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JEAN-MARC CHÂTAIGNER :« Le Cameroun a une balance commerciale excédentaire avec l’Union Européenne»

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JEAN-MARC CHÂTAIGNER :« Le Cameroun a une balance commerciale excédentaire avec l’Union Européenne»
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Vous avez pris part au début de l’année (le 19 février 2025) à une discussion avec la GIZ et les autorités Camerounaises sur « la coopération dans un monde en mutations ». Ce débat est-il déclenché par le chamboulement géopolitique qui bouscule les positions de l’Europe sur le continent africain ? Comment analysez-vous ces évolutions ?

Les positions européennes n’ont pas à être bousculées sur le continent africain. L’Europe et l’Afrique sont des partenaires de longue date et le resteront, dans le cadre d’une relation qui évolue naturellement avec le temps et qui tient compte de l’évolution des relations internationales. Nos deux continents sont en train de réinventer leur relation et leur coopération, pour mieux l’adapter à ce que vous qualifiez justement de « chamboulement géopolitique », de sorte à définir un avenir commun et prospère dans l’intérêt foncier de nos peuples. Plus que jamais, nous travaillons ensemble dans l’écoute et le respect mutuel, loin des solutions de force et des diktats que d’autres cherchent à imposer unilatéralement. Nous sommes deux grands ensembles, deux grands marchés, deux unions avec une seule et même vision : la construction d’un monde plus prospère, plus juste, plus pacifique pour nos enfants et nos petits-enfants.

Redoutez-vous un recul de l’influence de l’Europe au Cameroun particulièrement ? Quelles stratégies mettez-vous en œuvre pour contrer les nouvelles puissances qui prennent pied en Afrique et plus particulièrement au Cameroun ?

L’Europe ne considère par l’Afrique comme une partie du monde qui a besoin de l’influence de qui que ce soit pour s’affirmer. L’Europe voit avant tout le continent africain comme un partenaire fiable avec lequel elle peut échanger d’égal à égal, pour mieux affronter des défis globaux comme la lutte contre la pauvreté et les inégalités ou encore le changement climatique, dans le respect bien évidemment de nos valeurs et de nos différences. En dépit des grandes mutations que connait le monde, l’Union européenne et ses Etats membres sont encore aujourd’hui le premier partenaire économique et commercial du Cameroun. Nous ne voyons pas d’un mauvais œil la diversification des partenariats qui est une bonne option choisie par le gouvernement camerounais. Nous y voyons la possibilité d’une complémentarité positive tant les besoins en développement et particulièrement en infrastructures sont considérables. Plusieurs crises internationales majeures ces dernières années comme celle du COVID-19 ou encore l’invasion de l’Ukraine par la Russie nous ont rappelé la nécessité d’accroitre le dialogue et d’être davantage à l’écoute les uns des autres.

L’année 2025 au Cameroun est lourde d’enjeux électoraux. Quelles sont vos appréhensions par rapport à l’échéance majeure qu’est la présidentielle ?

Tout d’abord, l’Union européenne ne s’ingère pas dans les affaires politiques internes du Cameroun. Le peuple camerounais élit ses dirigeants en toute souveraineté et n’a besoin de personne pour lui donner de quelconques conseils. En tant que partenaire et ami du Cameroun, dans le cadre des principes démocratiques que nous partageons à travers l’accord de Samoa, nous souhaitons, tout comme le peuple camerounais, des élections présidentielles et régionales en 2025, puis législatives et municipales en 2026, libres, équitables, transparentes et inclusives.

Quelles sont les retombées de la Cameroon – EU Business Week organisée l’année dernière ?

La visite de Nachtigal l’an dernier pendant la Cameroon – EU Business Week par les responsables des banques européennes de développement, notamment ceux de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), les a définitivement convaincus de s’engager pour une centrale hydroélectrique et un barrage encore plus grands, à savoir celui de KIKOT (une puissance de 500 MW). Nous sommes en train de travailler étroitement avec les autorités camerounaises et nos Etats membres à la maturation définitive de ce projet afin que les travaux puissent être lancés. Des milliers d’emplois seront créés. Il s’agit à l’évidence d’une première retombée significative de la Cameroon – EU Business Week. Les visites de la BEI et de la Facilité Européenne AGRIFI (pour le financement de l’agriculture) ont aussi permis de sécuriser un financement de 50 millions d’euros (soit près de 33 milliards de FCFA) pour le financement des chaînes de valeurs agricoles à travers les banques locales. La possibilité de création d’une fenêtre nationale de la Facilité AGRIFI, avec une enveloppe de 9 millions d’euros (environ 6 milliards de FCFA) pour le secteur de l’agriculture, est par ailleurs étudiée et envisagée.

Concernant particulièrement la Team Europe Initiative – Investing in Young Businesses in Africa (en sigle TEI-IYBA), où en est sa mise en oeuvre ? Y a-t-il déjà quelques acquis ?

Il s’agit d’un instrument novateur qui offre à la jeunesse camerounaise l’assistance technique dont elle a besoin en termes d’encadrement, de préparation et d’élaboration des documents de projets (Business Plan). Cet instrument peut aussi fournir une assistance financière à travers des dons en phase de démarrage des activités et un accompagnement vers des financements commerciaux. Le lancement de la Team Europe Initiative – Investing in Young Businesses in Africa (TEI-IYBA), ainsi que du projet Women Entrepreneurship for Africa (WE4A) qui en fait partie, a permis dans une première opération pilote d’appuyer 110 femmes entrepreneures camerounaises qui bénéficient de subventions d’amorçage pour leurs activités. Et nous irons rapidement plus fort et plus loin en élargissant l’accès aux jeunes hommes et femmes qui ont des initiatives dans les différents secteurs d’activités prioritaires pour le développement du pays comme le digital, l’agro-industrie, les services et les infrastructures. .

Dans un entretien il y a un an avec Défis Actuels, vous indiquiez que certaines possibilités de financement offertes par les institutions financières européennes sont souvent méconnues. Quelles sont-elles et comment saisir ces opportunités ?

C’est une question très ouverte. Les réponses peuvent en effet varier selon le domaines d’intervention. L’Union européenne a un portefeuille de projets et programmes très diversifié. Elle est aussi représentée par plusieurs institutions et agences de coopération qui interviennent pour son compte. Donc, j’invite vos nombreux lecteurs à visiter nos sites et nos plateformes de communication digitale, pour mieux comprendre ce que nous faisons et quelles opportunités nous offrons en lien toujours avec les priorités du Cameroun, en termes d’investissement, de développement durable et de promotion de l’emploi.

Un des projets les plus attendus de l’UE au Cameroun est celui du BRT de Yaoundé. Quelles sont les avancées dans ce projet qui devrait changer le visage de la capitale Camerounaise ?

Le programme « Yaoundé Move » de l’Agence Française de Développement (AFD), avec notre appui financier, est en pleine phase de recrutement de personnel camerounais qui sera amené à suivre le développement du bus à transit rapide (BRT), en partant bien sûr des indispensables études de faisabilité et consultations des usagers jusqu’à la mise en service définitive de ce nouveau moyen de transport. Alors que les études sont en cours, les formations pour les personnels, pour assurer un meilleur suivi du projet, se mettent en place. Comme tous les autres partenaires engagés dans ce processus, nous sommes enthousiastes à l’idée de voir ce projet passer du rêve à la réalité. Les exemples développés dans d’autres pays, comme la Colombie et le Sénégal, sont très encourageants. Il s’agit très concrètement de créer un système de transport répondant aux besoins des usagers locaux, diminuant à la fois les embouteillages de la ville de Yaoundé et les impacts environnementaux du transport urbain, tout en améliorant la qualité de vie des citoyens.

Dans le cadre du développement des infrastructures et de la stratégie d’investissement ‘‘Global Gateway’’, quels sont les autres projets mis en place ou envisagés par l’Union Européenne au Cameroun ?

Il faut déjà d’abord expliquer que le «Global Gateway», ou « portail mondial » en bon français, est une initiative européenne qui ambitionne de connecter les pays et les peuples à travers le monde, avec des projets innovants et structurants dans des domaines clés comme ceux des infrastructures, de l’énergie, du transport, du digital… Nous croyons en effet à la force de projets communs, qui nous rapprochent et qui nous permettent de tirer ensemble des bénéfices économiques et commerciaux plus importants. Le protectionnisme, les barrières douanières et l’unilatéralisme n’ont jamais constitué, nulle part, des moteurs de développement. Ils sont au contraire des freins et des facteurs d’isolement. Pour la mise en œuvre de «Global Gateway» au Cameroun, outre les projets que j’ai déjà évoqués, comme ceux des barrages de Nachtigal et demain Kikot, ou encore le BRT dans le cadre du programme «Yaoundé Move», nous avons défini avec le Gouvernement un portefeuille ambitieux d’investissements. Je ne vous en citerai que trois exemples qui répondent au développement de corridors commerciaux stratégiques entre le Cameroun et les pays de la région : la construction déjà achevée du pont sur le fleuve Logone avec le Tchad reliant Yagoua à Bongor, la construction de la voie de contournement de Yaoundé et enfin la construction du pont sur le Ntem pour faciliter l’accès à la partie continentale de la Guinée Equatoriale.

Avez-vous mené avec vos partenaires du Cameroun une évaluation de la mise en œuvre de l’APE ? Quels sont les indicateurs et les impressions de part et d’autres ?

Chaque année, les parties européennes et camerounaises élaborent un rapport de suivi basé sur les informations et les statistiques de leurs services respectifs. Le rapport se base sur une quarantaine d’indicateurs qui vont de l’évaluation de la mise en œuvre jusqu’au climat des investissements, en passant par la coopération au développement, le commerce général, les parts de marché, l’impact de la libéralisation, l’impact fiscal, l’impact socio-économique et la diversification. Je note pour ma part que le Cameroun a une balance commerciale excédentaire avec l’Union européenne, c’est-à-dire que le niveau de ses exportations dépasse celui de ses importations. L’Accord de Partenariat Economique (APE) est un véritable atout pour certaines filières agricoles du pays comme la banane ou le cacao. Alors que nous risquons une guerre commerciale mondiale, l’APE permet au Cameroun d’exporter vers l’Europe sans verser un seul franc CFA de droits de douane. Vers les Etats Unis, depuis quelques jours, c’est 11%. L’APE est donc un avantage pour le Cameroun, comme pour la Cote d’Ivoire et plus récemment le Kenya.

L’Union européenne soutenait un mécanisme de mise à niveau des industries camerounaises pour qu’elles ne s’effondrent pas avec l’arrivée des produits plus compétitifs de l’industrie européenne. Où en est ce processus ?

L’APE Union européenne-Cameroun est ce qu’on appelle un accord asymétrique qui exclut plus de 20% des marchandises européenne du bénéfice de l’Accord. Cette exclusion est basée sur le fait que ces marchandises sont produites ou bien susceptibles d’être produites au Cameroun. En cela, l’Accord ne crée pas de stress compétitif et il n’y devrait pas y avoir de raison particulière de soutenir les entreprises camerounaises en raison de l’Accord. D’ailleurs, l’effondrement annoncé par certains n’a jamais eu lieu. Aussi, l’Union européenne représente 50% des exportations camerounaises à qui l’APE permet de rester compétitives sur le marché européen grâce aux droits de douanes nuls et à l’absence de quotas. Notre coopération met par ailleurs l’accent sur le soutien au secteur privé camerounais, la mise en place de facilités de crédits dans le système bancaire pour le financement des PME, la mise à niveau qualitative des chaînes de production.

Vous êtes probablement très attentif à l’évolution de la situation politico-militaire en République démocratique du Congo où vous avez servi précédemment comme ambassadeur. On y assiste à une progression du M23 appuyé par les forces Rwandaises. Quelle solution selon vous ? L’Union Européenne va-t-elle voler au secours de la RDC ?

C’est une situation profondément regrettable, qui ne peut laisser indifférent ou insensible. Les populations civiles congolaises sont les premières victimes de cette agression, dont on ne peut trouver, pas plus que pour l’Ukraine, aucune justification dans le droit international. La souveraineté, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique de la République démocratique du Congo (RDC) ne doivent souffrir d’aucun compromis. Nous appelons toutes les parties concernées à reprendre le chemin de la discussion et de la négociation pour trouver une solution pacifique à ce conflit. Ceux qui s’opposent à l’ouverture d’un dialogue sincère sur cette crise vont devoir faire face aux sanctions européennes, telles que celles prises le 17 mars dernier contre plusieurs dirigeants rebelles et contre des généraux de l’armée rwandaise.

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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun
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Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.

La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.

Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.

DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.

La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.

Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.

Portrait

LISETTE CLAUDIA TAME SOUMEDJONG, CEO d’Africa Processing Company SA.

Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.

Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.

En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.

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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois
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L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.

Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.

Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.

Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.

Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.

Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.

Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.

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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui
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Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).

Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.

L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.

Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.

Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.

La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.

UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE

Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.

Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.

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