projets. Restent à définir pour le projet pharmaceutique : partenaires publics, contrats, financement des équipements et organisation des diagnostics.
Ludovic Amara
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