Samuel Eto’o a redessiné les textes de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) à sa convenance, au point de se tailler une présidence presque illimitée. Pourtant, l’histoire électorale de cette institution avait jusque-là résisté aux dérives politiques qui gangrènent la société camerounaise. Depuis les années 1990, lorsque l’État a instauré un mode de gouvernance démocratique pour les associations sportives, la Fécafoot avait connu des transitions apaisées.
Owona Baylon fut le premier élu, suivi d’Iya Mohamed, puis de Tombi A Roko, avant les périodes de normalisation. Plus récemment, Seidou Mbombo Njoya a cédé sa place à Samuel Eto’o en 2021. Tous ces présidents, malgré leurs limites, avaient respecté une structuration associative. Eto’o, lui, a choisi une autre voie : celle de la révision permanente des statuts. En trois ans seulement, pas moins de quatre modifications majeures ont été introduites, la plupart concernant le processus électoral.
Résultat : un système verrouillé qui lui assure une mainmise durable. Dans le même temps, l’ancien capitaine des Lions indomptables a écarté toutes les voix critiques ou expertes en management sportif. Mais ces sanctions restent limitées à son périmètre d’influence. L’exemple de Geremi Njitap est éloquent : radié par la Fécafoot, il a tout de même été élu président de la FIFPRO Afrique, d’où il continue de peser au niveau international.
Paradoxalement, Eto’o n’hésite pas à saluer les jeunes chefs d’État militaires en Afrique pour leur rupture avec l’ordre colonial, tout en s’entourant des élites politiques les plus décriées du Cameroun et d’ailleurs, des Biya aux Eyadema, en passant par les Deby.
Malgré une condamnation judiciaire en Espagne, il a su contourner la réglementation interne, grâce à des textes amendés à sa mesure. Ni la FIFA ni l’État du Cameroun n’ont validé ces ajustements, mais Eto’o poursuit son projet de se représenter en toute discrétion.
Élu sur la base d’un programme ambitieux, il a finalement réalisé peu de ses promesses. Pourtant, il vise déjà un second mandat. Une ambition qui soulève une question : la Fécafoot est-elle devenue le royaume personnel de Samuel Eto’o ?















