À Sa’a, petite ville située à environ 79 kilomètres de Yaoundé, les habitants vivent dans une peur constante. Depuis plusieurs mois, cette localité du département de la Lekié est plongée dans le noir, et l’insécurité y a pris des proportions inquiétantes. Les malfrats y opèrent en toute liberté, profitant de l’obscurité totale pour semer la terreur.
Les agressions à l’arme blanche – couteaux, tournevis, lames et machettes – sont devenues monnaie courante, parfois même à deux pas de la brigade de gendarmerie. Malgré la présence d’un commissariat de sécurité publique et d’un commissariat spécial, même l’hôtel des Finances, situé à seulement 30 mètres du commissariat, a été récemment cambriolé. Le « quartier fonctionnaire », qui abrite pourtant la prison principale de Sa’a, n’est pas épargné.
L’obscurité, un terrain fertile pour le crime
Depuis un bon moment, la ville est totalement privée d’électricité. Certains quartiers restent sans courant pendant deux à trois semaines, voire plus d’un mois. Une situation d’autant plus incompréhensible que Sa’a se trouve non loin du barrage hydroélectrique de Nachtigal. Cette pénurie d’énergie rend la ville vulnérable aux agressions, surtout à la tombée de la nuit. Pas d’éclairage public, sauf un peu au centre-ville. Le reste de la commune est plongé dans le noir complet.
Les commerces – poissonneries, ateliers de menuiserie, épiceries – tournent presque exclusivement grâce à des groupes électrogènes. Les ménages, eux, s’équipent de petites lampes solaires pour s’en sortir comme ils peuvent. Mais l’obscurité, elle, fait le bonheur des délinquants, souvent sous l’effet de drogue ou de chanvre, qui deviennent encore plus violents. Les femmes et les personnes âgées sont les premières cibles.
Des forces de l’ordre débordées… et à pied
L’insécurité est aussi due à un manque flagrant de moyens. La ville de Sa’a compte très peu d’agents des forces de l’ordre. Et depuis leur création, ni le commissariat de sécurité publique ni le commissariat spécial ne disposent de véhicules. Une situation qui limite fortement leur capacité à intervenir rapidement.
Le seul véhicule en service, un pick-up de la gendarmerie, est désormais hors d’usage. Selon des mécaniciens de la ville, l’ancien commandant de brigade, l’adjudant-chef major Raoul Nyangono, aujourd’hui affecté à la légion de gendarmerie du Sud, aurait saboté le moteur du véhicule en y mettant du sable. Ce pick-up était utilisé par toutes les forces de sécurité de Sa’a. Résultat : plus aucun service de sécurité ne dispose de véhicule fonctionnel dans la ville.
Une femme à moto pour maintenir la justice
En attendant l’arrivée du nouveau commandant de brigade, c’est une femme, l’adjudant Hina, qui assure l’intérim. Faute de moyens, elle est contrainte de se déplacer à moto pour acheminer les dossiers judiciaires jusqu’au palais de justice de Monatélé. Une image qui en dit long sur la situation.
Une ville livrée à elle-même
Aujourd’hui, Sa’a est totalement livrée à elle-même. Les agressions se multiplient, les habitants vivent dans l’angoisse permanente, et les autorités locales peinent à rassurer. Si rien n’est fait rapidement pour rétablir l’électricité, renforcer les effectifs de sécurité et doter les forces de l’ordre de moyens logistiques, la situation pourrait encore empirer.














