Niccolo Machiavel, théoricien politique renommé de la Renaissance, a écrit dans son œuvre la plus remarquable, Le Prince : « Il vaut mieux être craint qu’être aimé, si l’on ne peut être les deux ». Il soutient que la peur est un meilleur facteur de motivation que l’amour, c’est pourquoi elle constitue l’outil de leadership le plus efficace.
La tactique de la peur est peut-être celle que le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, MRC, le professeur Maurice Kamto, utilise comme l’une de ses stratégies dans sa démarche visant à arracher le pouvoir au régime au pouvoir du RDPC.
Depuis que Maurice Kamto a rejoint l’opposition après avoir démissionné du gouvernement pour lancer le MRC, il ébouriffe les plumes du régime Biya à chacun de ses gestes. Certains attributs du style politique de Kamto et de l’aura qui l’entoure ont fait frissonner les acolytes du régime Biya. Le régime Biya continue d’être effrayé par les intrusions continues de Kamto dans le paysage politique chaque jour qui passe.
Pour cela, le régime a pris toutes sortes de mesures frénétiques pour lui couper les ailes ou mettre des obstacles sur son chemin politique. Le régime de Biya, effrayé et paniqué, apparemment à court d’idées politiques, utilise désormais ce que les experts ont décrit comme des moyens « antidémocratiques » et « illégaux » pour écarter Kamto de la course à la présidence en 2025.
Arrivé deuxième à l’élection présidentielle d’octobre 2018 (même s’il continue d’insister sur le fait que sa « victoire » a été « volée »), force est de constater que Maurice Kamto constitue désormais la plus grande menace pour le régime Biya. Les raisons pour lesquelles le régime Biya redoute le professeur Maurice Kamto sont légion.
Des symperthisateurs secrets au sein du RDPC
Selon certains analystes, le parti de Maurice Kamto, le MRC, a, grâce à son lobbying, conquis les cœurs d’autres partis politiques, y compris même au sein du parti au pouvoir, le RDPC.
Les analystes affirment que le MRC compte également des sympathisants secrets dans d’autres partis tels que le Front social-démocrate (SDF) ; Mouvement Socialiste Uni, UMS, de Pierre Kwemo et Front pour le Changement au Cameroun, FCC, de l’honorable Jean Michel Nintcheu.
L’association de Kamto avec le radical Nintcheu est considérée par le régime Biya comme une combinaison redoutable. Certains partisans du RDPC, qui en ont assez du régime et nourrissent secrètement le souhait d’un changement dans le pays, mais ne peuvent pas le montrer en public, tireraient secrètement les ficelles en coulisses pour soutenir le MRC.
Beaucoup de ces partisans rebelles du RDPC auraient voté pour le MRC lors de l’élection présidentielle d’octobre 2018. Cela peut s’expliquer par le fait que Maurice Kamto, lors de ces élections, a gagné dans certains bastions du RDPC. Les spéculations se multiplient dans certains milieux selon lesquelles certains barons du régime pourraient financer secrètement le MRC.
Partenariats politiques avec d’autres partis
Pendant ce temps, le MRC de Kamto s’est fait aimer d’autres forces politiques qui pourraient facilement former une coalition avec lui pour chasser le régime de Biya du pouvoir. Cela inclut la société civile, dont l’influence lors d’une élection ne peut être surestimée.
Il convient de rappeler qu’en 1992, lorsque le SDF et d’autres partis d’opposition ont formé une coalition baptisée Union pour le changement, cela a propulsé le candidat présidentiel du SDF de l’époque, feu Ni John Fru Ndi, à presque remporter l’élection présidentielle de 1992.
Les résultats officiels placent Fru Ndi deuxième, avec 35,97% des voix, derrière Biya avec 39,98%. Cependant, Fru Ndi s’était déclaré vainqueur, accusant Yaoundé d’avoir truqué le scrutin. Jusqu’à sa disparition le 12 juin 2023, Fru Ndi a continué à insister sur sa victoire aux élections.
Compte tenu de ce qui précède, les analystes affirment que seule une coalition forte peut vaincre le régime Biya à l’élection présidentielle. Le régime Biya est donc nerveux à l’idée que l’opposition puisse former une coalition forte qui investirait Kamto comme candidat à la présidentielle, qui donnerait alors un bon coup au candidat du RDPC.
Sans doute, en mars de cette année, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a ordonné la fin des activités des coalitions de partis politiques ; Alliance politique pour le changement et Alliance pour la transition politique au Cameroun. Atanga Nji a déclaré que les coalitions sont « illégales », les qualifiant de « mouvements clandestins ».
Human Rights Watch avait décrit les démarches d’Atanga Nji comme faisant partie de la répression menée par le gouvernement contre l’opposition.
Des liens forts avec la France
Les liens prétendument forts du professeur Maurice Kamto avec la France seraient également l’un des problèmes qui donnent des nuits blanches aux fidèles du régime Biya. Sa prétendue collusion avec une puissance étrangère comme la France présente Kamto comme une réelle menace pour Yaoundé.
Selon certains analystes, le déplacement progressif du président Biya de la France vers la Chine et la Russie n’a pas été très apprécié par certains hommes politiques du paysage politique français qui considèrent le Cameroun comme le domaine réservé de la France.
De telles personnalités françaises, affirment les analystes, souhaiteraient peut-être un changement à la tête du Cameroun, en échange d’un renversement de la politique à l’égard de la Chine et de la Russie.
Force de lobbying externe
Pendant ce temps, Kamto et son MRC auraient également recours à des institutions de lobbying externes pour faire pression sur la scène internationale et tirer la couverture du côté de Kamto.
Selon les analystes, ce puissant lobby extérieur a été mis en avant lorsque, après l’élection présidentielle de 2018, Transparency International a subi des pressions pour exprimer avec force le refus de certains observateurs électoraux qui étaient au Cameroun pour observer l’élection, soi-disant sous les auspices de Transparency International.
Le MRC aurait utilisé son lobby extérieur pour faire pression sur Transparency International afin qu’elle renonce aux prétendus faux observateurs électoraux, afin de jeter l’ombre d’un doute sur la crédibilité des résultats des élections.
De plus en plus assoiffé de changement
Le régime Biya est au pouvoir depuis 42 ans et ce n’est pas fini. De nombreux Camerounais, notamment les jeunes, lassés de la stagnation socio-économique et politique du pays, ont soif de changement. Bon nombre de ces Camerounais voient, à tort ou à raison, le MRC comme un parti capable d’apporter le changement souhaité.
Ceci est d’autant plus renforcé par la perception actuelle selon laquelle le SDF, jusqu’ici considéré comme le parti susceptible d’apporter le changement au Cameroun, est désormais un parti satellite ou un appendice du RDPC. Beaucoup pensent désormais qu’ils ne peuvent placer leurs espoirs de changement au Cameroun que sur Kamto et le MRC.
Solide base de soutien nationale
Une base politique populaire solide est l’une des forces de tout homme politique ou parti politique. L’une des forces de Kamto réside dans sa solide base de soutien national, qui ne se compose pas uniquement de Bamilékés, mais de nombreux acteurs de tous horizons au niveau national et international.
D’un autre côté, certains anglophones mécontents, notamment ceux qui soutiennent le mouvement Ambazonia ou qui ont été victimes d’opérations militaires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, seraient prêts à soutenir Kamto et le MRC.
D’autres anglophones, qui réclament à grands cris un retour au système de gouvernement fédéral, mais le gouvernement insiste sur la décentralisation, pourraient soutenir Kamto et le MRC. Kamto s’est prononcé en faveur d’un retour au fédéralisme. C’est ce qu’ils feront, croyant que si Kamto accède à la magistrature suprême, il pourra exaucer leur souhait de fédération.
Romance présumée avec BAS
Bien que le MRC ait insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’a aucun lien avec le mouvement radical de la diaspora, la Brigade Anti-Sardinards (BAS), le régime Biya considère que le BAS est une aile radicale du MRC. BAS est un collectif de la diaspora camerounaise opposée au président Paul Biya et à ses partisans.
Créé en 2018 par un groupe de militants basés à Paris, dont Calibri Calibro, le mouvement a émergé à la suite de l’élection présidentielle de la même année, qui a vu la réélection de Biya.
Étant donné que le BAS a émergé après une élection pour laquelle Kamto revendiquait la victoire, certains analystes politiques et partisans du régime de Biya sont convaincus que le mouvement radical et violent est lié au MRC de Kamto. Le MRC a toutefois nié tout lien avec la BAS, qui se veut apolitique.
Le PBAS a été violent dans ses méthodes. Le 26 janvier 2019, en réaction à ce qu’ils ont qualifié de « hold-up électoral » des élections de 2018, quelques dizaines de militants du BAS ont fait irruption dans l’ambassade du Cameroun en France et provoqué d’énormes dégâts.
Le mouvement s’en prend également aux Camerounais, notamment aux journalistes, qu’il accuse de soutenir le régime Biya. En raison de sa nature violente, les analystes craignent que le BAS ne devienne un mouvement de type Ambazonia, et si ses liens supposés avec le MRC se confirment, cela ne serait pas de bon augure pour le régime du RDPC.
Sponsors financiers bamilékés
Les Bamilékés, partisans majoritaires du MRC, étant les poids lourds de la finance et des affaires du pays, leur soutien financier au parti pourrait changer la donne dans le paysage politique. Il a été évoqué que certains hommes d’affaires bamilékés, tant au sein du MRC que du RDPC, auraient mobilisé des ressources financières pour financer la campagne de Kamto, lui-même Bamiléké, à l’élection présidentielle de 2025.
Une sympathie croissante des médias
Le professeur Maurice Kamto et le MRC suscitent la sympathie du paysage médiatique. Le parti compte également de nombreux blogueurs et influenceurs des médias sociaux à l’étranger qui mènent sa propagande.
De nombreux médias du pays s’intéressent également de plus en plus aux activités du parti. Le gouvernement a souvent accusé les propriétaires de médias bamilékés de manifester une sympathie ouverte pour Kamto et le MRC. Une telle visibilité médiatique, les analystes sont unanimes, est ce que le régime du RDPC redoute tant.
Le changement constant de tactique du MRC
Kamto et son MRC se sont également engagés dans un changement constant de tactique, laissant parfois le régime Biya confus. Lorsque le régime s’attend à ce que Kamto et ses partisans protestent sur certaines questions, le parti reste muet, mais n’agit que lorsqu’on s’y attend le moins.
Le courage du président du MRC et même sa déclaration, il y a peu, qu’il était prêt à mourir pour la cause qu’il défend ont laissé le régime nerveux. Les analystes estiment que sa récente position de défi pourrait signaler l’adoption d’une stratégie d’opposition radicale à l’approche de l’élection présidentielle de 2025. Cela a laissé le régime Biya agité.
*Cet article a été publiée pour la première fois dans le numéro 3164 du journal The Guardian Post du mercredi 10 juillet 2024 et traduit par la rédaction.