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quand la justice parle, mais que le silence de l’obéissance tarde
Le 19 juin 2025, la Cour d’appel de l’Extrême-Nord a une nouvelle fois tranché : le droit a parlé, pour la cinquième fois consécutive, en faveur de l’honorable Cabral Libii dans le différend l’opposant à Robert Kona autour de la présidence du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN). Pourtant, le feuilleton est loin d’être clos…
Une victoire juridique sans équivoque
Le jugement n° 04/CIV/TPI/KLE rendu le 5 septembre 2024 par le Tribunal de première instance de Kaélé, déjà clair dans sa teneur, vient d’être confirmé par la Cour d’appel de l’Extrême-Nord. En adoptant intégralement les motifs de la décision de première instance, la cour a reconnu la légitimité de Cabral Libii à la tête du PCRN, tout en condamnant Robert Kona aux dépens, avec distraction au profit de son avocat, Maître Roger Bebe.
Cette décision renforce une jurisprudence déjà bien établie : c’est la cinquième fois que la justice camerounaise valide la direction actuelle du PCRN et rejette les prétentions de Robert Kona.
Une obstination suspecte
Mais au lieu de se plier à cette décision de justice, Robert Kona annonce vouloir porter l’affaire devant la Cour suprême. Une démarche juridiquement possible, certes, mais qui interroge par son opportunité et surtout par ses conséquences politiques immédiates.
En effet, Kona a déclaré qu’aussi longtemps que la bataille judiciaire se poursuivra, ni lui ni Cabral Libii ne devraient être candidats à la présidentielle prévue pour octobre 2025. Une déclaration qui, au-delà de sa portée procédurale, soulève des interrogations plus profondes : s’agit-il d’une stratégie judiciaire sincère ou d’une manœuvre politique déguisée ?
Une manœuvre pour écarter un candidat gênant ?
Cabral Libii, arrivé troisième à l’élection présidentielle de 2018 avec un score significatif pour un candidat novice, s’est affirmé depuis comme une figure montante de l’opposition camerounaise. Sa stature nationale, son verbe incisif et sa posture d’homme politique moderne en font un adversaire crédible pour le pouvoir en place.
Alors, une question se pose, de manière de plus en plus insistante : qui tire les ficelles derrière Robert Kona ?
Pourquoi cette guérilla judiciaire se prolonge-t-elle malgré des décisions de justice claires et répétées ?
Et surtout, que veut réellement Robert Kona ? Revendiquer un leadership partisan ? Ou servir, consciemment ou non, un agenda visant à fragiliser une candidature redoutée ?
Un Parti pris en otage
En refusant de se conformer à la décision judiciaire, Robert Kona ne remet pas seulement en cause la légitimité de Cabral Libii, il place tout le PCRN dans une situation d’incertitude à quelques mois d’un scrutin crucial. Ce faisant, c’est l’unité du parti, sa capacité à présenter un candidat, et in fine la crédibilité de l’opposition, qui sont compromises.
Et maintenant ?
La Cour suprême tranchera, sans doute. Mais la vraie bataille se joue ailleurs : dans l’opinion publique, dans la lecture que feront les Camerounais de ce bras de fer. Si la justice a déjà dit le droit, c’est maintenant au politique de faire preuve de responsabilité.
Et si Robert Kona, en poursuivant son combat, ne faisait que participer à l’éviction d’un adversaire que certains redoutent dans les urnes ? L’histoire, comme souvent, finira par révéler les véritables enjeux.
Par Pharel Ateba, Journaliste
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Eurobond : Le Gabon lève 920 millions $, soit 22,7 % de plus que prévu

(Investir au Cameroun) – Assortie d’un coupon de 9,375 %, d’une maturité de sept ans et de trois années de différé, l’opération améliore les conditions obtenues en 2025, tout en confirmant un coût de financement encore élevé.
Le Gabon a fixé, ce 30 juillet 2026, les conditions d’un Eurobond de 920 millions de dollars, soit environ 524 milliards de FCFA. Le montant dépasse de 22,7 % l’objectif initial de 750 millions et améliore plusieurs paramètres du placement privé de février 2025. Mais avec un coupon annuel de 9,375 % — l’intérêt versé chaque année aux détenteurs des titres — Libreville continue de payer cher son accès aux capitaux internationaux.
Selon le communiqué publié par le gouvernement gabonais, le règlement est attendu autour du 5 août. Les obligations arriveront à échéance en 2033, après sept ans, avec trois années de différé : durant cette période, l’État paiera les intérêts sans encore rembourser le capital.
Le gouvernement affirme que l’émission a été« largement sursouscrite ». Selon les informations de marché disponibles, elles ont dépassé 1 milliard de dollars. Le Gabon a finalement retenu 920 millions, soit 170 millions de plus que prévu.
Des conditions meilleures qu’en 2025
En février 2025, le Gabon avait mobilisé 570 millions de dollars, avec un coupon de 9,5 % et une échéance en 2029. Le montant emprunté progresse donc de 61,4 %, tandis que la durée passe d’environ quatre à sept ans. Le taux recule de 0,125 point, soit 12,5 points de base.
Cette comparaison doit être nuancée. Le coupon ne représente pas tout le coût d’un emprunt : celui-ci dépend aussi du prix de vente des titres, du rendement réclamé par les investisseurs et des frais. En 2025, l’obligation à 9,5 % avait été placée sous sa valeur nominale, portant son rendement initial à 12,7 %. Il faut donc connaître le prix d’émission et le rendement effectif du nouveau titre pour mesurer précisément l’amélioration.
La destination des fonds diffère aussi. En 2025, une part importante avait servi à rembourser l’Eurobond arrivant à échéance en juin. En 2026, aucun rachat d’obligations existantes n’a été annoncé. Le Trésor devrait donc recevoir davantage d’argent frais, même si les commissions et autres frais seront déduits des 920 millions.
Plus que le Cameroun, mais à un coût plus élevé
Le Gabon mobilise 22,7 % de plus que les 750 millions de dollars obtenus par le Cameroun le 30 janvier 2026. Les deux emprunts courent sur sept ans. Yaoundé bénéficie de deux années de grâce et a mis en place un swap dollar-euro : ce mécanisme transforme les paiements en dollars en paiements en euros afin de réduire le risque de change, le FCFA étant arrimé à l’euro. Selon le ministère camerounais des Finances, il a ramené le coût effectif annoncé à 7,79 % en euros.
Ce niveau reste inférieur au coupon gabonais de 9,375 %, mais la comparaison demeurera incomplète tant que le rendement effectif de l’émission gabonaise ne sera pas publié. Pour Libreville, le progrès tient surtout au montant obtenu, à la durée plus longue et à l’absence de rachat simultané d’un ancien Eurobond.
Cette amélioration intervient un mois après que Moody’s a maintenu la note souveraine du Gabon à « Caa2 », tout en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ». L’agence invoque des besoins de financement élevés, un accès limité aux ressources et le risque de nouvelles opérations de dette contraintes.
Investissements, arriérés et marge d’emprunt
Le gouvernement précise que« le produit net de cette émission sera affecté au financement des projets d’investissement de l’État ainsi qu’au remboursement d’arriérés ». Selon la documentation de placement, il s’agit d’engagements commerciaux extérieurs et multilatéraux, et non des impayés dus aux entreprises gabonaises.
L’émission reste sous le plafond de 857,9 milliards de FCFA, soit environ 1,5 milliard de dollars, autorisé par la loi de finances rectificative promulguée le 17 juillet. Les 920 millions représentent près de 61 % de cette enveloppe, laissant une capacité théorique d’environ 580 millions, sans qu’une seconde émission soit annoncée. La loi évoquait aussi une durée de dix ans, contre sept ans finalement obtenus ; le gouvernement n’a pas expliqué cet écart.
Précédée par la publication d’un prospectus préliminaire le 27 juillet, l’opération a été conduite par le ministre Thierry Minko. Le gouvernement estime que la demande traduit une« confiance renouvelée des investisseurs dans la qualité de la signature et la trajectoire de réformes engagée par le Gabon ».
L’accord avec le Fonds monétaire international renforcerait cette perception. Sur ce sujet, les discussions techniques continuent, avec une mission attendue à Libreville en septembre et l’objectif de conclure un programme économique et financier avant fin 2026.
Baudouin Enama
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