Une vague d’angoisse et de tensions a submergé les habitants de Bamenda, en particulier dans la subdivision de Bamenda II, après la macabre découverte de plusieurs corps sans vie dispersés dans la ville au petit matin du dimanche 6 avril 2025. Pour beaucoup, cet événement s’inscrit dans le contexte tendu de la crise anglophone qui secoue la région.
Les dépouilles ont été retrouvées dans des lieux stratégiques et très fréquentés : le carrefour de l’hôpital, le marché alimentaire, le nœud commercial de Brasserie Junction et la zone de Mile 90, tous situés dans la subdivision de Bamenda II.
Scènes de terreur et traumatisme collectif
Les passants et commerçants, témoins de ces scènes horrifiques, ont été saisis par un mélange de stupeur et de peur palpable. « J’en ai vu un près du marché », raconte une vendeuse anonyme, la voix tremblante. « Ses mains étaient ligotées dans le dos avec une corde, et on voyait clairement des impacts de balles sur sa poitrine. Une vision cauchemardesque. »
Les témoignages concordent : les victimes présentaient des mains attachées et des blessures par balle multiples, suggérant des exécutions ciblées. « Ils ont été abattus à bout portant, c’est évident », affirme Samuel, un habitant de Brasserie Junction. « On dirait qu’on les a amenés ici pour les liquider. »
Un suspect identifié, une arrestation troublante
Parmi les victimes figurait un combattant séparatiste reconnu par des habitants. Selon des sources locales, cet homme avait été arrêté par les forces de sécurité la veille, le 5 avril, dans la rue Che. « Je les ai vus l’interpeller », confie un commerçant du quartier. « Ils l’accusaient d’avoir tenté de prélever un « impôt » dans une boutique. Ils l’ont roué de coups avant de l’embarquer dans leur camionnette. »
D’après des informations recueillies, l’individu aurait été surpris en train d’extorquer un commerce. Des témoins évoquent des actes de torture sur place avant son transfert vers un lieu tenu secret.
Versions contradictoires et silence des autorités
Aucun groupe ou unité sécuritaire n’a revendiqué ces homicides. Cependant, sur les réseaux sociaux, des comptes pro-gouvernementaux affirment qu’il s’agirait de « huit éléments des Forces de défense de l’Ambazonie (ADF) neutralisés par nos courageuses forces de sécurité ». Des déclarations non confirmées par les autorités officielles.
La présence des corps exposés en pleine rue a ravivé les craintes d’exactions et suscité l’indignation. « Si ces personnes avaient été arrêtées légalement, où est la procédure ? », s’interroge un leader communautaire sous couvert d’anonymat. « Cela ressemble à des exécutions sommaires. Cela révèle un manque de transparence et une absence de responsabilité. »
Appels à la justice et à la fin des violences
Les autorités locales n’ont pas encore réagi officiellement. Mais face à l’horreur, les habitants réclament davantage de transparence, une enquête indépendante et une issue à la spirale de violences qui ensanglante la région depuis des années. Pour les citoyens de Bamenda, ces corps abandonnés symbolisent l’urgence de briser le cycle de la peur et de rétablir un semblant de justice dans une crise qui n’en finit plus.















