La communauté de Mankankong, à Bafut, est sous le choc après la mort tragique de Suh John, affectueusement surnommé Jean Makun. Entrepreneur respecté et père de famille dévoué, Makun a été abattu par des forces gouvernementales dans des circonstances qui soulèvent de nombreuses questions.
« C’était un homme pacifique, incapable de faire du mal à qui que ce soit », confie un membre de sa famille, témoin direct du drame, qui a préféré garder l’anonymat. « Sa disparition laisse un vide immense. Nous avons encore du mal à réaliser. »
Comment tout a basculé
Ce jour-là, des militaires sont arrivés chez Makun et ont frappé à sa porte. Selon un témoin, ils semblaient tendus, mais Jean les a malgré tout accueillis avec calme.
« Il a même proposé de leur offrir à boire pour détendre l’atmosphère », raconte un membre de la communauté. « Ils lui ont alors demandé de l’argent, et Jean, sans se méfier, le leur a donné. »
Malgré sa coopération, les soldats ont demandé à sa femme de verrouiller la porte, avant d’emmener Jean à l’extérieur. Sa famille, en larmes, a supplié qu’on le laisse, mais leurs cris ont été ignorés.
« À peine quelques instants plus tard, des coups de feu ont retenti… Jean était à terre », témoigne un proche, encore bouleversé.
Une exécution sans explication
Selon les proches, les soldats auraient déclaré agir sur ordre, avant de quitter les lieux en affirmant à des vendeurs du marché voisin qu’ils avaient été « envoyés pour tuer Makun ».
Qui a donné cet ordre, et pourquoi ? Pour l’instant, aucune réponse officielle. Ce flou total alimente colère et incompréhension, et de plus en plus de voix réclament une enquête indépendante.
Un pilier de Mankankong
Parti de presque rien, Jean Makun était devenu un exemple dans sa communauté. De la vente de cubes Maggi et de crevettes séchées, il avait réussi à ouvrir un snack-bar, qui était bien plus qu’un simple commerce : un refuge pour les jeunes en difficulté et un lieu d’entraide.
« Il aidait les jeunes du quartier, offrait de la nourriture aux plus démunis, et participait activement au développement de Mankankong », se souvient un membre de sa famille.
En plus d’être un entrepreneur respecté, Jean était un mari aimant, un père de trois enfants et un homme au grand cœur.
Une vague d’indignation
Depuis son assassinat, les hommages affluent sur les réseaux sociaux, mêlant tristesse, colère et soif de justice.
Ngwa Elvis, très ému, a salué la mémoire de Jean :
« Grand Johny, repose en paix. Toi qui as commencé ton business avec si peu… je n’arrive pas à croire que tu sois parti ainsi. Va en paix, grand frère. »
Mforsi Ngwa, lui, a appelé à la justice spirituelle :
« Un jeune travailleur et humble, tué sans raison. Que ton âme ne repose pas en paix tant que tes meurtriers ne paient pas. Que Dieu veille sur ta famille. »
Ebaneck Mualimu Abuh a exprimé son horreur :
« Dans quel monde vit-on ? Un homme tué devant sa femme et ses enfants… Quelle malédiction ! »
Pour Fuh Collins Yongsi, c’est un drame personnel :
« Voir mon oncle baignant dans son sang… Dieu ! 😭😭😭 Repose en paix, tonton. Venge-toi ! »
Wa Lydia Mbong a pointé du doigt l’inaction générale :
« Aucune ONG ne dénoncera ce crime, aucun mouvement de femmes ne protestera. Mais après la guerre viendra le jugement, et il sera sans appel. »
Un cas loin d’être isolé
Malheureusement, l’histoire de Jean Makun n’est pas un fait unique. Dans les régions anglophones du Cameroun, les exécutions sommaires par les forces gouvernementales se multiplient.
On se souvient du massacre de Ngarbuh en 2020, où 21 civils, dont des enfants, avaient été tués, ou encore des exactions à Bali Nyonga en 2021. Plus récemment, à Pinyin, six civils non armés ont été abattus et deux autres enlevés.
Ces violences répétées alimentent une profonde méfiance entre la population et l’État.
Un appel à la justice
Aujourd’hui, la communauté de Mankankong réclame justice pour Jean Makun et demande à la communauté internationale de ne pas fermer les yeux.
« En racontant son histoire, on donne une voix à ceux qu’on veut faire taire », affirme un proche. « Il faut que Jean ne soit pas oublié. Ceux qui ont pris sa vie doivent répondre de leurs actes. »
À Mankankong, le deuil est immense, mais la colère et l’espoir d’obtenir justice sont tout aussi forts. Le souvenir de Jean Makun restera vivant, porté par ceux qui refusent d’accepter l’injustice.














