Clément Atangana est mort. Le président du Conseil constitutionnel du Cameroun est décédé dimanche 4 octobre 2026 à Paris, à l’âge de 85 ans, après avoir dirigé pendant huit ans la juridiction constitutionnelle.
Sa disparition marque la fin d’une longue carrière dans la magistrature, mais aussi celle d’un chapitre particulièrement sensible de l’histoire politique récente du Cameroun.
Nommé à la tête du Conseil constitutionnel par Paul Biya le 7 février 2018, Clément Atangana en était devenu le tout premier président. Selon Journal du Cameroun, il est décédé en France alors qu’il y avait été évacué pour des soins.
Clément Atangana, une figure majeure de la justice camerounaise
Avant d’accéder au Conseil constitutionnel, Clément Atangana avait consacré plusieurs décennies à la magistrature.
Né en 1941, il avait intégré la magistrature en 1968 après sa formation à l’ENAM et à l’Institut international d’administration de Paris. Au cours de sa carrière, il avait notamment exercé comme juge d’instruction, président de tribunaux, procureur général à Maroua et président de la Cour d’appel du Centre.
Il avait ensuite rejoint la Cour suprême comme conseiller avant de prendre sa retraite en 2014. Quatre ans plus tard, Paul Biya le rappelait au premier plan de la vie institutionnelle avec sa nomination à la tête du Conseil constitutionnel.
Cette institution, créée par la Constitution mais devenue effective en 2018, joue notamment un rôle central dans le contentieux électoral et la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.
Pendant huit ans, Clément Atangana aura ainsi présidé les audiences les plus suivies de la juridiction, notamment lors des deux dernières élections présidentielles.
De la présidentielle de 2018 à celle de 2025, son rôle au cœur des controverses
En 2018, le Conseil constitutionnel avait été saisi de nombreux recours après l’élection présidentielle remportée par Paul Biya.
Certaines décisions rendues sous la présidence de Clément Atangana avaient suscité de vives réactions au sein de l’opposition. Dans le contentieux opposant notamment Maurice Kamto au Conseil constitutionnel, la juridiction avait déclaré les recours irrecevables pour défaut de qualité. Les décisions officielles de l’époque portent bien la signature de Clément Atangana en tant que président.
Le Conseil constitutionnel avait ensuite proclamé Paul Biya vainqueur du scrutin du 7 octobre 2018.
Sept ans plus tard, Clément Atangana présidait encore l’institution lors de la présidentielle du 12 octobre 2025. Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya réélu avec 53,66 % des suffrages, devant Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 %.
Cette proclamation était intervenue dans un climat politique particulièrement tendu. Issa Tchiroma avait revendiqué la victoire et rejeté les résultats officiels, tandis que des manifestations et des affrontements avaient suivi dans plusieurs villes du pays. Reuters avait alors rapporté les contestations de l’opposition et les tensions autour de la publication des résultats.
Le rôle de Clément Atangana dans ces procédures lui avait valu des critiques récurrentes de la part d’une partie de l’opposition et de la société civile, certains accusant le Conseil constitutionnel de manquer d’indépendance. Ces accusations ont été contestées par les autorités, qui défendaient la régularité du processus électoral.
Un décès qui ouvre une vacance à la tête du Conseil constitutionnel
La disparition de Clément Atangana intervient alors que son institution reste appelée à jouer un rôle central dans la vie politique camerounaise.
Depuis son décès, la question de sa succession se pose directement. Selon Actu Cameroun, le professeur Paul Nchoji Nkwi, doyen d’âge des conseillers encore en fonction, assure l’intérim à la tête du Conseil constitutionnel.
Cet intérim ne constitue pas une nomination définitive. Le poste de président du Conseil constitutionnel reste donc vacant dans l’attente de la désignation d’un nouveau titulaire par le président de la République.
La disparition de Clément Atangana provoque par ailleurs des réactions contrastées. Plusieurs hommages saluent son parcours de magistrat et ses décennies au service de la justice camerounaise, tandis que ses détracteurs rappellent les controverses liées aux décisions du Conseil constitutionnel pendant les scrutins de 2018 et 2025.
À 85 ans, Clément Atangana laisse derrière lui près de six décennies de carrière judiciaire et huit années à la tête de la première équipe dirigeante du Conseil constitutionnel camerounais. L’institution doit désormais fonctionner sous intérim avant la nomination de son prochain président.